Le 24 avril 1915, à Constantinople (l’actuelle Istanbul), sur ordre des autorités turques alors alliées à l »Allemagne, l’élite arménienne de la capitale ottomane, soupçonnée de complicité avec l’ennemi russe, fut massacrée. On releva 600 morts.

Le génocide arménien et sa négation par la Turquie

24 avril 2015, le centenaire du génocide arménien

Le 24 avril 1915, à Constantinople (l’actuelle Istanbul), sur ordre  des autorités turques alors alliées à l »Allemagne, l’élite arménienne de la capitale ottomane, soupçonnée de complicité avec l’ennemi russe, fut massacrée. On releva 600 morts.

Le premier génocide du XXème siècle, pour reprendre les termes du Pape François, venait de commencer. Il fera, dans les décennies qui suivirent, près de 1 million de morts.

Le 24 avril 2015, nous commémorerons donc un triste centenaire. Pourtant, force est de constater la discrétion sur cet évènement. Certes, en 1915, l’Europe avait les idées ailleurs : du côté de la petite bourgade belge d’Ypres, où les troupes du Kaiser venait de tester sur nos poilus leur nouveau gaz de combat : l’Ypérite ou gaz moutarde. Mais tout de même…

Le petit-père COMBES a décidé de s’interroger sur les raisons pour lesquelles on ne parle (presque) jamais du génocide arménien, de cet évènement majeur du XXème siècle qui vit disparaitre, sous les yeux indifférents, presque complices, de nos compatriotes de l’époque, la moitié de la population d’Arménie. Il vous propose donc un résumé factuel de l’histoire du génocide et vous invite à apporter votre pierre à édifice (en insérant un commentaire).

La genèse de l’idée génocidaire

Au crépuscule de l’empire ottoman

Les Arméniens furent longtemps de simples sujets de l’Empire Ottoman ; cet empire musulman conquérant, qui naquit au XIVème siècle sur les cendres de l’Empire Byzantin et de l’État Seldjoukide, qui avait pris Constantinople à la chrétienté (1453), qui avait assiégé Vienne (1529 et 1683) et qui s’étendait à son apogée :

  • du nord au sud, de la Méditerranée, aux rives de la Mer Noire ;
  • et de l’est à l’ouest, de la Péninsule Arabique, aux portes du Maroc.

Mais en 1915, l’empire ottoman n’était plus que l’ombre de lui-même : l’Afrique du nord était tombée dans l’escarcelle française (1830) et l’Égypte avait été conquise par l’Angleterre. La Grèce (1829) et Chypre s’était libérée et les Russes de Nicolas Ier menaçait les rives de la mer noire (guerre de Crimée (1853-1856)).

Le traité de San Stefano du 3 mars 1878 sonna le glas de l’empire ottoman : la Roumanie, le Monténégro et la Serbie gagnèrent leur indépendance et la Russie annexa le delta du Danube. Lorsque la guerre éclata, en 1914, le Kaiser Guillaume II fit son possible pour rallier à sa cause hégémonique ce qui restait de l’empire ottoman. Aussi les Arméniens orthodoxes, toujours sous influence ottomane, furent-ils regardés d’un mauvais œil par le Vizir, car potentiellement alliés à l’ennemi russe. Leur sort ne tenait plus qu’à un fil.

Pourtant, nous allons le voir, le massacre avait déjà commencé depuis longtemps ; depuis que le grand vizir Abdul HAMID, à la fin du XIXème siècle, eut décidé, pour des raisons à la fois religieuses et politiques, d’épurer ses provinces des minorités non-musulmanes.

« Dans le traité qui établit la paix entre la Turquie et les Alliés (Lausanne en 1923), l’histoire cherchera en vain le mot Arménie… » Winston CHURCHILL

Le génocide arménien

Les racines arméniennes

Les Arméniens constituent un peuple indo-européen, dont les racines anciennes se perdraient dans les profondeurs des terres anatoliennes (Turquie) ; on pense que ces racines se ramifieraient quelque part sur la branche occupée par les Hittites, ces premiers habitants du plateau Anatolien, l’actuelle Cappadoce en Turquie.

carte arménie.gif

Carte de l’Arménie

Ils se seraient installés sur le plateau arménien (situé entre la Turquie, la Géorgie et l’Iran), vers le VIème siécle avant Jésus-Christ. Au début du IVème siècle, ils se sont convertis au christianisme, c’est-à-dire avant la France (ou plus exactement le royaume Franc de Clovis), considérée à tort comme « la fille ainée de l’église ».

Si fille aînée il y a, elle est arménienne.

Le génocide arménien

Les Arméniens d’avant-14

Les Arméniens d’avant-guerre (14-18) étaient une communauté formant une sorte d’îlot chrétien inoffensif au milieu d’un océan musulman : l’empire OTTOMAN. Ce dernier, pourtant, voyait dans cette minuscule terre chrétienne, une menace. Elle était en effet un allié potentiel de la Russie orthodoxe.

Les Arméniens étaient plutôt pacifiques ; un peuple modeste de paysans. A intervalles réguliers, ils subissaient les raids dévastateurs de différentes tribus, notamment kurdes qui ravageaient leur territoire en s’emparant de ses maigres richesses.

A partir de 1870, l’empire Ottoman commença à se fissurer.

Ce fut d’abord une première défaite contre le voisin russe (Guerre russo-ottomane de 1877-1878), qui contraint l’Empire défait à accepter les termes du traité de San Stefano qui donnait un mandat aux Russes sur les Balkans. Le Tsar Nicolas Ier se présenta alors comme le garant de la sécurité des Arméniens et ira même jusqu’à proposer leur indépendance !

Pour quelle(s) raison(s) obscure(s), l’Angleterre et surtout la France s’y opposèrent-ils ? La question reste ouverte. En tout état de cause, l’Angleterre mit tout son poids politique pour faire échouer le projet russe… et obtint (en remerciement ?) de la Turquie, l’île de Chypre !

L’Arménie resta turque.

Les Russes engagèrent alors un retrait progressif de leurs troupes d’Arménie.

Le génocide arménien

Le grand Vizir Abdul Hamid (1842-1918)

Débarassé des Russes, le grand Vizir ottoman, Abdul Hamid comprit bien vite que l’Arménie était devenue une proie facile. Il fut l’auteur de la célèbre citation :

 » On supprimera la Question arménienne en supprimant les Arméniens. » Abdul-Hamid II. Seul Jean Jaurès alors se mobilise en déclarant sur les bancs de l’assemblée nationale en 1896 :

« Pas un cri n’est sorti de vos bouches, pas une parole n’est sortie de vos consciences, et vous avez assisté, muets et par conséquent complices, à l’extermination complète. » Jean JAURES.

Le génocide arménien

Massacre industriel

L’Arménie était désarmée et sans allié véritable. Or, elle réclamait l’application du traité de Berlin de 1878, qui prévoyait notamment leur émancipation progressive de la tutelle ottomane. Ce traité avait été voulu par Bismarck, le chancelier allemand de Guillaume II (que l’on voit au centre du tableau de WERMER ci-dessous) et paraphé par le grand Vizir, dont les représentants (dont Mehmed Ali Pacha) figurent à droite sur le même tableau.

Seule l’incertitude portant sur une éventuelle réaction occidentale freinait encore les ardeurs génocidaires du grand Vizir.

Il fallait donc « tester » la France et l’Angleterre, trouver un prétexte pour envoyer des militaires sur place.

Le prétexte, il le trouva lorsque des tribus nomades, probablement kurdes, lancèrent un nouveau raid sur l’Arménie. Le grand Vizir envoya ses premiers contingents.

Comme prévu, les réactions européennes furent surtout diplomatiques (Hitler reprendra avec succès l’idée pour envahir les Sudètes !), laissant les mains libres au grand Vizir pour donner la première impulsion au génocide.

Le Grand Vizir ne se limita pas à l’Arménie ; il invita ses milices à poursuivre l’œuvre génocidaire au cœur de Constantinople où résidait une forte communauté arménienne. Seuls les yeux inquisiteurs de quelques observateurs européens présents à Constantinople freinèrent  quelque peu le grand Vizir dans ses monstrueuses ambitions.

Combien y-eut-il de morts ? On parle de 500 000 ! Peut-être plus…

Le génocide arménien

Les jeunes Turcs (1908-1918)

L’idée génocidaire continua à prospérer dans la tête des élites turques. Fut-ce pour préserver le territoire arménien, capital en termes stratégiques, pour des questions d’ordre religieux, par pur racisme ? Un peu tout ça sans doute. L’Arménie, lâchée par ses alliés, tremblait.

Des mouvements de résistance commencèrent à voir le jour, certains politiques, d’autres s’inscrivant dans la lutte armée.

En 1908, une révolution renversa le grand Vizir. Le mouvement des Jeunes Turcs prit le pouvoir à Istanbul. Il s’agissait, à l’origine, d’une sorte de secte persécutée, réfugiée dans la clandestinité. Ses revendications étaient assez floues, souvent contradictoires, allant de :

  • l’adoption d’une constitution ;
  • au respect de la tradition musulmane ;
  • en passant par la laïcité et le panturquisme (volonté quasi-raciste de protéger le sang turc et d’étendre son influence).

Ce fut ces Jeunes Turcs qui entraînèrent l’Empire ottoman aux côtés des Empires centraux (Allemagne et Autriche) dans la première guerre mondiale. Les Arméniens, de leur côté, toujours sujets ottomans, refusèrent de combattre leurs frères Russes.

 

Le génocide arménien

La grande guerre (1914-1918)

1914-1915

Débarrassés de la surveillance gênante des Alliés occupés sur le théâtre européen, les jeunes-Turcs décidèrent de reprendre à leur compte l’œuvre génocidaire entamée en Arménie par le grand Vizir.

Et tout le monde participa à la fête, les Kurdes étant particulièrement appréciés.

Le 24 avril 1915 (le dimanche rouge)

Cette date du 24 avril 1915 est aujourd’hui considérée comme marquant le début du génocide. Or, nous avons vu qu’il avait déjà commencé depuis longtemps. L’élite arménienne de Constantinople fut raflée par la police turque et emmenée dans des centres de détention où elle fut éliminée. Les jeunes-Turcs ouvrirent ainsi la voie à Hitler en mettant en place les grands principes du génocide à l’échelle industrielle : rafles, déportations, convois et les camps d’extermination. Des conseillers militaires allemands furent d’ailleurs présents sur le sol turc pendant toute la période. Les deux tiers de la population arménienne furent massacrés L’Arménie-russe fut alors le seul échappatoire pour les populations désarmées.

1917 – révolutions russes et révoltes arabes

Au nord, sous l’impulsion de Lénine, la Russie se retira de la guerre (traité de Brest-Litovsk de 1917). Les Turcs en profitèrent pour chasser encore de l’Arménien, notamment dans leur dernier refuge : l’Arménie-russe.

Heureusement, dans les provinces du sud, les premières révoltes arabes mobilisèrent bientôt toute l’attention ottomane : l’empire Ottoman était vu par les Alliés, et notamment par les Anglais, comme le maillon faible de l’Axe. Ces derniers décidèrent alors d’agiter les tribus arabes de la péninsule arabique asservies depuis le XVIème siècle par les Ottomans. Les victoires arabes s’enchaînèrent grâce à l’héroïsme de Lawrence d’Arabie qui libéra, outre l’Arabie, la Jordanie, la Syrie et l’Irak du joug ottoman. L’empire ottoman était réduit dans ses frontières turques et mis en sommeil son projet génocidaire.

Le génocide arménien

L’après guerre

1918-1920.

Les accords secrets de SYKES-PICOT (1916), puis le traité de Sèvres (1920), permirent aux Alliés de redessiner à leur avantage la carte du Moyen-orient, en traçant des lignes entre l’Irak, l’Iran, la Syrie… 

Les Kurdes furent ainsi dispersés entre la Turquie, l’Irak et la Syrie. L’empire OTTOMAN, qui avait (mal) choisi son camp, se retrouvait dans celui des vaincus. Le traité de Sèvres organisa son démembrement. Il donnait enfin naissance à l’Arménie ! Les génocidaires de 1915 eurent droit à leur procès (une sorte de Nuremberg avant l’heure), mais la plupart se réfugièrent en Allemagne et échappèrent ainsi à leur sentence.

Le génocide arménien

Le père des Turcs (Atatürk), Mustapha KEMAL (1881-1938)

Lénine rendit alors service aux Turcs : alors que la Turquie était clairement dans le camps des vaincus, le péril rouge la fit lentement glisser dans celui des vainqueurs, alliés contre le communisme… Un personnage essentiel fit alors son apparition sur la scène européenne qui changea le destin de tout un peuple :  Amoureux de la culture française, Mustafa Kemal, dit Atatürk, arriva au pouvoir avec des idées modernes… Il engagea son pays sur le chemin de la laïcité, initiative originale et encore aujourd’hui inédite dans un pays musulman.

Il est toutefois moins connu par son côté obscur qui consista à continuer l’oeuvre du grand Vizir.

On peut au passage féliciter les Français qui créèrent, en 1919, une enclave en Cicilie où 150 000 Arméniens trouvèrent refuge.

Octobre 1920 – réduction de l’enclave de Cicilie

Mustapha Kemal n’accepta jamais l’initiative française considérée à ses yeux comme de l’ingérence : l’attaque des troupes Kemalistes contre la ville cicilienne de Marash, en janvier 1920, sonna le glas des derniers espoirs des survivants de l’enclave. Les derniers retranchements (Hadjin) résistèrent sept mois, mais furent réduits en octobre 1920 à 500 résistants qui finirent par quitter la ville incendiée par les Turcs.

Octobre 1921 – les derniers chapitres

En octobre 1921, les Français acceptèrent d’évacuer la ville. Pendant ce temps, les forces nationalistes turques déclarèrent la guerre à la toute jeune République d’Arménie. Sur instructions secrètes d’Ankara, il fut ordonné la complète anihilation des Arméniens. Les populations furent déportées. La ville de Kars et ses environs furent annexés à la Turquie.

Les derniers chapitres arméniens d’Anatolie furent écrits à Izmir, lorsque les forces Kemalistes repoussèrent les armées grecques et entrèrent dans la ville en septembre 1922. Un incendie se déclencha dans le quartier arménien, repoussant les populations vers le rivage : la dernière solution fut l’exil. Ils laissèrent sur place tous leurs biens.

Mustafa Kemal acheva ainsi le travail commencé par le grand Vizir (1878) puis les Jeunes-Turcs dès 1915.

La montée du nazisme

En 1933, Hitler fut nommé chancelier par le vieux Maréchal Hindenburg et commença à déstabiliser les équilibres européens. En 1936, Kemal pressa la France de rendre le district méditerranéen d’Alexandrettaun qui comprenait 23 000 Arméniens. La France avait la tête ailleurs : les blindés de Guderian étaient déjà massés derrière la ligne MAGINOT. La France accepta et Kemal envoya ses troupes en 1938 pour nettoyer l’enclave.

Il mourut cette même année. Mais pas sans avoir déclenché cet exode final, qui continua jusqu’en 1939. Les Arméniens partirent vers la Syrie et le Liban toujours sous mandat français (Traité de Sèvre).

Le génocide arménien

La négation turque

Malgré les évidences, les témoignages, les minutes des procès des génocidaires, la Turquie nie, et nie encore ses actes criminels. On parle abondamment de la Shoah et à juste titre. Rares sont les émissions, les livres, les engagement politiques, les condamnations officielles du génocide arménien, le premier du XXème siècle, celui qui ouvrit la voie à d’autres génocides. La Shoah ferait-elle de l’ombre aux Arméniens ?

Et puis, il y a la personnalité de Kemal. Ce fut comme si, de sa biographie, on biffa toute référence à son intervention en Arménie, comme si on ne devait retenir que le laïc passionné par les écrits de Voltaire, le visionnaire, celui qui fit sortir la Turquie de l’obscurantisme…

Il est temps de regarder l’histoire en face. Le petit Père COMBES sera toujours là pour vous y aider.

Le génocide arménien

La reconnaissance de la complicité allemande

L’Allemagne reconnait enfin sa responsabilité : l’Allemagne, par la voix de son président Joachim Gauck, a reconnu jeudi 23 avril au soir le « génocide » des Arméniens, soulignant « une coresponsabilité, et même, potentiellement, une complicité » allemande dans ce crime.

« Nous devons également, nous Allemands, faire notre travail de mémoire », a-t-il déclaré lors d’une cérémonie religieuse à Berlin, à la veille des commémorations officielles du centenaire des massacres perpétrés par les Turcs ottomans, qui ont fait 1,5 millions de victimes entre 1915 et 1917.

Évitant de stigmatiser la Turquie, M. Gauck, un ancien pasteur de RDA, a insisté sur les responsabilités allemandes, dans son discours prononcé lors d’une cérémonie œcuménique dans la cathédrale protestante de Berlin. Des militaires allemands « ont participé à la planification et pour une part à la mise en place des déportations » d’Arméniens, a-t-il relevé. « Des informations d’observateurs et de diplomates allemands qui ont clairement établi la volonté d’extermination contre les Arméniens ont été ignorées » car le Reich allemand, allié à l’empire ottoman, « ne voulait pas compromettre ses relations » avec lui.


Article de l’Express du 2 juin 2016

Berlin – Les députés allemands sont appelés à adopter jeudi une résolution reconnaissant le génocide arménien, un vote contesté avec véhémence par la Turquie, partenaire clé mais difficile notamment sur la question cruciale de la crise migratoire en Europe.

L’Arménie a elle appelé les élus à ne pas se laisser « intimider » avant le vote de la mi-journée sur ce texte intitulé « Souvenir et commémoration du génocide des Arméniens et d’autres minorités chrétiennes il y a 101 ans« . Ce projet a toutes les chances d’être adopté, les groupes parlementaires de la majorité – les conservateurs de la CDU/CSU et le SPD – ainsi que les Verts, formation de l’opposition, l’ayant proposé.

Dans ce texte que l’AFP a pu consulter, le Bundestag, chambre basse du Parlement allemand, « déplore les actes commis par le gouvernement Jeune Turc de l’époque, qui ont conduit à l’extermination quasi-totale des Arméniens« .

Le Bundestag regrette aussi « le rôle déplorable du Reich allemand qui, en tant que principal allié militaire de l’empire ottoman (…) n’a rien entrepris pour stopper ce crime contre l’Humanité« .

Ce vote risque de venir compliquer des relations déjà tendues avec Ankara notamment sur l’application d’un accord controversé entre l’Union européenne et la Turquie, porté par Berlin, qui a permis de réduire considérablement l’afflux de migrants en Europe. Le président turc Recep Tayyip Erdogan menace de ne pas appliquer ce pacte, faute d’obtenir à ses conditions une exemption de visas Schengen pour ses concitoyens.

Mardi, le chef de l’Etat turc a téléphoné à la chancelière Angela Merkel pour lui faire part de ses « inquiétudes » et souligner que « ce piège » pourrait « détériorer toutes nos relations avec l’Allemagne« . Mercredi son Premier ministre, Binali Yildirim, a qualifié d' »absurde » l’initiative des députés.

Côté gouvernement allemand, Angela Merkel « ne participera pas au vote » en raison d’autres obligations mais elle a soutenu le texte lors d’un scrutin test mardi au sein du groupe parlementaire conservateur, selon une porte-parole, Christiane Wirtz.

Les remous causés par la résolution inquiètent cependant jusque dans les rangs du gouvernement allemand. Le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a déjà exprimé des réserves et son porte-parole a dit « espérer » qu’il ne causera pas de « perturbation durable des relations avec la Turquie« .

Dans une interview au quotidien allemand Bild, mercredi, le président arménien Serge Sarkissian a lui encouragé les députés allemands à ne pas se laisser « intimider » par la Turquie.

« Ce ne serait pas juste de ne pas nommer génocide le génocide des Arméniens uniquement parce que cela met en colère le chef d’Etat d’un autre pays« , déclare M. Sarkissian, en référence au président turc.

Selon lui, l’accord sur les migrants conclu avec l’Union européenne, sera de toute façon « difficile à appliquer dans la durée avec un partenaire comme la Turquie« .

La résolution du Bundestag constitue un pas supplémentaire vers une reconnaissance officielle en Allemagne du génocide des Arméniens, après que le président allemand a, le premier, utilisé le terme de génocide pour qualifier les massacres commis contre les Arméniens en 1915. Mais le texte n’engage pas le gouvernement de Mme Merkel.

Les Arméniens estiment que 1,5 million des leurs ont été tués de manière systématique à la fin de l’Empire ottoman. Nombre d’historiens et plus de vingt pays, dont la France, l’Italie et la Russie, ont reconnu un génocide.

La Turquie affirme pour sa part qu’il s’agissait d’une guerre civile, doublée d’une famine, dans laquelle 300 à 500.000 Arméniens et autant de Turcs ont trouvé la mort.

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  1. 24 avril 1915 Le génocide arménien Le samedi 24 avril 1915, à Constantinople (*), capitale de l’empire ottoman, 600 notables arméniens sont assassinés sur ordre du gouvernement. C’est le début d’un génocide, le premier du XXe siècle. Il va faire environ 1,2 million de victimes dans la population arménienne de l’empire turc. Sur les horreurs de ces massacres. André Larané

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  2. Le président arménien Serge Sarkissian, a remercié les dirigeants présents, dont François Hollande et Vladimir Poutine, qui ont déposé des fleurs au mémorial dédié au génocide arménien, sur les hauteurs d’Erevan. « Rien ne sera oublié », a ajouté le président arménien devant plusieurs dirigeants étrangers, dont les présidents François Hollande et Vladimir Poutine. « Je m’incline devant la mémoire des victimes et je viens dire à mes amis arméniens que nous n’oublierons jamais les tragédies que votre peuple a traversées », a pour sa part déclaré le président François Hollande après avoir déposé une fleurs au Mémorial des victimes du génocide arménien. « Rien ne peut justifier des massacres de masse. Aujourd’hui, nous nous recueillons aux côtés du peuple arménien », a lancé le président russe Vladimir Poutine devant les dirigeants étrangers et responsables arméniens réunis. L’Arménie célèbre le 100e anniversaire du génocide de 1915 perpétré par les Turcs ottomans, au lendemain de la canonisation par l’Eglise arménienne des 1,5 million de morts dans ces massacres et malgré les critiques de la Turquie qui rejette le terme de génocide. Les Arméniens estiment qu’un million et demi des leurs ont été tués de manière systématique entre 1915 et 1917, pendant les dernières années de l’Empire ottoman, et une vingtaine de pays, parmi lesquels la France et la Russie, ont reconnu qu’il s’agissait là d’un génocide. La Turquie récuse ce terme et évoque pour sa part une guerre civile en Anatolie, doublée d’une famine, dans laquelle 300.000 à 500.000 Arméniens et autant de Turcs ont trouvé la mort. – « Injure au peuple turc » – L’Allemagne, par la voix de son président Joachim Gauck, a reconnu jeudi soir pour la première fois le génocide arménien, soulignant sa « coresponsabilité » dans ce crime attribué à son allié ottoman pendant la Première guerre mondiale. Le Parlement autrichien avait quant à lui observé mercredi une minute de silence pour marquer ce génocide, une première dans ce pays, allié à l’époque à l’Empire ottoman. Un geste qui a provoqué la fureur de la Turquie: celle-ci a dénoncé une « injure au peuple turc » et rappelé pour consultation son ambassadeur à Vienne. Dans un communiqué aux mots soigneusement choisis, le président américain Barack Obama a qualifié jeudi le massacre d’Arméniens pendant la Première Guerre mondiale de « terrible carnage », évitant d’employer le mot « génocide ». Ces derniers jours, le gouvernement turc avait déjà été très irrité par les déclarations du pape François, qui a parlé pour la première fois du « génocide » des Arméniens, et par le Parlement européen qui a demandé à la Turquie de le reconnaître. Ankara a rappelé son ambassadeur auprès du Vatican, et le président turc Recep Tayyip Erdogan a exhorté le pape à ne pas répéter cette « erreur ». En avril 2014, M. Erdogan, alors Premier ministre, avait fait un geste inédit, en présentant ses condoléances pour les victimes arméniennes de 1915, sans pour autant cesser de contester toute volonté d’extermination. « J’espère que le président Erdogan adressera un message plus fort le 24 avril et que les relations (bilatérales) pourront se normaliser », a de son côté déclaré le président Sarkissian dans un entretien accordé à la chaîne de télévision turque CNN-Türk diffusé jeudi. Pour le chanteur Charles Aznavour, d’origine arménienne et membre de la délégation officielle française à Erevan, la Turquie reconnaîtra « un jour ou l’autre » ces massacres quand elle « en aura marre d’être montrée du doigt ». En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualites/1/actualite/l-armenie-celebre-le-100e-anniversaire-du-genocide-de-1915_1674392.html#Bxoq9HDeD8qFsMCz.99

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  3. Le président français François Hollande a estimé vendredi que la Turquie avait prononcé des « mots importants » sur le génocide arménien mais que « d’autres sont encore attendus », Ankara se refusant toujours à reconnaître ce génocide. « Il y a en Turquie des mots, et des mots importants, qui ont déjà été prononcés mais d’autres sont encore attendus pour que le partage du chagrin puisse devenir le partage d’un destin », a-t-il déclaré lors des cérémonies marquant le centenaire du déclenchement des massacres d’Arméniens.

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  4. […] sur ordre des autorités turques alors alliées à l »Allemagne, l’élite arménienne de la capitale ottomane, soupçonnée de complicité avec l’ennemi russe, fut massacrée. On […]

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  5. […] entente, des descendants de peuples sémitiques, de Grecs, de Croisés, d’Arabes, d’Arméniens, de Français,… se croisent, s’entrechoquent, dans un pays aux institutions fragiles […]

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  6. […] première guerre mondiale ce fut autour des Turques de sombrer dans le cauchemar génocidaire : les Arméniens, des chrétiens orthodoxes, en firent les frais. Ces derniers étaient alors installés dans la […]

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  7. […] devient indépendante et le Sultan est renversé. Il est remplacé par le tristement célèbre Abdulaziz qui jouera le premier acte du génocide arménien, chrétiens orthodoxes sous la protection russe. […]

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  8. […] Atatürk naquit en Anatolie (Turquie actuelle) sous le règne d’Abdülhamid II, Sultan tristement célèbre pour avoir allumé les premiers feux du génocide arménien. […]

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