Les plus vieux fossiles trouvés au Québec : 4.3 milliards d’années

Sur cette photo, prise en juillet 2012, on voit l'équipe de géologues en plein travail sur le site d'Isua, au Groenland. C'est à l'occasion de cette expédition qu'ils ont trouvé ce qui est peut-être la plus ancienne trace d'une forme de vie sur Terre. © Laure Gauthiez

Article de fond : brève histoire de la vie

Les plus vieux fossiles trouvés au Québec

Un article de FUTURA-SCIENCE

Les archives géologiques de la Terre se font de plus en plus rares et de plus en plus difficiles à déchiffrer lorsque l’on remonte dans le temps de l’Archéen, vers l’Hadéen. Il est donc particulièrement délicat de déterminer de quand date l’apparition de la vie sur Terre.

Toutefois, en 2008, des chercheurs ont fait une annonce surprenante. Selon eux, ils avaient démontré que des roches présentes le long de la côte de la baie d’Hudson, dans le nord du Québec,dans une région appelée « Ceinture de roches vertes du Nuvvuagittuq » (Nuvvuagittuq Supracrustal Belt, en anglais, ou NSB) , s’étaient mises en place il y a plus de 4,3 milliards d’années, soient quelques centaines de millions d’années seulement après la formation de la Terre.

Or, voilà qu’une équipe internationale de chercheurs en géosciences vient de publier un article dans Nature annonçant la découverte de traces de formes de vie, dans des roches de la même région du Québec, qui seraient âgées d’au moins 3,77 milliards d’années, et peut-être plus : jusqu’à 4,3 milliards d’années. Si tel est bien le cas, il s’agirait des plus anciennes preuves de l’existence d’organismes vivants sur Terre connues à ce jour.

Une présentation de la découverte de possibles micro-fossiles âgés de 3,77 milliards d’années au moins.

Les sources hydrothermales à l’origine de la vie ?

En l’occurrence, les chercheurs pensent avoir découvert des micro-fossiles, c’est-à-dire des restes fossilisés de micro-organismes. Précédemment, le record était détenu par des restes similaires trouvés en Australie-Occidentale avec un âge estimé à 3,46 milliards d’années. Les supposés micro-fossiles du Nuvvuagittuq se présentent sous la forme de tubes et de filaments en hématite (un minéral à base d’oxydes de fer) retrouvés à l’intérieur de couches constituées de quartz.

 Si elle se confirmait, cette découverte serait intéressante à plus d’un titre :
  • Déjà, il faut savoir que la Ceinture de roches vertes du Nuvvuagittuq contient des dépôts sédimentaires et d’autres roches laissant penser qu’elle se serait formée dans une zone volcanique analogue à celle où, de nos jours, on observe des sources chaudes hydrothermales. Cela ne peut donc que renforcer dans leur croyance ceux qui pensent que la vie est apparue dans ces sources chaudes ;
  • Enfin, des micro-fossiles âgés d’au moins 3,77 milliards d’années, et peut-être de quelques centaines de millions d’années de plus, laissent penser que la vie est apparue très vite sur Terre ;
  • En bonus, on peut penser également que tout ceci apporte de l’eau au moulin de ceux qui pensent que la vie a pu apparaître très vite sur Mars, alors que des conditions similaires y régnaient et qu’il y avait d’abondantes étendues d’eau liquide et un volcanisme actif.

Des bactéries ou des structures minérales ?

La prudence s’impose néanmoins. Ce n’est pas la première fois que des structures faisant penser à des restes de filaments constitués de cellules fossilisées sont découvertes. Dans plusieurs cas, on s’est rendu compte par la suite que ces structures pouvaient avoir été créées par des processus abiotiques. C’est arrivé avec des soi-disant micro-fossiles découverts en Australie. Les chercheurs en sont bien conscients. C’est pourquoi ils ont fourni plusieurs arguments soutenant la thèse qu’il s’agit bien de micro-fossiles, et non pas de concentrations en hématites produites par des changements de pression et de température que les roches les contenants auraient subis.

Ces arguments sont les suivants :

  • En premier lieu, les tubes et filaments ont des caractéristiques au niveau des divisions qui sont similaires à celles des tubes et filaments formés par des bactéries pratiquant la chimiotrophie (La chimiotrophie est un des types trophiques caractérisant le mode de nutrition des organismes vivants.) à partir de l’oxydation du fer et que l’on trouve de nos jours au voisinage des évents hydrothermaux ;
  • Enfin, on trouve du graphite et des minéraux carbonatés et phosphatés, également associés à des formes vivantes et à leurs restes fossilisés.

Gageons tout au moins que les recherches vont se multiplier au Nuvvuagittuq, en particulier celles menées par des exobiologistes intéressés par les environnement martiens.

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