Turquie

Qui est Atatürk ?

Qui est Atatürk, cet homme dont le portait apparait sur les étendards des manifestations anti-ERDOGAN ? Pourquoi est-il l’emblème des organisations de gauche ? Pour quelles raisons les défenseurs de la laïcité, de la liberté d’expression, font-il ainsi référence à cet icône du pays, disparue il y a presqu’un siècle ? Pourquoi est-il ainsi détesté par les religieux ?

Portrait d’Atatürk le 25 juillet 2016 à Istanbul
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Atatürk en 1930

Au lendemain de la première guerre mondiale, l’empire Ottoman, qui avait régné en maître sur le monde musulman pendant 600 ans, s’écroula comme un château de cartes. Le Sultan avait choisi le mauvais camp, celui des empires centraux (Allemagne et Autriche-Hongrie). Il fut entrainé dans la défaite, laissant aux vainqueurs (Anglais et Français) le soin de reconstruire le monde notamment oriental à leur profit.

La Turquie, poumon de feu l’empire ottoman, aurait pu disparaitre. Mais un homme d’exception l’a remis, en quelques années, au centre du jeu diplomatique.

Cet homme exceptionnel, humble, d’origine paysanne, passionné de philosophie française, admirateur de Voltaire, s’habillant à l’européenne, laïc fondamental,  c’était Mustafa KEMAL, dit « Atatürk » : le père des Turcs. Avant qu’ERDOGAN n’ait effacé son héritage, il est bon de replonger dans l’histoire de l’homme qui fit entrer la Turquie dans la modernité.

Qui est Atatürk ?

L’empire Ottoman : le grand corps malade de l’Europe

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Mehmet V en 1909

Atatürk naquit en Anatolie (Turquie actuelle) sous le règne d’Abdülhamid II, Sultan tristement célèbre pour avoir allumé les premiers feux du génocide arménien.

L’empire Ottoman était alors une théocratie où régnait, sans partage, le Sultan qui s’appuyait sur un Clergé hiérarchisé, opposé à toute modernité.

Ce Sultanat était toutefois construit sur des allumettes : sa dette abyssale le rendait dépendant des grandes puissances européennes qui regardaient avec envie : « ce grand corps malade ».

Le militaire

Mustafa Kemal était avant tout un militaire, qui intégra, dès son plus jeune âge, l’école de guerre d’Istanbul (anciennement Constantinople). En 1905, il fut nommé capitaine, doté du surnom de « Kemal » : « la perfection ».

Héritier clandestin des Lumières

Ce fut de manière clandestine que Mustafa KEMAL débuta sa carrière politique : au sein du Parti Patrie et Liberté (inconcevable aujourd’hui dans la Turquie d’ERDOGAN) qui fustigeait dans les caves obscures d’Istanbul, le caractère rétrograde de l’Islam et dénommait l’ennemi : le clergé. On se serait crû en 1770, dans un salon parisien animé par Diderot, Rousseau ou Montesquieu, les grandes figures de la Révolution française, auxquelles Mustafa KEMAL n’avait cesse de faire référence.

Les Jeunes Turcs

Son groupe clandestin (le Vatan) fut vite découvert par les autorités et Mustafa KEMAL fut enfermé, pour quelques semaines, dans les geôles du Sultan. Il rejoignit en 1905 un régiment stationné à Thessalonique où il découvrit un courant frère du Vatan : Union et progrès. Il adhéra brièvement à ce mouvement initié par les « Jeunes Turcs » (parti révolutionnaire et nationaliste). Ces derniers accédèrent au pouvoir en 1908, à l’occasion d’une brève révolution. Les Jeunes Turcs, persécutés dans leurs premières heures en raison de leur athéisme, pouvaient remercier Mustafa KEMAL, alors en charge de l’armée de Macédoine.

Mustapha KEMAL, entre 1911 et 1914, s’illustra comme protecteur de la nation ottomane, emportant quelques batailles stratégiques contre des nations européennes, sauvant ainsi son indépendance. Sa popularité n’avait cesse de grimper.

La Guerre

Les jeunes Turcs entrainèrent ensuite l’empire ottoman dans la première guerre mondiale aux côtés de l’Allemagne de Bismarck.

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Soldats Turcs aux Dardanelles

La première guerre mondiale donna à Mustapha KEMAL l’occasion de s’illustrer à nouveau. Il organisa notamment, en janvier 1915, la défense du détroit des Dardanelles où il repoussa le corps expéditionnaire franco-britannique. Mais, comme il l’avait prévu, la guerre tourna à l’avantage des Alliés. L’Angleterre de Lawrence d’Arabie eut tôt fait de soulever les pays arabes contre les Ottomans accélérant la déconfiture de l’empire.

Dès 1916, (accords de Sykes-Picot), les Alliés avait préparé le découpage de l’empire ottoman : la Syrie pour la France, l’Irak pour les Britanniques. Cet accord fut entériné dans le traité de Sèvres de 1920.

La paix

Mustafa KEMAL, fort de sa popularité, fidèle à sa logique, encouragea le gouvernement à briser les derniers liens qui liaient encore la Turquie à l’Allemagne : pour lui, la paix devait être « séparée ». Mais pas pour les Jeunes Turcs qui l’envoyèrent commander des régiments exotiques. Le 30 octobre 1918, l’armistice de Moúdhros fut signé avec les Alliés. La Turquie, dans ses frontières actuelles, était née sur les cendres encore chaudes de l’empire Ottoman. Commença alors un brève période d’occupation des troupes alliées au grand damne de Mustafa KEMAL.

La Résistance

Le soldat KEMAL reprit alors son costume de fin politicien. Attaché à l’indépendance, il condamna, sans surprise, le gouvernement à la solde des Britanniques, s’appuyant sur une population prête pour le changement, qu’il manipulait clandestinement. Le gouvernement, dans un premier temps aveugle, lui confia la défense d’Izmir où les troupes grecques venaient de débarquer. Mais, ouvrant soudain les yeux,  le sultan Mehmet VI le releva de son commandement. Trop tard ! Mustapha KEMAL se sentait assez fort pour former un gouvernement provisoire.

Le comité exécutif

Sous l’impulsion de Mustafa KEMAL, un comité exécutif fut mis en place le  23 avril 1920 et se déclara :  « gouvernement légal », entrant en confit direct avec le Sultan. Comme toute théocratie qui se respecte, usant de son pouvoir spirituel, Mehmet VI dénonça « les mécréants. La guerre civile entre pro-sultan et pro-Kemal venait de commencer.

Le traité de Sèvres (10 aout 1920)

Le 10 aout 1920 furent entérinés les accords Sykes-Picot de 1916. Fut redessiné le moyen-orient au profit des Alliés. Le traité de Sèvres installa également deux nouveaux États qui firent toutefois long feu : l‘Arménie et le Kurdistan. Le traité de Sèvres, qui mettait à mal l’intégrité du pays, fit pencher la balance de la guerre civile du côté de Kemal le nationaliste.

La fin du rêve arménien et kurde

L’Arménie, qui avait déjà subi un terrible génocide en 1915 initié par le gouvernement des Jeunes Turcs, prit de plein fouet les assauts du général Kazim Karabekir, qui reprit ainsi les territoires confisqués par le Traité de Sèvres. Kemal, de son côté, reprit Izmir aux Grecs. Il était maintenant de taille à traiter d’égal à égal avec les Alliés. Le 24 juillet 1923, le traité de Lausanne donnait naissance à une Turquie souveraine.

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Mustafa KEMAL en 1923

La fin du Sultanat

Le 4 novembre 1922, le dernier sultan fut remercié par Mustafa KEMAL. Le 29 octobre 1923, il annonça la naissance d’une République Présidentielle !

La fin du Califat

Le bataille du nationalisme était gagnée ; mais Il restait une bataille à gagner et elle était de taille : faire entrer le pays dans la laïcité. Le Califat avait été instauré après la mort du Prophète en 632 ; Abou Bakr, compagnon du prophète, fut reconnu par la branche sunnite comme son successeur (ou calife). Les pouvoirs spirituels et temporels lui étaient alors confiés.
Le 3 mars 1924, le califat est aboli ! Une date à retenir.
La justice fut laïcisée, ainsi que l’enseignement et les institutions. La femme devint l’égal de l’homme. Mustafa KEMAL introduisit les codes occidentaux dans les recoins les plus intimes de la société turque encore emprunte de religion. Il interdit le fez, l’écriture arabe (au profit de l’alphabet latin) et imposa le port d’un nom de famille. A tout seigneur tout honneur, il accepta le fameux patronyme  d’Atatürk : « Père des Turcs ».
Sur le plan économique, il s’attacha à moderniser le pays en créant des routes et en développant l’agriculture.
Le côté sombre d’Atatürk se révéla dans sa volonté d’éradiquer les minorités non-turques. Une fois de plus les Arméniens et les Kurdes firent les frais d’une répression. Mauvais calcul, car en chassant les minorités cultivées, Kemal priva la Turquie naissante des cadres dont elle avait cruellement besoin.

Une paix retrouvée

Atatürk fit entrer la Turquie à la société des nations (SDN) en 1932. Il signa des Traités avec ses voisins des Balkans et avec les nations arabes pour garantir une paix durable.

La fin d’Atatürk

Il mourut en 1938, à la veille de la seconde guerre mondiale. Il laissa derrière lui une nation apaisée, sur le chemin de la laïcité, souveraine, respectée et presque démocratique.

Son héritage est en train d’être balayé par le nouveau calife, RECEP TAYIP ERDOGAN, islamo-conservateur, héritier spirituel de Mehmet VI qui aujourd’hui cherche à rattacher la Turquie à ses racines ancestrales,…

 

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