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Spinoza

Deus sive natura .

SPINOZA (1632-1677) met en pièces la théologie dominante son l’époque (et de la nôtre), qui veut que la nature ait été créée pour l’homme, par un être supérieur qui lui ressemble (anthropomorphisme).

Pourtant, SPINOZA n’est pas athée. Dieu est cité à multiples reprises dans l’éthique.

Mais c’est pour mieux se confondre avec la nature (Deus sive natura).

SPINOZA et la laïcité

 Il n’y a qu’une seule substance (on parlerait aujourd’hui de l’univers) et elle est infinie. Elle forme un tout cohérent, bien qu’elle se présente, à nos yeux, sous différentes formes, différents attributs, différents modes finis, tels que :

  • l’espace (les choses matérielles, la pierre, l’arbre, la vache, notre corps, la lune,…)
  • et la pensée (l’esprit, les idées,…)

Cette vision hérétique de Dieu lui retire toute dimension morale. Et vaudra à SPINOZA quelques soucis…

La double-illusion

Je me crois libre, car mes actions (je mange, je dors) ont des conséquences (je n’ai plus faim, je suis reposé). Je pense agir en vue d’une fin bien définie (être rassasié ou en pleine forme). J’imagine que ma décision (mettre la table ou me coucher) est la « cause première ». Mais c’est parce que je vis dans l’illusion. Je n’ai pas compris que c’est la nature qui a déclenché en moi le sentiment de faim ou de sommeil.

Le libre-arbitre est une complète illusion.

Ignorant, je pense que toute mes actions ont une fin. Et j’applique ce même raisonnement erroné à la nature qui m’entoure : J’utilise le bois pour me chauffer, la vache et le cochon pour me nourrir. Il est clair que cette nature n’est pas là par hasard mais qu’elle a été créée pour mon bien-être. Il me faut alors un créateur et j’invente Dieu. Un Dieu qui sait ce dont j’ai besoin, comment je fonctionne. Il doit donc me ressembler. C’est un Dieu à mon image.

SPINOZA et la laïcité

Le (non)-sens de ma vie

Si mes actions n’ont pas de finalité, quel est le sens de ma vie ? SPINOZA constate que chaque mode (la plante, le lézard, même la pierre,…) cherche à « persévérer dans son être ». On retrouvera chez Schopenhauer la même idée (le vouloir), ainsi que chez Nietzsche (la volonté de puissance).

En tant qu’homme, je n’échappe pas à cette règle : je cherche à persévérer dans mon être. C’est comme si la finalité de ma vie était finalement la vie qui se veut elle-même, qui cherche toujours plus d’intensité. D’ailleurs, il m’est facile de remarquer que je suis naturellement attiré par le choses qui me font du bien, qui augmentent ma puissance et à fuir, au contraire, ce qui la diminue. Ma nature me pousse à connaître, et à connaître pour le seul objectif de connaître, pour comprendre ma nature et pour jouir finalement de l’existence.

L’enfant ou l’ignorant ne le savent pas. Ils subissent leur nature, les événements qui leur sont extérieurs. Ils connaîtront la joie, certes, mais une joie passive.

SPINOZA et la laïcité

Le bon et le mauvais

Je sais que je cherche dans la nature des éléments qui me font du bien, qui augmentent l’intensité de ma vie, comme cette mousse au chocolat posée sur la table du salon. En revanche, je fuis ce qui est mauvais : cette viande avariée qui pourrit dans la poubelle, mais qui fait le régal d’une colonie de rats. Je me rends compte alors que cette viande n’est pas mauvaise « en soi » mais mauvaise « pour moi ». Il n’y a donc pas de bien absolu. Le bien n’est pas une propriété intrinsèque de l’objet ou de la personne, mais est relatif. Je ne dirai donc plus « bien » mais « bon pour moi ». De même, je ne dirai plus « mal » mais « mauvais pour moi ».

Pas de bien absolu

L’ignorant, lui, entretient le souvenir agréable de la mousse au chocolat. Il ne l’a plus devant lui mais éprouve, en pensée, un ersatz de plaisir, jusqu’à désirer un dessert supplémentaire. Comme il ne sait pas d’où vient son plaisir, il imagine qu’il provient de la mousse et seulement de la mousse. Il en vient à penser que c’est une propriété intrinsèque de la mousse d’être aimable. Il conclut qu’il existe des objets (ou des gens) bons, en toutes circonstances, et, parallèlement, d’autres qui sont mal dans l’absolu, pour tout le monde, en tout temps et en tout lieu. C’est bien entendu une grossière erreur.

La morale comme police de la pensée

Mais l’ignorant va plus loin. Convaincu de l’existence d’un Dieu créateur, il en déduit que le monde a été divinement séparé en deux : d’un côté le bien absolu et, de l’autre, le mal. Voilà d’où vient sa morale et, avec elle, la morale des théologiens. La morale, c’est des interdits, des commandements qui brident la liberté et la connaissance. On trouvera cette idée presque mots pour mots chez Nietzsche.

La morale est une police de la pensée.

SPINOZA et la laïcité

Les passions

SPINOZA plébiscite les passions voulues, actives et non-subies, non-occasionnées par des événements extérieurs, celles qui augmentent l’intensité de notre vie et il rejette les passions tristes.

Il y a trois types d’hommes qui incarnent les passions tristes :

  • L’esclave des passions tristes : la haine, la culpabilité (haine retournée contre soi), la pitié, la jalousie, le regret, la honte, le désir de vengeance. L’esclave est impuissant, prisonnier de ses émotions qui le paralysent ; il subit.
  • Le tyran : il exploite à son profit, les passions tristes, en empoisonnant la vie de notions telles que le Bien et de Mal, la faute et de mérite, le pêché et de rachat ; le roi de droit divin est sûrement visé ici. L’état libre est celui qui offre la liberté plutôt que des récompenses ou des médailles ;
  • Le prêtre : le complice du tyran.

SPINOZA, dans la continuité des atomistes, de Descartes, de Montaigne, de Giordano Bruno, inaugure déjà la pensée-dynamite de Nietzsche qui fera du christianisme l’archétype de la passion triste à combattre.

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Joindre la conversation 10 commentaires

  1. […] affichant clairement leur athéisme. Ils étaient tous des enfants de Montaigne (Les Essais) et de Spinoza (L’éthique) qui déjà avaient ébranlé sérieusement le dogme chrétien. Montaigne se […]

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  2. […] un instinct de conservation qui le pousse à « persévérer dans son être », selon la formule de Spinoza. Cet instinct a permis chez lui l’émergence de l’intelligence, car la nature est hostile à […]

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  3. […] monde se partage entre les partisans du déterminisme (LAPLACE, EINSTEIN, les BOGDANOV, NIETZSCHE, SPINOZA,…) et du hasard (BOHR, HEISENBERG, SCHRÖDINGER,…). Le vivier de ce deuxième groupe est […]

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  4. […] quelques érudits ne purent s’empêcher de raisonner, à lire, comme l’avait fait Spinoza ou Meslier, les évangiles, en historiens ou en […]

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  5. […] côté, les persuadés de notre impossible liberté : Aristote, Spinoza, Sade, Nietzsche et […]

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  6. […] Baruch SPINOZA, le but de la vie est d’être heureux. Ça ressemble à une lapalissade et pourtant […]

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Laicité, Les lumières, Philosophie, Précurseur des lumières

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