Je dois le confesser : Max Gallo m’impressionne. Des biographies par dizaines, certaines en plusieurs volumes, toujours précises, qui se succèdent à un rythme effréné. Comment fait-il ?robespierre


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Max Gallo et la Révolution de Robespierre

Il nous livre une biographie un peu chiante répétitive de l’incorruptible, un travail de romain où l’on retrouve l’essentiel du personnage-pivot de la Révolution française, solitaire, comme le montre l’auteur, et pourtant essentiel dans la foule des agitateurs de tout bord. Il fut ainsi l’un des seuls à proposer la fin de l’esclavage ou le suffrage universel.

D’abord dans l’ombre des grands hommes comme Mirabeau ou Bailly, Robespierre prit, au cours des années 1790-1791 une influence toujours plus importante sur les événements. Franchement à gauche, le Montagnard dut combattre, les nostalgiques royalistes (La Fayette) mais aussi les modérés de la Gironde (Brissot) et de la Plaine pour conserver l’esprit égalitaire des premiers soubresauts. Il se battit aussi sur son flanc gauche, pour faite taire « les enragés » (Hebert, Jacques ROUX), tous condamnés à l’échafaud. Puis, il épura son propre camp, celui de la Montagne, en envoyant Danton, mais aussi Desmoulins ( son ami d’enfance dont il avait été le témoin de mariage) à la guillotine. Comme si cela ne suffisait pas, il envoya aussi les compagnes se faire raccourcir, dont la parfaite innocente Lucile, la femme de Desmoulins.

Ces sacrifices furent pour Robespierre nécessaires : la vertu imposait que l’on mette l’intérêt de la Patrie avant toute autre considération. Selon Max GALLO, l’incorruptible savait que sa mort était écrite, qu’il avait finalement aussi donné sa propre vie à l’intérêt général.

Il nous dépeint un être à la limite de la psychopathie. Perclus d’angoisses, souvent submergé par l’émotion, harassé de fatigue, on le voit répéter en boucles, à longueurs de discours interminables, les mêmes arguments, les mêmes menaces envers « les scélérats », « les traîtres ». Etait-il un brin paranoïaque ? A la lecture du livre, on n’en doute plus. Il voyait des ennemis partout, des complots dans chaque recoin de l’assemblée.

Solitaire, il l’était. On ne le voit ainsi jamais en charmante compagnie ou s’accordant un déjeuner entre amis. Pourtant, il ne vivait que pour exister en société, que ce soit à l’Assemblée ou aux Jacobins, où il se saoulait du soutien de la foule. Il se sentait investi d’une mission quasi-divine, certain que son rôle fut essentiel pour mener la France sur le chemin de la raison, sa raison. Il voulait faire son bonheur malgré elle et s’il fallait couper quelques têtes pour y arriver, il n’hésitait pas.

Danton dit ainsi  » Croyez-vous que pour construire le monde dont vous rêvez, il ne faudrait pas quelques crânes fendus ? ». Robespierre ne l’a que trop écouté.

Dans le contexte violemment athée de la Révolution, il est également surprenant de voir comment Maximilien ne ménagea aucun effort pour établir les bases d’une nouvelle religion. L’Être Suprême eut ainsi sa fête et Robespierre brûla sur l’autel de la Patrie des mannequins symbolisant l’athéisme…

D’abord contre la mort du Roi, et même contre la peine de mort tout court, il fut à partir de 1794 celui qui usa le plus la lame de Sanson (le bourreau), envoyant des milliers de personnes à la guillotines, des gens brillants comme le chimiste Lavoisier à qui Fouquier-Tinville annonça que  » la Révolution n’avait point besoin de savants.

Contre la guerre voulue par les Girondins, il fut ensuite son plus brillant avocat.

Un personnage complexe donc, emporté sans doute par la folie.

Robespierre bon pour l’échafaud

  • Thermidor marqua la fin de la Terreur voulue par Robespierre. Thermidor mit aussi fin aux espoirs d’égalité, valeur initiale revendiquée par les sans-culotte comme Babeuf qui termina sur échafaud; Thermidor mit en place une république bourgeoise où les grands gagnants furent les propriétaires qui avaient réussi à figer dans le marbre de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen le principe d’une propriété privée sacrée et inviolable.

Un bon bouquin donc.

Robespierre

Son année terrible (1794)

On compte plus de 15 0000 victimes de mars 1793 à août 1794.

Le 29 mars : Condorcet est arrêté. Il se suicidera en prison

Le 30 mars : arrestation des partisans de Danton

Le 2 avril : nouvelle vague arrestation

Le 5 avril, on guillotine Danton, Hérault de Séchelles, Camille Desmoulins (dont Robespierre fut l’un des témoins du mariage avec Lucile en 1790), Fabre d’Églantine, Basire et Chabot

Le 13 avril, on guillotine encore : Chaumette, Dillon, Gobel, Lucile Desmoulins (la femme de Camille) et la femme d’Hébert

Le 7 mai, Robespierre fait voter le décret proclamant la foi de la nation en :

  • l’Être suprême et
  • en l’immortalité de l’âme.

Le 8 mai, on guillotine encore cette fois-ci notre plus grand chimiste LAVOISIER (par ailleurs et pour son malheur fermier général ou collecteur d’impôts)

Le 10 mai, c’est au tour de madame Élisabeth, sœur de Louis XVI, à passer sous la lame de Sanson. La commune de Paris est purgée au profit des partisans de Robespierre.

Le 28 mai, au pied du mont Ventoux, à Bédoin (Vaucluse), 63 hommes et femmes sont exécutés pour avoir abattu un arbre de la république

Le 8 juin, c’est la première (et dernière) fête de l’Être suprême. Robespierre y dénonce l’athéisme

Le 10 juin, il fait voter la loi dite de « Prairial ». On peut dorénavant exécuter un suspect sans audition de témoin et/ou interrogatoire. Une « preuve morale » suffit. Le rythme des exécutions s’accélère. 1376 personnes seront guillotinées jusqu’au 26 juillet (9thermidor), date de la chute de Robespierre.

Le 16 juin, Cécile Renault est guillotinée, Elle est accusée d’avoir attenté à la vie de Robespierre. On en profite pour exécuter ses 52 complices

Le 17 juillet, 16 religieuses sont guillotinées . Bien d’autres suivront.

La genèse du passage politique français

Il est étonnant de constater à quel point 1789 façonna définitivement le paysage politique français, jusqu’à nos jours Les notions de « droite » et de « gauche », ainsi, sont nées à l’occasion du procès de Louis XVI. Ce dernier a en effet été jugé par les députés de la Convention nationale (et non par le tribunal révolutionnaire).

A droite (du Roi) se tenait la Gironde, qui rassemblait la Bourgeoisie (et d’anciens Nobles). Elle voulait arrêter la Révolution, considérant les acquis suffisants et que l’égalité avait ses limites ; donner à la France une constitution à l’anglaise : une monarchie constitutionnelle et pour cela elle avait besoin de sauver le Roi. Ils étaient soutenus par les milieux d’affaire et par les grands officiers, à commencer par La Fayette. Ils voulaient que la France entre en guerre contre ses ennemis de l’extérieur.

Au centre, se trouvait la Plaine (ou le Marais), indécis.

A Gauche, les vrais révolutionnaires, les Montagnards de Robespierre, Marat (le plus à gauche), Danton. En majorité, ils votèrent la mort du Roi. Ils étaient poussés encore plus à gauche par les sans-culotte, ces gens des rues de Paris qui mouraient de faim. Ils voulaient avant tout la paix et l’égalité dans les faits !

La Gironde porte aujourd’hui le nom ironique Les Républicains. Brissot est devenu Alain JUPPE

La Plaine s’appelle le MODEM de Bayrou. Elle navigue encore entre la Gironde et la Montagne selon le sens du vent.

La Montagne modérée de Danton et Desmoulins, c’est la gauche socialiste de Hollande, favorable à une économie régulée de marché.

La Montagne enragée de Marat et Hebert est toujours représentée par le front de gauche de Mélenchon.

Les sans-culotte, nous les trouvons chez Olivier Besancenot, au sein du nouveau parti anti-capitaliste.

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Joindre la conversation 14 commentaires

  1. […] haute-bourgeoisie (Voltaire Danton, Desmoulins, Mirabeau, Marat, Robespierre…) était tout aussi cultivée que la Noblesse et parfois plus riche. Elle fut à l’origine […]

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  2. […] fut équitable ! La révolution fut celle des petits chefs (les bourgeois aisés comme Danton, Robespierre, Barras ou Vergnaux) qui visaient la place des grands chefs (les […]

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  3. […] pères des Lumières et grand inspirateur des principes révolutionnaires de 1789 et notamment de Robespierre et […]

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Figures de la Révolution, Histoire, Histoire de France

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