2084Je venais d’achever 1984, le classique de Georges ORWEL (1949), lorsque mon regard tomba sur la pile des nouveautés de la Fnac au sommet de laquelle figurait le livre de Boualem SANSAL : 2084 ! Étrange. La préface rapidement parcourue montrait clairement que l’auteur revendiquait la filiation. 2
084 est la suite de 1984.

1984 décrivait un monde dans lequel une dictature avait atteint un degré de perfection, de raffinement tels qu’il en devenait effrayant. Big-Brother contrôlait tout, savait tout.

1984 de Boualem SANSAL

 

 

Dans 1984, il s’agissait, même si l’auteur ne le disait pas clairement, d’une dénonciation du communisme lorsqu’il était mis en musique par les Soviétiques. L’homme n’existait plus. Il était un simple rouage d’un mécanisme qu’il ne comprenait pas. Il faisait partie d’un tout dont la survie était l’unique priorité. Tout le monde surveillait tout le monde. Pour asservir le peuple, on simplifiait la langue à outrance. La Novlang ainsi créée ne permettait plus de formuler d’idées et vaccinait les hommes contre toute volonté de rébellion. On effaçait le passé pour éviter la nostalgie de temps meilleurs. Même si le malheur était généralisé, on persuadait le peuple qu’il était dans le meilleur des mondes. On maintenait un état de guerre permanent contre un ennemi invisible pour fédérer le peuple derrière l’image de son protecteur : Big-Brother.

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Boualem SANSAL

2084 se passe donc 100 ans plus tard. Un autre illuminé, Abi, a mis en place une dictature encore plus parfaite. C’est la religion qui cette fois-ci emprisonne les consciences. Chaque prise de parole doit être ponctuée du « Yölah est grand et Abi est son messager ». On le voit, Boualem SANSAL dénonce, de manière à peine voilée, les théocraties islamiques du Moyen-orient. Abi a recours aux mêmes outils pour verrouiller le peuple, simplification de la langue, état de guerre perpétuelle, endoctrinement dès le plus jeune âge, multiplication des milices, des espions, table rase du passé et surtout un seul texte de loi : le Gackbul. Le peule doit être soumis et pour cela être terrorisé. Chaque fidèle doit se sentir espionné, noté, évalué sur son fanatisme religieux. Les 11 prières quotidiennes sont autant de rappel à l’ordre, d’occasions d’enfoncer les clous dans les têtes rebelles. Toutes les valeurs sont inversées (comme dans 1984) : la guerre, c’est la paix ; le mensonge, c’est la vérité ; la mort c’est la vie… Malgré la souffrance et l’exploitation généralisées, le peuple doit se croire heureux, être convaincu que Yölah et Abi œuvrent pour son bonheur. Et l’ultime étape du bonheur, c’est de mourir en martyre !

2084 est un livre qui met en garde contre les dérives fondamentalistes ; un livre très bien écrit qui mérite les prix qu’il a obtenu.

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