Les Allemands les philosophes et le sexe Philosophie

J’ai lu pour vous L’avenir d’une illusion de Sigmund FREUD

Tiraillé entre la critique acerbe de Michel ONFRAY, persuadé que le psychanalyste de Vienne n’était qu’un imposteur « parce qu’il couchait avec sa sœur et consommait de l’héroïne » et l’idolâtrie béate de Luc FERRY qui préfère s’intéresser à l’œuvre de Freud et peu importe si  » sa grand-mère faisait du vélo « , il m’est apparu évident que la lecture directe de l’œuvre serait nécessaire à la forge de ma propre conviction. Alors j’ai ouvert L’avenir de l’illusion. Et je dois bien avouer que le professeur FERRY l’emporte par KO.

Un résumé de L’avenir d’une illusion de Sigmund FREUD (1927)

Quelques rappels

Avant tout, il convenait de revoir un peu les fondamentaux et notamment la façon dont FREUD voyait le fonctionnement de tout un chacun, fondé sur les trois instances qui cohabitent, tant bien que mal, dans notre cerveau :

Le ça (das es)

Le « ça » de FREUD est notre système d’exploitation d’origine, celui qui est livré avec notre cerveau à la naissance, le WINDOWS 5.1 vierge de toute application. Il n’obéit qu’à un seul principe : celui du plaisir : il lui faut tout et tout de suite ! Luc FERRY donne, à ce titre, le merveilleux exemple du petit enfant, qui court derrière son ballon et qui veut le récupérer à tout prix, y compris si l’objet de sa convoitise traverse l’autoroute et qu’un trente-huit tonnes se précipite sur la chaussée. Le « ça » est ce qui nous reste de l’instinct animal, un programme qui ne supporte aucune entrave, aucune frustration. Il est pur égoïsme. Il ne connait que son « cher-moi » et veut la réalisation de ses désirs, même les plus fantasques, et peu importe ce qu’en pense la société. C’est le petit diable qui nous incite à réaliser nos fantasmes.

Si les hommes n’étaient régis que par le « ça », ils seraient incapables de vivre en société où des règles sont nécessaires.

Le sur-moi (das über-Ich)

Si le « ça » est essentiellement inné, le « sur-moi » est essentiellement acquis. Il se construit au cours de l’enfance, à partir des interdits distillés par l’autorité du père, de l’école, de la société, de l’église, de la morale. Il ne connaît qu’un seul principe : le respect des règles de la morale. Il est donc là pour interdire au « ça » de faire n’importe quoi ! C’est le petit ange qui nous rappelle en permanence la morale. Il est donc essentiel pour permettre une vie en société.

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Le ça et le sur-moi vus par Hergé

Le moi (das Ich)

Le « moi » cherche à régler les conflits qui interviennent immanquablement entre :

  • le « ça » qui, par exemple, désire un os (ou la voisine de pallier) et ;
  • le « sur-moi » qui rappelle au « moi » sa mission du jour imposée par la morale (et qui lui rappelle que la voisine est mariée).

Il est la résultante. Il est l’image que nous projetons de nous en société, une fois le conflit réglé (ou pas) entre le ça et le sur-moi.  Il fonctionne selon le principe de réalité. Il est notre personnage, celui qu’on joue derrière notre masque. Car, en permanence, derrière ce masque, c’est Trafalgar (ou Damas).

Les conflits

Si le moi parvient à réguler le conflit permanent qui règne entre le sur-moi et le ça, tout va bien. Notre attitude est compatible avec la vie en société. En revanche, si cette régulation n’est plus possible, la névrose s’installe : deux voies sont alors possibles :

1. Le sur-moi prend le dessus

L’individu est écrasé par les interdits que lui impose le sur-moi, véritable sentinelle de la morale : il se recroqueville, se renferme dans sa coquille, enfouit ses pulsions au plus profond de son être, est submergé par les frustrations, tel un curé ayant fait vœu de chasteté et qui, chaque jour, voit défiler dans son isoloir de beaux tourtereaux. L’individu culpabilise en permanence car le respect de tous les interdits n’est pas possible. Il souffre de ces images libidineuses qui envahissent son esprit. Il entre dans la névrose, s’inflige punitions sur punitions, élargit la liste de ses interdits, bascule dans la dépression, dirige sa violence contre lui, ce qui peut le conduire au suicide.

2. Le ça l’emporte

L’individu n’a plus d’entraves. Il veut la réalisation de tous ses désirs. Il entre dans un cycle infernal de transgression permanente des interdits. La morale pour lui n’existe plus. Il se sert des autres et peut aller jusqu’à des conduites délictueuses, dirigeant la violence contre les autres, devenus objets de plaisirs, ce qui peut le conduire au meurtre.

Un résumé de L’avenir d’une illusion de Sigmund FREUD (1927)

L’homme, ses désirs et ses illusions

Même chez l’homme équilibré, le désir ne s’éteint jamais, obligeant le moi à réguler en permanence ses pulsions. Les rêves (une illusion) sont un moyen pratique de réaliser ces désirs et de tromper ainsi le ça.

Le désir suscite chez l’individu (dans le vocabulaire de Freud) des « illusions » : il s’agit d’un imaginaire dans lequel l’individu réalise son désir, ce qui lui évite ainsi de sombrer dans la dangereuse spirale des frustrations. Combien de belles ont ainsi été honorées au royaume de Morphée, soulageant ainsi le rêveur de tensions libidineuses ? Pour Freud, la religion entre dans ce schéma. Et peu importe si elle n’a que peu de rapport avec la réalité. La religion n’est que la conséquence de nos désirs (inconscients la plupart du temps), une soupape libérant la pression des angoisses, une illusion que nous nous fabriquons pour prévenir la névrose.

La religion comme entrave à la vérité

Pour Sigmund FREUD la religion, contrairement à la science (dans laquelle il préfère s’inscrire), est un obstacle dans notre quête de la vérité. Elle est à ce titre dangereuse ! Elle nous donne des visions erronées du fonctionnement du monde, de sa physique.

La genèse du sentiment religieux

Comment une telle « illusion », si effectivement elle est erronée, a-t-elle pu ainsi survivre pendant des millénaires ? Comment a-t-elle pu résister aux assauts de la science ? Et encore aujourd’hui, malgré la mise en évidence de ses erreurs manifestes, comment expliquer sa résilience ? Et pourquoi est-elle présente dans chaque société, chaque culture, des terres australes à l’Europe en passant par l’Amérique pré-colombienne, l’Égypte des pharaons ou l’Asie ?

Ce caractère universel pousse Freud à trouver l’explication dans ce qui est commun à tous les hommes : son inconscient.

La religion attire l’homme car (et en cela elle se montre supérieure à la science) :

1. Elle soulage ses angoisses

Face à une nature imprévisible, aveugle, la religion apporte du réconfort en promettant par exemple, une vie après la mort, une résurrection, la retrouvaille des êtres chers dans un corps glorieux… Que peut la science face à cette farandoles de miracles ? Elle flatte l’homme en le plaçant en haut de l’échelle des espèces et donne ainsi satisfaction à son naturel narcissisme : elle répond à ses désirs en donnant à l’homme l’image valorisante qu’il a de lui ;

2. Elle apporte des réponses à ses interrogations métaphysiques

Réponses sur lesquelles la science montre forcément ses limites ; la religion, quant à elle, n’a aucune obligation de cohérence et c’est ce qui fait sa force ; cette vérité imposée peut conduire l’individu à refouler la réalité, même la plus évidente ; Galilée, entre autres, s’en souvient.

3. Elle lui fixe un cadre morale indiscutable et donc rassurant

Cadre tellement pléthorique d’ailleurs, que l’homme ne peut entièrement si plié ! Il est ainsi perpétuellement dans la culpabilité, dans une position de pécheur qui passe son temps à chercher la rédemption. Il se met ainsi dans une situation d’inférieur en regard du clergé.

Dieu ? Un père de substitution.

La religion, dit Freud, n’est pas le produit de sortie d’une grande réflexion. Elle trouve plutôt son origine dans les peurs et les désirs de l’enfance. Un petit extrait pour illustrer ce point :

 » Ces idées, qui se veulent des dogmes, ne sont pas issus de l’expérience ou le résultat final de la réflexion : elles sont des illusions, la réalisation des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus pressants de l’humanité ; le secret de leur force est la force de ces désirs. Nous le savons déjà : l’impression terrifiante de la détresse infantile avait éveillé le besoin d’être protégé – protégé en étant aimé – besoin auquel le père a satisfait ; la reconnaissance du fait que cette détresse dure toute la vie a fait que l’homme s’est cramponné à un père, à un père cette fois plus puissant. L’angoisse humaine en face des dangers de la vie s’apaise à la pensée du règne bienveillant de la Providence divine, l’institution d’un ordre moral de l’univers assure la réalisation des exigences de la justice, si souvent demeurées irréalisées dans les civilisations humaines, et la prolongation de l’existence terrestre par une vie future fournit les cadres de temps et de lieu où ces désirs se réaliseront. » Sigmund FREUD.

Bref, ce n’est pas un hasard si on appelle aujourd’hui encore le curé « mon Père » : il en est la parfaite continuité. Comme lui, il rassure par sa puissance ; il est seul capable de protéger contre les aléas de l’existence. Car les angoisses nées dans l’enfance ne s’effacent pas avec la majorité ! En revanche, le père biologique perd son aura, sa grandeur, laissant le jeune adulte, malgré sa force accrue, désemparé. La religion lui offre alors un substitut au père, une toute-puissance qui remplit les mêmes fonctions. La dépendance au père devient une dépendance à Dieu.

 » Ayant tôt reconnu que son père n’avait qu’un pouvoir très restreint et n’était pas l’être en tout supérieur d’abord imaginé, il revient à l’image ancienne du père tant surestimé, image qui est restée gravée dans sa mémoire, et il en fait une divinité qu’il situe dans le présent et dans la réalité. La puissance affective du souvenir, la soif de se sentir encore protégé motivent, de concert, la foi. » Sigmund FREUD.

Notre père biologique est notre créateur ; parallèlement Dieu est le créateur du monde. Il n’y a pas de différence de nature entre Dieu et notre père biologique, seulement une différence de degré et à coup sûr une continuité !  » Dieu est un père de dignité plus élevée . » disait FREUD. Et l’adulte cherche, dans la religion, les éléments qu’il attendait jadis du père : protection, réponses aux questions angoissantes, soulagement des douleurs. La religion est donc inscrite dans notre biologie. Il n’est donc pas étonnant que toute société humaine ait créé une religion. Ce constat ne souffre d’aucune exception.

Aussi le religieux dispose-t-il d’un réel avantage sur l’athée : il peut déverser ses angoisses sur le Père de substitution, chercher du réconfort, gérer son « moi ». L’athée de son côté doit vivre avec ses angoisses, ses doutes, ses questions sans réponse, gérer seul le conflit incessant entre le ça et le sur-moi. Il n’est pas étonnant alors de constater que les cabinets de psychiatrie se soient remplis le jour où la religion a de moins en moins convaincu le enfants des Lumières.

A lire donc pour se connaître un peu mieux.

Du même auteur : Dolfi

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(9 commentaires)

  1. j’aime beaucoup ton commentaire tu auras ton bac philo mon fils avec mention tu as enfin trouvé pourquoi on appelle le pretre mon Père

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