Afficher l'image d'origine Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps. Voltaire – Prière à Dieu.

Comme nous allons le voir, et contrairement à ce qu’il annonce en préambule, VOLTAIRE s’adresse bien aux hommes, en dénonçant, avec ironie, les différentes pratiques religieuses qui ont dressé, depuis des millénaires, les hommes les uns contre les autres.

La prière à Dieu de VOLTAIRE

 

Il met toutes les religions dans le même sac (qu’il est sur le point de jeter à la rivière), même si, a priori, il vise plus la religion qui domine sa terre et son époque : le Christianisme.

Il montre que les religions, et en particulier les trois grands monothéismes, bien loin de ce qu’elles ont promis, ont, depuis qu’elles existent, engendrer la haine, la rivalité et la jalousie. Il veut donc revenir à l’esprit du texte en invitant les hommes à la bienveillance.

S’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui a tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature. Voltaire – Prière à Dieu.

Voltaire ce déiste

VOLTAIRE semble émettre l’hypothèse d’un Dieu « non responsable » de l’imperfection de sa création (l’homme habité par le mal). Hypothèse un peu étonnante. Le Dieu des chrétiens est, par définition, omnipotent et parfait. Comment un être parfait a-t-il pu créer des êtres imparfaits  ?

En fait, il s’agit d’un plaidoyer déiste : le Dieu de VOLTAIRE n’est pas celui de la Bible ; il s’agit d’une entité inaccessible à l’homme, à jamais mystérieuse, seulement à l’origine du monde. Il ne peut en dire plus :

L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer Que cette horloge existe et n’ait pas d’horloger. Voltaire.

..que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère. Voltaire – Prière à Dieu.

VOLTAIRE montre à l’homme l’irrationalité de son comportement. En s’adressant indirectement à lui, et en mettant Dieu à témoin, il lui dit : Dieu t’a donné un cœur (le croyant ne peut le nier) ; ce n’est certes pas pour haïr ton prochain, car la haine est étrangère à Dieu (c’est une évidence également pour le croyant). La logique du raisonnement est implacable et est donc de nature à convaincre le croyant pour mieux utiliser son cœur, en mettant en avant des sentiments plus compatibles avec sa foi : par exemple la bienveillance.

..que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution. Voltaire – Prière à Dieu.

VOLTAIRE met en évidence le caractère ridicule des débats haineux entre religions : de petits détails futiles, comme la couleur d’une tenue, dressent l’homme contre son prochain.

..que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; Voltaire – Prière à Dieu.

VOLTAIRE désigne ici plus clairement le christianisme. Il est manifestement ironique. Il montre qu’il est du côté des rationnels, de ceux qui utilisent la lumière du jour pour y voir, plutôt que ceux qui s’enferment dans le noir des églises pour ensuite allumer des bougies.

..que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; Voltaire – Prière à Dieu.

VOLTAIRE fait référence encore aux ecclésiastiques et leur habitude de parler en Latin que personne ne comprend. Il serait plus efficace de parler en Français. Bien entendu, l’utilisation du Latin, que VOLTAIRE dénonce, permet au Clergé de maintenir son statut d’intermédiaire entre Dieu et les hommes et, en conséquence, de se rendre indispensable aux pauvres pécheurs qui ne peuvent comprendre seuls les textes sacrés. C’est une manière de garder le pouvoir.

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Richelieu – en habites rouges

..que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni envier, ni de quoi s’enorgueillir. Voltaire – Prière à Dieu.

VOLTAIRE parle aux évêques et dénonce leur autorité dont ils usent pour s’enrichir. Il prend de nouveau le texte à témoin puisqu’il montre aux évêques l’incompatibilité avec leur foi de leur attitude, faite de vanité et d’orgueil.

…Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Voltaire – Prière à Dieu.

VOLTAIRE dénonce le fonctionnement de l’Église qui utilise la peur (du châtiment dernier) pour tenir les hommes sous son autorité morale. Il compare la religion à une tyrannie en ce sens qu’elle impose par la force un système de pensées.

…Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.

VOLTAIRE termine par un plaidoyer pour la paix : il propose de considérer toutes les religions comme égales, sans distinction de lieu géographique ou de langue. La vie est trop courte pour s’entretuer.

Voici donc un texte manifestement d’actualité qu’il convient d’adresser à tous les fous de Dieu.

 

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Laicité, Philosophie, Voltaire

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