tunisie 3La constitution de l’An I (26 janvier 2014) de la république tunisienne

Le printemps arabe est né ici, dans les rues de Tunis, avant de se propager dans tout le moyen orient. Malheureusement, c’est aujourd’hui le seul pays arabe qui ait connu l’été ;

un été certes ponctué d’averses, voire d’orages, mais un été tout de même. Pour que ne pas que l’automne vienne ternir les belles couleurs de cette jeune république, il convient maintenant d’aider la Tunisie fragilisée par des attaques incessantes.

La Tunisie a connu son serment du jeu de paume et son assemblée constituante (ANC) qui, après trois ans de travaux, a donné, le 26 janvier 214, par 200 voix contre 14, naissance à une république, presque séculaire, qui reconnait presque les droits de l’homme et de la femme.

La Tunisie a eu ses Voltaire, Rousseau, Montesquieu, précurseurs de la révolution de Jasmin. Mais elle a eu aussi ses inconditionnels du religieux. Deux camps s’opposent, comme en France lors de la convocation des État généraux (5 mai 1789). D’un côté les partisans (Enharda) de l’ordre établi qui fait la part belle à la dimension spirituelle. La seconde, attachée à la liberté et la démocratie. Aujourd’hui, un compromis fragile a été trouvé dans la constitution du 26 janvier 2014, après plus de deux ans de guerres parlementaires intestines. Un retour au fondamentalisme n’est bien sûr pas exclu, tant la jeune démocratie est attaquée à l’intérieur (musée du Bardo) et à l’extérieur de ses frontières. Plus que jamais, elle a besoin de nous pour consolider ses fondations, pour construire un précédent dans le monde arabe qui puisse faire jurisprudence.

L’expérience fait peur aux théocrates. Pour ces derniers, il ne faut pas qu’elle réussisse ; il est impératif d’éviter la formation de cette bulle étanche à la charia, où les gens pourraient être libres et heureux de l’être ! Tout ce qui ressemble à de la culture, de l’éducation, de l’égalité, doit être dynamité, pulvérisé. Il faut que les gens soient ignorants pour demeurer esclaves et malheureux sur terre, pour préparer leur vie dans un au-delà qui n’existe pas. La Tunisie est à la croisée de deux chemins, un seul conduisant à la liberté des conscience et au bonheur sur terre.

 Le préambule de la constitution tunisienne

Le préambule confirme les objectifs de la Révolution de Jasmin que sont la dignité et la liberté. L’objectif d’égalité entre les sexes est également rappelé ce qui est bien entendu une originalité dans le monde arabe.

La constitution

Est instauré un régime républicain (Res Publica : la chose publique) ; c’est-à-dire que la souveraineté appartient au peuple. Le régime est aussi démocratique (demos : le peuple ; cratia : le pouvoir). Le peuple élit donc librement ses représentants sur la base d’une « ‘alternance pacifique », organisée à travers des élections périodiques. Finies donc les interminables années Ben Ali.

Montesquieu et Mirabeau sont à l’honneur, car on retrouve le principe de la séparation des pouvoirs défini dans De l’esprit des Lois.

Un régime présidentiel

Mais on retrouve aussi De Gaulle, car le régime est Présidentiel. Le Président a un rôle majeur et un poids significatif que lui confère la légitimité du suffrage universel direct. Il a des pouvoirs exclusifs, comme la dissolution de l’Assemblée ou la direction des des armées.

L’idée du quinquennat, cher au président Chirac, a été reprise. Comme en France, c’est au sein du parti majoritaire à l’Assemblée que le Président choisi son premier ministre.

Un régime également parlementaire

Comme en France, c’est le peuple qui élu pour cinq ans ses députés. Le pourvoir législatif est confié à l’Assemblée ainsi élue. Les droits de l’opposition sont protégés.

Un régime (presque) séculaire

L’islam est reconnu comme religion de la Tunisie. Le président est obligatoirement musulman. Le préambule de la constitution rappelle que son enseignement est essentiel pour faire valoir les valeurs « d’ouverture, de modération et de droits de l’homme ». A noter que la charia n’est pas mentionnée. La justice devra donc s’en passer.

L’avancée majeure qu’apporte la constitution tunisienne réside dans la reconnaissance de la liberté de croyance. On retrouve (presque) les principes de l’article 18 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui, rappelons-le, stipule que :

Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.

La liberté aussi

On retrouve nombre d’autres principes de notre déclaration :

  • la liberté
  • l’égalité (en droit et en devoir)
  • la présomption d’innocence
  • la liberté de manifester ou de se constituer en syndicats ou en partis politiques

La femme aussi ?

L’égalité salariale est inscrite ainsi que l’accès à tous les postes (y compris politiques). Figure également la prévention des violences faites au femme comme une obligation de l’État.

Les garde-fous

Pour éviter les dérives, la constitution installe :

  • une cour constitutionnelle ;
  • une commission de surveillance du respect des droits de l’homme ;
  • un conseil supérieur de audiovisuel ;
  • un comité de lutte contre la corruption.

Même si la constitution tunisienne n’est pas (encore) parfaite, elle est clairement, et de loin, la plus avancée du monde arabe sur le chemin du bonheur.

Vive la Tunisie !

Le prix Nobel


L’évolution du part ENNHADA  par son Président Rached GHANNOUCHI

propos recueillis par le Monde du 19 mai 2016

Le parti tunisien Ennahda, jusque-là qualifié d’islamiste, s’apprête à tenir son congrès du 20 au 22 mai. Son président, Rached Ghannouchi, 74 ans, révèle au Monde la teneur de la révision doctrinale en cours. Le mouvement, dont le groupe parlementaire est le plus important à l’Assemblée tunisienne, se définit désormais comme un parti politique « civil ». M. Ghannouchi affirme que, depuis la Révolution de 2011 et l’adoption de la Constitution de 2014, l’islam politique a perdu sa « justification » en Tunisie.

Lire aussi :   Musulmans modérés et laïcs unis contre le terrorisme en Tunisie !

Ennahda se réunit du 20 au 22 mai 2016 en congrès à un moment charnière de son histoire. On annonce une reformulation de sa doctrine. Quelle sera-t-elle ?

L’un des points à l’ordre du jour de ce congrès sera de discuter du rapport entre la dimension politique et la dimension religieuse du parti. Nous affirmons qu’Ennahda est un parti politique, démocratique et civil, et qui a un référentiel de valeurs civilisationnelles musulmanes et modernes. Ce référentiel est celui qui se trouve dans la Constitution de 2014 qui reflète cette compréhension mixte, duelle, de la modernité et de l’identité. Nous allons dans le sens d’un parti qui se spécialise sur les seules activités politiques.

Ennahda prend donc ses distances avec sa référence historique à l’islam ?

Ce que nous disons, c’est qu’il faut bien spécifier la différence entre l’activité politique et l’activité religieuse. Le lieu de l’activité politique n’est pas la mosquée. La mosquée est un lieu où se réunit le peuple, il n’y a donc pas de raison de l’utiliser pour des activités d’un seul parti. Nous voulons que la religion soit un élément de rassemblement des Tunisiens et non de division. C’est pour cela que nous voulons qu’un imam ne soit dirigeant, ni même membre, à terme, d’aucun parti politique. Nous voulons un parti qui parle des problèmes quotidiens, de la vie des familles et des personnes, et non pas un parti qui leur parle du jugement dernier, du paradis, etc. Nous voulons que l’activité religieuse soit complètement indépendante de l’activité politique. C’est très bien pour les politiques car ainsi ils ne seront plus accusés de manipuler la religion à des fins politiques. Et c’est très bien aussi pour la religion afin qu’elle ne soit pas elle-même otage de la politique, manipulée par les politiques

Pourquoi un tel saut ? Quels sont les facteurs qui vous ont poussés à l’accomplir ?

C’est une étape parmi d’autres dans le sens d’une certaine maturité. Nous considérons que l’islam politique, bien que nous ayons une certaine réserve sur cette appellation qui est occidentale, a été une réaction à deux éléments. D’abord contre la dictature. Ensuite contre l’extrémisme laïc. La Révolution de 2011 a mis fin non seulement à la dictature mais aussi à l’extrémisme laïc. La Tunisie vit actuellement en démocratie. La Constitution de 2014 a imposé des limites à l’extrémisme laïc tout comme à l’extrémisme religieux. Il n’y a plus de justification à l’islam politique en Tunisie. En outre, ce concept d’islam politique a été défiguré par l’extrémisme véhiculé par Al-Qaida et Daech [acronyme arabe de l’organisation Etat islamique]. D’où la nécessité de bien montrer la différence entre la démocratie musulmane dont nous nous réclamons et l’islam djihadiste extrémiste dont nous voulons nous éloigner plus encore.

Si l’on vous comprend bien, Ennahda sort de l’islam politique ?

On sort de l’islam politique pour entrer dans la démocratie musulmane. Nous sommes des musulmans démocrates qui ne se réclament plus de l’islam politique.

Le congrès établira également le diagnostic de votre passage au pouvoir entre la fin 2011 et le début 2014 au sein du gouvernement de la troïka dont Ennahda était la principale composante. A posteriori, quels ont été les échecs ou les insuffisances de cette épreuve du pouvoir ?

D’abord, cette période de la troïka a duré trop longtemps. On s’était engagé sur une année pour rédiger la Constitution, et cette période a duré trois années. On aurait aussi pu éviter une bipolarisation excessive si on avait pu intégrer des partis de gauche dans le gouvernement. Nous avons réalisé que la démocratie en période de transition a ses mécanismes propres qui ne sont pas ceux de la démocratie en période de stabilité. Et on a payé très cher cette découverte tardive. La démocratie en période de stabilité a besoin d’une majorité simple, tandis que la démocratie en transition requiert, elle, le plus grand rassemblement possible, bien au-delà de la majorité simple. Elle supporte difficilement les bipolarités dures et les partitions idéologiques.

Quelle est la position d’Ennahda sur les acquis de la Tunisie en matière de droits des femmes ?

La Constitution de 2014 a mis fin à ce débat en préservant et en défendant les droits des femmes. Ce n’est plus un sujet. Il n’y a plus une question qui s’appellerait : « Le problème de la femme en Tunisie. » Le seul problème, c’est que la participation de la femme est encore limitée. A notre congrès, il y aura un appel à élever la participation des femmes au sein du mouvement.

Une proposition de loi sur l’égalité entre hommes et femmes en matière d’héritage suscite actuellement un débat en Tunisie. Quelle est votre position ?

Ce n’est pas un débat populaire, c’est un débat élitiste. Le peuple considère qu’il y a d’autres priorités que celle-ci. La plupart des Tunisiens, même au sein de l’élite, considèrent que c’est un faux problème pour faire diversion. Tous les leaders politiques, de l’époque de Bourguiba jusqu’à ce jour, sont fidèles à ce principe énoncé par le Coran, par notre identité et par notre civilisation. Et il ne faut pas caricaturer la règle établissant que la femme hérite seulement la moitié de la part de l’homme, c’est beaucoup plus complexe.

La dépénalisation de l’homosexualité est un autre débat qui agite certains milieux en Tunisie. Y êtes-vous favorable ?

Nous sommes respectueux de la loi tunisienne, qui fait la différence entre les libertés individuelles et l’espace public. Ni la loi ni la religion n’ont à s’immiscer dans la vie privée des gens. La sphère publique, c’est la loi qui s’applique. La sphère privée, c’est la liberté individuelle.

Depuis le début de 2015, vous êtes partie prenante d’une coalition gouvernementale dirigée par le parti Nidaa Tounès, votre ancien adversaire. S’agit-il d’une simple cohabitation gouvernementale ou d’une alliance stratégique ?

Pour l’instant, c’est une participation gouvernementale mais qui pourrait évoluer vers une alliance stratégique. On n’en est toutefois pas encore là. Cette participation gouvernementale est dans l’intérêt du pays. On y fait l’apprentissage de la gestion d’intérêts divergents, surtout dans un pays comme le nôtre qui a connu pendant très longtemps le monopole de la décision politique. On a donc besoin d’apprendre à coexister, à cohabiter avec la différence.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/international/article/2016/05/19/rached-ghannouchi-il-n-y-a-plus-de-justification-a-l-islam-politique-en-tunisie_4921904_3210.html#JoUhw9yQhP3JYcHH.99

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Par pays, Tunisie

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