russes et turquesLa tension est à son paroxysme entre la Turquie et la Russie. L’intervention voulue par Poutine en Syrie pour soutenir le régime de Bachar-al-Assad irrite au plus haut point Ankara. La violation de l’espace aérien turque par les avions russes n’arrangent rien. Le Président Recep Tayyip Erdogan qui, rappelons-le, dispose de la seconde force armée de l’Otan, a mis en garde Moscou : « nos bonnes relations sont en périls.

La Russie risque de perdre un ami avec lequel elle coopère sur beaucoup de sujets, notamment énergétiques. La Russie a beaucoup à perdre dans cette histoire ». Certes… Mais la Turquie aussi.

Une histoire deux fois centenaire

L’histoire des frictions entre les deux pays est ancienne. L’expansionnisme russe au cours des XVIIIème et XIXème siècles s’est heurté brutalement sur les frontières de l’empire ottoman. Les Tsars, à force de persévérance, ont tout de même fini par pren

dre pied sur les rives nord de la Mer Noire repoussant les Ottomans plus à l’est et vers les Balkans. La guerre de Crimée, en 1850, vit s’opposer les puissances européennes inquiètes à la fois de la déliquescence de l’Empire ottoman et de la montée de la puissance les Russes. Cette guerre fut l’occasion des premiers massacres à l’échelle industrielle et l’inauguration d’un nouveau mode de défense qui allait faire fureur plusieurs années plus tard : la tranchée.

Les Russes et les Ottomans se voyaient comme des protecteurs, respectivement, des Chrétiens orthodoxes et de Jérusalem pour les premiers et des Musulmans pour les seconds. Les Russes portaient en plus l’héritage de l’empire byzantin de Constantinople (actuelle Istanbul), prise par les Ottomans de Mehmet II en 1453. D’ailleurs, le terme « tsar » dérive de « césar », Constantinople étant la seconde Rome, Moscou la troisième. La Russie, repoussée à l’est par le corps expéditionnaire franco-britannique, se vit amputer d’un accès aux mers chaudes et aux lieux saints, qu’elle cherche, depuis, à récupérer.

Le temps des génocides

La campagne russe dans le Caucase et autour de la Mer Noire fut à l’origine de nombreux massacres de populations musulmanes d’origine turques. En 1864, par exemple, les forces russes ont organisé le premier génocide de l’histoire après avoir conquis les terres autour de l’actuelle Sochi sur la mer Noire. Des dizaines de milliers de Circassiens ont été tués et bien d’autres sont morts lors de l’exil forcé, de froid et de privation. La moitié des Circassiens seraient morts. Aujourd’hui, 5 millions de turques se réclament de cet héritage sanglant connu sous le nom de « Nettoyage ethnique des Circassiens ».

Au début de la première guerre mondiale ce fut autour des Turques de sombrer dans le cauchemar génocidaire : les Arméniens, des chrétiens orthodoxes, en firent les frais. Ces derniers étaient alors installés dans la partie est de la Turquie, ce qui, aux yeux des Ottomans, représentait une menace, une cinquième colonne Russe au cœur de leur territoire.

L’épicentre du génocide fut constaté à Constantinople, en 1915, où des milliers d’Arméniens furent abattus, violés, exilés. On estime à 5 millions le nombre de morts entre 1914 et 1922. Certains y échappèrent et s’installèrent sur les terres qui constituent aujourd’hui l’Arménie. Au nettoyage circassien répondit donc le génocide arménien.

La naissance des nationalismes

Au XIXème siècle, la Russie joua un rôle majeur dans la constitution des nationalismes orthodoxes dans la partie est de l’Europe et les Balkans jusque-là dominée par les Ottomans. La Russie agita les mouvements de libération, en Grèce, en Serbie en en Bulgarie. La compétition était alors rude avec l’empire austro-hongrois qui dominait l’Europe centrale. La première guerre mondiale ne fut que la conséquence de cette rivalité, l’héritier du trône de l’empire austro-hongrois fut assassiné par un Serbe. Le jeu des alliances entraîna la Russie aux côtés de la Serbie et l’Allemagne aux côtés de l’Autriche-Hongrie. La France et l’Angleterre, qui avaient un traité d’alliance avec la Russie, entrèrent dans le bal infernal. Bien évidemment, les Ottomans ne pouvaient se ranger qu’aux côtés des empires centraux pour combattre, encore et toujours, leur ennemi Russe.

La carte politique du moyen-orient fut, à l’issue de la première guerre mondiale, dessinée par les Français et les Anglais (accords de Sykes-Picot de 1916, puis traité de Sèvres de 1919), sur les cendres encore chaudes de l’empire ottoman. La Russie était partie prenante, en assurant notamment le mandat sur Istanbul et sur l’est de l’Anatolie.

Avec la révolution bolchevique (1917), certains engagements pris par la grande Russie, tombèrent aux oubliettes de l’histoire. La Russie engagea une paix séparée avec l’Allemagne (traité de Brest-Litovsk de 1917) et se replia sur elle-même, donnant l’occasion au nationalisme turque de Mustapha Kemal d’une seconde jeunesse. Les grands perdants furent les Kurdes et les Arméniens qui perdaient leur protecteur.

La guerre froide

La Turquie fut un allié précieux (avec l’Iran,) des Américains dans la région. L’Union soviétqiue avait en effet déjà tendu sa toile sur l’Égypte, l’Irak et la Syrie.

DAECH, l’enfant terrible de SYKES et PICOT

Le traité de Versailles (1919), en humiliant l’Allemagne, fut l’un des facteurs de la seconde guerre mondiale. Les accords de Sykes-Picot eurent le même effet sur le moyen orient. DAECH revendique aujourd’hui haut et fort la fin des nationalismes inventés par les Européens et l’effacement de la ligne dessinée en 1916 par le sergent Sykes et le diplomate PICOT dans les sables de Syrie, d’Irak, de Jordanie…

Poutine aujourd’hui marche dans les pas des tsars. La Syrie doit devenir son point de passage aux mers chaudes et Bachar est là pour l’y aider, le cas échéant en piétinant les plate bandes turques.

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  1. […] Poutine et Erdogan. La seconde mi-temps du conflit deux fois centenaire entre la Turquie et la Russi… […]

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Erdogan, Histoire, Russie

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