L’étymologie grecque du terme devrait indiquer que le syndicalisme a pour objectif de défendre ensemble (sun) la justice (diké), c’est à dire l’intérêt général.

Or, plus que l’intérêt général, il semblerait qu’aujourd’hui le syndicalisme s’oriente vers la défense d’intérêts particuliers, ou plutôt des groupes d’intérêts particuliers de branches professionnelles, sans vision globale, sans de réflexion sur le long terme : la rémunération des heures supplémentaires de Jean-Jacques par-ci, les RTT de Paul par là, les paniers repas ou le régime spécial de Valentine encore ailleurs.

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1936 Le Front Populaire


Du même auteur

Le roman inspiré de MEIN KAMPF racontant l’irrésistible ascension d’HITLER. Le crépuscule des idéaux, la référence sur l’origine du nazisme, vous plonge dans l’Allemagne d’après guerre, tiraillée par les maux du siècle : le péril rouge et la peste brune

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L’histoire du syndicalisme français

On ne court plus derrière la justice : on se retranche dans son pré carré, on se barricade derrière ses avantages acquis (terme moderne qui indique un privilège) que l’on défend avec l’énergie de tous les diables, en invoquant la défense du service public, et ce avec une hypocrisie qui mériterait le prix d’interprétation de Cannes. Et si l’on obtient satisfaction, on enterre la hache de guerre et on se contrefout soudain du malheur d’autrui. En d’autres termes, chacun pour soi.

Les syndicats sont quelque part les héritiers des organisations d’entraide du moyen-âge : les grands chantiers, comme la construction des cathédrales, ont supposé des concentrations ouvrières et naturellement leur fédération. La revendication n’était alors pas le premier point de l’ordre du jour. On mettait plutôt l’accent sur la solidarité dans l’épreuve.

1789 : La Révolution

Les pères de la Constitution de l’an II ont bien pris soin d’intégrer le droit d’association dans la République naissante. La restauration mettra un terme à l’expérience.

XVIII et XIX ème siècles : L’ère industrielle

La première Révolution (1789) avait débarrassé la France des Aristocrates qui exerçaient alors sur le petit peuple, corvéable à merci, un pouvoir sans limite. La nature ayant horreur du vide, une nouvelle classe, jusque-là étouffée, prit le pouvoir  : la Bourgeoisie. Les serfs devinrent des ouvriers et les bourgeois des patrons. Les sans-grades changèrent simplement de maîtres en entrant dans les usines. Cette nouvelle concentration donna naissance aux premières fédérations de travailleurs  :

En 1833, fut créé à Paris de la Bourse Auxiliaire de Prévoyance, dont la vocation était d’aider les ouvriers en cas de chômage ou d’accident de travail. Charles Fourrier ira plus loin avec la création des premières coopératives (les phalanstères).

François Marie Charles Fourier, né le 7 avril 1772 à Besançon (Doubs) et mort le 10 octobre 1837 (à 65 ans) à Paris, est un philosophe français, fondateur de l’École sociétaire, considéré par Karl Marx et Friedrich Engels comme une figure du « socialisme critico-utopique », dont un autre représentant fut Robert Owen. Plusieurs communautés utopiques, indirectement inspirées de ses écrits, ont été créées depuis les années 1830.

Ce nouvel âge de l’asservissement de l’homme par l’homme provoqua deux autres révolutions, bien vite récupérées par les forces en place  :

  • Description de cette image, également commentée ci-après

    Delacroix – la liberté guidant le peuple

    la révolution de juillet 1830 (les Trois Glorieuses), récupérée par les députés monarchiques qui mirent en place une Monarchie constitutionnelle (la Monarchie de juillet) ;

  • la révolte de 1848, qui ouvrit les portes de l’Élysée à Louis-Napoléon Bonaparte.

Les associations ouvrières ont ensuite soient été  combattues, soient récupérées par les pouvoirs en place ; Napoléon III, pendant le seconde Empire (1852-1870), optant pour la première stratégie, avant de se rendre compte de la plus grande efficacité de la seconde : en 1867, il donna aux syndicats un premier statut juridique.

Les Bourses du Travail

La chute de la Commune de Paris, en 1870, vit s’installer une contre-réaction libérale, incarnée par Adolphe Thiers, qui conduisit à une intensification de la lutte contre les syndicats. Il fallut attendre 1884 pour que Waldeck-Rousseau fisse voter une Loi qui de reconnaissance du droit d’association ouvrière. L’expérience parisienne de bourse du travail fut répliquée alors de manière exponentielle (150 bourses en France en 1900).

1895 : La CGT

En 1895, est créée la première fédération indépendante et nationale d’affiliés aux bourses du travail: la CGT (Confédération Générale du Travail). Elle se revendica d’essence communiste révolutionnaire en mettant la lutte des classes tout en haut de son échelle de priorités et en se consacrant à la défense des travailleurs et à l’amélioration des conditions de travail.

1920 : La troisième internationale et le congrès de Tours

La gauche politique était au lendemain de la première guerre mondiale rassemblée dans la SFIO (section française de l’Internationale Ouvrière). Le congrès de Tour allait la voir éclater en trois morceaux :

  1. à l’extrême gauche, la SFIC (ancêtre du PC), les partisans de la troisième Internationale et notamment des 21 points des bolcheviks de Lénine ;
  2. au centre, les pacifistes de Paul Faure,  qui acceptent les 21 conditions sauf :
    • la 17 qui supposerait la fin de leur indépendance ;
    • la 21 qui les conduiraient à la révolution;
  3. à droite, les Socialistes (SFIO) de Léon Blum, qui refusèrent l’adhésion à la IIIème Internationale.

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    Congrès de Tour en 1920

Cette fracture politique entre les réformistes de la SFIO de Blum rejoints par les pacifistes de Paul Faure et les révolutionnaires communistes trouva sa traduction dans le monde syndical : du tronc unitaire de la CGT émane une nouvelle branche : la CGTU (Confédération générale du travail unitaire) à tendance révolutionnaire.

Tout le monde s’y met

Une organisation patronale vit le jour ainsi que des syndicats thématiques, comme la CFTC (1919) qui rassembla les travailleurs chrétiens, qui limita ainsi l’égalité et la justice à sa paroisse.

Le Front Populaire de Léon Blum (1935)

« le pain, la paix et la liberté »

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CGT en 1936

Alors qu’Hitler agitait la plus extrême des droites outre-Rhin, les deux syndicats majoritaires (CGT et CGTU) se réconcilièrent en 1936. Cette force dans l’Union permit d’obtenir la signature la même année des accords de Matignon portant sur :

  • les congés payés ;
  • les 40 heures ;
  • la reconnaissance des délégués du personnel ;
  • les conventions collectives.

La constitution de 1946

Après la parenthèse de l’État français (1940-1944), le conseil national de la résistance (CNR) fit introduire dans la constitution de la IVème République :

  • la reconnaissance du droit syndical ;
  • la liberté de choix ;
  • le droit de grève.

1947 : Force ouvrière

La belle union issue de la guerre se fissura : FO-CGT (force ouvrière) fut créée par des CGTistes plus réformistes que révolutionnaires.

1964 : CFDT

Des ramifications multiples se détachèrent encore des troncs principaux pour donner naissance à de nouvelles organisations plus spécifiques à certaines branches professionnelles :

  • de la CFTC sortit une branche laïque : la CFDT ;

  • de la CGT, poussa un rejeton représentant l’éducation : la FEN (Fédération de l’Éducation Nationale) ;

Apparut aussi la CGC (Confédération générale des cadres).

1968 : De Gaulle et une Révolution manquée

En mai 1968, les différences dans les stratégies des trois syndicats ouvriers majoritaires apparurent au grand jour :

  • la CGT, révolutionnaire, exigea surtout des augmentations de salaire ;
  • la CFDT, plus politique, mit l’accent sur l’organisation sociale du travail ;

  • FO, plus réformiste, n’hésita pas à négocier, notamment avec le patronat.

1974 : Giscard

Avec Giscard sonna  la fin de la récréation. Les trente glorieuses étaient derrière nous. Après la crise pétrolière de 1974, commença une longue période de montée inexorable du chômage. Avoir un emploi devint luxe. Aussi les revendications sociales passèrent-elles progressivement au second plan. Les syndicats perdirent des adhérents.

1974- 2016 – un constat pas très flatteur

(source service public)

La France est le pays de l’OCDE où :

  • le taux de syndicalisation des salariés est le plus bas (8% pour l’ensemble et 5% dans le secteur privé) ;
  • le dialogue social est le moins développé.

La faiblesse des organisations syndicales, leur représentativité contestée peuvent aboutir à des blocages qui font obstacle à la négociation et multiplient les conflits sociaux. C’est pourquoi les pouvoirs publics tentent depuis une dizaine d’années de réformer les règles du dialogue social. Une première étape a été franchie avec la loi du 4 mai 2004 relative à la formation professionnelle tout au long de la vie et au dialogue social. Celle-ci renforce le principe majoritaire, selon lequel une convention ou un accord collectif, pour être valable, doit être signé par des organisations syndicales représentatives de la majorité des salariés concernés. Par cette loi, l’État s’engage en outre à donner la priorité à la négociation collective pour toute réforme législative touchant au droit du travail. Mais ce sont la loi du 31 janvier 2007 de modernisation du dialogue social, puis celle du 20 août 2008 sur la démocratie syndicale qui engagent une réelle réforme du dialogue social.

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représentativité syndicale – source ministère du travail

La réforme du dialogue social

La loi du 31 janvier 2007 de modernisation du dialogue social a instauré un nouveau dialogue social préalables à une négociation collective aux niveaux national et interprofessionnel.

La loi rend obligatoire une phase de concertation avec les partenaires sociaux à tout projet gouvernemental de réforme dans les domaines :

  • des relations du travail ;
  • de l’emploi
  • et de la formation professionnelle ;

dans le but de permettre une négociation.

Le processus se déroule ainsi :

  1. Transmission aux partenaires sociaux « des éléments de diagnostic, les objectifs poursuivis et les principales options  ;
  2. Élaboration par le gouvernement d’un projet de texte;
  3. Consultation, selon le cas, de la Commission nationale de la négociation collective, du Comité supérieur de l’emploi ou du Conseil national de la formation professionnelle tout au long de la vie ;
  4. Élaboration d’un calendrier social partagé entre les acteurs de la négociation.

La réforme de la représentativité syndicale

Private and public sector workers hold CGT union flags as they attend a demonstration over pension reforms in Nice

La loi du 11 février 1950 avait défini les critères de représentativité des syndicats pour signer un accord collectif et l’arrêté du 31 mars 1966 avait établit une liste de 5 syndicats bénéficiant d’une présomption irréfragable de représentativité (que nul ne peut juridiquement contester).

La loi du 20 août 2008 portant rénovation de la démocratie syndicale et réforme du temps de travail vise, dans sa première partie, à renforcer la légitimité des partenaires sociaux et partant celle des accords collectifs. Elle met fin à la présomption irréfragable de représentativité des organisations syndicales. La représentativité s’appuie dorénavant sur :

  • les effectifs d’adhérents et les cotisations,
  • la transparence financière,
  • l’indépendance,
  • le respect des valeurs républicaines,
  • l’influence caractérisée par l’activité,
  • l’expérience et l’implantation géographique et professionnelle,
  • une ancienneté minimale de deux ans et l’audience électorale. Cette dernière se mesure sur la base des élections professionnelles, tous les quatre ans : le seuil de représentativité est de
    • 10% des voix dans les entreprises,
    • 8% au niveau de la branche professionnelle.

Validité d’un accord collectif

Pour être valable, un accord collectif doit être signé par des organisations syndicales représentant au moins 30% des suffrages exprimés au premier tour des dernières élections des représentants du personnel et s’il ne rencontre pas une opposition d’organisations représentant 50% des suffrages.

Transparence des comptes

Les organisations syndicales et professionnelles sont tenues d’établir leurs comptes et d’en assurer la publicité.

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Joindre la conversation 9 commentaires

  1. […] monde va trop vite pour la confédération née il y a plus de 150 ans et qui n’a pas changé de profession de foi depuis. Elle souhaite des règles identiques pour […]

    J'aime

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Histoire de France, Histoire du syndicalisme en France, Syndicalisme

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