J’ai lu pour vous Star Wars, la philo contre-attaque de Gilles Vervisch

Star Wars - Star Wars, La saga décryptée

Voici l’ouvrage le plus original que les Éditions des Chavonnes ont eu l’occasion de lire (et elles en ont lus beaucoup). L’ouvrage de Gilles Vervisch est tout particulièrement indiqué aux amateurs de la saga de LUCAS. Ils en découvriront enfin sa face cachée et comprendront de quoi est fait  son côté obscur…

Sceptique au départ, je me suis rendu à l’évidence : ce bouquin fait aimer la philosophie. Cette matière, trop souvent enseignée de manière aride, devient, sous la plume de Gilles VERVISCH, fluide, accessible, intrigante, évidente,… Fini le jargon incompréhensible des profs,  l’auteur utilise des mots simples pour  nous immerger dans une galaxie lointaine, très lointaine.

Georges LUCAS – ce philosophe

Afficher l'image d'origineJe pensais à tort que notre ami Georges LUCAS se contentait d’écrire de belles histoires intergalactiques où, il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine, régnaient des prophéties, des élus, des princesses et des sages, où la très haute technologie côtoyait des hommes des sables chevauchant des dinosaures.

J’ai appris avec l’auteur qu’il y avait chez le cinéaste une profondeur dans l’écriture jusque-là insoupçonnée, une culture philosophique qui puise sa source aux confins de la Grèce antique, du côté de l’hindouisme, du bouddhisme, du manichéisme, du stoïcisme

La lutte entre le bien et le mal  : l’essence de la saga

Dans Star Wars, il est facile de distinguer

  • les méchants (toujours très méchants, souvent vêtus de noir, scarifiés, arrogants, sans pitié (« Excuses acceptées capitaine Needa »), cherchant la guerre, le pouvoir, la puissance ;
  • des gentils (toujours très gentils, habillés en clair, blond et innocent, soucieux de leurs prochains, préférant la paix) et qui finissent par l’emporter.
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Le bien incarné par Luke

Ce schéma, que l’on retrouve à peu près partout dans les films hollywoodiens (de Blanche-Neige aux Marvel en passant par Die Hard ou Rocky) nous vient de Mani, un prophète chrétien qui vécut au troisième siècle en Perse et qui y prêcha une vision très particulière du christianisme : le manichéisme.

Le manichéisme omniprésent dans Star Wars

Mani, comme d’autres avant lui, s’étonnait de voir que le monde, imaginé et construit par le Bon-Dieu tout-puissant, était empli de mal : guerres, maladies, souffrance étaient alors le quotidien des hommes : pourtant Dieu (le bien incarné) ne pouvait en être tenu responsable.

Épicure, au troisième siècle avant Jésus-Christ, avait déjà fait le même constat : Si Dieu est bon et tout puissant alors le mal ne devrait pas exister. Ce qui amena le philosophe grec au raisonnement suivant :

De deux choses l’une :

  • Soit Dieu n’est pas tout puissant (et alors il n’est pas Dieu) ;
  • Soit Dieu a voulu le mal (et alors il n’est pas bon ce qui n’est pas possible).

Épicure conclut  alors à l’existence d’un second Dieu à l’origine du mal. Mais un tel raisonnement n’était plus possible à l’époque monothéiste de Mani où supposer l’existence d’un second Dieu vous conduisait tout droit vers le bucher.

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Papatine, noir et scarifié : le mal incarné

Pourtant Mani franchit le seuil interdit : un second dieu maléfique serait à  l’origine du mal. Ce dualisme fut ensuite repris par les Cathares notamment. Mani découpa le monde en deux :

  • le monde de la lumière, associé au Bien, le monde de l’esprit, de l’éternité divine (le côté Jedi de la Force finalement) ;
  • le monde des ténèbres, associé au mal, le monde d’ici-bas, de la matière, du corps mortel, un monde dominé par Satan (le côté obscure de la Force bien entendu, les Sith remplaçant Satan).

Mani expliqua qu’un jour les Ténèbres prirent le pas sur la Lumière (la guerre noire dans Star Wars), comme à la fin de l’épisode III (la revanche des Sith). Depuis, selon Mani (et aussi pour le christianisme en général), l’homme est constitué de deux parties :

  • son enveloppe charnelle et mortelle (qui appartient aux ténèbres ou au côté obscure de la force ;
  • son esprit qui appartient à la Lumière et qui est éternelle (Obi Wan, à la fin de l’épisode IV, par son sacrifice libère son esprit de l’enveloppe charnelle et rejoint le monde de la lumière (le paradis) pour communiquer avec Luke).

Une condition est toutefois nécessaire pour accéder au monde de la Lumière ; il faut vivre, autant que faire se peut, en se détachant  du monde matériel, comme le fait Obi Wan sur Tatouine ou Yoda sur Dagobah. Un parallèle avec le Bouddhisme qui prône un détachement complet du monde matériel pour rejoindre le Nirvana est ici inévitable

La mort est un élément naturel de la vie, réjouis-toi pour tous ceux autour de toi qui retournent à la Force. Ni les pleurer ni les regretter tu ne dois. L’attachement mène à la jalousie, à l’ombre de la convoitise il grandit. Maître Yoda.

Cette séparation du monde en deux avait déjà été évoquée par Platon (le monde des idées et le monde matériel) qui avait ainsi posé les bases du christianisme.

Des Sith stoïciens

On parle beaucoup de destin chez les Jedi. Anakine est celui qui va détruire l’Empereur (et il le sait), c’est sa destinée..

Luke, rejoins-moi, c’est ton destin. Dark-Vador – Epidose V

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Sith et Satan

Anakine est victime des évènements. Il n’a pas choisi de naître avec un taux élevé de midi-chloriens, ni de rencontrer Qui-Gon Jinn, ni de tomber amoureux de Padmé, ni de perdre sa mère victime des hommes des sables,… Suivant seulement son destin, il tombe du côté obscure. Gilles VERVISH pose alors la question qui tue : est-il finalement si mauvais puisqu’il « subit » sa destinée et ne la « pilote » jamais ? Voilà qui est profondément stoïcien : il n’y a pas de bien, ni de mal, seulement une destinée qu’il convient d’accepter, aussi douloureuse soit-elle. Notre seule liberté est d’accepter (et d’aimer) notre destin (c’est aussi l’Amor Fati (l’amour du destin) de Nietzsche).

 “N’attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites ; décide de vouloir ce qui arrive et tu seras heureux” Épictète

« Ma formule pour ce qu’il y a de grand dans l’homme est AMOR FATI : ne rien vouloir d’autre que ce qui est, ni devant soi, ni derrière soi, ni dans les siècles des siècles. Ne pas se contenter de supporter l’inéluctable, et encore moins se le dissimuler – tout idéalisme est une manière de se mentir devant l’inéluctable -, mais l’aimer. » Nietzsche, Ecce homo

Vador n’est donc pas mauvais. Il n’a seulement pas eu de chance.

Afficher l'image d'origineDes Sith Nietzschéens

Lorsque Palpatine invite Anakine à le rejoindre au théâtre (épisode III), c’est bien sûr pour lui présenter la philosophie du côté obscure.

Palpatine explique que la notion de bien et de mal, telle que présentée par les Jedi, est erronée ou en tout cas incomplète : le bien et le mal sont des notions qui dépendent de « notre point de vue » dit-il. Si le loup mange l’agneau, ce n’est pas par « méchanceté » mais simplement parce qu’il est carnivore. La morale n’a rien à voir la dedans : On retrouve ce que Nietzsche écrivait dans « par delà le bien et le mal. « 

Il n’ y a pas de phénomène moraux du tout, mais seulement une interprétation morale des phénomènes. Nietzsche

La nature est cruelle, nous avons donc le droit de l’être aussi dira plus tard Hitler.

Une autre notion importante introduite par Nietzsche est la volonté de puissance : tout être tend vers plus de puissance, comme l’arbre qui cherche la Lumière pour s’épanouir.

Parmi les hommes, certains sont animés :

  • de forces actives ; ils parviennent à déployer leur force sans écraser les autres ; Les Jedi bien entendu appartiennent à cette catégorie : Yoda le dit lui même : » Personne par la guerre personne ne devient grand » ;Afficher l'image d'origine
  • de forces réactives, comme le lierre qui suce la sève de son hôte ; ils ont besoin de nier d’autres forces pour s’épanouir, détruire, réduire en esclavage. Les Sith sont animés de telles forces : la volonté de puissance de l’Empereur passe par l’anéantissement de ce qui existe et notamment des Jedi.

Des Jedi sartriens

Afficher l'image d'origineYoda, de son côté, évoque un avenir difficile à prévoir car « Difficile à voir. Toujours en mouvement est l’avenir. ».

Nous serions donc « maître de notre destin ». Sarte, dans L’existentialisme est un humanisme, ne dit pas autre chose : il critique ceux qui se disent « fait pour », comme ce garçon de café qu’il observe sur la terrasse. Pour Sartre, se croire « destiné », c’est faire preuve de « mauvaise foi ». car nous avons toujours le choix de faire le bien et le mal. Obi Wan puis Yoda enseignent ainsi à Luke le chemin à suivre.  Dans l’épisode  Yoda va jusqu’à tester Luke ; « Ton arme tu n’en auras pas besoin… tu y trouveras ce que tu y apporteras. » Bref, tu as le choix de choisir le Bien ou le mal.

Cette liberté accordée à l’homme arrangea depuis saint Augustin d’ailleurs bien l’église, car si nous sommes libres de faire le mal alors nous pouvons être jugés !

La force : un Dieu à la Spinoza

Spinoza confondait Dieu et la nature :

« Deus sive natura « (Dieu, c’est à dire la nature). Spinoza

« Par Dieu, j’entends un être absolument infini, c’est-à-dire une substance consistant en une infinité d’attributs, dont chacune exprime une essence éternelle et infinie » Spinoza

Pour Spinoza, Dieu est une puissance désincarnée, présente dans les êtres vivants mais aussi dans les pierres ou l’eau, loin de l’icône du vieillard barbu qui tapisse les murs des églises. Dieu (ou la nature) emplit tout l’Univers. Comme la force finalement qui permet à Luke de soulever son vaisseau.

Tatouine : le monde de Hobbes et de Rousseau

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Tatouine la Cantina

Hobbes décrivit l’homme naturel vivant dans un monde sans loi : le chaos y règne. La seule loi qui ait cours est la loi du plus fort. Personne n’est en sécurité, y compris le plus fort car il peut être menacé par encore plus fort ou par une association de moins forts. Dans ce monde, on ne peut pas faire de projet, car demain tout peut s’écrouler  : l’oncle OWEN fut ainsi assassiné, comme la mère d’Anakine, puis les hommes des sables, les Jawas,…

Même Jabba le Hut qui se croyait fort fut victime de cette loi implacable.

Le remède proposé par Rousseau fut Le contrat Social : chacun renonce à son pouvoir de nuisance en l’échange de la sécurité offerte par le groupe, le tout encadré par la loi qui confie aux forces de Police le monopole de la violence volontaire.

Une dualité corps-esprit

Dark-vador semble enfermé dans son armure, comme l’esprit (pour Descartes par exemple) est enfermé dans le corps charnel. Seule la mort permet de libérer l’esprit de sa prison de chaire. Il peut alors rejoindre le monde des idées (de Platon) ou le paradis (des chrétiens) ou le Nirvana (des Bouddhistes). Lorsque Luke enlève le casque de Dark-Vador, celui est libéré du mal, mais meurt pour rejoindre, dans un halo de lumière, une sorte de monde transcendant, un monde de l’esprit, le Dieu de Spinoza : il est intégré à l’Univers et en ces sens ne disparait pas.

Une servitude Volontaire

Comme l’écrit Gilles VERVISH, il convient de rendre hommage aux épisodes I, II, III tant décriés à cause du personnage de Jar-Jar Bins et ou de la mauvaise performance de l’acteur incarnant Anakine. Ces épisodes I, II et II sont en effet extrêmement travaillés du point de vue de l’intrigue politique.

L’ancienne république fonctionnait un peu comme la République de Platon qui n’avait rien de démocratique (chez Platon, la démocratie est le pire des systèmes, car elle confie le pouvoir à la « populace » ignorante). Chez Platon, l’organisation de la cité doit être confiée aux philosophes ou à un conseil de Jedi qui participent à toutes les grandes décisions.

A l’instar de César qui devint sous les applaudissements des sénateurs, dictateur à vie de l’ancienne Rome impériale, ce fut également sous les acclamations du Sénat que Palpatine enterra l’ancienne République en invoquant un argument majeur : rétablir la sécurité.

La Boétie, dans son célèbre discours sur la serveuse volontaire, s’étonnait de voir des millions d’individus (le peuple) servir un seul (le Roi) depuis des siècles. Il expliquait cette servitude volontaire par l’habitue ou la coutume ; le serf n’avait rien connu d’autre, comme le prisonnier de la caverne de Platon. Le Roi en outre (ou le Seigneur) assurait la sécurité du serf. Voilà pourquoi l’Empire cherche à partir de l’épisode IV à effacer toute trace de l’ancienne république : pour que les gens oublient qu’un jour ils furent libres !

 

Vivement l’épisode VIII

Voici donc un avant-goût de cet ouvrage que les éditions de Chavonnes vous conseillent.

 

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