Les rêves d’Albert Einstein ont été analysés, ses amour scrutés, ses lettres épluchée, son cerveau a disséqué.

Dans Einstein and Twentieth-Century Politics (le titre anglais), Richard Crockatt  s’intéresse à ses positions politiques.

Il montre qu’Einstein incarne l’ensemble des débats de son époque : le pacifisme, le sionisme, la bombe atomique bien entendu, la course à l’armement et le gouvernement mondial.

La première entrée en politique d’Einstein remonte à 1914. Âgé de  35 ans et enseignant à l’université de Berlin, il fut l’un des quatre signataires du manifeste contre la première guerre mondiale.Ce manifeste visait à contrer un second, signé cette fois-ci par 93 dignitaires, encourageant l’entrée en guerre de l’Allemagne.

Einstein en 1933

Il espéra longtemps que l’Allemagne impériale perdisse la guerre et se relevasse de ses cendres pour engendre une véritable démocratie socialiste.Avant la première guerre mondiale, il était peu connu en dehors du monde de la physique. La célébrité survint en 1919, lorsque le chercheur Arthur Eddington confirma sa théorie de la relativité. Rappelons qu’Einstein était juif, paramètre majeur à considérer dans l’Allemagne de l’entre deux guerres.

Les « anti-relativités », également antisémites, l’attaquèrent de toutes parts et il chercha à se justifier dans de longs articles publiés dans la presse. Mais cette initiative ne lui apporta que de nouvelles foudres néfastes  pour ses activités scientifiques.

En 1919, la société des Nations (SDN) fut fondées pour encourager la paix, notamment sous l’impulsion du Président américain Wilson (qui ne fut d’ailleurs pas suivi par son parlement) et le Français Briand.  Einstein eut une relation ambivalente avec la SDN, comme beaucoup de libéraux de son époque : ils craignaient en effet que l’incroyable puissance militaire des Nations saperaient tout effort vers la paix (et il eut raison Mussolini par exemple n’ayant que faire des pseudos sanctions de la SDN lorsqu’il envahit l’Éthiopie)

En 1933, comme beaucoup de Juifs, il quitta l’Allemagne nazie pour les États-Unis. Il affina alors ses positions politiques vers plus de pragmatisme : quel intérêt de soutenir la paix si la liberté est perdue ? La force militaire des Alliés devint pour lui un atout, marquant une réelle évolution.

Il regretta sa vie entière sa décision visant à promouvoir la fabrication de la première bombe atomique. Il écrivit trois lettres au président Roosevelt  : la première pour soutenir la fabrication de la bombe, la dernière pour s’opposer à son utilisation.

Après la seconde guerre, il expliqua sa position, insistant sur le fait que jamais il ne travailla sur le projet. Mais il ne parvint pas à convaincre l’opinion de son total détachement. En désespoir de cause, il   changea son fusil d’épaule, cherchant à soutenir toute initiative consistant à construire une autorité supra-nationale capable de contrôler l’usage des armes en général et de la bombe en particulier.

Les Philosophes Bertrand Russell et Albert Schweitzer, les écrivains  George Bernard Shaw, Thomas Mann et H. G. Wells, le Mahatma Gandhi, Sigmund Freud dessinèrent des portraits tout en nuance des postions d’Einstein dans un monde en pleine mutation. Ils tombèrent à peu près d’accord sur la nécessité d’un pouvoir supra-national qui pourrait (bof) rendre la guerre inutile.

Un petit bémol :  Crockatt accuse Einstein de questionner systématiquement ses conclusions scientifiques, mais rarement ses positions politiques. Le théoricien de la relativité aurait, si on en croit l’auteur, considéré « ses positions politiques comme évidentes ».

Crockat semble se contredire lui-même puisqu’il décrit à plusieurs reprises les changements de positions d’Einstein. Toutefois, il présente ces mouvements comme relevant dune tactique politique.On peut opposer à Crockatt   qu’Einstein était également très dogmatique en matière scientifique puisqu’il refusa d’accepter la mécanique quantique, l’existence du hasard, dans une approche loin d’être scientifique.

Einstein and Twentieth-Century Politics répond à l’attente suscitée par Crockatt : un tableau du maître de la physique sans concession, brossé par le chiffon de ses contemporains.

Les éditions des Chavonnes approuvent.

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