Plusieurs dizaines de milliers d’arrestations viennent d’être ordonnées par le Président Turc ERDOGAN, quasi-dictateur d’un etat qu’il souhaiterait islamique, privés de journalistes, nettoyés d’opposants ; une sainte purge hygiénique pour débarrasser le pays de toute gangrène libérale.

Depuis Staline, on avait jamais vu ça : des policiers, des juges, des enseignants, des journalistes, des militaires, des fonctionnaires envoyés en prison sans jugement, sans possibilité de se défendre. Le vocabulaire est d’ailleurs le même que dans les années 50 : « nettoyer les institutions  » – « cellules cancéreuses » – « virus », tout le vocabulaire médical y passe pour qualifier les opposants au régime, comme Jadis Staline l’avait fait pour justifier ses purges.

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Erdogan

Un état d’urgence de trois mois vient d’être annoncé par ERDOGAN. Les universitaires n’ont plus le droit de se déplacer. Ces universitaires avaient déjà été ciblés, lorsqu’une pétition appelait à la paix et critiquait le gouvernement contre sa répression des Kurdes. Les plus virulents avaient été remerciés et persécutés pour « diffusion d’une propagande terroriste ». Le haut-comité pour l’éducation (YÖK) et les procureurs avaient alors lancé des investigations contre les signataires de la pétition. Les meneurs avaient été accusés de mettre en péril la sécurité nationale et d’encourager la propagande kurde.

L’obéissance d’une grande partie du système universitaire, dans le cadre d’une auto-censure, est un symptôme clair de l’érosion de la liberté d’expression et de l’état de droit : des démissions forcées et des suspensions sont aujourd’hui légions.

Les arrestations qui ont suivi le coup du 15 juillet vont aggraver la situation. Le mouvement Gülen (du nom du dissident réfugié aux États-Unis), aussi appelé Himzet, contrôlait, jusque-là, un réseau d’écoles privées et d’universités, en Turquie et à l’étranger. L’objectif recherché par Himzet inquiète ERDOGAN : le « bien commun » et la construction d’écoles plutôt que de Mosquées. Himzet conjugue son empathie pour l’éducation avec approche modérée et pragmatique de l’Islam.

Il est accusé « d’infiltrer » les institutions d’État et le parti d’Erdogan (AKP) en contrôlant les postes influents : la rhétorique ressemble à s’y méprendre à celle qu’utilisait Staline pour discréditer son plus farouche opposant : Trotski.

Cette paranoïa explique l’obsession d’ERDOGAN visant à mater les protestations étudiantes et les rassemblements contre les gouvernements qu’ont connus les Universités. Une violente répression suivit ainsi le soulèvent de 2013 (du parc Gezi) et les démonstration de 2014 à l’université des techniques du Moyen-Orient.

Le message d’Erdogan est sans équivoque, qualifiant les étudiants de « dangereux athéistes de gauche et de terroristes ». Le nettoyage des écoles « malsaines » est en cours.

La pression d’Etat visant à inciter les étudiants à rester apolitique est appuyée par le haut-comité de l’éducation. Il cherche, autant que faire se peut, à maîtriser les activités académiques et les professeurs.  A la suite du coup du 15 juillet, le comité a exigé de la part des  recteurs  « un examen, en première urgence, de la situation de toutes les académies et de tout le personnel administratif » pour dénicher les sympathisants de l’organisation terroriste  Fethullah.

ERDOGAN cherche à bâillonner ce qui reste d’opposition, à étancher tous les bassins de contestation, pour qu’à la fin il n’en reste qu’un : Recep Tayyip ERDOGAN. Le nouveau Calife aura alors les mains libres pour liquider l’héritage d’Atatürk, le champion de la laïcité qui avait tiré à bout de bras son pays vers la laïcité dans les années 20.

Pourquoi tout n’est pas perdu

Article du Monde du 25/07/16

Agitant elle aussi les couleurs nationales au milieu de l’immense foule hérissée de drapeaux massée sur la place Taksim au cœur d’Istanbul, la jeune femme ne cache pas son émotion. « C’est la première fois depuis Gezi que nous pouvons à nouveau manifester ici », explique Melis, jeune informaticienne.

Certes, cette fois, elle est là comme les quelque cent mille personnes réunies à l’appel du CHP (Parti républicain du peuple, social démocrate) pour dénoncer les militaires putschistes comme les dérives autoritaires du président Recep Tayyip Erdogan. « Ni diktat, ni dictature : la démocratie. »

Mais cette place est un symbole. Depuis l’écrasement du grand mouvement de protestation du printemps 2013, lancé pour la protection des arbres du parc Gezi, Taksim, qui en avait été le cœur, est interdite aux manifestations, alors même que, depuis des décennies, elle est le lieu des grands cortèges de la gauche.

Depuis une semaine, la place avait été occupée par les partisans du pouvoir islamo-conservateur qui y célébraient l’échec des putschistes. Mais l’homme fort d’Ankara, qui désormais se pose en rassembleur de la nation face aux factieux, a accepté de la rendre pour un soir au CHP, le principal parti d’opposition et héritier proclamé de Mustapha Kemal, le fondateur d’une République inspirée du modèle jacobin sur les décombres de l’empire ottoman. Dès le début, après la tentative de coup d’Etat, le CHP avait fait bloc avec les autorités légitimes face aux factieux.

Les portraits d’Atatürk, un marqueur

« Ce jour est un jour d’unité. Un jour où nous nous levons contre les coups d’Etat et les régimes dictatoriaux, un jour où nous faisons entendre la voix du peuple », a martelé, depuis la tribune, Kemal Kilicdaroglu, le très respectable, mais bien peu charismatique, leader de ce parti, qui plafonne dans ses meilleurs scores à 23 % des voix.

Le chef de file du CHP a publié une « déclaration de Taksim » condamnant la tentative de coup d’Etat et appelant à la réconciliation nationale. Il a également souhaité que l’Etat ne soit pas « gouverné par la colère et la vengeance ».

Lire aussi :   Turquie : lendemains de putsch inquiétants

Les portraits d’Atatürk sont partout. Sur bon nombre des drapeaux et sur de grandes banderoles pendant des immeubles. Celles du parti ont été bannies car il faut célébrer l’unité de la nation. Les portraits d’Atatürk servent de marqueur face à un AKP, le parti au pouvoir, dont les partisans n’hésitent plus, depuis l’échec du putsch, à brandir massivement les couleurs nationales dans leurs meetings.

Le président lui-même a en outre soutenu le meeting du CHP. Fait pour le moins inhabituel les chaînes pro gouvernementales ont diffusé en direct le discours de son leader, qui devrait aussi être reçu au palais présidentiel, lundi 25 juillet.

Le cœur n’y est pas

Pourtant, nombre de militants rechignent. « Eux et nous sommes contre les militaires putschistes. Nous avons tous souffert des coups d’Etat du passé, mais les islamistes et nous avons des rêves diamétralement opposés pour l’avenir de ce pays », explique Helin, jeune universitaire.

Une de ses amies renchérit : « une fois que les gülenistes [partisans du prédicateur en exil Fethullah Gülen] accusés auront été nettoyés ce sera le tour de l’opposition et de tous ceux qui s’opposent à Erdogan ».

La foule reprend en cœur les mots d’ordre traditionnels des grands rassemblements « kémalistes » : « La Turquie est laïque et le restera. » Des jeunes scandent les slogans du mouvement de 2013 : « Taksim partout, résistance partout. »

Une partie de la foule reprend mais le cœur n’y est pas. Malgré le nombre de manifestants, il y a la réalité des rapports de forces et l’évidence du renforcement de celui qu’ils surnomment « le nouveau sultan ». Appuyé sur son drapeau, un vieux militant, employé municipal dans une des rares banlieues d’Istanbul où la gauche existe encore, soupire : « Remercions le président de nous avoir permis de tenir ce rassemblement ».

Article du monde du 27 juillet 2016

Pression sur les médias

Hier, les autorités ont ainsi annoncé avoir limogé 149 généraux et amiraux pour leur « complicité dans la tentative de coup d’Etat » ; ce qui représente autour de 40 % du total de généraux et d’amiraux que compte l’armée. De plus, 1 099 officiers ont été exclus pour cause d’indignité. Le YAS devra donc remplacer une large partie de la hiérarchie lors de sa réunion, qui durera une journée. Des officiers de rang inférieur devraient être promus à des postes supérieurs.

Signe de la défiance du pouvoir, la réunion ne se tient pas comme d’habitude au quartier général de l’armée mais dans la résidence du premier ministre à Ankara.

L’armée n’est pas la seule touchée par les purges : mercredi, on a appris la fermeture de 45 journaux, 16 chaînes de télévision, trois agences de presse, 23 stations de radio, 15 magazines et 29 maisons d’édition. Ces mesures viennent s’ajouter aux 89 mandats d’arrêts émis contre des journalistes entre lundi et mercredi.

Au total, les autorités turques ont suspendu, renvoyé, arrêté ou placé sous enquête des dizaines de milliers de personnes au sein des institutions d’Etat, dont les ministères, les forces armées et la police.

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Erdogan, Turquie

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