L’Arabie saoudite est la grande responsable de la diffusion du côté obscure de l’Islam, le plus rigoriste, le plus dur : le Wahhabisme. Mais elle n’est pas seule. Les occidentaux, au premier rang desquels les États-Unis, par naïveté, par intérêt mal calculé, ont également leur part de responsabilité. kaba.jpg

Aujourd’hui assise sur un magot de 2000 milliards de dollars, l’Arabie saoudite peut voir venir… Elle peut diffuser lentement mais sûrement son idéologie mortifère à Molenbeeck, à Saint-Denis ou en Syrie.

Les États-Unis, obsédés par le péril communiste pendant les quarante années de guerre froide, ont contribué à fabriquer une bombe à retardement qui aujourd’hui éclate partout en occident.

Retour sur cette histoire qui fait du Wahhabisme l’ennemi public numéro un.

Qu’est ce que le Wahhabisme ?

Le Wahhabisme est un retour aux sources de l’Islam sunnite. Il s’appuie sur les textes sacrés (le Coran et les Hadiths) en excluant toutes les exégètes ou les interprétations ultérieures. Le Wahhabisme tient son nom de Mohammed ben Abdelwahhab, fondateur du courant au XVIIIème siècle. Prêchant dans la péninsule arabique, il s’attachait à dénoncer le culte des idoles et plaidait pour un retour aux sources de l’Islam, l’imitation du Prophète, c’est-à-dire à une liste interminable d’interdits. Contesté par les Notables, il s’allia avec un jeune chef de Guerre, le prince Saoud, avec l’aide duquel il s’imposa. Le Wahhabisme resta toutefois longtemps confiné à la Péninsule.

Au cours de la première guerre mondiale, les Anglais firent le choix des Saoud contre la puissance qui dominait alors le Moyen-Orient : l’Empire ottoman allié à l’Allemagne de Guillaume II. Ce fut une réussite. Lawrence d’Arabie parvint à unir ces tribus arabes et à chasser les Ottomans, laissant le champ libre aux Saoud et à leur associé : le Wahhabisme. On aurait pu en rester là, avec une idéologie assez minoritaire dans le monde musulman. Mais on trouva du pétrole et ça allait changer la donne. En 1932, sur un tapis de pétrodollars, fut fondé le royaume saoudien.

Les États-Unis, premiers supporters du Wahhabisme

La première guerre mondiale montra combien le pétrole était nécessaire à l’expansion de toute société moderne. Ce fut donc naturellement vers l’Arabie que les États-Unis envoyèrent des émissaires. Le Pacte de Quincy (1945) scella l’alliance terrible entre les deux pays : le vers venait d’entrer dans le fruit. Les États-Unis offraient aux Saoud la protection militaire (notamment contre l’Union soviétique alliée à Nasser), en échange d’une exclusivité de l’exploitation pétrolière. Le Pacte allait enrichir de manière obscène le royaume et lui permettre de conquérir, 50 ans plus tard, le monde avec son idéologie nauséabonde. En 1948, le Secrétaire à la Défense John Forrestall annonça : « L’Arabie fait partie de notre zone de défense occidentale ! ». L’Islamisme ne faisait pas encore partie des préoccupations mondiales. Seul comptait la lutte contre le Communisme. On allait le payer très cher. En 1950, le président Truman enfonça le clou : «Toute menace contre votre royaume sera considérée comme une menace pour les États-Unis ». En 1963, Kennedy précisait au Roi Feyçal, qui venait de faire du Wahhabisme la religion du Royaume, que les États-Unis se portaient garant de la sécurité du royaume, engagement confirmé par Carter en 1980. La question des droits de l’homme ne fut jamais ouverte.

Un ennemi du Wahhabisme : le nationalisme arabe.

En Algérie, avec le FLN, mais surtout en Égypte avec le Général-Président Gamal-Abdel Nasser, champion de la laïcité arabe, se fit sentir l’influence communiste. NASSER s’appuyait sur l’Union-Soviétique, présente également en Irak et en Syrie, pour tenter d’unifier le monde arabe. Nasser mit les représentants locaux du Wahhabisme (les frères musulmans) en prison. Ce « panarabisme » allait à l’encontre du Wahhabisme qui souhaitait plutôt utiliser la religion pour unifier les Musulmans. En 1962, le prince Feyçal organisa la première riposte en installant le sommet islamique à La Mecque. Un seul point à l’ordre du jour : daawa wal irchad, c’est-à-dire le prosélytisme. Nasser contre-attaque en invitant les Arabes à libérer Riyad avant de libérer Jérusalem ! Sûr que l’on a, à cette époque, loupé une occasion de freiner l’influence saoudienne et de bâtir une communauté laïque des pays arabes.

La LIM et le WAMY (World Assembly of Muslim Youth)

Et les Américains s’enfoncèrent : financée par la compagnie pétrolière américano-saoudienne ARAMCO, la LIM (ligue mondiale pour l’islam) vit le jour avec un message ouvertement prosélyte, fondé sur des actions de charité. La LIM finança des Mosquées en fournissant l’Imam qui allait avec. Fut également crée en 1970 le WAMY, dans l’objectif de toucher plus spécifiquement la jeunesse et de l’inviter au Djihad.

L’Afghanistan

Et les Américains creusèrent encore. Toujours obsédés par le seul péril rouge, ils encouragèrent, dans les années 80, une soulèvement au cœur de l’Afghanistan communiste. Naquirent ainsi les Talibans, enfants terribles de la politique de Ronald REEGAN. Le Président US, un peu naïf sans doute, voyait en eux des « combattants de la liberté ». Les Saoudiens financèrent l’opération dans laquelle s’engouffra Oussama Ben Laden. Le Wahhabisme venait de sortir de ses frontières.

Le premier retour de manivelle : Al Qaïda

L’Union soviétique disparut en 1989. Restaient les Moudjahidin qui prirent le pouvoir en Afghanistan et leurs camps d’entraînement pour jeunes terroristes. La bombe venait d’éclater à la face américaine ! Ils avaient, par leur naïveté maladive, créé un monstre.

La Oumma (la communauté musulmane) était peu à peu gangrenée par le Wahhabisme, mais il n’était pas question pour les États-Unis de couper son membre fondateur vital pour ses approvisionnement en pétrole.

Lors de la crise Koweïtienne (1991), la famille régnante ne pouvait faire autrement que d’accueillir sur son sol les troupes US. Ben Laden, tout juste rentré d’Afghanistan, eut beau jeu de dénoncer l’attitude du Roi qui ouvrait ainsi les portes du territoire à des mécréants venus faire la guerre à des musulmans. Le vers semé 20 ans plus tôt était devenu un serpent qui allait frapper l’Amérique au cœur.

Le second retour de manivelle : DAESH

Lorsqu’en 2003, les États-Unis de Georges BUSH Junior envahirent l’Irak pour en chasser Sadam HUSEIN, s’installa dans le croissant fertile une domination chiite incarnée par Bachar Al-Hassad en Syrie et Nouri Al-Maliki en Irak, les deux soutenus en arrière-cours par l’Iran Chiite. Les mouvements sunnites, chassés du pouvoir, formèrent alors les premiers embryons de DAESH. L’Arabie saoudite (officiellement des donateurs privés) vit l’occasion de déstabiliser ce petit monde chiite en finançant le groupe de terroristes. Mais l’Arabie peut aussi se brûler avec le feu. DAESH vit dans le Wahhabisme arabe une déviance de l’Islam originel, conduite par une famille régnante à son propre profit. DAESH menaçait maintenant l’Arabie des Saoud ! Le roi FEYCAL envoya alors ses avions, mais il était trop tard.

La porte de sortie

De leur côté, les États-Unis, par l’exploitation des gaz de schistes, atteignent peu à peu l’indépendance énergétique. Une telle indépendance pourrait leur permettre enfin de couper les ponts avec le régime saoudien, particulièrement brutal et générateur du fait islamique. Mais la diffusion non-contrôlée des germes n’a-telle pas déjà rendu difficile tout retour en arrière ?

Les forces kurdes se battent par procuration pour la terre entière. Ce peuple laïque au cœur d’un océan religieux paye les erreurs américaines. Le Bataclan, le Carillon, le Petit Cambodge, La Belle Équipe payent eux aussi la note. Espérons qu’elle ne soit pas trop lourde.

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Joindre la conversation 17 commentaires

  1. […] repose sur une interprétation littérale du Coran et d’autres textes religieux inspirée du Wahhabisme d’Arabie Saoudite. Le Wahhabisme fait partie des mouvements salafistes (le Salaf est […]

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  2. […] diffusion rapide du courant dans la péninsule arabique, devenue aujourd’hui le temple du Wahhabisme […]

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  3. […] ont créé un monstre : ardant défenseurs de la branche la plus rétrograde de l’Islam, le Wahhabisme, ils se voient empêtrés dans leurs contradictions. Ces Djihadistes qui frappèrent sur leur terre […]

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  4. […] cet état de fait ne plu pas aux milieux conservateurs, en particulier religieux (Wahhabites), qui virent dans le contrat Américain, la main mise du Grand-Satan sur le Royaume. A partir des […]

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  5. […] saoudite, comme on le sait, est une monarchie pétrolière sunnite, à tendance Wahabite, dont la puissance financière met en péril les équilibres mondiaux. Depuis la fin de la […]

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  6. […] repose sur une interprétation littérale du Coran et d’autres textes religieux inspirée du Wahhabisme d’Arabie Saoudite. Le Wahhabisme fait partie des mouvements salafistes (le […]

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  7. […] depuis la nuit des temps, les défenseurs de la branche la plus rétrograde de l’Islam : le Wahhabisme. Or, ces djihadistes venus frapper sur leur sol ce revendiquaient de la même obédience sunnite. […]

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  8. […] fut le fondateur du mouvement qui porte toujours aujourd’hui son nom : le Wahhabisme que l’ont peut résumer en deux points […]

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  9. […] rien ne peut se faire sans eux, notamment en ce qui concerne la défense : plus au sud, les Saoud, associés aux religieux wahhabites, ont pris le contrôle de la péninsule arabique (pour instaurer […]

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  10. […] L’Iran, la grande puissance chiite, soutient le gouvernement actuel irakien (chiite), mais aussi Bachar Al-Assad, un alaouite (branche du chiisme) et la rébellion Houthi au Yémen. Au nord Liban et au sud Syrien sévit le Hezbollah, milice chiite qui se bat aux côtés du même Bachar Al-Assad contre DAECH (sunnisme à tendance wahhabite). […]

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  11. […] Revoir la politique étrangère de la France pour endiguer l’influence des régimes wahhabites (Qatar, Arabie saoudite…) […]

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  12. […] was the founder of the movement that still bears his name today: the Wahhabism that have can be summarized in two […]

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  13. […] rampant Hezbollah militia Shiite who fights alongside the same Assad, against DAECH (Sunnism tends Wahhabi ) and alongside Iranian military advisers (Shia […]

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  14. […] cet état de fait ne plu pas aux milieux conservateurs, en particulier religieux (Wahhabites), qui virent dans le contrat Américain, la main mise du Grand-Satan sur le Royaume. A partir des […]

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Islam, Les courants de l'Islam

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