Histoire

J’ai lu pour vous les mémoires de Barras

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Barras

Étriqué entre les deux monstres de l’histoire de France que furent Robespierre avant lui et Napoléon, après lui, Paul François Jean Nicolas vicomte de Barras est l’oublié de l’histoire de la Révolution française. Il est pourtant l’un de ses acteurs majeurs. On lui doit l’enracinement des valeurs républicaines dans la société française.

Il fut de ceux (avec Tallien) qui mirent fin à la Terreur et qui offrirent à la France quelques années de stabilité politique, avant l’aventure impériale. Son style est militaire, sans fioriture. Il cherche à s’appuyer sur les faits, pour dénoncer les usurpateurs et notamment le plus grand d’entre eux : Bonaparte.

Article de fond sur la Révolution française

Barras vécut les débuts de la Révolution comme militaire, au service de la République naissante et fragile, attaquée de toutes parts. Pourtant, sa naissance dorée (il était d’une lignée noble de Provence) ne le prédestinait pas à la bannière tricolore, mais plutôt, aux côtés de La Fayette, à la défense de la fleur de lys. Il a d’ailleurs servi dans l’armée de Louis XVI, défendant les intérêts français au bout du monde.

Lorsque la révolution commença, il était lieutenant de réserve, sans attirance particulière pour un camp ou pour un autre. Il semblait s’ennuyer. Il semble choisir son camp par défaut : ce fut celui des révolutionnaires (c’était sans doute plus prudent), peut-être en raison de ses accointances avec Mirabeau. Il choisit même sa branche la plus extrême : Il œuvra aux côtés des Montagnards, notamment au club des Jacobins, pour la mort du Roi.

La Convention (l’assemblée nationale) lui confia la reprise de Toulon aux Anglais. Ce succès lui valut le grade de Général. Barras, à cette occasion, rencontra Bonaparte. Il ne put s’empêcher de dénoncer l’opportunisme du jeune artilleur corse prêt à tout pour se faire remarquer des puissants. Il minimise, dans ses mémoires, son rôle lors du siège de Toulon.

Dès sa première rencontre avec moi, je fus frappé de son activité. Ses prévenances dans son service me disposèrent favorablement pour lui. Les liaisons se forment promptement dans une vie de périls partagés : je m’empressai de satisfaire le jeune Corse surtout ce qu’il réclamait et ce qui l’intéressait personnellement. J’apaisai les préventions de Saliceti ; je lui donnai, devant tout le monde, des preuves de ma bienveillance, et l’autorisai à achever la construction de sa batterie. Mémoires de BARRAS

Pour Barras, le vrai héros de Toulon ne fut pas le capitaine surexcité mais plutôt le général Dugommier.

Bonaparte donna quelques preuves de son talent militaire qui commençait à se développer, mais il n’agit que secondairement dans cette circonstance. Je le répète, le véritable « preneur » de Toulon, c’est Dugommier. Mémoires de BARRAS

Il rentra à Paris sûr du devoir accompli. Auprès de la convention, ce fut un triomphe ! Mais, face Comité de salut public (le pouvoir exécutif) dominé alors par Robespierre, il en fut tout autre. Avait-on peur de ce général si populaire ?

Barras avait vécu les débuts de la terreur dans le sud. Aussi, le choc fut-il violent à son retour à Paris. Dans ses mémoires, il dénonce très tôt les excès de cette Terreur. Il s’allia alors à Danton (le plus modéré avec Desmoulins des Montagnards) pour tenter de faire fléchir l’Incorruptible Robespierre. Il décrit une rencontre terrible avec Robespierre, au cours de laquelle, son interlocuteur reste figé, inexpressif et muet, inflexible. Aussi, rien n’y fit. Danton fut arrêté (avec Desmoulins) et guillotiné. Barras risqua d’être entraîné dans la chute, mais finalement parvint à sauver sa tête. Les têtes tombant par milliers, Barras estime arrivé le temps de la modération : Et ce fut à ce moment-là qu’il fut le plus grand : il fut l’artisan (avec d’autres comme Fouché et Tallien) de la chute, le 27 juillet 1794, du monstre Robespierre alors tout-puissant, mais surtout emporté par son délire paranoïaque, coupant la tête à tout ce qui n’était pas enragé. La France doit à Barras ce retour là la raison et beaucoup de Français, leur tête. Ce fut Barras qui prit l’hôtel de ville de Paris où s’était réfugié le père la vertu et son acolyte Saint-Just. Robespierre finit la mâchoire arrachée par son propre pistolet. On la rafistola à la hâte avec un bout de linge et ce fut la tête enturbannée que Maximilien se présenta face Sanson devant la guillotine.

La fin de la terreur ne régla pas tous les problèmes pour Barras devenu entre temps président de la convention. L’extrême gauche était anéantie mais alors se lèva l’extrême droite royaliste qui rallia des partisans et organisa une insurrection parisienne. Comme à Toulon, Bonaparte qui n’était jamais très loin des grands hommes, proposa ses services pour mater le peuple en colère. Ce fut un massacre mais la république était (encore) sauvée. Barras organisa le nouveau paysage politique de la France : le directoire naquit le 31 octobre 1795 sur les cendres de la terreur et du soulèvement royaliste.

Barras était alors à son apogée. Pendant 4 ans, il lutta contre les incessantes poussées royalistes. Sur proposition de madame de Staël, il mit en selle l’évêque d’Autun (Talleyrand) qui deviendra le ministre des affaires étrangères de l’Empire et de la Restauration. Bonaparte continua à intriguer, courtisant l’une de ses grandes d amies : Joséphine de Beauharnais, une veuve volage. Barras finit par les marier et confier au jeune général corse l’armée d’Italie avec pour mission de pour repousser les Autrichiens. Là encore, Bonaparte est présenté comme profitant des victoires des autres, s’attribuant un peu vite les succès. Barras critique plus encore le rôle que Bonaparte lors de la campagne d’Égypte : « terre plus facile à envahir qu’à conserver ». Le retour du général (qui a abandonné son armée et n’a pas respecté la quarantaine de rigueur) fut délicat. Bonaparte se rapprochait e Sieyes et de Bernadotte pour fomenter un coup d’Etat avec l’aide de ses frères Joseph et Lucien très actifs. Le 18 brumaire sonne le glas du Directoire et de Barras qui démissionna et se fit oublier.

L’empereur, qui lui devait tout, l’exila en 1810 à Rome puis le fit interner à Montpellier.

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