Résultat de recherche d'images pour "benoit hamon 2016"La campagne de Benoit HAMON pose le problème de la fin du travail que le candidat socialiste a énoncé comme une vérité pour définir son programme. Les progrès technologiques vont, selon le candidat socialiste, conduire à une raréfaction du travail, moins de tâches étant nécessaires pour produire toujours plus de richesse. Aussi faut-il se partager ce qui reste comme une peau de chagrin.

Mais cette vérité en est-elle vraiment une ? Le même débat a agité le XIXème siècle lorsque l’utilisation de la machine à vapeur a menacé bon nombre de secteurs traditionnels : les conducteurs de diligences se sont mis alors en grêve ainsi que les tisserands inquiets de la diffusion du métier à tisser. Benoit HAMON aurait alors, s’il était né à cette époque, crié au loup. Pourtant, d’autres secteurs d’activité ont vu le jour et la masse de travail a continué à progresser.


La fin du travail ou le destruction créatrice de Schumpeter

Le théoricien du sujet est Joseph Schumpeter qui a inventé le concept de destruction créatrice. Jospeh SCHUMPTER (1883-1950) voyait dans la société un mécanisme continu de destruction et de création d’emplois, dont le solde resterait positif.Cette théorie est exposée dans son œuvre majeur Capitalisme, socialisme et Démocratie, qui emprunte beaucoup à Marx, même s’il énonce que sur la question sociale, Marx avait tout faux.

Schumpeter part d’une hypothèse : la croissance sur le long terme suppose de l’innovation. Et l’innovation suppose de l’esprit d’entreprise. Pour Schumpeter, il ne faut pas s’inquiéter de la destruction complète de secteurs d’activité entier comme la fabrication de fouets de cochers. Les emplois détruits sont en effet remplacé par de nouveaux liés à de nouveaux besoins (dans notre exemple la fabrication d’automobiles). Cette destruction est nécessaire.

Le nouveau ne sort pas de l’ancien, mais apparaît à côté de l’ancien, lui fait concurrence jusqu’à le ruiner.

Joseph Schumpeter, Théorie de l’évolution économique, 1911/1926

Le capitalisme fonctionne comme le darwinisme : les canards boiteux qui entravent l’économie doivent disparaitre pour laisser la place à des entreprises innovantes et mieux adaptées. L’innovation est en effet génératrice d’emplois, comme
  • l’invention de nouveaux produits ;
  • l’invention de nouveaux modes de production ;
  • la découverte de nouvelles matières premières :
  • l’ouverture de nouveaux marchés ;
  • l’amélioration de la logistique…

L’impulsion fondamentale qui met et maintient en mouvement la machine capitaliste est imprimée par les nouveaux objets de consommation, les nouvelles méthodes de production et de transport, les nouveaux marchés, les nouveaux types d’organisation industrielle – tous éléments crées par l’initiative capitaliste. »

Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie, 1942

L’innovation garantit à son auteur un avantage compétitif qui condamne ses concurrents trop immobiles. Les vieux équilibres sont chamboulés.

Un salarié disposant jusque-là d’une compétence inestimable (la conduite d’une diligence par exemple) peut, du jour au lendemain, devenir inutile. Ainsi le métier traditionnel de secrétaire est-il menacé par la saisie vocale. La caissière de supermarché est menacée par le scan automatique du panier de la ménagère. A court terme, l’innovation peut avoir des effets ravageurs : notre salarié, s’il n’est pas formé, devient un chômeur. C’est d’autant plus vrai si le salarié est âgé et imperméable aux nouvelles technologies.

En revanche, la destruction créatrice permet l’émergence de nouvelles activités, plus qualifiées, et mieux rémunérées.

Ce processus de destruction créatrice constitue la donnée fondamentale du capitalisme et toute entreprise doit, bon gré mal gré, s’y adapter. Du même coup est jetée par-dessus bord la conception traditionnelle du fonctionnement de la concurrence. […] La variable prix cesse d’occuper sa position dominante. Car, dans la réalité, c’est bien la concurrence inhérente à l’apparition d’un produit, d’une technique, etc., qui compte. C’est-à-dire la concurrence qui s’attaque, non seulement aux marges bénéficiaires, mais bien à l’existence même des firmes existantes. »

Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie, 1942

Pour Schumpeter, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. La destruction créatrice est un garant du progrès de la société et permet de maintenir un niveau d’emplois levé.

Pour Hamon

 Il est de fait que les erreurs fondamentales qu’on commet aujourd’hui en analyse économique sont plus souvent dues à un manque d’expérience historique qu’à toute autre lacune de la formation des économistes.

Joseph Schumpeter, Théorie de l’évolution économique, 1911/1926

 Je ne crois pas que le chômage soit l’un de ces maux, tels que la pauvreté, que l’évolution capitaliste pourrait finir par éliminer d’elle-même. Je ne crois pas non plus que le coefficient de chômage tende à augmenter à long terme.

Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie, 1942

Sur les vertus du capitalisme

«La reine Elizabeth possédait des bas de soie. L’achèvement capitaliste n’a pas consisté spécifiquement à procurer aux reines davantage de ces bas, mais à les mettre à la portée des ouvrières d’usine, en échange de quantités de travail constamment décroissantes. »

Joseph Schumpeter, Histoire de l’analyse économique, 1954

L’avis de François LENGLETL’avis de François LENGLET

Les créations d’emplois de 2016 infirment cette explication [de Bebopit HAMON) du chômage. Si l’on prend en compte la croissance, qui n’était que de 1,1%, ce sont les plus fortes créations qu’on n’a jamais connues. Ce chiffre est un record depuis 2007. Mais en 2007, la croissance était deux fois supérieure. La quantité de croissance nécessaire pour créer des emplois est plus faible que jamais, alors que nous n’avons jamais eu autant de technologies disponibles pour faire tourner l’économie.

À l’instar de Bill Gates, certains disent que nous serions à la veille d’un saut considérable, avec notamment l’arrivée de l’intelligence artificielle : c’est la théorie du « cette fois-ci, ce n’est pas la même chose ». C’est une théorie très fréquente en économie.

Toutes les époques ont cru à « cette fois-ci, ce n’est pas la même chose » pour justifier la fin du travail. Quand on a inventé le métier à tisser, le chemin de fer, l’électricité, certains disaient « cette fois-ci, ce n’est pas la même chose ». Ils se sont toujours trompés. Car l’inventivité humaine est sans limite. De nouveaux secteurs se sont développés. Ce n’est jamais la fin du travail, mais la fin de certains emplois, de certains métiers. Internet supprime le courrier papier : ce n’est pas terrible pour les fabricants d’enveloppe, mais il fait exploser le nombre de colis distribués, avec le e-commerce. Tant mieux pour les transporteurs ! L’innovation redistribue la croissance. Il y a bien sûr des victimes, mais aussi des gains considérables.

Jusqu’ici, le solde est très très largement positif. Ce mouvement de productivité causé par le progrès technique est même indispensable. C’est lui qui permet d’augmenter les salaires et de diminuer le temps de travail depuis la naissance du capitalisme.

François LENGLET sur RTL

 

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CATÉGORIE

Economie, Les Allemands, politique