Ça c’est passé il y a bien des siècles, très loin d’ici, dans un pays de neige, brûlé par le soleil du nord. Buqqa, le Créateur, dans sa grande miséricorde, a choisi son Messager, son représentant sur terre. C’était un humble parmi les humbles. cropped-img_5111.jpg

Il s’appelait Naqi, Personne ne l’a connu, personne ne sait à quoi il ressemblait. Il n’avait ni père, ni mère. On ne sait où il a vécu. Tout ce qu’on sait de lui est qu’il fut le Messager (que Yéhva le préserve). Des hommes mystérieux l’entouraient. Ils étaient habillés de noir, le visage fermé derrière une barbe épaisse. Naqi (Dieu le bénisse) leur a confié le Livre, les paroles mêmes de Yéhva. Ces lignes couchées sur un vieux papyrus avaient été écrites par la main analphabète de Naqi (Dieu le préserve). Elles disaient le bien ; elles disaient le mal. Tout écrit antérieur ou postérieur devait être effacé, brûlé, déchiré. Car la vérité ne pouvait être qu’une. On ne pouvait à la fois être blanc ou noir. Le Livre était l’œuvre définitive, la loi, la morale, la justice. A la mort de Naqi (Dieu soit avec lui), les Mystérieux, comme on les appela, diffusèrent son Enseignement. Ils étaient les seuls à avoir connu le Messager et bénéficiaient d’une aura ravageuse, aidée parfois par le glaive.

Le crépuscule des Idoles

Ça c’est passé il y a bien des siècles. On brûla les anciennes idoles adorées depuis de générations par les ancêtres. On jeta au feu les mécréants pour les sauver. Car Yéhva était un Dieu d’une bonté infinie. Il donnait la clé de la Vallée des Justes à quiconque entrait dans sa maison, acceptait son Enseignement. Sa bonté allait jusqu’à la purification des âmes rebelles, celles qui, par faiblesse ou ignorance, restaient attachées aux anciens cultes, aux anciennes traditions. Nul égarement n’était définitif. Les brebis perdues étaient ramenées dans le troupeau, par la parole ou par le feu. Nul n’était laissé sur le bord du chemin.

La prière comme entretien de la Foi

Ça c’est passé il y a bien des siècles. Mais le Livre régit toujours nos vies. Personne n’a jamais vu le Messager mais tout le monde sait qu’il a existé, qu’il a été le représentant de Dieu sur terre et qu’il a écrit ce Livre sous la dictée de Yéhva. Et pour être sûr que l’on n’oubliât pas, le Livre prescrit à chaque fidèle 7 prières par jour, pour le souvenir, pour la soumission au bon vouloir de Yéhva :  » Buqqa est puissant et Naqi est son Messager « , doit-on répéter, plié devant l’autel pour entretenir la bonne foi. Sept occasions de rendre à Yéhva l’hommage qu’il mérite. Pauvres créatures que nous sommes, nous lui devons bien.

La formation comme vaccin contre la Mécréance

Les enfants, dès le plus jeune âge, sont immergés dans l’Enseignement de Yéhva. Ils ne lisent que le Livre, ne connaissent que le Livre. Ils ne peuvent ainsi s’égarer sur d’autres chemins ; ils sont vaccinés contre toute forme de déviance. Pour eux, il n’y a qu’un monde, le Nôtre, celui de Yéhva. Ils ne peuvent critiquer l’Enseignement de Naqi, car ils n’ont aucune autre référence. Comment un aveugle de naissance pourrait-il ainsi se figurer une couleur ? Il ne pourrait pas. Il en va ainsi de notre jeunesse. Au delà de leur foi, il n’y a rien. Ils ne peuvent même pas se figurer la mécréance, comprendre cette vie odieuse en dehors des sentiers de Yéhva.

Cette jeunesse deviendra gardienne de la foi. Car l’Enseignement est fondé sur le par-cœur. Car Yéhva préfèrent les têtes bien pleines aux têtes bien faites, ces têtes qui réfléchissent, cherchent à comprendre et finissent, pour leur plus grand malheur, par désobéir. C’est donc pour leur bien que nous leur supprimons tout esprit critique en bourrant les crânes de litotes divines et des vers sacrés.

Le plaisir comme incarnation du Malin

Ça c’est passé il y a bien des siècles. Pour espérer la Vallée des justes, il faut respecter la Loi ; celle du Livre. Toute tentation terrestre est un péché ! Le plaisir, le désir doivent être repoussés au delà des frontières de notre esprit, car elles sont autant d’incarnations du Malin. Naqi nous a appris à rejeter la beauté, la cacher sous les barbes disgracieuses ou un épais tissus noir pour qu’elle ne nuise pas à notre Foi. Notre esprit doit être habité par le Créateur et seulement par le créateur. La femme ainsi doit être dissimulée. Car instrument du Malin, elle cherche à nous ensorceler, à réveiller nos sens, nos instincts les plus vils. Notre vie sur terre doit être éteinte, sobre, soumise à Yéhva, courbée devant l’autel, le crâne usé par les lames du plancher. Yéhva a voulu cela, une domination complète de sa créature, pour qu’elle soit accomplie. Une vie morte pour préparer le passage vers la vallée des Justes. La souffrance plutôt que le plaisir des corps, la douleur plutôt que la volupté, le fouet plutôt que l’insupportable jouissance.

Le pèlerinage comme preuve de la soumission

Ça c’est passé il y a bien des siècles. Le pèlerinage au lieu saint de la maison de Naqi est une offrande de Yéhva. Il doit se faire dans la souffrance, le vent glacé du désert de glace. Maintes fois vous devrez vous y rendre. Votre âme sera ainsi un peu plus attachée par des liens solides à l’esprit du Créateur. Ce but ultime de la vie sera votre adoration des reliques sacrées, ce monceau d’os qui un jour lointain fut le Messager, ce morceau d’étoffe dans lequel il fut enveloppé, ces saintes sandales qui accueillirent les divines orteils et ce bonnet qui réchauffa les divines oreilles.

Une vérité

Ça c’est passé il y a bien des siècles. Cette vielle histoire passée de bouches à oreilles, ces récits du nord, ces fables imaginaires, ces comtes éphémères sont arrivés jusqu’à nous. Treize siècles de scribes ont su diffuser la bonne parole : la vérité. Les Mystérieux nous l’on dit et eux, ils savaient. L’Enseignement, c’est le bonheur, une joie sobre, dépouillée d’excès, une adoration complète, un abandon de soi, une offrande, un étouffement de nos désirs, un renoncement aux plaisirs simples de la vie. Yéhva est notre Dieu et Naqi est son Messager.

Circuler, il n’y a rien à voir

Le doute peut tenter de pénétrer les esprits faibles. La science en particulier est dangereuse. Instrument du Malin, elle peut attirer les âmes fragiles sur des falaises dangereuses. Chercher à remettre en question l’Enseignement de Naqi est le pire des péchés. Le Livre explique le monde, sa genèse, son but. Il en est ainsi. Aucune observation, aucun calcul, aussi perfectionnés soient ils, ne peuvent être retenus comme preuve. Les voies du Créateur sont impénétrables, elles ne peuvent être expliquées par des outils humains, des yeux humains, une science humaine. Si Naqi a écrit que la Terre est cubique, c’est qu’elle est cubique ! Et que ceux qui prétendent qu’elle est sphériques périssent en enfer !

La révélation au monde

L’exemple de Naqi doit être un modèle. La diffusion de son savoir est le devoir du fidèle. Le monde entier doit répondre à Yéhva. Car nul ne peut s’opposer indéfiniment à son Enseignement, vivre dans le péché, entacher la terre de son existence incrédule, polluer les chemins du savoir. L’homme qui se respecte est soumis à Buqqa. Celui qui ne le respecte pas n’est donc pas un homme. Il doit être humanisé ou détruit.

Le fidèle qui donne sa vie pour répandre la Foi sera récompensé. Un trône lui sera réservé dans la Vallée des Justes. Des fruits en abondance, des caramels mous, un infini festin, rien ne lui sera refusé. Plus la mort sera violente, plus la récompense sera élevée. Des chairs collées sur les murs, des os pulvérisés, les hémoglobines mécréantes coulant dans les caniveaux, les crânes défoncés voilà le chemin du fidèle.

Une fiction

Tout ceci n’est que fiction. Une fiction bien ficelée au service de quelques-uns. Cela fait des siècles que ça fonctionne, que l’on tue par amour de son prochain. Rien de mieux qu’une religion pour distiller la haine au nom de la miséricorde.

Dostoïevski avait écrit dans Les frères Karamasov que si Dieu n’existait pas alors tout serait permis. Il pensait ainsi que la religion était le gardien d’une bonne morale. En fait, c’est parce que Dieu existe que pour certain tout est permis, les crimes les plus odieux, aveugles, aléatoires.

Parce que Dieu existe, alors tout est permis

Yévha est notre Dieu et Naqi est son Messager.

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