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Voltaire

VOLTAIRE, en se lançant dans l’exercice du dictionnaire philosophique, semble vouloir répondre aux Encyclopédistes : les trouve-t-il trop timides ? Trop frileux face au risque de la censure ? Sans doute. 

VOLTAIRE veut aller plus loin, aux limites du tolérable, secouer les consciences, remettre en cause les traditions, éclairer son époque encore dominée par la Sorbonne (la faculté de théologie sous l’ancien régime), pour que fleurisse l’esprit critique et, qu’à terme, règne une réelle fraternité.

« Fanatisme » de Voltaire – Dictionnaire philosophique portatif (1764)

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L’inquisition

VOLTAIRE n’est pas athée (est athée celui qui nie l’existence de Dieu). Il croit en un être supérieur. Mais son Dieu n’a rien à voir avec les superstitions chrétiennes. Il ne ressemble pas aux vieux barbus des textes sacrés. VOLTAIRE croit en un « Dieu-horloger », un grand architecte qui aurait réglé les paramètres fondamentaux de l’Univers ; un Dieu inaccessible à l’homme, comme l’éléphant est à la fourmi ; un Dieu omniscient (qui sait tout) et omnipotent (qui peut tout).

« Fanatisme » de Voltaire – Dictionnaire philosophique portatif (1764)

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Voltaire dictionnaire philosophique

Le dictionnaire philosophique est donc un recueil militant, un glossaire « portatif », une boite-à-outils dans laquelle le sceptique trouvera tous les ingrédients nécessaires à la critique du Dogme officiel, pour démasquer la supercherie (DIDEROT n’aurait pas dit  autre chose, lui qui voyait dans le dictionnaire « une manière de changer la façon commune de penser»).L’ironie est partout présente. Elle permet de dénoncer subtilement les fables de la Bible, comme celle de la Genèse du monde. Elle permet  aussi de dénoncer les excès du Clergé, cette institution humaine au service de quelques-uns, qui utilise la peur pour enfermer les consciences et saigner plus facilement les plus humbles.

VOLTAIRE préfère se passer d’intermédiaires. Il veut s’adresser directement à Dieu pour ne pas devoir à payer une taxe (morale et financière) à l’Église.

Dans cet article, il dénonce le fanatisme. Le fanatisme est un véritable poison pour la société. Le fanatisme empêche l’homme de raisonner et de vivre en paix avec ses semblables.

C’est un article d’une actualité frappante, dont les enseignements pourraient aujourd’hui servir contre les fous de Dieu qui fleurissent un peu partout.

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L’endoctrinement peut être combattu par l’éducation, le développement de l’esprit critique, dès le plus jeune âge : Descartes mettait un point d’honneur à tout remettre en cause, les traditions, les habitudes, les savoirs…

Jules FERRY proposaient de combattre le fanatisme avec l’école et ses « hussards de la République ». Les enseignants ont un rôle majeur dans la lutte : en mettant la connaissance avant toute chose, en démontant les idées reçues, en comparant les savoirs, en libérant la parole et la liberté de pensée.

« Fanatisme »  Voltaire – Dictionnaire philosophique portatif, 1764

Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Voltaire

Le fanatisme est une maladie de l’esprit

VOLTAIRE compare le fanatisme à une maladie de l’esprit, une folie, un trouble obsessionnel (on dirait aujourd’hui un trouble obsessionnel compulsif ou TOC). Cette maladie est d’autant plus dangereuse qu’elle est contagieuse ; elle contamine aisément les esprits faibles ou trop jeunes. Celui qui est atteint s’enferme dans une pensée unique. Son cerveau s’arrête de penser ; il fonctionne en mode automatique, selon un schéma dicté par avance, par des savants autoproclamés. Si ce dernier dit que le ciel est rouge, alors pour le fanatique, le ciel est rouge. Et s’il faut tuer pour convaincre le voisin, alors il tuera le voisin.  La raison est endormie. Le corps et la sensation gouvernent de manière impulsive.

Le fanatisme a tout de l’excès ; il est au-delà de la superstition qui déjà suppose l’absence d’esprit critique. Le superstitieux est celui qui met de la magie partout où il y a de l’ombre, de l’inexpliqué. Il ne réfléchit pas. Il ne critique pas. Il admet l’existence de forces occultes qui gouvernent le monde. Le fanatique cherche à imposer, s’il le faut par le force, la superstition.

Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un fanatique novice qui donne de grandes espérances; il pourra bientôt tuer pour l’amour de Dieu. Voltaire.

Alors que le superstitieux peut douter, le fanatique est enragé : ses délires deviennent la réalité. Il refuse toute contradiction, toute évidence. Même le crime perd son atrocité : tout est justifiable, si c’est pour l’amour de Dieu. On pourrait ainsi inverser la célèbre phrase de Dostoïevski qui, dans les frères KARAMASOV affirmait :

Si Dieu n’existait pas alors tout serait permis ». Dostoïevski

En fait, pour le fanatique, c’est parce que Dieu existe que tout est permis, y compris le crime.

Le plus grand exemple de fanatisme est celui des bourgeois de Paris qui coururent assassiner, égorger, jeter par les fenêtres, mettre en pièces, la nuit de la Saint-Barthélemy, leurs concitoyens qui n’allaient point à la messe.Voltaire.

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Saint-Barthélémy – 1572

VOLTAIRE distingue deux types de fanatiques :

  1. ceux qui agissent sur un coup de tête, comme les massacreurs de la saint Barthélémy, lorsque monsieur tout le monde s’est mis à tuer son prochain « par amour de Dieu » ;
  2. et puis, les plus dangereux, ceux qui « agissent de sang-froid » : ceux qui envoient à l’échafaud les hérétiques (c’est-à-dire ceux qui ne pensent pas comme eux), qui ont une raison biaisée, atrophiée, mutilée, qui exclut (inconsciemment) les éléments à décharge et qui ne retient que les éléments à charge, dans un seul but : couper les têtes qui dépassent.

La religion, loin d’être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés. Voltaire

VOLTAIRE lève le voile : la religion est la plus grande génératrice de fanatisme.

Ces misérables ont sans cesse présent à l’esprit l’exemple d’Aod qui assassine le roi Églon; de Judith qui coupe la tête d’Holopherne en couchant avec lui ; de Samuel qui hache en morceaux le roi Agag; du prêtre Joad qui assassine sa reine à la porte aux chevaux, etc., etc., etc. Ils ne voient pas que ces exemples, qui sont respectables dans l’antiquité, sont abominables dans le temps présent: ils puisent leurs fureurs dans la religion même qui les condamne. Voltaire.

Ancien testament : œuvre intolérante

VOLTAIRE a examiné l’Ancien Testament. Il y a trouvé des héros (en tout cas présentés comme tels) qui tuent au nom de Dieu. Dieu demande d’ailleurs à Josué, le successeur de Moïse, de tuer tout ce qui vit dans Jéricho. Les Hébreux assassinent, coupent des têtes,  passent par le fil de l’épée avec la caution divine. Pourtant, le premier des commandements exige que l’on ne tuât point ! Y a-t-il là un paradoxe ?

Extrait de l’ancien testament : Les enfants d’Israël brûlèrent la ville et tout ce qui s’y trouvait, sauf l’argent et l’or, et les objets d’airain et de fer, qu’ils déposèrent dans le trésor de la maison de Yahweh.

Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage: c’est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l’esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu’ils doivent entendre. Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? Voltaire

Le fanatique ne raisonne pas, il récite.

On ne peut pas raisonner un fanatique. Si l’éducation n’a pas fait son travail alors son cerveau ne dispose que d’une seule référence : la religion. Le fanatique est perdu. Peu lui importe la loi des hommes, la prison, l’échafaud. Il ne reconnaît pas la légitimité des lois de la République. Elles sont inférieures aux lois divines. Nos tribunaux ne sont que le reflet de notre condition humaine. Le fanatique est convaincu  que les hommes qui le jugent sont dans l’erreur et qu’ils seront jugés à leur tour par l’au-delà. Lui gagnera le ciel.

La fanatique ne reconnait pas la loi des hommes

Pour VOLTAIRE, la loi est inefficace contre le fanatique. Sa vie (et celle des autres) basée sur les lois de la République est sans valeur. Seul compte la loi divine.

Les commanditaires ne sont jamais les martyres

Ce sont presque toujours les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains; ils ressemblent à ce Vieux de la montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu’ils iraient assassiner tous ceux qu’il leur nommerait. Voltaire

VOLTAIRE avait vu juste. Ben LADEN n’a jamais cherché à mourir, ni Al Bagdadi.  Les « fripons » confient cette tâche à des jeunes illettrés, des enfants, des femmes, des gens faciles à endoctriner.

Abubakar Shekau, le leader de BOKO HARMA, reste bien au chaud dans sa case. Il fabrique des criminels et les envoie en première ligne se faire déchiqueter. Les dirigeants du HAMAS ou des Hezbollah font de même. Ils utilisent les kamikazes comme des outils. Jamais le leader ne montre l’exemple.

Les sectes des philosophes étaient non seulement exemptes de cette peste, mais elles en étaient le remède; car l’effet de la philosophie est de rendre l’âme tranquille, et le fanatisme est incompatible avec la tranquillité. Voltaire.

Un remède : la philosophie (étymologiquement la recherche de la sagesse). Le fanatisme se nourrit du conflit, de la confrontation, de la polémique. Il est prosélyte et forcément conquérant. La paix, l’harmonie sont donc des terreaux sur lesquels le fanatisme ne peut pas pousser.

En synthèse

Le fanatisme doit être traité comme une maladie contagieuse. L’individu infecté est pratiquement irrécupérable. En revanche, l’éducation, la liberté de pensée et d’expression, l’esprit critique sont les remèdes qui, lorsqu’ils sont appliqués suffisamment tôt, sont autant d’anti-corps qui protègent la société des excès mortifères du fanatisme.

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Joindre la conversation 5 commentaires

  1. […] le XVIIème siècle, Voltaire, dans Candide, avait mis la Providence devant ses contradictions. Dans son Traité sur la […]

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  2. […] Voltaire a écrit cet ouvrage à la suite du procès de Jean CALAS, un protestant accusé à tort d’avoir assassiné son fils converti au catholicisme, le 9 mars 1762, à Toulouse. […]

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  3. […] lumières et surtout les premières critiques de l’ordre établi : Jean-Jacques ROUSSEAU, VOLTAIRE, CONDORCET, DIDEROT et bien d’autres remirent en question les pouvoirs temporels et […]

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Laicité, Voltaire

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