Le Discours de la Méthode (1637) est le premier ouvrage laïc. Pourtant, Descartes ne remet nullement en cause le dogme catholique. Mais il met en place le doute systématique. Même si ce doute concerne dans son esprit la science, la méthode qu’il propose peut être étendue à tous les champs d’investigations.

Sur le même sujet

Fiche de lecture et (résumé et analyse)

Descartes le père des Lumières

Certains s’en souviendront lorsqu’un siècle plus tard la question de la légitimité du Roi de droit divin et du clergé se poseront. En ce sens, Descartes est un précurseur des Lumières.

Pour espérer atteindre une quelconque vérité, Descartes considère indispensable de remettre en cause nos préjugés, nos certitudes, tout ce que l’éducation (ou la religion ?) nous a donné comme « vrai » et que nous avons accepté sans vérifier par manque d’esprit critique.

Nous sommes alors un plein procès de Galilée. Mettre en doute le dogme catholique est alors dangereux. L’inquisition veille. Aussi, DESCARTES prend-il soin d’exclure du champ de son Discours la religion et la politique. Il s’autorise donc à tout remettre en question sauf Dieu et son Roi, ce qui, reconnaissons-le, dans son XVIIème siècle puritain, constitue la source essentiel des préjugés !

Le Discours de la méthode n’est en fait qu’une introduction à un ouvrage plus large portant sur la géométrie, la dioptrique (loi sur la réfraction de la lumière) et les Météores. Mais c’est bien cette introduction qui influencera le mouvement philosophique jusqu’aux Lumières.

Le besoin d’une méthode

Dès les premières lignes, Descartes constate la diversité des opinions parmi les hommes pourtant tous également doués de bon sens(faculté de distinguer le vrai du faux) :

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent : mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. René DESCARTES – Le Discours de la Méthode (1637)

Nous avons tous cette faculté et pourtant, sur un problème identique, nous arrivons à des conclusions différentes. Que se passe-t-il ? Pour Descartes, c’est une question de méthode. Dans notre quête de vérité, nous empruntons des chemins des chemins différents qui parfois s’égarent dans des méandres erronés. Pour qu’une vérité absolue jaillisse, il faut une méthode universelle, simple, efficace et qui permette d’aboutir à des conclusions qui ne soufrent d’aune contestation. C’est ce que propose d’établir Descartes dans son Discours.

Mais je ne craindrai pas de dire que je pense avoir eu beaucoup d’heur de m’être rencontré dès ma jeunesse en certains chemins qui m’ont conduit à des considérations et des maximes dont j’ai formé une méthode, par laquelle il me semble que j’ai moyen d’augmenter par degrés ma connaissance, et de l’élever peu à peu au plus haut point auquel la médiocrité de mon esprit et la courte durée de ma vie lui pourront permettre d’atteindre. René DESCARTES Le Discours de la Méthode (1637)

J’ai lu pour vous le Discours de la méthode de René DESCARTES

La recherche du point fixe

La proposition de Descartes vise à sortir la science du marécage dans lequel elle est embourbée depuis trop longtemps. Et pour cela, il lui faut un point d’appui.

L’idée est donc de définir, par la seule raison, un point fixe, une règle inconstatable, un socle, des fondations saines et solides sur lesquelles on pourra reconstruire la science. Il énonce alors quatre principes :

  1. tout postulat doit être vrai ou, dans le langage de Descartes, on doit douter des idées reçues ; fait-il ci référence au procès de Galilée qui vient justement de remettre en cause l’héliocentrisme de l’Église ?
  2. si le problème est trop compliqué, il convient de le morceler en propositions plus simples à démontrer ;
  3. le raisonnement doit partir du plus simple et aller au plus compliqué ;
  4. lorsque le problème est a priori résolu, on doit vérifier que l’on a rien oublié, qu’il couvre bien tous les champs d’investigations, qu’il ne reste pas des exceptions qui viendraient invalider les conclusions.

Les limites de la méthode

Descartes, comme déjà indiqué, exclut la religion de sa réflexion. Or, force est de constater que sa méthode serait dévastatrice si elle s’attaquait à des questions religieuses comme celle de l’existence de Dieu. Pourquoi Descartes épargna-t-i ainsi l’Église, lieu de tous les préjugés ? Descartes reste profondément catholique et, nous le verrons dans la suite, utilise sa méthode pour démontrer l’existence de Dieu. On le sait aujourd’hui (voir l’article sur Kurt Gödel) : la question de l’existence de Dieu est insoluble.

Le point fixe

Descartes doute donc de tout ((sauf de Dieu et de son Roi). Il doute qu’il est bien là à se chauffer devant sa cheminée. Peut-être rêve-t-il ? Il doute que les ombres qui passent sous ses fenestres sont bien des hommes. Ne sont-ce point des automates coiffés de chapeaux de paille ? Descartes parvient enfin à dégager le fameux pont fixe : l’idée qui ne soufre d’aucune contestation possible : « Je pense donc je suis ou Cogito ergo sum« . Il a beau retourner cette proposition dans tous les sens, elle semble résister à tous les assauts.

Elle sera le socle de la métaphysique cartésienne. Car une métaphysique (ce qui est surprenant) émergera de cette vérité.

J’ai lu pour vous le Discours de la méthode de René DESCARTES

Métaphysique cartésienne

Dieu

Dieu est parfait (postulat de Descartes). Un être parfait a selon notre philosophe toutes les qualités. L’existence est une qualité. Donc Dieu existe ! Il s’agit de la preuve dite « ontologique » de l’existence de Dieu. On voit pourtant ici que Descartes ne s’applique pas sa propre méthode puisqu’il part d’un postulat (Dieu est parfait), non-démontré.

« J’ai en quelque  façon premièrement  en moi la notion de l’infini, que du fini, c’est-à-dire de Dieu, que de moi-même ». René DESCARTES Le Discours de la Méthode (1637)

Et si Dieu est parfait, il ne peut-être que vérité. « Cet être parfait ne saurait être autre que vérace ». Les idées innées, suggérées par Dieu, claires et distinctes sont donc vraies et en particulier l’idée innée de l’existence de Dieu.

L’âme

L’âme existe. Elle est séparée du corps. Descartes s’oppose ici aux Atomistes grecs (Leucippe, Démocrite, Épicure, puis Lucrèce) qui pensaient que tout était matière (atomes), y compris l’âme et les dieux et donc mortel. La séparation cartésienne pose toutefois un problème. Car des douleurs ressenties par le corps peuvent être transférées à l’âme. Comment deux choses ainsi séparées peuvent-elle vivre en symbiose ?

« Certaines choses que nous expérimentons en nous-mêmes, qui ne doivent pas être attribuées à l’âme seule, ni aussi au corps seul, mais à l’étroite union qui est entre eux. « 

Elles ne le sont donc pas complètement et le lien est localisé par Descartes dans la fameuse glande pinéale.

Le monde extérieur

Descartes suppose une séparation claire entre l’homme (en fait son âme) et la nature

« Ce moi, c’est-à-dire l’âme, par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement distincte du corps, et même qu’elle est plus aisée à connaître que lui, et qu’encore qu’il ne fût point, elle ne laisserait pas d’être tout ce qu’elle est. » René DESCARTES Le Discours de la Méthode (1637)

Comme chez Platon, il y a un donc un monde des idées et un monde sensible. Descartes distingue :

  • la Res (chose) cogitans (pensante), en fait l’âme et
  • la Res (chose) extensa (étendue), en fait la nature.

Le monde extérieur existe donc et il est une pure étendue. Mais nous n’y avons pas complètement accès : nos sens nous trompent. Ils nous donnent « une » perception du monde, qui est différente d‘un sujet à l’autre.

Dieu et les lois de l’Univers

Dieu seul est parfait et de sa perfection découle les lois de l’Univers, notamment celles qui régissent le mouvement. Descartes travaillera en effet sur le principe d’inertie. Il montrera qu’une boule de billard en mouvement (sans frottement) continuera sa course tant qu’elle ne sera pas perturbée par une autre boule. Si un choc a lieu, l’énergie de la première boule mettra en mouvement la seconde par transfert d’inertie (masse x vitesse). De ce principe émerge un second : le principe de causalité : rien n’arrive sans raison. Et si rien n’arrive sans raison, c’est que chaque effet (une boule en mouvement dans notre exemple) a une cause (le joueur de billard). Le joueur a lui-même sa cause et ainsi de suite jusqu’à la nuit des temps où surgit la Cause première » que Descartes appelle Dieu. Le même argument se trouvait chez Aristote (le premier moteur immobile), chez Thomas-d’Aquin (la somme théologique. Kant posera également le problème : de deux choses l’une :

  • soit il n’y a pas de cause première et donc on peut remonter indéfiniment dans le passé ce qui est absurde car il faut un commencement ;
  • soit il faut une cause première : Dieu.

J’ai lu pour vous le Discours de la méthode de René DESCARTES

La postérité

Les lois sur la mécanique

La mécanique du mouvement initiée par Descartes fut reprise par Newton (et Leibniz) qui établit les lois de la gravité. Grâce à ses travaux sur l’algèbre, il ouvrit la voie au calcul différentiel.

La révolution française

A force de tout remettre en doute, on, finit par s’interroger sur la légitimité de la Noblesse et du clergé. Ce fut Condorcet qui intronisa Descartes comme père fondateur des idées à l’origine de la Révolution et notamment de l’égalité.

La dualité

Descartes a contribué à alimenter le fameux problème de la dualité entre le corps et l’esprit. Question encore aujourd’hui insoluble. En quoi la conscience consiste-t-elle exactement ?

Une épine dans le pied des écologistes

Dans sa sixième partie, Descartes propose de «Nous rendre comme Maîtres et Possesseurs de la nature». Bref, il encourage l’homme à se servir de la nature comme un outil qu’il convient d’asservir. Voici une proposition qui, sans nul doute, ferait bouillir notre Emmanuelle COSSE.

Publicités

Joindre la conversation 25 commentaires

  1. […] pas le terme). Chez Schopenhauer, le « moi » n’est plus, comme chez Descartes (Je pense donc je suis), transparent à lui-même. Il est étranger dans sa propre maison. […]

    J'aime

    Réponse
  2. […] dans la continuité des atomistes, de Descartes, de Montaigne, de Giordano Bruno, inaugure déjà la pensée-dynamite de Nietzsche qui fera du […]

    J'aime

    Réponse
  3. […] n’étant qu’un petit morceau de sa création. VOLTAIRE s’inscrit donc dans la lignée de DESCARTES qui, en énonçant son principe d’inertie, montrait que tout effet à une cause. Pour VOLTAIRE, […]

    J'aime

    Réponse
  4. […] barbus. Cette  » idée spontanée  » de Dieu fut illustrée notamment par Descartes […]

    J'aime

    Réponse
  5. […] (en vieillard barbu), en confondant la nature et Dieu. Les scientifiques (Kepler, Galilée, Descartes, Newton, Leibniz), en montrant que la nature pouvait être enfermée dans des formules […]

    J'aime

    Réponse
  6. […] (comme avant lui Schopenhauer et Nietzsche ) s’oppose à Descartes qui stipulait, en tant que certitude absolue : je pense donc je suis. Descartes voyait l’homme […]

    J'aime

    Réponse
  7. […] mit aussi en place la notion de « cause première » (reprise ensuite par DESCARTES dans son principe d’inertie). Cette cause serait à l’ origine de tout mouvement et […]

    J'aime

    Réponse
  8. […] les Bogdanov ne croient pas à l’existence du hasard : partant du principe d’inertie de Descartes (qui date un peu !), ils affirment que rien n’arrive sans […]

    J'aime

    Réponse
  9. […] ; il n’y a aucun hasard et rien n’arrive sans raison (comme, bien plus tard, chez Descartes, Leibniz (« nihil est sine ratione »), Voltaire et son Dieu-Horloger, Laplace […]

    J'aime

    Réponse
  10. […] mit aussi en place la notion de « cause première » (reprise ensuite par DESCARTES dans son principe d’inertie). Cette cause serait à l’ origine de tout mouvement et […]

    J'aime

    Réponse
  11. […] pas le terme). Chez Schopenhauer, le « moi » n’est plus, comme chez Descartes (Je pense donc je suis), transparent à […]

    J'aime

    Réponse
  12. […] pas facile ainsi de saper des base vielles de plusieurs siècles. En bon cartésien, même si Descartes souhaitait épargner la religion, ils commencent à lire les écritures avec un œil critique, […]

    J'aime

    Réponse
  13. […] des deux cases (déterministes ou hasardeux), mais pas dans les deux. Nous l’avons vu Descartes, mais aussi Leibniz (le meilleur des mondes possibles) et d’autres étaient de la première […]

    J'aime

    Réponse
  14. […] Descartes développe ensuite les coordonnées qui portent toujours son nom. ces coordonnées cartésiennes permettent, pour la première fois, de relier l’arithmétique et la géométrie : […]

    J'aime

    Réponse
  15. […] Descartes n’avaient pas encore inventé les coordonnées qui portent encore son nom ;  aussi les démonstrations étaient-elles géométriques. […]

    J'aime

    Réponse
  16. […] Descartes, grâce aux coordonnées qui portent encore son nom, avait relié ces deux mondes : une droite représentée dans son repère (dit cartésien) était la représentation d’une équation du premier degré à une inconnue : y = ax +b. Le point d’intersection de deux droites était la résolution d’un système de deux équations à deux inconnues… […]

    J'aime

    Réponse
  17. […] pour son discours de la méthode, il est aussi l’inventeur des coordonnées qui portent toujours son nom. Avec son repère, un […]

    J'aime

    Réponse
  18. […] scientifiques (Kepler, Galilée, Descartes, Newton, Leibniz), en montrant que la nature pouvait être enfermée dans des formules […]

    J'aime

    Réponse
  19. […] Le discours de la méthode de DESCARTES […]

    J'aime

    Réponse
  20. […] Le discours de la méthode de DESCARTES […]

    J'aime

    Réponse

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

CATÉGORIE

Philosophie, Précurseur des lumières

Mots-clefs

,