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Une vie MAUPASSANT

Ce premier Roman de Maupassant commence comme une romance de gare, un peu longue, remplie de très belles descriptions du paysage normand, de la nature vivante, sensible.

Jeanne sort du couvent où son père l’avait enfermée, sans doute pour endormir les pulsions de la jeunesse.

Elle a 18 ans et semble très attachée ce père. Elle rejoint le domicile familial, une belle demeure normande accrochée sur les falaises de calcaire qui tombent sur les plages de galets de la Manche.

Une vie de MAUPASSANT

La mer est froide et venteuse. Les promenades succèdent aux promenades, les visages fouettés par les averses normandes. Elle ne connait rien de la vie, trop naïve, trop frêle, trop mièvre. elle a soif de plaisirs, de sensations ; elle idéalise une future relation amoureuse, un prince charmant auquel elle se donnerait tout entière, passive, haletante… Forcément de mauvaise augure.

Et elle se mit à rêver d’amour. L’amour ! Il l’emplissait depuis deux années de l’anxiété croissante de son approche. Maintenant elle était libre d’aimer ; elle n’avait plus qu’à le rencontrer, lui ! Comment serait-il ? Elle ne le savait pas au juste et ne se le demandait même pas. Il serait lui, voilà tout. Elle savait seulement qu’elle l’adorerait de toute son âme et qu’il la chérirait de toute sa force. Ils se promèneraient par les soirs pareils à celui-ci, sous la cendre lumineuse qui tombait des étoiles. Ils iraient, les mains dans les mains, serrés l’un contre l’autre, entendant battre leurs cœurs, sentant la chaleur de leurs épaules, mêlant leur amour à la simplicité suave des nuits d’été, tellement unis qu’ils pénétreraient aisément, par la seule puissance de leur tendresse, jusqu’à leurs plus secrètes pensées. Et cela continuerait indéfiniment, dans la sérénité d’une affection indescriptible.Et il lui sembla soudain qu’elle le sentait là, contre elle ; et brusquement un vague frisson de sensualité lui courut des pieds à la tête. Elle serra ses bras contre sa poitrine, d’un mouvement inconscient, comme pour étreindre son rêve ; et sur sa lèvre tendue vers l’inconnu quelque chose passa qui la fit presque défaillir, comme si l’haleine du printemps lui eût donné un baiser d’amour. Une Vie de MAUPASSANT

Heureusement, le vicomte Julien de Lamare vient mettre un peu de piquant dans cette vie trop réglée, étouffée par les bonnes manières. Voilà de quoi échauffer les sens top longtemps empêchés de l’héroïne, saisie d’un coup de passion pour cet homme miraculeux. Sans doute trop affamée d’amour, va-t-elle un peu trop vite se jeter dans ces bras désirables :

Alors elle s’aperçut qu’elle n’avait plus rien à faire, plus jamais rien à faire. Toute sa jeunesse au couvent avait été préoccupée de l’avenir, affairée de songeries. La continuelle agitation de ses espérances emplissait, en ce temps-là, ses heures sans qu’elle les sentît passer. Puis, à peine sortie des murs austères où ses illusions étaient écloses, son attente d’amour se trouvait tout de suite accomplie. L’homme espéré, rencontré, aimé, épousé en quelques semaines, comme on épouse en ces brusques déterminations, l’emportait dans ses bras sans la laisser réfléchir à rien. Une Vie de MAUPASSANT

Mais bien vite elle déchante face aux assauts brutaux du mâle qui se dévoile lors de la soirée de noce ! Un voyage en Corse semble pourtant lui redonner espoir. Mais le mâle reprend le dessus et chasse le romantique. Le Vicomte est avare, égoïste, violent et volage… Jeanne subit, comme le veut l’époque, cette vie d’épouse soumise.

Oui, c’était fini d’attendre. Alors plus rien à faire, aujourd’hui, ni demain ni jamais. Elle sentait tout cela vaguement à une certaine désillusion, à un affaissement de ses rêves. Elle se leva et vint coller son front aux vitres froides. Puis, après avoir regardé quelque temps le ciel où roulaient des nuages sombres, elle se décida à sortir. Étaient-ce la même campagne, la même herbe, les mêmes arbres qu’au mois de mai ? Qu’étaient donc devenues la gaieté ensoleillée des feuilles, et la poésie verte du gazon où flambaient les pissenlits, où saignaient les coquelicots, où rayonnaient les marguerites, où frétillaient, comme au bout de fils invisibles, les fantasques papillons jaunes ? Et cette griserie de l’air chargé de vie, d’arômes, d’atomes fécondants n’existait plus. Une Vie de MAUPASSANT

Seul l’abbé TOLBIAC tente de lui ouvrir les yeux : étonnante cette invitation à la rupture venant du curé fanatique ! Le Vicomte lui fait un enfant, une belle éclaircie dans cette triste vie de Jeanne qui semblait vouée à l’obscurité du mariage. Une fois de plus, elle est déçue par ce fils Paul qui la considère bientôt comme un tiroir-caisse, avant de la rejeter. Le Vicomte a réussi à éteindre le feu qui couvait en elle. Elle n’est plus que braises malheureuses, étouffées par les cendres de la la tradition.

C’est finalement loin du carcan bourgeois que Jeanne trouvera un peu de lumière : sa sœur de lait Rosalie la prend sous son aile.

Mais la jeune femme, indignée, se révolta. « Quant à cela, jamais. C’est ma sœur de lait, cette fille ; nous avons grandi ensemble. Elle a fait une faute, tant pis ; mais je ne la jetterai pas dehors pour cela : et, s’il le faut, je l’élèverai, cet enfant. Alors Julien éclata : « Et nous aurons une propre réputation, nous autres, avec notre nom et nos relations ! Et on dira partout que nous protégeons le vice, que nous abritons des gueuses ; et les gens honorables ne voudront plus mettre les pieds chez nous. Mais à quoi penses-tu, vraiment ? Tu es folle ! ». Elle était demeurée calme. « Je ne laisserai jamais jeter dehors Rosalie ; et si tu ne veux pas la garder, ma mère la reprendra ; et il faudra bien que nous finissions par connaître le nom du père de son enfant. » Alors il sortit exaspéré, tapant la porte, et criant : « Les femmes sont stupides avec leurs idées ! » Une Vie de MAUPASSANT

Elle l’invite à briser ses chaines, couper les ponts avec ce fils ingrat et vivre une seconde vie de femme avec sa petite-fille, que Paul a eue avec une prostituée.

« La vie, voyez-vous, ça n’est jamais ni si bon, ni si mauvais qu’on croit. » Une vie de MAUPASSANT

Il y a de tout dans une vie, le meilleur côtoie le pire. On attend des choses merveilleuses, un mariage féerique et on subit une vie d’épouse trahie et soumise. Puis, lorsque tout semble perdu, surgit l’espoir, comme une renaissance !

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