Stage permis à pointsOu petite philosophie de l’homo-conducturus

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque le facteur (il en existe encore quelques-uns) apporta dans ma boite aux lettres cette charmante lettre recommandée, estampillée « ministère de l’intérieur », me signifiant mon écart de conduite au volant, qui se traduisait par 90 euros d’amende.

Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, le Ministère m’annonçait m’annonçait un retrait de 4 points sur son permis de conduire. Cet écart venant s’ajouter à un précédent, mon solde tombait sous des seuils dangereux m’exposant à la perte du précieux sésame routier. Je pris alors l’initiative de m’inscrire à un stage de récupération de points (quatre au maximum). Et ce fut ainsi, qu’au lieu de perdre mon temps à courir après des balles sur un cours de tennis, je me trouvai, un beau vendredi d’été, dans les salons cossus d’un hôtel grill CAMPANILE, au milieu d’un aréopage de « mauvais citoyens » qui, comme moi, avait enfreint la loi. Je m’attendais à rencontrer des virtuoses de la fin de soirée, mais je n’en trouvai point.

Stage permis à points

un stage de récupération de points de permis de conduire

Il y avait là un jeune sapeur-pompier volontaire, un pilote d’Hercule (sorte de gros cigare transportant du militaire), deux technico-commerciaux, toujours pressés et accros au téléphone, et surtout victimes de la répression aveugle des pouvoirs publics, des motards en colère, amoureux de belles courbes et de la vitesse, des artisans, un ex-chauffeur de poids lourds fort de ses « 3 millions de kilomètres au compteur », un chef d’entreprise récidiviste (5ème stage), un professeur d’histoire pépère mais toujours en retard, un retraité de chez Matra passionné de rallye qui « savait ce qu’est la conduite » et… une femme, une seule

Je fus ainsi frappé de la faible représentation du beau sexe : une femme et 13 hommes parmi les derniers chauffards attrapés par la marée chaussée. La vitesse, les infractions seraient donc l’apanage de la gent masculine, toujours prête à exprimer sa virilité grâce aux chevaux enserrés entre ses cuisses.

Je m’attendais à un discours moraliseur délivré par les forces de l’ordre. Mais pas du tout. Ma surprise fut fort agréable lorsque je constatai l’excellente tenue de l’analyse proposée par les deux formateurs, une petite philosophie à l’usage des conducteurs dispensée par un expert de la sécurité routière et un psychologue.

Le petit tour de table introductif et traditionnel permit de mettre au grand jour les motivations de chacun. On put ainsi dégager quelques grands thèmes décurrents, dont :

  • La prévention routière est liberticide.
  • Les radars sont des pompes à frics !
  • Je suis un excellent conducteur, d’ailleurs je n’ai jamais eu d’accidents !
  • J’aime la vitesse ; je ne vois pas de problème si j’ai un accident, je l’assumerai !
  • En moto, on n’est moins dangereux, car on fait plus attention.
  • Il est impossible de ne pas perdre de points.

Ces idées reçues sont toutes fausses et nos deux formateurs, habilement, nous ont fait prendre conscience de nos erreurs de jugements. Erreurs de jugement liées notamment à notre foutu caractère de Latins. On note en effet des attitudes différentes en Allemagne et plus généralement dans tous les pays du Nord :

L’Allemand, profondément discipliné est dans le : « je dois, donc tu dois. » On n’imagine pas grillé un feu rouge à Dresde ou à Berlin. L’Italien fougueux, s’asseyant sur les règles, est à l’extrême inverse dans le : « je peux, donc tu peux ». Le feu rouge à Naples est ainsi optionnel. Le Français se situe au milieu. Il est dans le : « je peux, donc tu dois ». Il s’autorise des écarts mais ne supporte pas que le chauffeur d’à côté en fasse.

un stage de récupération de points de permis de conduire

La prévention routière est liberticide.

Le code de la route n’est finalement qu’une émanation du code pénale donc de la loi ce qui amène à s’interroger sur l’objet de la loi. Ce dernier (et là le petit-père COMBES se permet de mettre en forme le discours des formateurs) a été défini par Jean-Jacques ROUSSEAU (entre autres) dans son Contrat Social. Il partit du constat que, dans un monde sans loi, le plus fort l’emporte sur le plus faible, jusqu’à qu’il soit lui-même terrassé par un plus malin, lui-même piégé par une coalition… C’est donc un état de guerre perpétuelle ou personne ne vit en sécurité. Le contrat Social vise donc à protéger le citoyen en établissant des règles de vie en communauté, c’est-à-dire des lois. La liberté (et là c’est ROUSSEAU qui parle) consiste à respecter la loi que l’on s’est prescrite. On confisque à tous le droit à la violence mais en échange, on donne à tous la sécurité offerte par le groupe. Le droit à la violence (la violence légitime) est alors confiée à un groupe particulier que l’on appelle la police. Cette violence n’a qu’un but : garantir par tous le respect des lois.

Le Code de la route répond très exactement à ces objectifs : il interdit aux conducteurs zélés de faire usage de violence pour protéger les autres conducteurs. Il n’est donc pas liberticide mais au contraire générateur de liberté. Il vise à garantir que notre vie est protégée, même au volant. La police est là pour veiller au respect de cet outil sans lequel la route serait une jungle.

un stage de récupération de points de permis de conduire

Les radars sont des pompes à fric !

Les chiffres sont là pour démontrer l’inverse. Les radars permettent de collecter 900 millions d’euros par an. Un tiers sert à leur entretien, un second tiers au déploiement de nouveaux et un dernier tiers est confiée aux écoles pour faire de la prévention. En face, le coût de l’insécurité routière (lié essentiellement aux accidents corporels) s’élève à 22 milliards d’euros. Le mauvais conducteur coût donc très cher à la société, c’est-à-dire à tous les citoyens. Ces derniers sont donc légitimes lorsqu’ils leur demande le respect des lois.

un stage de récupération de points de permis de conduire

Je suis un excellent conducteur, d’ailleurs je n’ai jamais eu d’accidents !

Bien entendu, l’accidentologie montre l’inverse. Par ailleurs, les statistiques montrent que les conducteurs qui font souvent de petites infractions sont ceux qui sont le plus exposés au risque d’accidents graves. Les cimetières sont remplis de conducteurs chevronnés, trop sûrs d’eux. Car l’impression de sécurité est l’ennemie de la sécurité. La majeure part des accidents a lieu sur des routes droites, par beau temps, lorsque la route est dégagée et avec des véhicules suréquipés en termes de dispositifs sécurisants. L’impression de sécurité génère des comportements à risque qui explique cette statistique contre-intuitive. Ainsi, il y a quelques années, on a supprimé les platanes qui bordaient les routes, car on les pensait générateurs d’accidents mortels (ce qui était le cas). La visibilité fut améliorée et.. le nombre d’accident mortel monta en flèche. De m^me pour la piste qui montait au circuit du CASTELET : elle était en mauvais état et les motards qui l’empruntaient, tombaient comme des mouches. On prit alors la décision de l’élargir, de la rénover, de poser de belle glissières de sécurité. Le tribut payé par les motards à saint Christophe augmenta ! Lorsque le conducteur dispose de freins en céramiques, il se sent à l’abri, car il peut freiner plus efficacement. Il prend donc des libertés avec les limites de vitesse. Et il augmente son risque d’accident. C’est ce qu’on appelle l’homéostasie du risque. De même, celui qui se considère comme un excellent conducteur va adopter une attitude accidentogène.

un stage de récupération de points de permis de conduire

J’aime la vitesse ; je ne vois pas de problème si j’ai un accident, je l’assumerai !

Lorsque l’on se tue au volant, on n’est pas le seul à payer. Et on ne parle pas ici des membres de la famille forcément malheureux au sens morale autant que pécuniaire. La société entière va payer : si le mort n’est que blessé, il va bénéficier d’une prise en charge citoyenne extrêmement coûteuse (SAMU, Pompiers, hôpitaux). S’il a blessé ou tué d’autre personnes, les coûts seront encore plus importants. Si le mort est bien mort, il n’a pas fini de coûter : la société qui l’a formé, éduqué, soigné… va perdre d’un coup tout son investissement, d’autant plus si la victime est jeune. La société va devoir former une autre personne à grands frais. Sauf le cas exceptionnel où la victime est très vieille et n’apporte plus rien à la communauté (et au contraire coûte par exemple en frais médicaux), l’accidenté de la route est toujours une catastrophe pour l’équilibre de nos comptes.

un stage de récupération de points de permis de conduire

En moto, on n’est moins dangereux, car on fait plus attention.

C’est le grand leitmotiv du motard. Les chiffres montrent l’inverse car, les motos représentent 4 % du trafic et 20 % des accidents mortels. Le motard a ceci de particulier qu’il est souvent un amoureux de la vitesse. Il s’enivre de belles courbes et de sensations. Il se dope à l’adrénaline, aimant tutoyer les limites. Il est de loin le facteur le plus accidentogène. Il y a quelque chose de Freudien dans cette appétence des hommes pour les gros objets, ces vibrations puissantes ressenties dans l’entre-jambes, ces rugissements « animal » des machines surchauffées ; dans cette femelle accrochée sur le siège passager totalement soumise au comportement du conducteur…

L’homo sapiens a été conçu par la Nature pour se transporter, au mieux, à 36 km/h (et on est déjà dans du USSEIN BOLT). A de telles vitesses, son champ de vision est de l’ordre de 180 °C. Lorsqu’il devint Homo-conducturus, la nature n’eut pas suffisamment de temps pour adapter sa vision. A 180 km/h, son champ de vision se rétrécit à une dizaine de degrés. Bref, malgré son attention « accrue », notre motard ne voit pas ce qui se passe sur les côtés.

un stage de récupération de points de permis de conduire

Il est impossible de ne pas perdre de points.

Là encore c’est faut, car 74 % des conducteurs ont douze points. La norme est donc un permis bien rempli.

un stage de récupération de points de permis de conduire

La schizophrénie du conducteur

On l’a tous remarqué : on n’est pas le même au volant et sur le trottoir : il y a des mots fleuris que l’on utilise volontiers au volant et que l’on ne prononcerait jamais à la maison ou au travail. Pourquoi ? Pour quelle raison se transforme-t-on volontiers en charretier dès que la clef de contact est tournée ? Pour quelle raison l’autre conducteur (forcément mauvais) devient-il aussitôt l’ennemi ? Pour quelle raison 80 % des gens considère les autres conducteurs comme des « mauvais conducteurs »? Et le cycliste est forcément un « élément gênant voir perturbateur », même si on est soi-même cycliste (et la réciproque est vraie). En fait, on change de référentiel. Dans notre inconscient, la route est à nous. Tout ce qui vient contester ce monopole est considéré comme un danger, une entrave à notre jouissance de la route. Il ne mérite donc que nos plus vils instincts. Et puis c’est tout !!!

un stage de récupération de points de permis de conduire

Les signaux contradictoires de la société

Dans notre vie de tous les jours, la vitesse est synonyme d’efficacité. Je n’ai jamais vu de patrons dire à son employé : prends ton temps… Tu remettras ton rapport quand tu auras fini. On a bien le temps, rien ne presse… Non, bien sûr. L’employé modèle est celui qui remettra son rapport à l’heure (voire avant l’heure) et qui en redemandera. Et gare aux lambins, la porte n’est plus très loin. Or, la prévention routière envoie des signaux exactement inverses : la gloire est réservée au conducteur lent, et l’enfer (le stage de récupération de points) au chauffard. Le switch intellectuel n’est donc pas évident, notamment pour notre technico-commercial qui, même dans sa voiture, doit continuer à prendre (au téléphone) des commandes et surtout ne pas arriver en retard au prochain rendez-vous. Il plaide donc pour un doublement des points pour sa profession. Mais doit-on alors admettre que nous ne soyons pas tous égaux devant la loi ce qui est contraire à la Constitution ? Doit-on l’autoriser à commettre plus d’infractions et donc à être plus souvent un danger pour les autres ? Évidemment non. Sa seule porte de sortie est de respecter le code de la route.

un stage de récupération de points de permis de conduire

Et ce sera la conclusion du petit-père COMBES : pour que la route soit à tous, respectons le code de la route.

 

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