femme1 Bel Ami, c’est Georges DUROY, un pauvre bougre affamé qui erre dans les rues de la capitale. Nous sommes en 1880. la parenthèse impériale (1852-1870) a été refermée dix ans plus tôt. On fête aussi les dix ans de la Commune de Paris (la première tentative communiste) en accordant l’amnistie aux meneurs encore vivants. La troisième République est installée et on écrit sur les frontons de France « Liberté, Égalité et Fraternité ». Jules Ferry est le Président du Conseil et il continue la laïcisation de la république.

Bel ami de MAUPASSANT

La vie parisienne

Pourtant, le paysage décrit par Maupassant reflète une certaine nostalgie pour l’ancien régime : la bourgeoisie parisienne cherche à se trouver des origines nobles en ajoutant des particules devant les patronymes. (Danton, avant la Révolution, avait fait de même en se renommant D’Anton !). L’argent est omniprésent. C’est l’outil du pouvoir et aussi celui qui donne accès aux plaisirs de la vie parisienne, comme les folies Bergères.. Maupassant n’épargne pas la presse : il la décrit comme un organe assoiffé d’argent. On y cherche à plaire aux lecteurs, peu importe la morale, peu importe la vérité, pourvu que les exemplaires s’écoulent. On y cherche aussi l’ivresse du pouvoir en n’hésitant pas à calomnier, soudoyer pour obtenir des informations.

Bel ami, une crapule de son temps

Bel Ami n’échappe pas à la règle. Il commence tout en bas de l’échelle sociale, crevant la faim, dormant aux heures des repas pour économiser les trois sous d’un déjeuner. Mais sa vie bascule lorsqu’il rencontre FORESTIER, un ancien camarade de régiment, devenu journaliste à La Vie Française. FORESTIER le fait entrer dans le monde de la presse, le monde de requins décrit par Maupassant (n’oublions pas qu’il fut lui-même journaliste). Celui qui n’est alors que Georges DUROY, fils de paysans rudes de Normandie, découvre alors le pouvoir de séduction qu’il exerce sur les femmes.

« Dis donc, mon vieux, sais-tu que tu as vraiment du succès auprès des femmes ? Il faut soigner ça. Ça peut te mener loin. » Il se tut une seconde, puis reprit, avec ce ton rêveur des gens qui pensent tout haut : « C’est encore par elles qu’on arrive le plus vite. » Extrait de Bel-Ami de Maupassant

C’est en usant et en abusant de ses charmes, sans scrupules, sans remords, qu’il gravit les échelons du journal, puis de la société. Il se sert des épouses comme de marchepieds, leur promettant un amour éternel, avant de profiter de leur l’argent. Ses maîtresses lui ouvre les portes de la haute-bourgeoisie dans laquelle il s’y engouffre, côtoyant les ministres. Alors, il les veut toutes, à commencer par madame MARELLE, la meilleure amie des FORESTIER, une femme mariée, bien sûr, qui connait du beau monde et qui aime les plaisirs de la vie et cet homme viril qu’elle veut garder à tout prix : et Dieu sait que Bel Ami lui coûte cher ! Sans délaisser Clotilde (madame MAREL), Georges séduit la veuve FORESTIER après la mort du mari. Cette dernière, une journaliste de talent (la seule dans l’œuvre) lui avait écrit son premier article, alors que Georges ne parvenait pas à aligner deux lignes. Elle lui avait mis le pied à l’étrier. Maintenant il signe ses articles Du Roy de Cantel (il est originaire de Canteleu en Normandie) ! Il l’a suppliciée de l’épouser et voilà qu’il se comporte avec elle comme un mufle, ricanant de « ce cocus de FORESTIER ». Las de cette bourgeoise lettrée, il passe à la Patronne, la femme de monsieur WALTER, le patron de La Vie Française. Elle lui fait gagner beaucoup d’argent et la légion d’honneur. Mais sa femme hérite, alors il exige la moitié de l’héritage, avant de divorcer ! La patronne qui ne lui apporte guère plus grand chose et ne lui suffit plus. Il veut la fille : Suzanne. Un bon moyen de mettre la main sur la fortune des WALTER ! Il la séduit et force le mariage contre l’avis de la famille. Le voilà riche, respecté, une figure qui compte dans la vie parisienne. Il a ce qu’il voulait : le pouvoir et l’argent.

Georges reprit le bras de Suzanne pour retraverser l’église. Elle était pleine de monde, car chacun avait regagné sa place afin de les voir passer ensemble. Il allait lentement, d’un pas calme, la tête haute, les yeux fixés sur la grande baie ensoleillée de la porte. Il sentait sur sa peau courir de longs frissons, ces frissons froids que donnent les immenses bonheurs. Il ne voyait personne, il ne pensait qu’à lui. Lorsqu’il parvint sur le seuil, il aperçut la foule amassée, une foule noire, bruissante, venue là pour lui, pour lui Georges Du Roy. Le peuple de Paris le contemplait et l’enviait. Puis, relevant les yeux, il découvrit là-bas, derrière la place de la Concorde, la Chambre des députés. Et il lui sembla qu’il allait faire un bond du portique de la Madeleine au portique du Palais-Bourbon. Il descendit avec lenteur les marches du haut perron entre deux haies de spectateurs. Mais il ne les voyait point; sa pensée maintenant revenait en arrière, et devant ses yeux éblouis par l’éclatant soleil flottait l’image de Mme de Marelle rajustant en face de la glace les petits cheveux frisés de ses tempes, toujours défaits au sortir du lit. Extrait de Bel-Ami de Maupassant

Le gouvernement craint ses articles, capable de faire tomber les ministères. Et toutes ces femmes qu’il a laissé sur le bord de la route, il s’en fiche les a oubliées, sans scrupules…

Un héros sans morale ce Bel Ami.

Mais ne serait-il pas un auto-*portrait de Maupassant ?

Maupassant, également natif de Normandie, fut lui aussi un modeste employé. Il s’orienta vers le journalisme (Le Gaulois) où, comme DUROY, il connut une fulgurante ascension. Maupassant ne détestait pas l’argent, ni la réussite, ni les femmes auprès desquelles il avait un certain succès.

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Littérature, Philosophie

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