Zeinat, une adolescente de la communauté Yésidi, a été capturée par DAECH sur le mont Sinjar. Elle a été l’esclave, sans le savoir, du chef de DAECH : Abu Bakr Al-Bagdadi. Aujourd’hui libre, elle raconte comment elle a été traitée, elle et tous les autres otages.

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ZEINAT

Ça courrait dans tous les sens, vers les montagnes. On avait entendu toutes les horreurs dont ces criminels étaient capables. Mais il était trop tard. J’étais prise au piège, au pied de la montagne, noire des fuyards qui s’entassaient en meute désordonnée. DAECH na eu aucun mal à me capturer, avec un tas d’autres gens.

« Lorsque DAESH s’est approché de mon village, tout le monde était effrayé.

J’ai été séparée de mon père et de mes sœurs. On a roulé dans des camions pendant des heures, dans la poussière et la chaleur du désert. Je me suis retrouvée sur un marché, une place blanche entre la montagne et la mer. Il y avait des combattants partout et puis des hommes qui achetaient des filles. Un homme avec une longue barbe m’a sélectionnée, avec 8 autres filles. Il nous a chargées dans un autre camion et nous a emmenées chez lui, à Raqqa, sa capitale. Le camion s’est arrêté et on nous a fait entrer dans une maison. Le maître s’est mis alors à me frapper, comme ça, sans raison. Il s’est approché de moi et m’a dit : « Oublie ton père et tes frères, nous les avons tués. Et nous avons marié tes sœurs aux combattants. Oublie-les ! » Il nous a montré des vidéos sur lesquelles des combattants coupaient la tête d’otages occidentaux. Il m’a dit que je subirai le même sort si je n’abandonnais pas ma foi. Il y avait dans la pièce un journaliste américain à côté d’un homme habillé en noir. Plus tard, ils l’ont tué. L’homme,s’est approché de moi et m’a dit qu’il était Al-Bagdadi, le chef suprême de DAECH. Il me répétait : « Convertis-toi à l’islam ou meurs ! » Le lendemain, une bombe a détruit la maison voisine forçant Al-Bagdadi et sa suite à bouger. Il me frappait constamment en disant que j’appartenais, avec toutes les autres femmes, à DAESH. Je n’en pouvais plus. J’ai décidé de tout faire pour m’évader. Et tant pis s’ils me tuaient. A la première occasion, avec d’autres femmes, on a volé les clés de la maison. On a ouvert la porte et on a couru, et couru encore. On a vu une maison tout près d’Alep et il y avait une Arabe. Elle criait « Entrez ! Entrez ! Je vais vous aider à rejoindre l’Irak. Nous, on lui a fait confiance, parce que c’était une femme. Mais elle a appelé Al-Bagdadi. Et, pour cela, elle a touché une récompense. Al-Bagdadi, bien entendu, nous a frappé, encore plus fort, sur tout le corps, avec un tuyau. J’étais noire de coups. Tout ce qui passait à portée de sa main faisait l’affaire : câbles, ceintures, bâtons. J’ai été frappée au visage et mon nez s’est mis à saigner. Mon bras était cassé. Al-Bagdadi répétait qu’il nous battait parce que nous nous étions enfuis. Nous devions nous convertir ou mourir. On appartenait à DAECH… J’étais terrorisée. Je ne pouvais imaginer que cet homme sauvage était le chef de DAECH

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Kayla MUELLER

J’étais sûre que j’allais mourir. Je suis entrée dans une chambre et j’ai vu une femme blanche. J’ai cru qu’elle était Yésidi, comme moi et j’ai commencé à parler en Kurde. Mais je voyais qu’elle ne comprenait pas. Alors j’ai parlé en Arabe. Elle s’appelait Kayla MUELLER. Elle était américaine. Une humanitaire. Elle est devenue mon ami. Elle était très protectrice, comme une mère. Je suis restée près d’elle pendant plusieurs semaines, dans de petites cellules et il faisait si sombre. C’était pourtant l’été. On nous donnait du pain et du fromage le matin et du riz ou des macaronis la nuit.Mais si peu. On mourait lentement. Puis j’ai été transportée dans une autre maison, chez Abu Sayyaf. J’ai su qu’il était un haut dignitaire de DAECH. Il vendait du la vente du pétrole.

Je suis retournée ensuite chez Al-Badadi où j’ai revu Keyla. Elle était prostrée dans un coin de la cellule, enveloppée dans une couverture. Parfois, elle pleurait, mais en se cachant, pour nous épargner cette souffrance. Elle m’a confiée qu’Al-Bagadi l’avait violée, à quatre reprises. Il voulait qu’elle devienne sa femme. Elle la battait puis lui apprenait le courant pour qu’elle devienne une bonne musulmane. J’ai essayé de la persuader de s’échapper. Mais elle a refusé. Elle avait peur d’être décapitée par l’homme en noir, comme le journaliste américain. Moi, j’avais pris ma décision. Le désespoir de Keyla, les coups, la mort qui m’attendait, je ne pouvais en supporter davantage. J’étais déterminée à m’échapper encore. DAECH dit que le Coran autorise à prendre des filles non-musulmanes comme esclave et à les violer. Comment peut-on dire ça ? Est-ce cela la religion de paix ? Al-Bagdadi me répétait : « Regarde ce que j’ai fait à Kayla. Et je vais te le faire aussi. Jeudi ce sera ton tour. » Il forçait Kayla à se comporter comme sa femme, à porter les habits traditionnels, le niqab. Il lui offrit une montre, un signe qui montrait qu’elle lui appartenait. Il se levait tard, vers 10 h 00 mais n’allait jamais se coucher avant minuit. Il restait dans la pièce trois ou quatre heures par jour. Et puis, il a disparu. On ne sait plus où il était. Il ressemblait bien aux photographies que l’on connaît de lui, prises à la mosquée de Mosul. Mais il porte des habits ordinaires. Il évite les téléphones portable, car il a peur d’être repéré. Il conserve pourtant de bonnes communications avec ses chefs. Je ne sais pas comment il fait. Il a sans doute recours à des messagers. Avec lui, il n’y a jamais de mots gentils. Que de la cruauté. Il y avait une fenêtre dans notre chambre. Elle était un peu cassée. À plusieurs reprises, on a essayé de l’ouvrir. En forçant, on a réussi à ouvrir un espace suffisant pour passer nos petits corps. J’ai ainsi pu m’évader une seconde fois avec une autre fille. On ne savait pas où aller. Il faisait nuit. Elle m’a dit : « On court !». Et on priait Dieu. On n’avait pas de plans et on ne savait pas où aller. On nous a tiré dessus et on s’est mise à ramper. On s’est cachée et on a marché pendant des heures, jusqu’à un petit village. Il n’y avait pas d’électricité, à l’exception d’une maison qui était éclairée. « On va y aller ! j’ai dit à mon ami et on va demander de l’aide : DAESH ne laisserait pas la lumière ainsi allumée à cause de frappes aériennes. » On est entrées et on a dit à la famille « Nous sommes Yésidi et on s’est échappées de DAESH. On veut rentrer à la maison. Aidez-nous ! ». Un homme et son cousin nous ont emmenées derrière la maison où il y avait des motocyclettes. Ils nous ont mis des niqabs et ils nous ont fait monter à l’arrière des motos. Ils nous ont conduites à travers champs pour éviter les checkpoints. Ils nous ont sauvées. J’ai retrouvé ma mère. Mais trois de mes sœurs sont toujours là-bas. On ne sait pas ce qu’elles sont devenues. Mon père est sûrement mort. Maintenant, je veux oublier tout ça. Je veux partir loin d’ici pour devenir institutrice. J’espère que les informations que j’ai pu donner aideront à localiser le sauvage et qu’ils pourront le tuer. Il massacre nos gens. Il les force à se convertir. Il viole les filles et tuent leur famille. C’est le diable. »

Une leçon

Keila MUELLER par tuée par DAECH, en représailles aux bombardements de la coalition. Ils ont toujours affirmé qu’elle était morte à cause d’un bombardement américain.

Comment le crime de Keila MUELLER et bien d’autres peuvent-ils être justifiés par un Dieu tout-puissant, quel qu’il soit ? On ne parle plus de religion, mais de folie criminelle collective. Dostoiewski avait dit dans Les Frères KARAMASOV que si Dieu n’existait pas, tout serait permis ! » Avec DAECH, il semble que ce soit l’inverse : « Cest parce que Dieu existe que tout est permis ».

Le petit-père COMBES tenait à rendre cet hommage à Keila MUELLER, Zeibat et toutes les autres.

Kayla MUELLER

Kayla MUELLER

 

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