cabu4VOLTAIRE aurait été Charlie. C’est une évidence, tant son œuvre, prérévolutionnaire, est bercée par les valeurs de tolérance, de laïcité et de liberté d’expression. Il est, avec ROUSSEAU, l’un des inspirateurs des grandes figures de 1789 : Camille DESMOULINS, SAINT-JUST, DANTON ou ROBESPIERRE portaient sans doute sur eux le Contrat Social et le Traité sur la Tolérance.


VOLTAIRE le déiste

Pour comprendre la laïcité de VOLTAIRE, il convient, dans un premier temps, de le situer sur le plan spirituel. Contrairement à ce que l’on croit trop souvent, VOLTAIRE, pourfendeur de curés, meilleur ennemi de Jésuites et des protestants, n’était pas athée, comme ses contemporains d’HOLBACH ou DIDEROT. Il n’était pas non-plus accroché aux dogmes dominants de son époque, chrétiens ou protestants. Il était, à l’instar d’un Helvétius ou d’un Spinoza, déiste : c’est-à-dire qu’il croyait fermement en un être supérieur, inaccessible à l’esprit humain, qui aurait donné l’impulsion initiale.

L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer Que cette horloge existe et n’ait point d’horloger. VOLTAIRE

VOLTAIRE, constatant que la démonstration de l’inexistence de DIEU était tout aussi impossible que la démonstration de son existence, préféra rester dans le doute. Enfin, pas tout à fait : la contemplation de la nature, la constatation du merveilleux ordonnancement de l’Univers (le COSMOS en grec), le fit accepter l’idée de l’existence d’un être supérieur. Cet être, inaccessible à l’homme, aurait ensuite laissé l’histoire du monde se dérouler selon de grandes lois qu’il aurait réglées tel un horloger, en ne se préoccupant plus de son œuvre : il aurait doté l’homme du libre arbitre, lui laissant le soin de choisir entre le bien et le mal.

Un DIEU architecte

Le Dieu de VOLTAIRE est donc un grand architecte. Il est semblable à celui présenté par Trinh Xuan Thuan, le célèbre astrophysicien qui, dans sa mélodie secrète, constatait que le fonctionnement de l’univers est réglé par quelques constantes fondamentales (la vitesse de la lumière, la constante de gravitation universelle, la constante de Planck, la masse et la charge de l’électron,…). Une petite modification infinitésimale de ces constantes rendrait en effet notre univers stérile. Trinh Xuan Thuan, en montrant que la probabilité d’obtenir par hasard le bon réglage est incroyablement faible, en déduit l’existence d’un régleur (ou d’un Dieu si l’on préfère ce vocabulaire).

Un DIEU inaccessible

Ce Dieu n’est pas celui des Chrétiens (ni des Musulmans ou des Juifs). Il est insaisissable, inaccessible à l’homme. VOLTAIRE a eu beau « interroger la nature, elle est restée muette ». Dieu n’est certainement pas de forme humaine, l’homme n’étant qu’un petit morceau de sa création. VOLTAIRE s’inscrit donc dans la lignée de DESCARTES qui, en énonçant son principe d’inertie, montrait que tout effet à une cause. Pour VOLTAIRE, comme pour Aristote avant lui, Dieu n’est finalement que la cause première, le premier moteur immobile, celui qui a allumé la première allumette du big-bang. Un tel Dieu ne peut être moralisateur ! Mais il n’est pas que ça.

Un DIEU à la SPINOZA

Dieu pour SPINOZA est partout et est cause de tout. Il se confond avec la nature. Celui de VOLTAIRE n’est pas très éloigné. Il ne porte pas de barbe blanche et n’a donc rien à voir avec celui présenté dans les textes saints. Dieu est le grand tout, il englobe tout, de la pierre au papillon, de l’éléphant à l’homme. L’homme ainsi perd son statut privilégié que lui avait donné l’ancien Testament. Nul doute que VOLTAIRE en agaça certains…

Un DIEU pas forcément très bon

Dans Candide, VOLTAIRE tacle la vision béate et naïve de LEIBNIZ qui affirmait que DIEU avait créé le meilleur (et aussi le seul) monde possible. LEIBNIZ répondait à Saint-Augustin qui dès le quatrième siècle, se demandait pourquoi le mal existait dans un monde créé par Dieu infiniment bon et ignorant du mal.

Candide constate en effet au cours de ses voyages les horreurs de la nature (par exemple le tremblement de terre de Lisbonne qui fait plus de 30 000 morts, la plupart innocents) et interroge à ce propos PANGLOSS, disciple de LEIBNIZ, qui lui répond invariablement que le monde tel qu’il est le meilleur des mondes possibles. C’est parce que nous n’avons pas une vue globale de l’Univers que nous croyons voir du mal. Nous avons le nez trop collé sur la toile de maître : nous voyons des pâtés informes de gouaches, alors qu’un peu de recul nous permettrait de voir le chef-d’œuvre dans son ensemble.

VOLTAIRE, bien entendu, s’oppose à cette vision du monde.

VOLTAIRE contre le fanatisme

Comprendre le DIEU de VOLTAIRE permet de mieux saisir son combat contre le fanatisme, sous toutes ses formes (même s’il s’en prend surtout à l’église chrétienne). Il condamne les fanatismes sous toutes leurs formes, en les assimilant à des tyrannies, des prisons intellectuelles qui suppriment l’esprit critique des individus qui les hébergent.

Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage :

c’est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l’esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu’ils doivent entendre.

Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant?

Lorsqu’une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. J’ai vu des convulsionnaires qui, en parlant des miracles de saint Pâris, s’échauffaient par degrés parmi eux: leurs yeux s’enflammaient, tout leur corps tremblait, la fureur défigurait leur visage, et ils auraient tué quiconque les eût contredits. VOLTAIRE dictionnaire philosophique.

Ce texte, d’une incroyable actualité, permet de comprendre la démarche d’un fou de Dieu lorsqu’il égorge un innocent : il n’a que faire des lois humaines, bien inférieures aux lois divines. La justice des hommes est pour lui le reflet de la bassesse, un blasphème, une injure à la seule vérité qui vaille : celle du texte sacré.

Ce sont presque toujours les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains; ils ressemblent à ce Vieux de la montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu’ils iraient assassiner tous ceux qu’il leur nommerait. Voltaire dictionnaire philosophique

Là aussi le parallèle avec la situation que nous vivons aujourd’hui est frappante ! En effet, il est rare de voir un Vieux de la montagne, un Ben LADEN par exemple, se faire exploser sur la place du marché. Il envoie à sa place des jeunes, des enfants, des femmes qui bien sûr ne verront jamais le paradis promis…

VOLTAIRE et la liberté d’expression

On ne peut ici résister à la célèbre citation qui résume, à elle seule, sa philosophie sur ce sujet (même s’il semble que ladite citation ne soit pas de lui)

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. »

VOLTAIRE est donc le précurseur, avec d’autres, des articles 18 et 19 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen

Article 18

Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.

Article 19

Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit.

VOLTAIRE et la laïcité

VOLTAIRE prône la bienfaisance. Il pense que les religions sont les ferments des guerres, car elles dressent les groupes d’individus les uns contre les autres. Regrette-t-il le temps enchanté des polythéismes, lorsque des milliers de dieux (sans majuscules donc) peuplaient le monde, lorsqu’à chaque inauguration de rond-point on créait une divinité de plus, lorsque les armées romaines conquérantes absorbaient les cultes des peuples soumis ? Sans doute. La guerre de religion alors n’existait pas. Le monothéisme, en inventant le Dieu unique, nia le Dieu des autres, le qualifiant de païen, le dénigrant, condamnant ses adeptes à une conversion ou une mort certaine ! Le prosélytisme est pour VOLTAIRE un poison qu’il faut combattre. Et pour cela, il propose de recourir au bon mot, au pamphlet. En cela VOLTAIRE est CHARLIE.

Pour cet effet, je leur conseille d’abord de jeter dans le feu la Gazette ecclésiastique et tous les autres libelles qui ne sont que l’aliment de la guerre civile des sots.

Ensuite chacun de nos frères, soit théiste, soit turc, soit païen, soit chrétien grec, ou chrétien latin, ou anglican, ou scandinave, soit juif, soit athée, lira attentivement quelques pages des Offices de Cicéron, ou de Montaigne, et quelques fables de La Fontaine.

Cette lecture dispose insensiblement les hommes à la concorde.

On ne vendra ni circoncision, ni baptême, ni sépulture, ni la permission de courir dans le kaaba autour de la pierre noire, ni l’agrément de s’endurcir les genoux devant la Notre-Dame de Lorette, qui est plus noire encore.

Dans toutes les disputes qui surviendront, il est interdit de se traiter de chien, quelque colère qu’on soit ; à moins qu’on ne traite d’hommes les chiens, quand ils nous emporteront notre dîner et qu’ils nous mordront.

En un mot

VOLTAIRE, bien sûr, invite à la tolérance et propose de bannir tout prosélytisme. Il veut créer une société civile, séculaire, bâtie sur des valeurs communes à tous les hommes (dont la concorde, l’amour et la bienfaisance). Chaque homme doit respecter son semblable. La liberté des uns doit s’arrêter ou commence celle des autres.

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Joindre la conversation 5 commentaires

  1. […] VOLTAIRE, le premier, puis les révolutionnaires de 1789 ont cherché à attaquer les fondations de l’édifice. A chaque fois, l’Église s’est relevée, le peuple ayant peur de la liberté (lire à ce sujet La Boétie), préférant à l’inconnu, l’habitude rassurante des prêts-à-penser de l’Église. […]

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  2. […] nous allons le voir, et contrairement à ce qu’il annonce en préambule, VOLTAIRE s’adresse bien aux hommes, en dénonçant, avec ironie, les différences dans les pratiques […]

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  3. […]  Voltaire a écrit cet ouvrage à la suite du procès de Jean CALAS, un protestant accusé à tort d’avoir assassiné son fils converti au catholicisme, le 9 mars 1762, à Toulouse. […]

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  4. […] s’inscrivait dans la lignée d’Aristote et de Voltaire, ce dernier écrivant […]

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  5. […] XVII siècle, parait-il, fut « le siècle de Voltaire« . Voilà qui n’est pas très gentil pour ses contemporains : Helvétius, […]

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Laicité, Les lumières

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