Un débat qui aurait manqué s’il n’avait pas eu lieu. En plein conflit sur la Loi Travail, les deux ténors du syndicalisme s’affrontaient dans une joute verbale orchestrée par RTL, sous les auspices de maître DUHAMEL, expert depuis que le monde est monde en politique, et Marc-Olivier FAUGIEL, qui ne m’inspire aucun commentaire.

Article de fond : histoire du syndicalisme en France

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Martinez sur RTL

Laurent BERGER, d’abord, secrétaire général de la CFDT, d’une mollesse un peu coupable. Il prône la discussion, le compromis, l’art de l’équilibre, parfois bancale. Conscient de la singularité de l’époque, il préfère tenir que courir. Avaleur de couleuvres, il refuse la logique de l’affrontement, la guerre de tranchées, cherchant un juste milieu : le bouddha du syndicalisme en quelque sorte. Héritier de la frange réformiste de la gauche (la SFIO de Blum) issue du congrès de Tours de 1920, il est persuadé que la France et les Français doivent accepter une certaine dose de réformes pour affronter la compétition internationale. Il cite Renault, Smart, entreprises dans lesquelles les salariés ont accepté de renier certains avantages en échange de la pérennité de l’emploi. Ces entreprises sont en effet sorties de l’ornière et ont repris l’embauche. Pour lui, le pouvoir politique n’est plus, comme au XIXème siècle de Marx, l’expression de la classe dominante.

Philippe MARTINEZ, enfin. Le secrétaire Général de la CGT, héritier de la frange la plus radicale de la gauche révolutionnaire, un Montagnard, Marat plutôt que Brissot, Thorez (voir en fin d’article) plutôt que BLUM ! Il aurait signé à coup sûr en 1921, à l’occasion de la IIIème Internationale, les 21 points de Lénine. Si on m’avait demandé de dessiner un syndicaliste, j’aurais dessiné Philippe MARTINEZ. Un syndicaliste pur jus, un homme qui revendique, et qui revendique encore, scotché au Germinal de Zola, persuadé que les enfants travaillent encore dans les mines, que tous les salariés sont gentils et tous les patrons méchants. Ah pour revendiquer, il revendique ! Il dénonce l’absence de volonté de discussion du gouvernement, mais n’envisage la discussion que si 100% de ses demandes sont retenues, finalement s’il tient la plume… C’est un battant, une teigne, qui s’accroche à ses convictions, incapable d’intégrer le fait qu’il puisse éventuellement se tromper ; car cet homme sait, il détient la vérité, l’unique vérité. Ainsi, tout est la faute du gouvernement, même s’il a refusé depuis trois mois de le rencontrer. Il répond donc à BERGER qu’à force de tout accepter sur l’autel de la pérennité de l’emploi, de se comparer aux travailleurs d’à côté, on terminera tous avec un bol de riz en guise de salaire. Pas de réforme donc, mais une révolution !

Le problème est le suivant :

  1. Faut-il défendre jusqu’au bout les intérêts des Français qui ont un emploi et rendre ainsi plus difficile l’accès au marché du travail des chômeurs ?
  2. Ou faut-il revenir sur certains avantages acquis (terme moderne pour désigner un privilège de classe) et faciliter ainsi le retour ou l’accès à l’emploi des chômeurs ?

Il faut bien évidemment commencer par faire le ménage en haut de l’échelle. N’est-ce pas monsieur GOHN ? Sans ce grand coup de balai salutaire, les obscénités salariales de nos grands dirigeants torpilleront toujours la crédibilité des politiques nécessitant un effort de tous.

Match nul.

Et pour terminer, la meilleure citation de MARX

“Ce n’est pas la conscience des hommes qui déterminent leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience.” Karl MARX

 En d’autres termes, nous sommes de gauche car nous avons un intérêt à être de gauche, et respectivement à droite. Ça fait réfléchir !


Maurice Thorez (1900-1964)

Une courte biographie

 

Mineur dans le Pas-de-Calais avant la Grande Guerre, militant à la SFIO (ancêtre du PS) après, il prit le virage communiste lors du congrès de Tours de 1920. D’abord secrétaire de la fédération du Pas-de-Calais e 1923, il en devient membre du bureau politique en 1925, puis secrétaire général du PCF en 1930 et enfin député d’Ivry en 1932.

Il fut le premier stalinien français et, à ce titre, défendit becs et ongles son mentor soviétique, justifiant les pires crimes. En 1936 il suit la SFIO dans l’aventure du front populaire voulu par Blum.

En 1939, il s’expatrie en URSS et ne rejoindra la France qu’à la libération. Député, ministre d’État sous de Gaulle, vice-président du Conseil des gouvernements Gouin, Bidault et Ramadier, jusqu’en 1947.

Il continuera à défendre les choix de Staline, notamment lors de l’insurrection hongroise en 1956 et sera Sgh du PCF jusqu’à sa mort, en 1964.

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Joindre la conversation 2 commentaires

  1. Ton résumé « j’ai écouté pour vous » a du style mais j’ai du mal à croire qu’il soit très fidèle… Pourquoi ne pas résumer objectivement et factuellement les propos des 2 protagonistes, et faire des citations éventuellement ? (quitte à faire des commentaires en parallèle). Au final je ne sais pas ce qui s’est réellement dit lors de cette confrontation. Je trouve trompeur le titre de l’article, qui laisse croire qu’il s’agit d’une information pour que le lecteur se fasse un avis, alors qu’en fait il s’agit d’une expression d’opinion.

    « cet homme sait, il détient la vérité, l’unique vérité »
    Le reproche que tu fais à Martinez peut être fait à tous ses détracteurs, de Macron à Gattaz en passant par Lenglet et tous les économistes qu’on peut voir dans les médias ! Ils nous assènent à longueur de journée, avec une force de frappe médiatique qui n’a aucune comparaison avec celle de la CGT, que les réformes à adopter sont celles-là, qu’il faut libéraliser à fond pour sortir de la France de la merde, que c’est sûr et indiscutable, qu’on n’a pas d’autre choix, que les lois économiques le prouvent, que tous les autres pays font comme ça, etc. C’est surtout eux qui me semblent avoir la grave prétention de détenir LA vérité. Il n’y a pas de place pour les voix dissidentes dans le monde de la pensée unique. Il faut les discréditer. Ce que tu fais. Tu accuses les voix dissidentes / minoritaires d’oser dire leur vérité dans le débat public. Ce n’est pas juste.

    « Faut-il défendre jusqu’au bout les intérêts des Français qui ont un emploi et rendre ainsi plus difficile l’accès au marché du travail des chômeurs ? »
    Je trouve surprenant le principe de vouloir opposer les salariés et les chômeurs, comme si les premiers bouffaient le pain des seconds. Salauds de salariés  !
    Mais là où je suis surtout en désaccord c’est sur l’idée que flexibiliser le salariat (en facilitant les licenciements par exemple) faciliterait l’accès des chômeurs au marché du travail.
    Il faudrait déjà se poser la question du pourquoi les chômeurs sont au chômage ! Je pense pour ma part comme ATTAC : « L’atonie actuelle de l’activité résulte de la crise économique et non pas de la lourdeur des protections sociales, et elle est aggravée par les politiques d’austérité. » La crise économique et des problèmes plus structurels (monnaie, financiarisation de l’économie, automatisation…). Dès lors l’action proposée ne me paraît pas un remède valable au problème. Je ne vois pas comment on peut y croire sérieusement. Au nom de la « compétitivité », d’importantes réformes de libéralisation ont été imposées depuis les années 1980 : est ce qu’elles ont vraiment fonctionné ? Non. Et on veut continuer à appliquer les mêmes remèdes ? C’est absurde. Cela veut dire au fond que cette énième réforme a un autre dessein que celui qui est affiché… Quelle est la vérité alors, hein ? Le patronat soutenant avec ferveur le gouvernement, dans un élan de philanthropie, pour faciliter l’accès des chômeurs à l’emploi ? Foutaises !

    « avantages acquis (terme moderne pour désigner un privilège de classe) »
    Ces avantages, inscrits dans le code du travail, concernent l’ensemble des salariés français. Comment peux-tu considérer 1) que c’est privilège 2) que ce privilège est celui d’une classe ? Il faut arrêter de dire que les salariés sont des privilégiés ! Ce faisant on occulte complètement ceux qui sont les vrais privilégiés ! Il suffit de regarder les patrimoines et les revenus ! Et l’accroissement des inégalités. On accuse le peuple de s’accrocher à ses miettes alors que certains s’engraissent honteusement, et indûment. C’est le monde à l’envers. Toi qui connais bien la révolution française, je ne comprends pas que tu puisses ranger les salariés actuels et la noblesse d’alors dans la même catégorie des privilégiés.

    Guillaume

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  2. Commençons par la fin et la citation de Marx « Ce n’est pas la conscience des hommes qui déterminent leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience ». Elle est bien balancée c’est vrai mais essayons de voir si elle est vraie en France.

    Le salaire médian est en gros de 1800 euros net. Pour une famille de quatre personnes dont les parents touchent à eux deux 3600 euros ce n’est pas la richesse. Si on écoute Marx, une telle famille mène une existence sociale qui devrait conduire sa conscience politique vers ce qu’on appelle communément la gauche pour profiter de la solidarité nationale et obtenir des augmentations de salaire. La gauche devrait donc être au pouvoir sans discontinuer. Hors, pendant la Cinquième République, la gauche, ou ce qui en tient lieu, n’a gouverné qu’un tiers du temps. Marx veut tout expliquer par l’économie mais il y a visiblement d’autres facteurs qui conditionnent également la conscience politique des individus.

    Concernant ta vision du monde du travail, si je comprends bien il y a les gentils patrons qui donnent du travail aux salariés, même s’il y en a qui exagèrent un petit peu avec leur salaire. Et puis, il y a les gentils salariés, souvent les amis des patrons (même si ce n’est pas réciproque), ceux qui sont prêts à partager et à réduire leurs privilèges (oui, c’est comme cela qu’ils appellent ce que leur gentil patron leur donne pour leur honnête labeur) pour que les gentils chômeurs trouvent du travail. Et puis il y a les méchants salariés, âpres au gain, qui parlent d’argent, qui en veulent toujours plus et qui empêchent les gentils chômeurs de trouver un emploi honnête. Les choses sont quand même bien faites parce que les méchants salariés sont facilement reconnaissables : ils portent une grosse moustache, s’habillent mal, font des fautes de français, vivent dans des immeubles tout pourris, roulent dans de vieilles voitures qui fument… Des beaufs quoi. Ils sont malheureux mais ils ne l’on pas volé. Les patrons, eux, vivent dans des jolies maisons décorées avec goût, roulent en voitures hybrides, aiment la verdure et l’écologie, donnent aux oeuvres de charité… Ils l’ont bien mérité, ils ne travaillent pas 35 heures.

    Je ne vis pas sur cette planète, mais je le regrette ça a l’air bien. Du côté des centrales syndicales, je vois des organisations dont le seul but est d’exister et qui pour cela s’appuient sur les fonctionnaires ou les employés du secteur public qui ne craignent pas grand chose. Si elles limitaient leurs actions au secteur privé, elles iraient d’échec en échec et disparaitraient vite. Pourtant, c’est là que sont les plus gros problèmes. En gros, elles se nourrissent de la misère mais cela ne doit pas discréditer les miséreux, les précaires, ceux devant qui toutes les portes se ferment, ceux qui n’ont aucun espoir d’amélioration et dont on ne parle jamais.

    Après ces considérations générales, en matière d’économie, à moins d’être un spécialiste, on a du mal (en tout cas j’ai du mal mais je ne crois pas être le seul) à se faire un avis sérieux par manque de connaissance et d’éléments quantifiés. Mais il y a quand même quelque chose que je ne m’explique pas : en 1975, le PIB de la France était d’environ 1000 milliards d’euros. Aujourd’hui, il est de l’ordre de 2000 milliards d’euros (en euros constants). Pourquoi ce doublement de la richesse n’a-t-il pas permis d’éradiquer la misère ? Pourquoi les gains de productivité n’ont-ils pas permis de dégager plus de temps libre et d’émanciper les hommes d’un travail abrutissant ? Les médias qui ne sont jamais avares d’émissions de vulgarisation sur l’économie pour nous faire passer des messages subliminaux sur les vertus du capitalisme, comme le dit Guillaume, trouvent-ils ces questions trop vulgaires ?

    Sur le plan de la société, c’est vrai que les grands patrons et notamment Ghosn gagnent trop. Mais la vraie question n’est presque pas son salaire de la part de Renault mais l’ensemble de ses revenus et ceux des grands patrons. Lorsqu’on reproche à Platini d’avoir touché indument 2 millions d’euros, la question que les médias posent est : cette somme était-elle un salaire ou un dessous de table. Si c’est un salaire, tout va bien. Personne ne se demande quel petit boulot d’appoint a bien pu mériter 2 millions d’euros en plus de sa rémunération de l’UEFA. Lorsque Macron se fait épingler pour avoir rectifié sa déclaration d’ISF, l’information n’est pas la rectification qui peut arriver à tout le monde mais le fait que celui qui demande des sacrifices est à l’abri du besoin et de la précarité qu’il organise avec tant de charisme. Bref, encore une fois, il semble qu’il y ai de l’argent pour des tas de choses, le renflouement des banques, pour Bernard Tapie, pour acheter des joueurs de foot… sauf pour ceux qui en ont besoin. Peut-être est-ce une goutte d’eau dans la mer, peut-être pas. Sincèrement je l’ignore. Mais au-delà du problème financier, il y a un problème de société majeur. Il y a deux mondes, celui qui demande des sacrifice et celui qui les endure. Ne soyons pas complice du premier et dédaigneux avec le second.

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