Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski a profité de ses dernières années pour proposer une synthèse philosophique, qu’il présente, avec les frère Karamasov, sous la forme d’un tableau de la Russie du XIXème siècle. Dieu existe-t-il et si oui est-il nécessaire à la morale ? L’homme est-il doté d’un libre-arbitre lui permettant de choisir, en toutes connaissances de causes, entre le bien et le mal ? La foi peut-elle résister au doute ? S’oppose-t-elle à la raison ?est-ce Dieu qui a créé les hommes ou l’inverse ? Voici quelques-unes des nombreuses questions posées par Dostoïevski dans on dernier drame.

L’homme n’a inventé Dieu qu’afin de pouvoir vivre sans se tuer. Dostoievski


J’ai lu pour vous  Les frères Karamazov (1880) de Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski

L’histoire est construite autour du personnage de Fiodor Pavlovitch Karamazov, un homme pervers, violent, qui a eu

  • un premier fils Dmitri, d’une première femme décédée, suite aux tourments que lui imposait son insupportable mari  ;
  • deux autres, Yvan et Alexeï, en seconde noce ;
  • et un quatrième, Smerdiakov, fruit d’une liaison illégitime.

En plus d’être ivrogne, Fiodor Pavlovitch Karamazov est un mauvais père, préférant laisser à d’autres, notamment un domestique, le soin d’élever ses enfants. Il les avait d’ailleurs pratiquement oubliés et les frères semblent à peine se connaître.

La rencontre du père et de ses fils

Le roman présente la rencontre des trois fils légitimes et de leur père, chacun ayant une bonne raison de frapper à la porte paternelle :

  • Dmitri, ancien soldat, fêtard, libertin, obsédé par les femmes et l’argent, n’a plu un sou et compte sur l’héritage maternel pour éponger ses dettes ; mais son père n’entend pas lui céder la somme aussi facilement ;
  • Yvan, l’intellectuel nihiliste, a, semble-t-il, des problèmes de cœur et aussi des problèmes avec Dieu ; il est l’avocat d’un monde désenchanté où le Créateur n’aurait pas sa place : Dieu n’existe pas et le monde n’a aucun sens (comme l’avait dit Sade dans un autre registre) ;
  • Alexeï, au contraire, est un homme de foi. Il incarne le chrétien orthodoxe (dans le dogme).  Il espère rencontrer le saint-homme du village paternel, : le Staretz Sozime.

Pour Dmitri et son père, le Staretz semble tout indiquer pour régler le problème d’héritage. Mais Fiodor Pavlovitch n’a en fait aucune intention de donner satisfaction à son fils exaspéré :  » Pourquoi un tel homme existe-t-il ?  » Dostoïevski aborde la question de l’existence incompréhensible du mal dans un monde créé par un être infiniment bon. Cette question est récurrente depuis saint Augustin (Ivème siècle) qui a réglé le problème en postulant :

  • l’existence du libre-arbitre (Dieu a créé l’homme et l’a doté du pouvoir de choisir librement entre le bien et le mal) ;
  • le péché originel (le mal qui a tenté Eve et qui est transmis de générations en générations aux pauvres pécheurs).

La volonté libre sans laquelle personne ne peut bien vivre, tu dois reconnaître et qu’elle est un bien, et qu’elle est un don de Dieu, et qu’il faut condamner ceux qui mésusent de ce bien plutôt que de dire de celui qui l’a donné qu’il n’aurait pas dû le donner. saint Augustin et le libre-arbitre.

Outre cette question d’argent, le père et le fils se déchirent autour d’une femme : Grouchegnka dont ils sont tous les deux amoureux.

Le différend entre les deux hommes se transforme en réel affrontement entre les deux hommes tout aussi violents. Il apparaît évident qu’à la fin il n’en restera qu’un : le parricide semble une issue très probable.

Si Dieu existe alors pourquoi le mal ?

La garant de la morale, le Staretz Sosime, meurt. Les moines se retrouvent alors auprès de la dépouille, couverte de muches, qui dégage une odeur pestilentielle !  Comment le représentant de Dieu sur terre peut-il ainsi puer ? Etait-il finalement si saint ? Même Alexeï commence à douter. Voltaire dans Candide avait développé le thème à l’envi : Candide constate au grès de ses voyages que la terre est pourrie par le crime, la violence aveugle de la nature. Mais il est rassuré par Pangloss (qui incarne Leibniz dont Voltaire se moque) : le monde que tu vois est le meilleur des mondes possibles.

Ce qui est étonnant, ce n’est pas que Dieu existe en réalité, mais que cette idée de la nécessité de Dieu soit venue à l’esprit d’un animal féroce et méchant comme l’homme, tant elle est sainte, touchante, sage, tant elle fait honneur à l’homme. Dostoïevski

Le Parricide

Dostoïevski annonce Freud : car l’idée du parricide est enfouie depuis longtemps dans la tête du pauvre Dmitri. Dmitri a toujours voulu « tuer le père » : « Quel homme ne désire pas la mort de son père ? » Freud dira des Frères Karamazov : « le roman le plus imposant qu’on ait jamais écrit. »

Le procès

Dmitri est bien entendu le coupable évident. Mais qui est le vrai coupable ? Suis-je un salaud si je tue un salaud ?

Si le juge était juste, peut-être le criminel ne serait pas coupable.  Dostoïevski

 

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Littérature