Afficher l'image d'origine

ROUSSEAU

Rousseau est un cas à part dans le siècle des Lumières. Il n’est pas du sérail parisien. Il préfère la campagne genevoise (dont il est originaire) aux mondanités de la ville.

Contrairement à ses contemporains philosophes, il pense que le progrès technique engendre une accumulation de richesses qui creusent les inégalités.
Dans sa lettre à d’Alembert de 1758, il ira même jusqu’à parler de « régression morale ».

Afficher l'image d'origineLe point de départ : le discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes (1755)

« L’homme est né libre et partout il est dans les fers ». ROUSSEAU

L’homme naturel

Rousseau imagine le premier homme, un homme brut, un homme à l’état de nature. Cet homme, pour Rousseau, était animé par son « amour de soi », un instinct de conservation qui le poussait à «se persévérer dans son être », selon la formule de Spinoza.

Cet instinct a permis l’émergence de l’intelligence : l’homme, contrairement aux autres animaux, n’a pas été doté par la nature de griffes, de mâchoires puissantes ou d’une vitesse de course lui permettant de chasser ou de fuir. La nature est hostile. Pour survivre, l’homme a dû développer des ruses, des stratagèmes, une réflexion.

Rousseau voit également dans l’homme naturel, un homme animé par la compassion, la pitié ; mais aussi un homme libre (au sens du libre-arbitre), capable de s’arracher à « sa nature », de se perfectionner. les problèmes ont alors commencé. Car la perfectibilité a conduit au progrès, notamment technique, à l’accumulation de richesse et aux inégalités.

L’homme politique (au sens de l’homme des villes)

L’amour-propre (vanité) a remplacé l’amour de soi. La vanité a remplacé la compassion. L’homme fut soudain seul au milieu de la foule. La division du travail a provoqué la domination des riches sur les pauvres. Le droit et la justice ont été construits par la classe dominante à son profit (Marx ne dira pas autre chose lorsqu’il décrira l’État comme la superstructure de la classe dominante). C’est le mauvais contrat social.

Sa solution : le contrat social (1762) – Un peuple à la fois souverain et sujet

Dans le contrat social, Rousseau expose sa solution, son remède aux inégalités.

La première société : la famille

Au sein de la famille, les enfants obéissent (de manière intéressée) au père, car c’est lui (à l’époque de Rousseau du moins) qui garantit leur subsistance. Lorsque les enfants gagnent (enfin) leur vie, seules les conventions, la tradition, peut maintenir l’unité de la cellule familiale. On voit ainsi se dessiner un des traits caractéristiques de la vie en société :

  • l’enfant renonce à sa liberté en échange du confort, de la sécurité que lui offre l’autorité du père ;
  • le citoyen renonce à sa liberté originelle (notamment de nuire à son prochain), en échange de la sécurité offerte par la vie en société, grâce au parapluie protecteur de l’Etat.

Maîtres et esclaves

L’homme nait-il « esclave » ou « maître ». La question était posée à l’époque de Rousseau. En effet, l’esclave semble accepter sa condition. Mais Rousseau ne pense pas qu’un homme naisse esclave. L’absence de rébellion chez l’esclave  s’explique par le fait qu’il est né esclave. Tout lui a été enlevé, jusqu’à l’esprit critique, jusqu’à sa volonté d’émancipation.

Droit du plus fort ?

Lorsque l’on obéit au plus fort, ce n’est bien évidemment pas pour des raisons de justice ou de morale. C’est par précaution. Le droit ne peut donc être associé à la force.

On ne peut réconcilier « le droit » et « l’obéissance », qu’en rendant le droit légitime, accepté par tous.

L’exemple de la Monarchie

Quel étrange système ! Dans la Monarchie de droit divin, le peuple accepte l’autorité d’un seul. Est-ce pour des raisons de sécurité, de subsistance que le peuple accepte cet état de soumission ? Il donne en effet tout le fruit de son travail au seul souverain.

Pour Rousseau, cet argument n’est pas défendable au regard de l’histoire. C’est en fait le Roi qui vit aux dépens de son peuple et qui l’entraîne dans des guerres. Ce fut le thème développé par la Boétie dans son Discours sur la servilité volontaire. Le peuple est fou de renoncer, sans contre-partie, à sa liberté naturelle. Pour éviter cette folie, il convient d’établir des conventions qui régissent les relations entre les hommes. C’est l’objet du contrat social.

Afficher l'image d'origine

1789 – Le serment du jeu de paume : les citoyens construisent le contrat social

Le théâtre

Rousseau n’aimait pas le théâtre. Le théâtre est une métaphore de la monarchie. Il y voyait une transposition du pouvoir royal où les spectateurs sont isolés, dans le noir, sans possibilité de communiquer. Leur seul interlocuteur est la scène, l’image du Roi, une tierce personne qui impose son discours. Il préférait la fête, symbole de la démocratie.

Un peuple souverain et sujet

Dans un premier temps, il faut créer un sentiment d’unité. Transformer une multitude d’individus, de monades, en un peuple ! Dans un second temps, on peut s’interroger sur le bon souverain. L’idée est de trouver une forme d’association entre les individus qui les protège tous et n’en aliène aucun. L’ensemble des citoyens doit pour cela participer à l’élaboration de la Loi. Le citoyen devient souverain car il fait la loi. Il est aussi « sujet », car la loi s’applique à lui :

« La liberté est l’obéissance à la loi que l’on s’est prescrite . » ROUSSEAU

Il est libre en ce sens qu’il élabore sa loi et s’y soumet volontairement.

L’homme transformé

En quittant la nature, l’homme doit contraindre ses instincts. Seule la raison doit le guider. Il renonce à sa liberté naturelle, notamment de dominer les faibles, et en échange reçoit la sécurité offerte par le groupe. Le droit de propriété devient possible (et légitime contrairement à la possession par la force qui existait à l’état naturel) et garantit par la loi.

Du contrat social de Jean-Jacques ROUSSEAU : tout était dans LE LEVIATHAN de HOBBES

Hobbes (1588-1679), le plus français des philosophes anglais, est connu par LE LEVIATHAN, un monument (vu le nombre de pages) de la philosophie politique.

C’est dans ce LEVIATHAN que Hobbes construit les premières fondations du Contrat Social (donc avant ROUSSEAU). Hobbes voyait dans l’homme naturel un loup pour l’homme : avant l’invention du Contrat Social, la terre était un champ de batailles permanent, où chacun nuisait à son prochain. La vie d’homme n’était pas facile. Elle était caractérisée par le manque de sécurité. Fatiguée, épuisée, l’espèce humaine au bord de l’effondrement décida d’abandonner ce système qui avait fait son malheur.

Un accord fut passé entre les hommes. Chacun renonça à sa liberté (de nuire à son prochain) et en échange reçut la sécurité offerte par le groupe. Seules la police et l’armée conservaient le droit à la violence légitime, respectivement à l’intérieur et à l’extérieur du groupe, mais uniquement dans l’objectif d’assurer sa sécurité. Ce fut l’émergence de la culture, du commerce et surtout de la fête.

L’homme avait choisi la sécurité en renonçant à sa liberté naturelle !

Et dans nos banlieues ?

Tant que l’individu se sent en sécurité (matérielle), il accepte ce contrat social dont il est bénéficiaire. Si cette sécurité n’est plus évidente, si le pain quotidien ne lui est plus assuré, il peut être tenté de reprendre sa liberté. Et c’est ainsi que l’on brûle des voitures dans nos banlieues.

Publicités

Joindre la conversation 33 commentaires

  1. […] constitue le mode de fonctionnement des espèces non-civilisée. Ainsi, dans le Contrat social, Rousseau explique notamment comment l’homme naturel théorique est tenté par la violence, comment il […]

    J'aime

    Réponse
  2. […] la vie des citoyens en vue de prévenir la violence des uns envers les autres (comme dans Le contrat social de Rousseau). Elle vise à transcrire dans des textes les principes de la sélection naturelle des […]

    J'aime

    Réponse
  3. […] sur des chantiers. Il a ensuite exercé plusieurs métiers,dont celui de géomètre. La lecture de ROUSSEAU (L’origine de l’égalité parmi les hommes) fut pour lui comme une seconde […]

    J'aime

    Réponse
  4. […] avec un tel tableau sinistre de l’homme, peut-on préserver l’intérêt général ? Comme ROUSSEAU dans son Contrat Social, Helvétius répond par la loi : cette dernière doit être le garant de […]

    J'aime

    Réponse
  5. […] est, avec ROUSSEAU, l’un des inspirateurs des grandes figures de 1789 : Camille DESMOULINS, SAINT-JUST, DANTON ou […]

    J'aime

    Réponse
  6. […] Voltaire« . Voilà qui n’est pas très gentil pour ses contemporains : Helvétius, Rousseau, Diderot, Montesquieu, D’Alembert, Buffon et bien d’autres. Il aurait eu une influence […]

    J'aime

    Réponse
  7. […] donc viser, sur la base d’un Contrat social (fictif et jamais signé), dont le concept revient à Rousseau, à mettre en commun les forces de tous pour défendre les libertés individuelles de chacun. Mais […]

    J'aime

    Réponse
  8. […] survivre, cette humanité doit établir des règles de vie en communauté : le contrat social. Le plus fort renonce à la violence, à son « droit » sur le plus faible que […]

    J'aime

    Réponse
  9. […] (supposé libre à l’instar de Rousseau) est le seul à pouvoir violer ces lois naturelles (Rousseau (1755) montrera que l’homme est […]

    J'aime

    Réponse
  10. […] De ces nouvelles lumières jaillirent les premières critiques de l’ordre établi : Jean-Jacques ROUSSEAU, VOLTAIRE, CONDORCET, DIDEROT et bien d’autres remirent en question les pouvoirs temporels et […]

    J'aime

    Réponse
  11. […] tel mandement ferait bondir ROUSSEAU qui, dans son Contrat Social, explique que la société ne pouvait se constituer qu’à […]

    J'aime

    Réponse
  12. […] Rousseau explique ainsi qu’un chat se laissera mourir de faim sur un tas de graines bien grasses. L’homme, de son côté, est tellement libre qu’il peut s’écarter de son logiciel jusqu’à mettre sa vie en jeu. Il peut ainsi se détruire à l’alcool ou la drogue en toute connaissance de cause. Voilà la différence : la liberté ! Celle de s’écarter de son instinct naturel. La preuve ? Si l’homme n’était pas libre, il répéterait les mêmes gestes depuis la nuit des temps, comme le font les poules depuis les Égyptiens (par exemple) jusqu’à nos jours. Si on pouvait voyager dans le temps et remonter à l’époque des pharaons, bien malin serait celui capable de distinguer une ruche d’alors et celle qui produit le miel d’aujourd’hui. Regardons maintenant, Paris, la ville que je connais le mieux et comparons-la à Lutèce, voire aux premiers campements préhistoriques. Un rapport ? Aucun ! Car l’homme a appris, a modifié son comportement pour soulager son existence. Il le peut car il est libre. Aussi, l’animal n’a-t-il pas besoin de morale, car cette dernière est livrée avec son système d’exploitation qui ne subit aucune mise à jour. […]

    J'aime

    Réponse
  13. […] Rousseau attribuait au premier planteur de clôture la naissance de ce ce grand malheur que l’on appelle aujourd’hui le capitalisme. Avec cette propriété privée (dans un premier temps des moyens de production) sont apparues les fameuses classes : la classe de ceux qui possèdent ces moyens et la classe de ceux qui les font fonctionner. […]

    J'aime

    Réponse
  14. […] Rousseau attribuait au premier planteur de clôture la naissance de ce ce grand malheur que l’on appelle aujourd’hui le capitalisme. Avec cette propriété privée (dans un premier temps des moyens de production) sont apparues les fameuses classes : la classe de ceux qui possèdent ces moyens et la classe de ceux qui les font fonctionner. […]

    J'aime

    Réponse
  15. […] (supposé libre à l’instar de Rousseau) est le seul à pouvoir violer ces lois naturelles (Rousseau (1755) montrera que l’homme est […]

    J'aime

    Réponse
  16. […] survivre, cette humanité doit établir des règles de vie en communauté : le contrat social. Le plus fort renonce à la violence, à son « droit » sur le plus faible que […]

    J'aime

    Réponse
  17. […] la vie des citoyens en vue de prévenir la violence des uns envers les autres (comme dans Le contrat social de Rousseau). Elle vise à transcrire dans des textes les principes de la sélection naturelle des […]

    J'aime

    Réponse
  18. […] La sédentarité imposée par l’agriculture n’est pas étrangère à cette éclosion. Rousseau attribuait au premier planteur de clôture la naissance de ce ce grand malheur que l’on […]

    J'aime

    Réponse
  19. […] est bercée par les valeurs de tolérance, de laïcité et de liberté d’expression. Il est, avec ROUSSEAU, l’un des inspirateurs des grandes figures de 1789 : Camille DESMOULINS, SAINT-JUST, DANTON ou […]

    J'aime

    Réponse
  20. […] seul était vulnérable. Le groupe assurait la sécurité. C’était une sorte de Contrat Social originel tel que décrit par Rousseau. Chacun renonçait à son pouvoir de violence et en retour […]

    J'aime

    Réponse
  21. […] furent allumés dans les milieux bourgeois (Danton, Robespierre, Marat, Montesquieu, Rousseau,…) et que 1789 ne fut que l’expression de la volonté des bourgeois d’accéder […]

    J'aime

    Réponse
  22. […] (supposé libre à l’instar de Rousseau) est le seul à pouvoir violer ces lois naturelles (Rousseau (1755)) montrera que l’homme est […]

    J'aime

    Réponse
  23. […] divin. Il fréquenta les plus sulfureux esprits de son temps, comme Helvétius (De L’esprit) ou Rousseau, mais aussi les Encyclopédistes comme Diderot ou […]

    J'aime

    Réponse
  24. […] vivants, les premières molécules ? Sommes-nous libres ? Libres de nous écarter du logiciel ? Rousseau avait déjà montré comment le chat ou le pigeon en était incapable, se laissant mourir de faim […]

    J'aime

    Réponse
  25. […] l’autre, les excités du libre-arbitre : l’église, Rousseau, Sartre ; pour ne citer qu’eux. Pourquoi l’église ? Il est bien évident que […]

    J'aime

    Réponse
  26. […] souvent plus riches ! Les idées révolutionnaires sont déjà en germes chez de nombreux auteurs : Rousseau et son Contrat social, Montesquieu et son Esprit des Lois. La laïcité comme garant de la liberté […]

    J'aime

    Réponse
  27. […] ces nouvelles lumières jaillirent les premières critiques de l’ordre établi : Jean-Jacques ROUSSEAU, VOLTAIRE, CONDORCET, DIDEROT et bien d’autres remirent en question les pouvoirs temporels et […]

    J'aime

    Réponse
  28. […] à l’altruisme sous peine de disparaître. La vie en société nous oblige à la coopération. ROUSSEAU avait développé cette idée dans son Contrat social. Seule la coopération permet d’envisager […]

    J'aime

    Réponse
  29. […] se mesure au pouvoir de sa police ? Pour y voir plus clair, il faut replonger dans l’œuvre de ROUSSEAU l’un des pères des Lumières et grand inspirateur des principes révolutionnaires de 1789 et […]

    J'aime

    Réponse
  30. […] devrait également relire la constitution et aussi Montequieu (De l’esprit des lois) et Rousseau (Du contrat social). Car ce n’est évidemment pas dans la rue que l’on fait la loi. C’est au […]

    J'aime

    Réponse

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

CATÉGORIE

Les lumières, Philosophie, Rousseau

Mots-clés

,