8 mai 1962, Londres

Dans les studios capitonnés d’EMI, Georges Martin, élégant comme à son habitude, écoute pour la dixième fois un morceau de jazz enregistré la veille. Son univers est rempli de microphones, d’armoires métalliques hérissées de boutons, de curseurs, de manettes, de fils électriques, de jacks branchés sur des consoles derniers cris. Il est le chef d’orchestre de toute cette machinerie. Ses doigts courent sur la table de mixage, équilibrant les basses, renforçant les médiums, ajoutant des cuivres ou réduisant les cordes. Cela fait un bon quart d’heure qu’il cherche à faire de cette pièce honorable un véritable chef d’œuvre. Un sourire se dessine enfin sur son visage. Ça y est. Il a ce qu’il cherchait : l’accord parfait, l’équilibre. Encore un 33 tours qui fera date… Georges Martin est un excellent musicien, mais ce ne sont pas ses qualités d’artiste qui font de lui un maître incontesté, mais ses talents d’arrangeur. C’est pour cette raison qu’il a été nommé à un poste prestigieux : il est le directeur artistique de Parlophone, la filiale d’EMI spécialisée dans le classique et le jazz.

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Georges Martin

Le téléphone peut hurler. Son bureau est désert. Il n’y a aucune chance que monsieur Georges, un casque vissé sur la tête, n’entende la sonnerie. C’est donc sa secrétaire qui décroche, ce 8 mai 1962. Encore un casse pied ! pense-t-elle immédiatement. Au bout du fil, une voix haut perchée souhaite un rendez-vous avec monsieur Martin. C’est un manager de Liverpool. Encore un ! 10 fois par jour, la fidèle secrétaire est dérangée par un de ces illuminés, persuadé d’avoir trouvé la perle rare, le nouvel Elvis…

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Brian EPSTEIN

On est chez EMI, ici ! On fait de la musique sérieuse. Celui-la tient un groupe de quatre garçons prometteurs. Bien sûr ! Combien de garçons prometteurs a-t-elle vu passer ? Des dizaines ? Peut-être des centaines. En fin de compte, c’est toujours la même chose, des adolescents qui se trémoussent sur des standards américains mal imités… Ils nous font perdre notre temps et celui de monsieur Georges est si précieux. La voix nasillarde reprend dans le combiné :

  • Des stars à Hambourg ! Vous ne serez pas déçus.
  • Des Allemands en plus ?
  • Non, ils sont bien Anglais. Quatre garçons de Liverpool.
  • Ah bon ! il y a bien une place dans l’agenda de monsieur Martin. Demain, le 9 mai, à 9 heures.
  • C’est très bien !
  • Qui dois-je annoncer ?
  • Monsieur Brian Epstein.
  • Et comment doit-on appeler vos quatre prodiges ?
  • Les Beatles.
  • C’est noté, vous serez reçus par monsieur Martin.

Beatles… Elle n’aime pas. Elle n’ a jamais aimé les insectes et le « A » n’y change rien. Elle espère que ce monsieur Epstein est sérieux… Elle doit prévenir monsieur Martin, même si elle sait qu’il n’aime pas être dérangé un plein travail.

A plusieurs centaine de miles plus au nord, dans son bureau de Liverpool, au premier étage de NEMS store, Brian Epstein est ravi. Enfin, il vient de décrocher une audition ! Et en plus chez  EMI ! Il tient une chance de faire sortir ses garçons du trou, de faire reconnaitre leurs talents par un vrai professionnel, de les extraire de la nasse des centaines de groupes de Rock and Roll qui tournent en Angleterre ; plusieurs centaines, rien qu’à Londres !  Il n’y a qu’à descendre dans les sous-sols enfumés de la capitale pour tomber sur des assemblages plus ou moins talentueux de musiciens autodidactes, d’ados rêvant d’une place au soleil dans le monde impitoyable des maisons de disques. Mais de vrais musiciens… Brian ne connait que ses Beatles, les seuls à savoir faire du vrai Rock and Roll.

Une brève histoire des Beatles

Le Rock and Roll

Dans les années 50, Liverpool portait encore les stigmates de la seconde guerre mondiale, des cicatrices profondes creusées par les dizaines de bombes allemandes tombées dans ses rues. Les immeubles avaient été en grande partie reconstruits, mais on sentait que les douces collines de grès du Lancashire avaient besoin d’un nouveau souffle pour libérer enfin les énergies étouffées par la quatre années de guerre. Ce souffle viendrait d’Amérique. Il s’appellerait le Rock and Roll. Rien de tel n’avait jamais été entendu de ce côté si de l’Atlantique : une musique rythmée, entraînante, abusant des guitares électriques et des amplis saturés ; une musique dangereuse pour les anciens, mais qui parlait enfin aux jeunes, en utilisant leur vocabulaire. Le Rock and Roll  était né dans les années 40. Il était le résultat du métissage du Rythm and Blues, cette musique noire née dans les champs de coton du sud de l’Amérique, et de la Country, la musique blanche des pionniers de la conquête de l’ouest. Il allait tout balayer sur son passage. D’abord les grandes plaines américaines, puis, avec la télévision, la vieille Europe. Little Richard, Chuck Berry, Jerry Lee Lewis, autant de Stars que chacun essaya de copier. Bill Halley fut le premier à semer les graines de cette révolution musicale. Mais un autre allait les récolter. A l’été 53, un jeune blanc effronté du Mississippi eut l’audace de pousser les portes de Sun Records, une maison de disques de Memphis réservée aux chanteurs noirs. Armé de sa guitare et de 4 Dollars, il joua les premières notes de That’s All Right, un vieux blues lancinant, qu’il transforma en Rock and Roll. Ce fut un choc. Pour Philipps d’abord, le directeur de Sun records, et bientôt pour l’Amérique tout entière. Elvis devint le leader de toute une génération d’adolescents, de millions de jeunes s’arrachant ses disques ou ses photos, de femmes hystériques mais aussi  l’ennemi juré de la vieille Amérique horrifiée par ses déhanchements obscènes. Très vite le Rock and Roll déborda de ses frontières. Halley, Lee Lewis, Elvis, Cohran, Holly, Perkins et tous les autres partirent à la conquête du monde et notamment du vieux continent. L’Angleterre vivait depuis 1940 sous perfusion de culture GIs, de Jazz et de Blues. Le terreau était prêt pour qu’émergent les premières pousses. Lorsque au milieu des années 50, la brise salvatrice vint lécher, grâce à la radio, les murs de briques de Liverpool, les garages se remplirent de guitares bon marché, de basses et de batteries improvisées avec des bouts de cartons ou de vieux fûts métalliques. On joua sur des amplis à bout de souffle, on tapa sur des bidons, on hurla dans les micros achetés d’occase, on se tortilla comme Elvis que l’on avait vu au cinéma du quartier. Ce fut Cliff Richard qui, le premier, proposa un morceau de « vrai » Rock and Roll made in Great Britain : »Move it !  » Tout était dans le titre. Il fallait que ça bouge. Et les jeunes anglais n’attendaient que ça !

John Winston Lennon

Parmi ces jeunes issus du baby-boom, il y avait John Winston Lennon, un adolescent rebelle, indomptable, qui vivait depuis l’age de quatre ans à Liverpool, chez sa tante Mimi, de son vrai nom Mary Elizabeth Smith, et son oncle Georges. C’était une famille sans problème, rangée, typique de la Middle Class anglaise. John était né en 1940, pendant un raid meurtrier de la Luftwaffe, sous les bombes incendiaires de Goering. Était-ce par élan patriotique que sa mère, qu’il avait peu connu, avait intercalé Winston entre son prénom et son nom ? John le supposait. En 1955, John, qui n’avait que quinze ans, était passé à côté de la déferlante Bill Halley et de son Rock Around the Clocks, bande originale de Blackboard Jungle. Il n’allait pas passer à côté de sa réplique. En avril 1956, les images du King se trémoussant sur Heart Breack Hôtel furent pour lui une révélation. Il était beau, couvert de cuirs noirs, les cheveux plaqués en arrière. Et surtout, il affolait les filles. John se retourna dans la salle obscure. Derrière lui, les filles de Liverpool aussi étaient en pleurs, hypnotisées par ce Demi-dieu… Ce fut la fin d’un monde.  » ça c’est un bon Job !  » se dit-il. John, qui n’avait jamais touché un instrument de sa vie, se jura de devenir Rockeur. A partir de ce jour d’avril 56, il n’y eut plus que la musique dans sa vie. Ou plutôt, les femmes, l’alcool et la musique. Mais tout ça, pour John, c’était la même chose. Il devait apprendre à jouer de la guitare. Pas facile dans une famille qui n’écoutait que du Brahms, du Tchaïkovski et du Mozart. Son oncle Georges était un peu plus Rock and Roll que sa tante Mimi. Il était d’ailleurs plus qu’un Oncle. Il était un véritable ami, avec qui il allait au cinéma ou écoutait la radio des soirs durant. Ce fut l’oncle Georges qui lui offrit son premier instrument : un harmonica. Rien n’aurait pu lui faire plus plaisir ! Ce fut également Georges qui lui donna ses premières leçons de musique. Mais un soir d’ivresse de 1955, Oncle Georges eut la mauvaise idée de s’effondrer sur le parquet de l’étage, laissant John seul avec sa triste tante Mimi. John adorait son oncle et sa mort laissa un vide insupportable au 251 Menlove Avenue, même s’il ne montra guère d’émotion. Pete Shotton, son meilleur ami de Quarry Bank, l’école tout près de Strawberry Field, ne s’aperçut de rien. Pourtant John ne pouvait envisager ce huis clos imposé avec cette tante acariâtre qu’il n’avait pas choisie. La musique serait pour lui le meilleur échappatoire.

John avait une mère comme tout le monde. Elle s’appelait Julia. Mais il ne s’en souvenait plus. Seulement des bribes, des images furtives aperçues à travers le vitrage opaque de la porte du salon. De son père, il ne connaissait que le surnom : Alf, sans doute pour Alfred, et quelques flashs, une mer agitée, inquiétante, d’un noir d’encre écrasant ses rouleaux sur la jetée, et une pièce obscure où il s’entendait dire « Papa ». Malgré ses demandes incessantes, Mimi ne lui disait jamais rien. Elle esquivait toujours les questions. John savait pourtant dans son for intérieur que sa mère était là, quelque part, à Liverpool et qu’elle l’attendait. Les obsèques d’Oncle Georges eurent lieu sous la pluie, comme il se devait pour des obsèques. John ne versa pas une larme. Il y avait à ses côtés son ami Pete, toujours là dans les moments difficiles. Un peu à l’écart, une femme rousse apparut, une image furtive dissimulée sous un chapeau de feutre noir. Aussitôt elle disparut. Julia ! John en était sûr. Il chercha dans la foule, mais elle n’était plus là. Pourquoi se cachait-elle ? De quoi avait-elle peur ? John devait la retrouver. Son passé, toutes les réponses à ses questions, étaient là, à portée de main et pourtant insaisissables. Une fois de plus, Mimi, les yeux collés dans le sol boueux du cimetière, ne dit rien. Elle n’avait rien vu. Aucune dame rousse… Encore moins de Julia. Alors John missionna Pete.  » Tu dois la retrouver. Pete, suis-la !  » Pete se sauva du cimetière à la poursuite d’une ombre. Pete Shotton était presqu’un frère. John l’avait rencontré à l’école anglicane de Dovedale et l’avait suivi à  Quarry Bank, où ils avaient fait ensemble les pires bêtises. Ils étaient tellement inséparables que les professeurs les avaient appelés Lotton et Shennon. Pete aimait faire enrager John Winston Lennon en l’appelant « Winnie ». Un coup de poing sur la figure plus tard, Pete jura de ne plus recommencer. Pete était l’ami fidèle, mais aussi le confident.

L’oncle Georges enterré, Pete retourna chez Mimi. Elle était prostrée dans le salon perdue dans ses pensées, le regard vide égaré dans la rue. Il n’osa pas la déranger. Le silence était tellement pesant qu’il monta aussitôt à l’étage où John était prostré sur son lit. Pete avait retrouvé la trace de Julia. John ne dit pas un mot. Il enfila sa paire de chaussures et les deux amis sortir dans Menlove Avenue, sans que Mimi se soit aperçue de quelque chose. Pete l’emmena à travers champs du côté de Newcastle Road. Face à eux se dressait une petite masure blanche, assez simple, mitoyenne avec toutes les autres masures du quartier. John était stupéfait : sa mère habitait à quelques pâtés de maisons depuis des années ! Pourquoi Julia lui avait-elle jamais rendu visite ? Et pourquoi vivait-il chez sa tante ? Où était son père ? John hésita, puis esquissa un demi-tour. Ce fut Pete qui  finalement frappa à la porte. La belle femme rousse ouvrit aussitôt. C’était Julia. Un sourire se dessina sur ses lèvres maquillées. Elle s’avança doucement et prit son fils dans ses bras. Ils restèrent ainsi enlacés pendant plusieurs minutes, sans dire un mot, se nourrissant de la chaleur de l’autre, se respirant, se dévorant du regard. John avait bien une maman. Il avait mille question et pourtant, il ne trouvait pas de mots. Alors ce fut Julia qui parla et qui parla encore. Jamais du passé, seulement du temps présent. Il passa l’après-midi avec elle, la découvrant pour la première fois, à 15 ans passés. Officiellement, elle était encore mariée à Alfred Lennon. Mais elle ne vivait pas seule. Il y avait Dikins, un sommelier taciturne, un type pas très agréable, taiseux, avec une petit moustache à la Dario Moreno, parfois violent lorsqu’il avait trop bu, avec qui elle avait eu deux filles. Une telle situation ne pouvait être acceptée dans la Liverpool puritaine de l’époque. Le famille était un peu à l’écart. Mais John s’en foutait. Il resta plusieurs jours à Newcastle Road, même si Mimi, fâchée depuis des années, ne voyait pas ça d’un très bon œil. Julia était l’exact inverse de sa sœur. Elle était vivante. Elle croquait la vie à pleines dents, ne dédaignant pas un bon verre d’alcool, de bonnes cigarettes, et même les après-midis dans quelques bars à pécheurs sur le port. Un soir, alors qu’ils se promenaient sur la côte, un Juke Box distilla dans l’air un morceau de Buddy Holly : du Rock and Roll : du sexe à l’état pur comme elle disait. Elle entraina John dans le bar, où elle se mit à danser, comme une adolescente, enivrée par les notes endiablées de cette musique. John mesurait à quel point les deux sœurs pouvaient être différentes ! De toute évidence, il comprenait mieux sa mère. Il était comme elle, loin des bons usages, désireux de mordre dans la vie, sans retenue. A la maison, Julia avait un vieux banjo et un piano. Elle joua pour John Maggie Mae, un rock racontant l’histoire d’une prostituée. De peur de rompre le charme, John décida d’éviter les questions qui fâchent et seulement écouter cette musique pleine de joie de vivre et regarder le sourire de sa mère, sa maman, enfin vivante. John fut épaté. Il aurait aimé apprendre. Alors Julia posa le banjo dans les bras de son fils et il se mit à gratter les cordes, une par une, puis ensemble, faisant grincer l’air au-dessus de leur tête. Julia lui apprit à poser ses doigts, exercer la juste pression sur les cordes. Le banjo ne quitta plus ses mains. Jours après jours, il s’entraina, chercha à mettre en pratique les rudiments enseignés par sa mère. D’abord maladroite, la technique se perfectionna. Il ajouta le chant et, quelques jours plus tard, joua parfaitement Maggie Mae. Il allait pouvoir réaliser son rêve : créer un groupe de Rock and Roll.

Mimi était furieuse. Sa sœur était une dévergondée, une irresponsable qui avait, disait-elle, abandonné son fils. Elle avait maintenant mis dans la tête de John des idées subversives, dangereuses : devenir rockeur ! Ce n’était pas un métier. Ça ne mènerait à rien ! Déjà que le Principal de Quarry Bank lui écrivait sans arrêt pour se plaindre de son attitude désinvolte ! Mais le mal était fait. Et puis, légalement, elle ne pouvait pas empêcher cette rencontre d’une mère et de son fils. Mais peut-être pouvait-elle, avec un peu d’habileté, remettre John sur les bon rails. Les Rails de l’école ! Un marché était sans doute possible : elle lui proposerait de lui offrir une guitare et, en échange,  John s’engagerait à se tenir correctement. Et plus d’esclandres avec le Principal ! John accepta, bien entendu… Avec la certitude de ne jamais tenir sa promesse. Il passa des heures avec son nouveau jouet, délaissant encore un peu plus les cours qui avaient encore moins d’intérêt. Le soir venu, il se précipitait sur la guitare et jouait du Elvis, du Little Richard et tous les autres. Il rendait visite à sa mère tous les jours, heureux de rattraper le temps perdu et de lui montrer les progrès réalisés. Bien sûr, Mimi reçut quelques temps plus tard la lettre du Principal regrettant « le comportement inacceptable de John, passé maître dans l’art de la poésie grivoise et des dessins obscènes ». Mimi apprit qu’il s’était fait renvoyer avec Pete Shotton, d’abord une semaine, puis définitivement. Julia le savait depuis longtemps. La tante revendit aussitôt la guitare ce qui mit John hors de lui. Il se précipita chez sa mère pour réclamer de l’argent et racheta la guitare le soit-même, cette fois-ci pour 5 Pounds. Mimi enragea contre sa sœur, comme d’habitude. Elle passa un savon bien inutile à John. Mimi n’avait aucun droit sur lui et il le savait…

A l’été 56, John eut alors l’idée d’un groupe de Skiffle : les Quarrymen ; les gars de Quarry Bank. Il avait alors 16 ans. Le groupe fut d’abord composé de copains d’école et, en premier lieu, l’inévitable Pete Shotton, le blondinet, pour assurer la rythmique au washboard, la planche à laver. Il y aurait aussi Eric Griffith à la guitare et Bill Smith au tea chest bass, la caisse à thé pour les basses. Rod Davis, qui avait acheté un banjo la veille, serait également de la fête. Griffith connaissait un voisin, Colin Hanton, qui avait une batterie.  » Qu’il vienne aussi !  » avait dit John.  » De toute façon, pas besoin d’être grand musicien pour jouer du Skiffle !  » John était incontestablement le leader. Il se réservait le chant et la guitare rythmique. Il imposa à tous des répétions sévères. Pas question d’être en retard ! Griffith en loupa plusieurs, ce qui rendit John fou de rage. Len Garry le remplaça au tea chest bass. Tout était prêt. Le Skiffle était un genre alors très à la mode en Angleterre. C’était un mélange venu de la Nouvelle Orléans, avec un peu blues, de Jazz et de Folk. Lonnie Donegan en était alors le maître incontesté avec son titre phare : Rock Island Line. Le Skiffle ne nécessitait pas de bases musicales très avancées. Et c’était un gros avantage pour les groupes comme les Quarrymen qui n’avaient jamais suivi de cours de musique et avaient tout appris sur le tas. Les Quarrymen firent leurs premières armes dans les environs de Liverpool,  une bonne occasion pour John de prendre un peu d’air frais loin de Menlove avenue.

Cavern

Quarrymen en 1957 – De gauche à droite Pete Shotton, Eric Griffith, Len Garry (de dos), John Lennon, Colin Hanton (à la batterie)  et Rod Davis (debout)

Malgré son attitude désinvolte, malgré la musique, John soufrait en silence de la haine que se vouaient les sœurs, déchiré entre une mère insondable et une tante autoritaire. Cette haine tenace était liée à un secret de famille, un secret qui expliquait sa situation, un évènement malheureux qui s’était déroulé 10 ans plus tôt. Les images qui hantaient ses rêves, la mer d’encre, la pièce sombre, disaient une histoire qu’il ne savait pas décoder. Julia disait que Mimi l’avait volé ! Volé ? Peut-on voler un enfant ? Mimi n’avait aucun droit sur lui et sa mère pouvait tout à fait reprendre sa place. Alors ? Pourquoi ne le faisait-elle pas ? En tous cas, il déciderait maintenant de sa vie. Il choisirait selon ses envies de passer du temps à Newcastel road ou Menlove avenue. Et puis, il mettrait s’il le faut les pieds dans le plat, briserait le mur des non-dits qui empêchait sa famille de se reconstruire. Un soir d’ivresse, il prit Julia par la main et la traîna chez la tante Mimi. Julia était en pleurs. Comme souvent. Elle s’effondra sur le tapis du salon au pied de sa sœur médusée. Dis-lui Julia ! Hurla John. Dis-lui ce que tu m’as dit. Dis-lui que Mimi m’a volé ! Julia ne pouvait dire un mot. Secouée par des tremblements, elle continuait à sangloter, écrasée par le poids de cette confrontation qu’elle avait si souvent redoutée. Au contraire, Mimi faisait face. Sûr d’elle, de son droit, elle s’approcha de sa sœur, comme un rapace fondant sur une proie blessée. Ah j’ai volé John ? lui jeta-t-elle au visage. Et lui as-tu dit ce qui s’est réellement passé ? Lui as-tu dit que tu es encore mariée à Alfred et que tu vis avec un autre homme ? Lui as-tu dit qu’Alfred était revenu, qu’il avait cherché à reconstruire votre famille et que tu l’avais ignoré ? Lui as-tu raconté Blackpool où nous sommes allées toutes les deux ? Lui as-tu dit que John était là-bas, avec lui sur le point de partir en Nouvelle-Zélande ? Lui as-tu dit que son père lui avait demandé de choisir ? A lui, un enfant de cinq ans ? Lui as-tu dit que dans cette pièce obscure John a répondu « Papa » ? Lui as-tu dit alors que tu es sortie de cette pièce en larmes, comme d’habitude, en abandonnant ton fils ? Lui as-tu dit que John désespéré a couru dans la rue et a cherché à te retenir et que tu n’as rien fait ? Ce fut à cette instant, que je l’ai pris dans mes bras. Si ce fut ça « voler John » alors oui, je l’ai volé et je ne regrette rien.

John en cinq minutes venait de lever le voile sur son enfance. Son père, sa mère, Mimi… Tout ça s’emboitait maintenant à la perfection. Julia soupira. Elle avait laissé passer l’assaut et reprenait un peu ses esprits. Peut-être, mais je l’aime plus que tout.  L’amour n’est pas une excuse ! répondit Mimi. John était furieux. « Je vous hais toutes les deux ! Je hais votre rancœur ! Je hais vos mensonges. Je hais votre haine. N’oubliez pas que vous avez été sœurs ! Et qu’il y a des personnes qu’on ne peut pas détester, qu’on n’a pas le droit de détester. Je vous hais mais je vous aime quand même. » Et il sortit de la pièce en claquant la porte. Le séisme familiale venait de rendre sa dernière réplique. Julia et Mimi se regardèrent et comprirent. Elles se souvinrent qu’un jour elles avaient été sœurs. C’était la paix des braves. Une paix de raison. Parce qu’on ne pouvait pas se faire la guerre éternellement. Le sourire éclaira les deux visages, le premier sourire commun depuis dix ans.

6 juillet 1957 – Quarrymen at St Peter church

C’était le 6 juillet 1957, il faisait particulièrement chaud dans les champs qui entouraient  Saint Peter Church. Les Quarrymen étaient programmés en milieu d’après-midi. En attendant, un groupe folklorique égrenait les dernières notes cuivrées d’un air flohlorique, ponctué par les lourdes pompes d’un énorme tuba et les râles étouffées d’une trompette fatiguée. Les enfants profitaient des jeux organisés par la kermesse de l’école. Le couronnement de la reine des roses se préparait. John avait mis sa chemise rouge à carreau de bûcheron canadien et peigné sa pointe bouclée de cheveux vers l’avant, histoire de ressembler un peu à un Teddy Boy. Avant de s’élancer sur scène, il avait tiré nerveusement sur une cigarette et motivé ses troupes. Puis il avait donné le signal, exigeant de tous le meilleur. La scène était en fait le plateau d’un camion de transport sur lequel les instruments avaient été installés. John se tenait au centre. Griffith, la lead guitar, se tenait à sa droite, attentif aux ordres du boss. En arrière plan, se cachait Pete Shotton, pas très à l’aise avec sa planche à lever et Rod Davis au banjo. A sa gauche, également attentif au boss, Len Garry et sa boîte à thé. Des enfants étaient montés sur la scène intrigués par ce groupe de musiciens et tout son matériel. Le public était jeune et clairsemé, mais heureusement enthousiaste. Il y avait surtout, au premier rang, Julia, dans une merveilleuse robe à fleurs, et Mimi dans un ensemble plus strict.  » Attention, One, two, three four !  » lança John. Et c’était parti. Griffith entama l’intro, suivi de John au chant et de tous les Quarrymen :

Oh dirty Maggie Mae they have taken her away
And she never walk down Lime Street any more
Oh the judge he guilty found her
For robbing a homeward bounder

Maggie Mae, la prostituée, pour commencer ! De bons vieux Rock and Roll suivirent comme Come Go With Me. John ne connaissait pas toutes les paroles et se contentait de chanter les refrains, souvent en improvisant. Mais il était assez bon. Au premier rang, attiré par la musique, un jeune homme en veste blanche agrémentée d’une rose, souriait. En connaisseur, il écoutait cet assemblage hétéroclite. Il était surtout intrigué par le chanteur, un vrai leader, qui avait quelque chose dans la voix. Le jeune homme jouait aussi de la musique avec son ami Georges et aurait aimé monter un groupe comme celui-là. Il n’aurait guère de mal à faire mieux que le guitariste…

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Quarrymen le 6 juillet 1957

Lennon – Mc Cartney

A l’entre-actes, les Quarrymen reprirent leur souffle dans le presbytère. John, qui tirait sur une cigarette, était assez content, même s’il voyait pas mal de points à améliorer. Ivan Vaughan, un de ses amis, entra à son tour. Il était accompagné du jeune homme du premier rang qui avait une guitare en bandoulière : il s’appelait Paul Mc Cartney.  Ivan avait pensé que Paul amènerait beaucoup aux Quarrymen et lui avait donc demandé de venir à Saint Peter Church. Mais il avait redouté la réaction de John qu’il connaissait particulièrement bien, car ils étaient voisins. Comment John réagirait-il devant cet adolescent bien plus jeune que lui mais aussi bien meilleur à la guitare ? Saurait-il lui faire une place ? Il commença sobrement :

  • John, je te présente mon ami Paul, un copain d’école, il joue aussi ! commença Vaughan.
  • De quoi il joue ? répondit John moqueur, avant de s’avancer pour lui serrer la main.
  • De la guitare. dit sobrement Paul.
  • Alors, tu étais au premier rang ? Comment t’as trouvé ?
  • Pas mal.
  • Pas Mal ? Tu pourrais faire mieux peut-être ?Heuresement, tu es un ami d’Ivan.
  • Je crois.
  • Tu peux nous montrer ? souria John en avalant sa bière.
  • Bien sûr ! répondit Paul en enfilant sa guitare de gaucher.
  • Tu l’as mise à l’envers !
  • Non.
  • Sympa ta rose ! Ca fait dandy.
  • Je pourrai te la prêter si tu veux…

Sans en dire davantage, Paul posa ses mains sur la guitare. Il prit une respiration et joua les premiers accords du Twenty Flight Rock d’Eddie Cochran, un morceau sur lequel John avait toujours buté.

Ooh, well I got a girl with a record machine
When it comes to rockin’ she’s the queen
We love to dance on a Saturday night
All alone where I can hold her tight
But she lives on the twentieth floor uptown
The elevator’s broken down

John fut subjugué. Paul était meilleur. Aucun doute. Et en plus il connaissait les paroles ! John regarda inquiet les Quarrymen qui semblaient emballés par le riff ravageur de cet effronté de gaucher. Était-ce bon pour lui ? Il était leader des Quarrymen et avait bien l’intention de le rester. Ce serait bien pour le groupe. Ce Paul pourrait lui apprendre de nouveaux accords… Il remercia Paul d’un ton sec :

  • Bye ! On a des morceaux à répéter.
  • Sais-tu qu’une guitare s’accorde en Mi ! Pas en Sol comme un banjo ? fit remarquer Paul.

John ne répondit pas, un peu honteux. Paul s’éloigna, déçu. Pete Shotton était, quant à lui, emballé !  » Il nous faut ce type dans le groupe ! « John n’avait rien décidé. Il fallait qu’il réfléchisse. Ce fut Ivan qui, une semaine plus tard, porta la bonne nouvelle à Paul. Le 18 octobre, il était l’un des Quarrymen. Aussitôt, John se rendit chez lui, au 20 Forthlin Road, dans le quartier d’Allerton. Il avait la ferme intention de rester le boss et avait donc besoin d’apprendre tout ce qu’il pouvait.

Il découvrit un type charmant. Paul Mc Cartney était un gars presque trop gentil. Il s’était destiné à devenir instituteur mais était tombé lui-aussi dans la musique. Son père Jim vendait du coton pour 6 Pounds par mois, ce qui n’était pas très glorieux. Mais il avait une énorme qualité : il était musicien et il avait fait installer un piano dans le salon. Il avait acheté à Paul et à son frère une guitare. Ce fut auprès de son père que Paul fit ses premiers pas de guitariste. Paul jouait partout et tout le temps, dans le salon bien sûr, mais aussi dans les toilettes, assis sur le lavabo. Il acquit ainsi une vraie dextérité. John regardait Paul placer ses mains de gaucher sur les cordes. Pas facile de voir comment il faisait… Tous ces accords majeurs, mineurs, barrés, diminués, à quatre doigts… John eut alors l’idée lumineuse de le regarder dans la glace. Une saine collaboration venait de se mettre en marche. John eut pour la première fois l’impression d’avancer… Ils ne se quittaient plus. Si John restait le leader, Paul était sans aucun doute son second.  La semaine suivante, ils travaillaient leurs premiers morceaux en commun. Pourtant, ils ne se ressemblaient pas. John était aussi impulsif que Paul était posé, calme, old school. John prenait les gens de haut alors que Paul était attentif, soucieux de son entourage. John l’invita sur Newcastle road où il ne tarda pas à lui présenter sa mère.  Julia apprécia bien vite la présence apaisante de Paul, qui faisait du bien à son fils, apaisait le foyer Il jouait des balades et elle écoutait presqu’amoureuse ce gamin de 15 ans d’une maturité incroyable

Georges

A peine dans l’aventure, Paul avait parlé de son ami Georges, qui habitait à un arrêt de bus de chez lui, au 25 Upton Green à Speke. Ils s’étaient connus à 13 ans, à Dovedale, près de Penny Lane, alors que Paul jouait encore de la trompette, avant de s’apercevoir que ce n’était pas l’instrument le plus pratique pour chanter du Rock. Paul avait déménagé, mais ils étaient restés en contact, liés par un lien indéfectible : la musique. Ils étaient partis ensemble en auto-stop sur la côte sud de l’Angleterre, avec comme seul bagage leur guitare.  A l’époque, Georges formait avec son frère Peter un autre groupe : The Rebels. Ils avaient eu l’occasion de jouer quelques fois, gagnant à l’occasion quelques shillilgs. Georges était un type charmant, un peu discret, mais très doué quand il s’agissait de jouer du rock. Il avait acheté sa première guitare en acceptant un boulot de livreur durant un été. Georges était bien meilleur que Griffith, le guitariste attitré des Quarrymen. Et puis, c’était un authentique rockeur. Paul profita d’un trajet de nuit, à l’étage déserté d’un bus impérial, pour présenter son ami à John. A première vue, il le trouva trop jeune. John lui prêta une guitare et Georges joua Raunchy de Bill Justis. Quelques riffs et sept mois plus tard, Georges était lui aussi dans l’aventure. Il avait 14 ans. Griffith dut faire ses bagages. Dans le même temps, Nigel Whalley fut intronisé manager des Quarrymen !

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Paul and Georges

Julia

Le 15 juillet 1958, l’après-midi fut copieusement ensoleillé. Julia, dans sa robe à fleurs, légère comme une adolescente, discutait avec Tante Mimi sur le pas de sa porte. Elle était sur le point de rentrer chez elle. Nigel Whalley passait par là sur son vélo, à la recherche de John. Mais il n’était pas chez tante Mimi, il était déjà chez Julia. Nigel lui proposa alors de faire un bout de chemin ensemble. Elle était heureuse, souriait à tous les passants, plaisantait sur la vie, une vie maintenant apaisée, qui s’écoulait doucement auprès d’une sœur et d’un fils retrouvés. Nigel la laissa à l’arrêt de bus puis s’éloigna. Soudain, derrière lui, un crissement de freins suivi d’un bruit sourd retentit. Il se retourna Julia avait traversé l’avenue et une Standard Vanguard avait foncé sur elle. Il vit le corps fluet volé dans les airs et retombé à plus de trente mètres. Le choc avait été d’une violence incroyable. Elle était là, allongée sur la chaussée, le visage collé sur le bitume. Le gars n’avait rien vu. Nigel se précipita chez Mimi :  » il faut appeler une ambulance, il est arrivé quelque chose à madame Lennon  !  »  Mimi se précipita sur la chaussée. Mais c’était trop tard. Elle était morte sur le coup. John fut dévasté, encore une fois… Il en voulait à Nigel, le tenant certainement comme responsable. Les Quarrymen étaient venus aux obsèques. Les Rockers en cuir étaient en larmes et John le premier, même si parfois sa douleur se transformait en violents accès de colère. Paul, qui avait lui aussi perdu très tôt sa mère Mary, fit de son mieux pour l’apaiser. Un jour, John écrirait une chanson pour elle. Elle s’appellerait Mother, tout simplement. Le témoignage de Nigel n’ayant guère impressionné le juge, le policier fut acquitté. Au moment du verdict, Mimi arrosa copieusement le policier de jurons et lui promit des coups de canes. John était resté muet, convaincu que rien ne ramènerait plus Julia qui venait de l’abandonner encore une fois et, cette fois-ci, définitivement. Il se réfugia dans l’alcool. Puis il sortit de son mutisme, blâmant chacun de la mort de sa mère  et promettant une vengeance sanglante. Il n’y avait plus de limite à sa colère.

Cynthia

Six semaines plus tard, il reprit le chemin de l’école, les beaux Arts de Liverpool. On le voyait parfois seul dans l’escalier, regardant par la fenêtre en pleurant. Puis, il était pris de soudains accès de colère. Bill Harry était son ami et cherchait, comme il le pouvait, à l’extraire de son trou. Il lui présenta Stuart Sutcliffe. Une première lumière. John tomba sous la charme de ce garçon ultra-sensible, écorché, d’un sens artistique hors du commun et beau comme un ange. Stu, de son côté, aimait ce type en Jean, ce rebelle aux jurons plein la bouche, qui comptait vivre la vie qu’il avait choisie. Ils devinent amis.

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Cynthia Lennon

Peut-être poiur se consoler, John collectionna les filles ; jamais rien de sérieux, juste de quoi passer une bonne soirée. Ces conquêtes lui ressemblaient, futiles, faciles, à la recherche d’un plaisir immédiat, sans lendemain. Rien à voir avec Cynthia, la brune ténébreuse qui portait des jupes en Tweed. Elle était l’exact inverse de John, rangée et studieuse, raffinée et timide, abritée derrière de sévères lunettes d’étudiante. Elle avait alors 18 ans alors que John n’en avait que 17. Elle avait aimé un temps Barry, le playboy de l’école et avait même rêvé de mariage. Quelques infidélités plus tard, elle s’était retrouvée seule, se réfugiant dans les études. Assise souvent au premier rang, elle cherchait vraiment à apprendre, à progresser pour faire de l’art son métier. C’était en 1957, un type s’était assis derrière elle et lui tapa sur l’épaule : « Hello, I’m John ». Le type n’avait pas de matériel. Alors Cynthia lui avait prêté quelques crayons. Le jour suivant, John, était venu avec sa guitare et lui avait joué du Rock and Roll. Effrayée, écarlate, Cynthia avait quitté précipitamment la salle de cours. Effrayée, mais pas indifférente et même réellement envoutée par ce rebelle. Ce John avait quelque chose qu’elle n’avait pas, une sorte d’aisance, d’arrogance, une fureur de vivre. Elle avait cru comprendre que John était fou de Brigitte Bardot. Le lendemain, elle était blonde. John tomba alors dans ses filets et Miss Powell devint Cyn. A l’époque, John n’avait guère d’endroit où aller, à part le Pub ou la chambre que louait Stuart Sutcliffe qui, malheureusement, était souvent occupée. Alors, ils faisaient l’amour dans les toilettes du Pub, faute de mieux… Cyn n’aimait pas ça. Mais ils n’avaient pas le choix. John était parfois pris de graves crises de jalousie, surtout lorsqu’il avait bu. Il pouvait devenir violent. Une fois, il la frappa parce qu’elle avait eu le malheur de danser avec Stuart. Mais, bien vite, il s’excusa. Amour, Alcool  and Rock and Roll, tel fut le programme des années Beaux Arts et le programme des années qui allaient suivre. Cyn, de son côté, pensait plutôt au mariage…

In spite of all the danger

John était encore ravagé par le chagrin. Paul sortit alors de ses cartons un morceau qu’il avait composé : In spite of all the danger, une balade empruntée au style Elvis. Les Quarrymen se rendirent chez Philipps Recording Service, un studio privé d’enregistrement au 38 Kensington Street, installée dans une grande maison Victorienne. Ce fut le premier enregistrement des Quarrymen, plus Rock que Skiffle, montrant la voie qu’allait emprunter par la suite le groupe. Il n’y avait qu’un seul micro, mais ils firent avec, habitués aux conditions sommaires. Il leur en couta 17 shillings et 3 Pences. Le fond de leurs poches n’en contenait que 15. Philipps conserva l’enregistrement jusqu’à que la somme fusse réunie. Ils avaient maintenant un disque à eux ! En face B, aint she sweet.

1958 à 1959 – Des Quarrymen aux Silver Beatles

Avec Georges, les Quarrymen avaient trouvé leur « lead » guitare. En revanche, ils n’avaient pas de bassiste, et avaient perdu leur batteur ou plutôt leur joueur de Washboard : déçu par le manque de motivation de Pete Shotton, John avait brisé de rage sa  planche à laver sur sa tête, ouvrant la porte du groupe à Colin Hanton, pas pour longtemps… Le 1er janvier 1959, sa prestation désastreuse au Speke Bus Depot Social Club sonna le glas de sa participation à l’expérience musicale. John Lowe prit la relève. John, Paul et Georges mirent à profit ces années pour perfectionner leur technique. Aucun n’avait pris de cours de musique. Le plus avancé était aussi le plus jeune : Georges qui avait maintenant 15 ans. C’était aussi le seul qui avait été encouragé par ses parents, surtout sa maman Louise, bridée par une mère acariâtre pendant sa jeunesse. Un ami de la famille lui avait même appris quelques accords. Les Quarrymen se retrouvaient après les cours chez madame Harrisson. Louise était trop heureuse que son fils ait ainsi la possibilité de faire de la musique avec des amis de son âge. Ce n’était pas le cas de Jim Mc Cartney, le père de Paul, pourtant ancien musicien, déçu de voir son fils lâché petit à petit des études. Les Quarrymen profitèrent des heures de bureau pour répéter aussi chez les Mc Cartney. Pour compléter le groupe, John pensa à son ami des Beaux arts : Stuart Sutcliffe, que lui avait présenté Bill Harry. Il pourrait jouer de la basse. Pourtant, il n’était pas  un vrai musicien même si, avec ses éternelles lunettes noires, il ressemblait à un vrai rocker. Son art, il l’exprimait dans la peinture et plus particulièrement dans la peinture au couteau, une peinture qui lui ressemblait, où dominaient le rouge et le noir, une peinture écorchée, immense, violente, jetée souvent sur la toile par poignée de couleurs et griffée de ses ongles, modelée par son corps. La vente de l’une de ses œuvres, à l’exposition Moores de Liverpool, lui avait fait gagner un peu d’argent. John l’avait alors poussé à acheter une guitare basse. Il était entré ainsi dans le groupe, plus par affinité pour John que par réel désir de faire de la musique.

John décida de changer le nom du groupe. En effet, ni Georges, ni Paul ne venaient de Quarry Bank, alors le nom « Quarrymen » n’avait plus de sens. Un temps, il opta pour Johnny and the Moondogs. Mais ça ne faisait pas l’unanimité. Stu arriva avec une idée nouvelle : il avait vu l’équipée sauvage avec Marlon Brando et sa bande de motards pétaradante, vêtus en cuirs noirs, des rebelles, des terreurs, des hors la loi, comme eux. Cette bande qui terrorisait le voisinage se faisait appeler les Beetles : les scarabées. L’idée plut à John. Ça faisait écho aux Crickets de Buddy Holly. En remplaçant le « e » par un « a, on obtenait Beatles, jeu de mot intéressant pour un groupe de Beat Music. Les Quarrymen devinrent les Silver Beatles. Ce fut le temps des premières compositions : Paul trouva en effet intéressant de pouvoir se passer des standards commerciaux ; ça permettait en effet d’éviter les problèmes avec les maisons de disques. Le mieux était donc d’avoir ses propres chansons. John écrivait déjà des poèmes. Paul lui dit alors : « Si tu mets des notes dessus, ça fait des chansons ! ». Le couple Lennon-Mc Cartney écrivit alors une cinquantaine de titres, pas toujours achevés. Le plus abouti, peut-être, s’intitulait Love me do. restait maintenant à trouver des dates pour montrer à tous que les Silver Beatles pouvaient vivre de leur musique. John et Stu fréquentaient à l’époque le Jac, un club géré par Allan Williams, un gars investi dans la promotion des groupes de Rock. John lui demanda si un groupe de Rock pouvait l’intéresser. « Pourquoi pas ? « répondit-il. Mais commencez par repeindre les toilettes des dames ! En mai 1960, les Silver Beatles étaient en fin sur scène !

Mai 1960 – Scottish tour

Johnny Gentle, en fait John Askew, n’avait pas usurpé son son nom de scène ! C’était un type charmant, l’image parfaite du gentil Rockeur, banane gominé et veste blanche, élégant avec les dames, attentif avec ses fans. Ancien charpentier, il se disait qu’il avait fabriqué lui-même sa première guitare. Il avait gagné un concours de chant à Locarno et avait décroché son premier contrat avec Phillips grâce à Larry Parnes, le tout premier manager des groupes de Rock, un type qui comptait à Liverpool, qui avait notamment organisé une tournée avec Gene Vincent au Liverpool Stadium. Parnes pensait qu’il fallait un groupe solide pour remplir la scène derrière Billy Fury et Johnny Gentle. Il connaissait Allan Williams qui proposa les Silver Beatles. Le 10 mai 1960, le groupe passait sa première une audition, avec d’autres musiciens aux noms plus exotiques les uns que les autres :  Cass and the Cassanovas, Derry and the Seniors, Gerry and the Pacemakers, Cliff Roberts et les Tornados. Direction le Blue Angel, un autre club d’Allan Williams. John Lowe ayant quitté le navire, Williams dégota un autre batteur : Tommy Moore qui arriva en retard… John remarqua qu’il n’y avait rien de moins fiable qu’un batteur dont le métier, pourtant, était de régler le tempo ! Ils durent emprunter le batteur des Cassanovas : Johnny Hutchinson. John demanda à Billy Fury un autographe ; c’était ça de pris.  Larry Parnes et Fury restèrent sur leur faim. Aucun groupe ne sortait vraiment du lot. Peut être les Tornados. Les Silver Beatles étaient bons, mais Stuart était un faible à la basse. On ne pouvait pas leur donner tort : Stuart faisait ce qu’il pouvait ;  il prenait des cours, mais n’était pas à l’aise du tout, alors il tournait de dos à l’audience. Avec un auttre bassite peut-être ? John  refusa catégoriquement. Stuart devait faire partie de l’aventure. L’audition s’acheva ainsi, avec un goût d’inachevé. Mais, le 18 mai, Larry Parnes était toujours sans solution pour accompagner Johnny Gentle. Les Tornados avaient finalement eu ses faveurs pour accompagner Fury. Il appela Williams : bonne nouvelle : les Silver Beatles étaient retenus pour The Beat Ballad Show Tour, une brève tournée d’une semaine en Écosse avec Johnny Gentle : Northern Metting Hall, Regal Ballroom, Rescue Hall et d’autres salles sur la côte nord. Ce fut l’explosion de joie lorsqu’Aallan annonça la nouvelle aux Silver Beatles : ils étaient officiellement des musiciens professionels et allaient être payés pour jouer de la musique !  Paul trouvait que leurs noms ne faisaient pas très « showbi »z, pas très exotiques, à côté des Billy Fury, Rory Storm et autres Pacemakers. John se fit alors appeler Long John Silver, Georges proposa Carl Harrisson, en référence à son idole Carl Perkins, Paul devint Paul Ramon et Stuart se réincarna en Stuart de Staël, en référence au peintre. La tournée commença par un concert à Alloa, dans le comté du Clackmannanshire. Sur les affiches annonçant la soirée, « Silver Beatles » avait disparu : on lisait « Johnny Gentle and his group ». Dommage. Les Silver Beatles firent connaissance de Johnny Gentle un quart d’heure avant de monter sur la scène d’Alloa ! Mais tout se passa bien. Les morceaux prévus avaient été répétés des dizaines de fois :  Buddy Holly’s, Elvis Presley’s, Ricky Nelson, Clarence Frogman, Eddie Cochran’s et les autres. Johnny offrit un tee shirt noir à Georges pour qu’il ait la même tenue que John et Paul sur scène. Le reste de la tournée se passa le long des côtes nord de l’Écosse, dans les Highlands. Ils partageaient à peu près tout, hôtels, restaurants, et bien entendu la scène. Ils devinrent de vrais amis. John aida Johnny à écrire une chanson : I’ve Just Fallen For Someone. Parfois, lorsque Gerry Scott, le chuaffeur de la tournée, était trop saoul, Gentle conduisait le van. Après le concert au Dalrymple Hall, un peu fatigué, peut-être embué par des vapeurs d’alcool d’une soirée bien arrosée, il précipita ce dernier contre une Vanguard décapotable. Tommy Moore prit l’intégralité du matériel dans la figure et perdit une dent. Mais, le lendemain, il était sur scène, à saint Thomas Hall, à l’extrême nord de l’Écosse, un peu défiguré, mais présent. Le petit pécule que leur avait donné Larry Parnes en partant avait fondu comme neige au soleil. Ils avaient beau l’appeler Larry Parnes, l’argent n’arrivait jamais. Ça devenait vraiment difficile ! Ils durent quitter le Royal Station Hôtel sans payer l’addition. Dix jours de galère, à jouer des heures devant des audiences souvent clairsemées, toujours pleines de bière et les poches bien vides.

juin 1960 – Herr Koshmider

28 mai, back to Liverpool, plus pauvres qu’ils n’étaient partis. Les premiers doutes commencèrent à s’installer dans les têtes. Cela valait-il le coup ? Étaient-ils partis pour ça ? Cette vie de misérable ? Ils étaient devenus des forçats de la guitare. John pensait que oui. Il disait que le chemin serait long, mais que la gloire les attendait. Ils seraient un jour les plus grands, plus grands qu’Elvis. Stuart et surtout Tommy en doutaient sérieusement. Le batteur avait perdu une dent et 10 kilos. Et il devait des sous à tout le monde ! John, pour redonner du souffle à ses troupes, proposa de changer encore le nom du groupe : The Beatles, c’était plus simple et ça mettait en lumière leur côté rythmique : the beat.  Allan Williams heureusement avait des ressources : il leur trouva une place  au Neston Institute sur  Hinderton Road. Mais ils furent payés en Coca-Cola ! De qui se fichait-on ? Moore en eut vite assez. Pas d’argent ? Pas de batteur. Fin de l’aventure pour Tommy Moore. Ils jouèrent en juin 1960 au Grosvenor Ballroom avec un kit de batterie vide derrière eux. John s’adressa à l’assistance pour savoir si quelqu’un pouvait les dépanner… Un gros dur se leva et s’installa derrière les cymbales et les tambours de Tommy. D’évidence, il n’avait jamais jouer de la batterie. Mais c’était mieux que rien. Ce fut ensuite la valse des batteurs : Moore revint une ou deux fois, puis fut remplacé par Chapman qui partit aussi, à cause du service militaire. On en sortirait pas ! Paul avait quelques notions et décida qu’il serait le batteur du groupe ! Ce fut le cas pour des soirées exceptionnelles, sordides dans le club d’un Lord ! Lord Woodbin qui tenait une boite de strip-teaseuses, la New Cabaret Artists Club. Les Beatles accompagnaient les filles qui s’effeuillaient devant une bande de vicelards à la langue pendante. Avaient-ils touché le fond ? Allan Williams les sentant un peu démotivés les produisit chez lui, au Jac, moyennant quelques travaux de peinture. De toutes façons, il n’y avait pas d’autres solutions pour l’instant. Williams avait pour l’occasion invité un type qui allait changer la destinée des Beatles : Bruno Koshmider, un Allemand à la recherche de groupes anglais, pour un de ses clubs de Hambourg. La scène Rock de Liverpool étant très encombrée, des groupes avaient trouvé leur salut en Allemagne, grâce à ce Herr Bruno. C’était le cas de Derry and the Seniors qui avaient été casés au Kaiserkeller. Comme Derry and the Seniors avaient fait l’affaire, Herr Bruno cherchait de quoi animer les soirées de son autre club : l’Indra, un cabaret sordide spécialisé dans les jolies filles prêtes à de se dévêtir. Allan avait vu une chance pour ses protégés.

août 1960 – La Casbah,

Après le Jac, direction le Grosvenor Hall. Ils étaient à l’affiche en alternance avec Gerry and the Pacemakers avec qui ils partagèrent quelques morceaux. Un soir, une bagarre éclata entre deux bandes rivales. Paul se précipita sur la scène pour sauver son ampli, un Elpico qui alors était sa fierté. Un type l’attrapa par le col et lui hurla : « si tu bouges mon garçon, t’es mort… » Paul fut terrorisé, croyant sa dernière heure venue. Mais il fallait sauver l’ampli… Les voisins du Grosvenor se plaignirent du boucan de ce groupe de Rock and Roll qui ramenait toute la racaille du quartier. Le concert du soir fut annulé, le Grosvenor voulant revenir à des musiques plus traditionnelles : ça voulait dire  plus de Rock and Roll. Finalement ce n’était pas plus mal. Car cette annulation les conduisit à la Casbah. La Casbah était une salle en sous-sol aménagée en 1959 par une certaine Mona Best. Elle en avait eu l’idée après avoir vu un reportage à la BBC sur un club londonien du quartier de Soho. Mona voulait une salle pour que les jeunes puissent s’amuser un peu, se rencontrer autour d’un verre en écoutant de la musique. Ce fut peut-être à La Casbah, en 1959, que les murs de Liverpool renvoyèrent pour la première fois le son si particulier du Merseybeat, ce rock typiquement british de la région de Liverpool : le 19 mai de cette année, ceux qui s’appelaient encore les Quarrymen avaient remplacé au pied levé le Lee Stewart Quartet de Georges Harrison, qui s’était défilé la veille de l’ouverture. Georges avait sauté sur l’occasion pour proposer ses amis John Lennon et Paul Mc Cartney. Mona fut trop heureuse de cette solution de remplacement providentielle. Mais il avait fallu, à la hâte, que les Quarrymen troquent leurs guitares contre des pinceaux et repeignent les murs avant l’ouverture officielle au public. Ils avaient joué devant 300 personnes, pour 15 shillings chacun, avec un seul microphone, un petit ampli et sans batteur, denrée rare à Liverpool. Les soirées au Casbah n’avaient pas duré : Ken Brown, qui faisait à l’époque partie des Quarrymen, ne s’était pas rendu à un concert. Il était tombé malade. Mona avait insisté pour qu’il touchât tout de même une partie de la recette. Paul et John n’avaient pas vu les choses ainsi et avaient fait leurs adieux à la Casbah. Et c’était bien comme ça. Le 6 août 1960, les voilà de retour à la Casbah. Il y avait un autre groupe programmé : les Black Jacks, dont le batteur n’était autre que le fils de Mona : Pete Best. Les Silver Beatles furent impressionnés non-pas par son jeu, mais par le set magnifique sur lequel il jouait : un cadeau de Maman Mona !

The Quarrymen on the opening night of the Casbah Coffee Club, Liverpool, 29 August 1959

Beatles à la Casbah en octobre 1959

Bruno Koshmider avait rappelé Allan Williams. S’il le souhaitait, les Beatles étaient les bienvenius à Hambourg. Mais il avait besoin d’un groupe de cinq musiciens et ils étaient quatre, toujours sans batteur ! Williams en parla aux Beatles. Bien sûr, ça leur garantissait plusieurs dizaines de dates et les cachets qui allaient avec. Mais il y avait les parents, les proches. Cyn n’était guère enchantée, pas plus que Jim Mc Cartney, sans parler de tante Mimi. Seule Louise Harrison était ravie pour son fils. Et puis, il y avait Georges qui était encore mineur. Stuart suivait des cours aux Beaux Arts… Mais bon, c’était l’opportunité de partir ailleurs, de s’extraire de Liverpool, de découvrir la vie et faire rire des filles… Paul apprit que les Jacks étaient sur le point de se séparer, laissant Pete sans emploi ! Une aubaine. Le lendemain il lui proposa de se joindre à eux. Après un simulacre d’audition, il était dans l’aventure. Ils signèrent avec Herr Bruno.

Aout 1960 – Hambourg – première tournée

Hambourg ! Ville de briques et de Rock, ruelles aux parfums de bohèmes, ville électrique au sexe débridé, port industriel aux mille tentations, Hambourg était la Liverpool allemande. Ou peut-être était-ce l’inverse.  John, Paul, Georges, Stuart et Pete partaient dans ce lieu de perdition, sur Reeperbahn, le quartier Sankt Pauli, le quartier rouge, le quartier de la bière qui s’habillait la nuit tombée de néons rouge et vert, drainant tous les ivrognes de la terre à la recherche de bagarres. Hambourg était connu pour ses Dollhouses, ses maisons de poupées qui regorgeaient de prostituées. La tante Mimi, qui avait payé de sa personne pour que John intègre l’école des Beaux Arts, fut effondrée. John lui promit de lui écrire. Allan Williams avait donné rendez-vous au groupe devant le Jac, le 13 aoput 1960. Allan les conduirait lui-même dans cette aventure au volant de son Van. Direction le port. Comme il n’y avait pas de sièges, les Beatles s’étaient assis sur leurs amplis. Il prirent au passage un Autrichien qui travaillait au Heaven and Hell, un coffee shop sur Old Compton Street : Il s’appelait Herr Steiner ; il leur servirait d’interprète. Le van avait été chargé sur un cargo à Harwich, avec tout le matériel, les guitares, les Vox, le set de batteries. Puis les amarres avaient été larguées. Ce fut la première fois que John et les autres quittaient leur terre natale. Pas facile. En plus, John n’avait pas le pied marin, malgré ancêtres pécheurs ! Son quatre heures finit dans la Mer du nord. Ils firent escale aux Pays-Bas à Arnhem ! Il y avait du temps à tuer. Alors, ils en profitèrent pour se dégourdir les jambes. Il y avait pas grand chose à voir, seulement un mémorial de la guerre où ils se firent prendre en photo par John.

The Beatles with Allan and Beryl Williams and Lord Woodbine, Arnhem war memorial, 16 August 1960

Beatles à Arnhem – pris par John

Il y avait aussi un petit magasin de musique. La petite troupe alla admirer les instruments, qu’ils ne pouvaient pas encore se payer. A la sortie, John était hilare. Allan se demanda ce qui se passait. Alors John sortit de sa poche un harmonica. Diable ! Il a volé un harmonica. On va tous finir en prison avant d’arriver à Hambourg. avait soupiré Allan.

17 août 1960 – Hambourg

Après un voyage long et pénible, ils arrivèrent à Hambourg le 17 août 1960.  Bruno Koschmider ne les accueillit pas les bras ouverts. Ce n’était pas le genre de la maison… C’était un type un peu louche, méfiant, qui flirtait avec la prostitution. Il avait logé le groupe derrière l’écran d’un cinéma porno, le Bambi Kino, dans une chambre glauque, mal insonorisée, équipée de lits sommaires, superposés. Avant de se coucher, il fallait faire le ménage, vérifier qu’il n’y avait plus de punaises. Pire qu’à l’armée ! Ce n’était pas ce dont les Beatles avaient rêvé. Il n’y avait rien pour cuisiner. Alors ils sont sortis sur le port, sans un sou en poche. Ils tombèrent sur la société des marins britanniques. Le patron, un gars charmant, leur offrit du lait et un bol de des cornflakes. Sur le chemin du retour, John avait râlé. Mais il râlait tout le temps… Il fallait faire attention, car Georges n’avait que 17 ans et, en toute rigueur, ne pouvait pas travailler ! Koschmider le savait. Il les tenait : Mak show boys ! leur avait-il lancé à leur arrivée, avec son accent teuton. La colère était passée. Ils avaient enfilé leurs cuirs et étaient montés sur la scène de l’Indra. John avait gratté sur sa Rieckenbacker les premiers accords du standard de Chuck Berry, emplissant les murs de l’Indra de Rock and Roll  : Let me hear some of that rock ‘n’ roll music ; Any old way you choose it ; It’s got a back beat, you can’t lose it ; Any old time you use it ; It’s gotta be rock ‘n’ roll music ; If you wanna dance with me… Un blues en mi très simple construit autour de trois accords. L’audience était alors bien clairsemée et surtout constituée de prostituées et de leurs clients, vieux loups de mer qui écoutaient dubitatifs cette étrange musique. Koschmider les fit jouer 4 heures par jour, entre deux strip-teases, sept jours sur sept, pour 100 livres par semaine ! Les voisins n’en pouvaient plus de ce boucan d’enfer ! 48 nuits plus tard, l’Indra ferma ses portes. Koschmider déplaça la troupe de quelques blocs, au Kaiserkeller, déserté par Derry et sa bande. Il y joueraient en alternance avec de vieilles connaissances : Rory Storm et ses Huricanes ! Petit à petit, ils avaient fait parler d’eux et le public était venu chaque jour plus nombreux et s’était rajeuni. L’Allemagne, meurtrie par les années de guerre, avait aussi besoin de cet air frais. Voyant ses poulains installés, Allan Williams rentra rassuré à Liverpool.

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Beatles Kaiserkeller – 1960

Après les concerts, les Beatles avaient pris l’habitude de trainer dans les rues animées du quartier pour se détendre. Il y avait des filles, de la bière, mais il fallait faire attention, car la viande saoule était légion et cherchait la bagarre. Stu avait ramassé un sale coup au visage, un soir de beuverie dans un bar du port. Depuis, des maux de têtes violents le projetaient régulièrement au sol, les mains plaqués sur ses tempes, tordu par la douleur. Il en perdait parfois la vue. Et puis ça passait.

Klaus et Astrid

Un soir de concert, un type bizarre vint s’égarer dans ce repère de débauches. Il s’appelait Klaus Voorman, un gars très sympa, sophistiqué, un peu efféminé, coiffé à la Française. Klaus avait traîné dans le quartier et avait été attiré par l’énergie dégagée par la musique de Rory Storm qui remontait l’avenue. Intrigué, il avait poussé la porte du Kaiserkeller et s’était assis à une table. A côté de lui, il y avait des gars en cuir, impressionants, certainement pas d’ici. Klaus avait été impressionné par Rory Storm, il fut envouté par les gars en cuir qui montèrent sur scène, annoncés comme The Beatles. C’était  une musique d’un nouveau genre, inconnue en Allemagne, particulièrement entrainante. Le lendemain, Klaus était là de nouveau, au plus près de la scène. Puis, il avait essayé d’attirer sa fiancée Astrid au Kaiserkeller. Mais Astrid avait refusé, sans doute effrayée par la réputation du quartier des brutes. Klaus avait insisté et Astrid avait cédé. Elle aussi fut envoutée. Ces types en jeans et bottes de cow-boys, ces cuirs, cette violence dans la musique. C’atait irréel. Elle n’avait jamais rien vu de tel. Et puis, il y avait Stu. Ce beau brun au visage d’enfant qui se donnait des airs de méchants avec ses lunettes de soleil. D’une cruelle beauté ! Son regard s’était posé le bassiste sans pouvoir en décoller. Leurs regards se sont croisés et la messe fut dite. Après le concert, Klaus commit l’imprudence de présenter sa fiancée à Stuart. Stu lui offrit un verre et elle accepta, mais pas ici. Ailleurs. A des années lumières du Kaiserkeller. Les Beatles montèrent dans une vouiture de luxe avec chauffeur pour accompagner Stu dans le monde étrange de Klaus et Astrid : un bar envouté, enveloppé dans une épaisse fumée, où l’on servait des breuvages étranges de toutes les couleurs. Des êtres incroyables peuplaient cet endroit, des lesbiennes, des marins artistes, des personnages de théâtres. Stu ne pensait pas qu’un tel endroit existât. Mais il s’y sentait bien. Il se sentit chez lui. C’était ça qu’il cherchait. Il ne fallut pas longtemps pour que les deux êtres se trouvent. Quelques jours. Le bassiste et la photographe ne se quittèrent plus. Klaus accepta l’état de fait. Astrid, son ami d’enfance, sa fiancée ne lui appartenait plus. La vie de Stu serait allemande, aux cotés de sa belle photographe. Il s’installa chez Astrid, dans les beaux quartiers de Hambourg. John vit immédiatement le danger. Stu lui échappait. Était-il aussi jaloux ? Jaloux de cette femme qui, en un instant, venait de lui prendre Stu ? S’il perdait Stu, il perdait beaucoup. Son bassiste, bien sûr, mais aussi son ami le plus intime… Il eut du mal à l’accepter. Pourtant, il ne pouvait rien y changer. Il le savait. La vie de Stu ne se construirait pas autour du Rock qui, de toutes façons, n’était pas chez lui un objet de désir mais seulement un passe-temps. Astrid était bien plus importante à ses yeux. Une femme parfaite, mystérieuse, artiste, intéressée par sa peinture. Stu installa d’ailleurs un petit atelier dans les combles de son appartement. Enfin il retrouva le chemin de l’art, le vrai ! Il fut admis au Beaux Arts de Hambourg, une vraie victoire, une vraie reconnaissance. John en fut le premier informé. C’était pour Stu la fin de l’aventure « Beatles ». John en fut désolé, persuadé que Stu allait louper le train de la gloire. Sans doute. Ils seraient les meilleurs, Stu aussi le savait. Mais Stu s’en fichait. C’était comme ça.  Il n’avait jamais voulu apprendre à jouer correctement de la basse car ce n’était pas son truc. C’était le truc de John. D’abord furieux contre Astrid, John se rendit à l’évidence. C’était foutu. Il ouvrit alors sa carapace pour laisser Astrid s’installer dans son paysage. Il découvrit alors toute la tendresse de cette femme amoureuse, cette femme artiste. Il accepta de visiter son intérieur, son atelier où étaient exposés de merveilleux clichés, des photos de professionnel, une oeuvre d’art qui se jouait sur une partition de lumière et d’ombres. Il accepta qu’Astrid prenne quelques photos du groupe. Elle était charmée par leur côté « rebelles », Rock and Roll. Cinq jeunes de Liverpool assis sur de vieux camions, sur fonds du vieux Hambourg, des briques rouges, des blousons noirs, des guitares en bandoulières, défiant l’ordre établi d’un regard provocateur.

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Beatles à Hambourg par Astrid KIRCHHERR

Astrid admirait Stu. Mais il ne faisait pas encore partie de son monde raffiné. Elle chercha alors à assagir le rocker. Les cheveux gominés coiffés vers l’arrière et les blousons noirs disparurent pour faire place à la coupe au bol et aux vestes psychédéliques. Les autres Beatles adoptèrent ce style nouveau, pour se démarquer de la concurrence, d’abord Georges, puis Paul et enfin John. Seul Pete conserva sa banane à la Elvis. Stu parti et Paul glissa à la basse. C’était ce qu’il avait toujours voulu. Évincé celui qu’il considérait comme l’élément faible du groupe. Ils s’étaient déjà disputés en plein live, suite à des erreurs de Stu. Maintenant, plus rien ne les empêchait de devenir de vrais musiciens. Et les concerts s’enchainèrent, à quatre cette fois-ci.

Expulsion

John était excédé par le rythme imposé par Herr Bruno. Le patron obligeait le groupe à des marathons incessants. Georges avait les mains en sang et Pete ne pouvait plus tenir ses baguettes. Quant à la voix de John, elle ne ressemblait plus à rien… Même plus le temps d’aller pisser ou de boire une bière ! Ils étaient trop fatigués. Ursula, une cliente attentionnée, leur proposa alors de petites pilules bleues aux effets qu’elle disait miraculeux. En effet. Remontés comme des ressorts, on ne les arrêta plus. Ils pouvaient jouer pendant des heures avec une énergie de tous les diables. Les ampoules sur les mains, les doigts écorchés ne furent plus un obstacles à des sets de plusieurs heures. Bières, amphétamines et cafés. Bientôt, le sommeil disparut et l’appétit aussi. Paul commença à s’inquiéter. On ne pouvait pas continuer ainsi. Il fallait quitter le Kaiserkeller. Les Jets de Tony Sheridan jouaient au Top Ten, un club de meilleure gamme situé au 136 du Reeperbahn. Les Jets avaient annoncé au patron, un certain Peter Eckorn, leur souhait de rentrer en Angleterre. Peter Eckhorn était l’ennemi juré de Herr Bruno. S’il pouvait lui piquer ses Beatles… Il en parla discrètement à John : le Top Ten offrait a priori de meilleures conditions, une meilleure acoustique et une bonne paye. Un accord verbal fut vite trouvé. Ils termineraient les dates au Kaiserkeller, puis joueraient ensuite pour Peter Eckorn. Mais John avait sous-estimé le pouvoir de nuisance de Herr Bruno qui avait ses entrées dans la police. Ce dernier s’arrangea pour faire expulser Georges d’Allemagne : trop jeune pour travailler ! Le 21 novembre 1960. Georges quitta le territoire. Astrid et Stu l’accompagnèrent à la gare. Il rentra seul à Liverpool, la mort dans l’âme, par le premier train, chargé d’un matériel conséquent : un ampli acheté à Hambourg, une guitare et plusieurs valises. Le train l’emmena jusqu’au port de Hook au Pays-bas, où il prit le bateau pour l’Angleterre, puis Harwich. Un autre train le ramena à Liverpool, assis dans le couloir sur son ampli, entouré de ses affaires et de militaires complètements saouls. Ce ne fut pas les meilleures 24 heures de Georges qui se sentit d’un coup si seul et sans un sou, l’intégralité de sa fortune étant passée dans les billets de trains et les notes de taxi. Il rentra chez lui où sa famille l’attendait. Il ignorait qu’il allait bientôt être suivi par le reste de la troupe.

Paul, John, Pete avaient des obligations contractuelles au Kaiserkeller pour 59 représentations. Ils en étaient à 50. Ils devaient donc jouer jusqu’au 29 novembre, en alternance avec Rory Storm et ses Hurricanes. Privés de leur Lead guitare, ils assurèrent le minimum, préférant passer du temps chez leur futur employeur. La première au Top Ten approchait. Dans la soirée du 28, Paul et Pete allèrent récupérer quelques affaires au Bambi Kino. Il faisait déjà sombre dans la chambre et il n’y avait plus de lumière. Pour s’y retrouver, ils enflammèrent un préservatif accroché à un clou planté dans le mur qui fut un peu noirci. Le lendemain, le 29 novembre, Paul et Pete étaient en prison, accusés de tentative d’incendie volontaire ! Décidément, il avait le bras long ce Koschmider. Die Polizei de Sankt Pauli les ramena manu militari au top Ten pour récupérer leurs affaires : ils eurent 5 minutes, pas plus. Puis, ils furent chargés dans le premier avion pour Londres, sans ménagement, et sans un sou en poche, leurs derniers shillings passant aussi dans les notes de taxi. Le 1er décembre 1960, ils étaient de retour à la case départ, aussi pauvres qu’ils étaient partis. A Hambourg, ne restaient que John et Stu. John joua un peu avec d’autres groupes, mais sans enthousiasme. A l’approche de Noël, il préféra jeter l’éponge et rejoindre lui aussi le bercail. Tout ça pour ça ! Dépité, il ne chercha pas à contacter les autres Beatles. Il n’était plus sûr de rien. Il se sentait artiste, peintre ou musicien, il ne savait plus. Mais les boites de strip-teases, les bagarres, les marins éméchés, était-ce cela qu’il voulait ? Des heures à s’écorcher les doigts sur les cordes, les pintes de bières, les amphétamines pour tenir le coup, sans avancer d’un pouce… Il avait besoin de temps, pour réfléchir. Ni Georges, ni Paul, qui avait commencè de petits boulots, ne savaient qu’il était rentré.

L’ambiance ici avait changé. Apache des Shadows venait de faire un carton et tous les groupes tentaient d’imiter cette musique soporifique des anciens compagnons de Cliff Richard. Les Shadows étaient très propres sur eux dans leur costume de jeunes mariés. Ils se balançaient sur scène sur trois pas de danse, comme des métronomes bien réglés. A des années lumières de l’énergie dégagée par les Beatles, des cuirs provocateurs et des amplis saturés. De la merde ! selon John. Mais y avait-il encore une place pour eux à Liverpool ? Allan Williams avait cherché à monter à Liverpool un autre Top Ten, pour les groupes qui, comme les Beatles, rentraient de Hambourg. Mais la boîte fut détruite par un incendie avant même son ouverture et les Beatles n’avaient plus de point de chute. Ou plutôt si ! QSuand il n’u avait pnulle part où aller, il y avaittoujours La Casbah…

Décembre 1960 –  Casbah again

Pete contacta Maman et une date fut retenue pour le premier concert des Beatles. Mais il restait un problème à régler : Stu était  à Hambourg avec Astrid et Paul ne voulait pas assurer définitivement l’intérim. Les Beatles puisèrent à nouveau dans le vivier des Black Jack pour compléter le groupe : Chas Newby fut emprunté pour jouer à la basse. Quelques dates à la Casbah furent l’occasion de remettre un peu d’ordre dans les esprits et à se faire connaître dans leur patrie d’origine. Allan Williams les proposa au Litherlandhall. Ils empruntèrent un peu de matos et préparèrent les affiches  » En Direct de Hambourg, les sensationnels Beatles ! »Poster for The Beatles at Litherland Town Hall, Liverpool, 27 December 1960Tout le monde s’attendait à voir jouer un groupe allemand. La foule était au rendez. Elle fut étonnée d’entendre leur Anglais si parfait ! Ce fut de la furie. Pour la première fois, John eut le sentiment enfin qu’il se passait quelque chose, qu’ils étaient devenus bons, bien meilleurs que la merde de Cliff et de ses Shadows. N’ayant plus le temps d’assurer la logistique entre les concerts, parfois dans trois lieux différents la même journée, ils embauchèrent Neil Aspinal, un ami de Pete, en tant que Road Manager. Paul le connaissait depuis longtemps : ils avaient partagé les mêmes classes au Liverpool Institute. Puis il était devenu comptable. Neil était logé chez Mona, dans une chambre qu’il louait et, disait-on, avait eu une affaire avec elle… Neil avait surtout l’atout majeur de posséder un vieux Van gris et rouge. Il devint leur conducteur attitré. Le Van bien vite se couvrit de graffitis de de fans, notamment de jeunes adolescentes amoureuses, toujours plus entreprenantes.

A Hambourg Stuart était inquiet. Il sortait peu, de peur de se voir notifier son ordre d’expulsion. Astrid lui fit toutefois découvrir les souterrains de Hambourgs, des endroits pour initiés, peuplés de personnages sortis de films fantastiques. C’était une fête perpétuelle où tout pouvait se consommer à volonté, drogue, alcool et sexe. Lors de l’une de ces soirées, Stu fit à nouveau prit de violentes douleurs aux tempes. Il s’effondra sur la scène. Astrid était paniquée. Klaus l’aida à la ramener à la maison, inanimé. Mais encore une fois, l’alerte fut de courte durée. Il alla voir un médecin qui lui conseilla d’arrêter cette vie de dépravés. Stu mettait ça sur le dos des amphétamines, puis il demanda Astrid en mariage. Il était comme ça Stu… Le 20 janvier 1961, Stuart, certain de recevoir lui-aussi son ordre d’expulsion, rejoignit la troupe à Liverpool. Astrid, craignant pour sa santé fragile, insista pour lui payer un billet d’avion. Il s’aperçut rapidement que les Beatles avaient changé de dimension : les salles de concerts étaient bondées, notamment de jeunes adolescentes de plus en plus hystériques. C’était devenu de la folie. A La Caverne, Georges fêta ses 18 ans ! Madame Harrisson en pleura de joie. Son fils n’était plus un enfant. Son fils était devenu ce qu’il était. Il avait réussi là où elle avait échoué.

Avril 1961 – Top Ten – Hambourg

Le Top Ten attendait toujours les Beatles. Maintenant que Georges était un homme rien n’empêchait leur retour. Le 15 mars 1961, Stuart proposa de préparer le terrain pour les Beatles. Il se dévoua pour retourner en éclaireur en Allemagne. Les autres n’étaient pas dupes. Bien sûr, il se languissait d’Astrid… Klaus se débrouilla pour régler les paperasses nécessaires et le 1er avril, c’était fait : les Beatles étaient de retour au Top Ten, pour des sets de 19 heures à deux heures du matin, pour les 92 prochaines nuits ! Ils avaient annoncé à Allan Williams que cette fois-ci, il ne toucherait pas de cachet : après tout, ils s’étaient débrouillés seuls pour signer le contrat avec Eckorn et ils ne voyaient pas à quel titre leur manager devait toucher quoi que ce soit. Allan Williams le prit très mal. « Après tout ce qu’il avait fait pour eux !  » s’était-il lamenté.  » Eh bien, qu’il se débrouillent seuls ! » Pete et John reprirent leurs virées nocturnes dans les rues mal famées de Hambourg. Pete était le beau gosse, taiseux, et John était celui qui cherchait la merde, trop bruyant. Quand John était bourré, il aimait la bagarre, c’était comme ça, un gars odieux, arrogant, parce qu’il avait ça dans le sang. Et puis, il passait d’une fille à l’autre comme on change de chemise. Pete, quant à lui, était tombé amoureux d’une strip-teaseuse. Comme chaque soir, il attendait qu’elle finisse de se déshabiller. Il rentrait souvent très tard, en l’occurrence très tôt, vers 10 heures du matin. Il s’effondrait sur son lit. Paul n’aimait pas, ça car les membres du groupe étaient ensuite décalés pour les répétitions. Paul était le perfectionniste de la bande, celui qui aimait la précision, le travail bien fait, le respect des temps. C’était lui qui faisait progresser musicalement les Beatles par son exigence de chaque instant. Ils étaient maintenant de vrais professionnels que l’on réclamait et ils ne pouvaient plus se permettre de tels écarts.Il ne manquait plus qu’une chose : la reconnaissance. Une maison de disques !

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Beatles en 1961 : Sutcliffe (avec les lunettes) et Pete Best (à droite)

Tony Sheridan et Ringo Starr

Tony Sheridan était connu pour avoir été le premier à jouer de la guitare électrique à la télé anglaise. Il était aussi le premier à avoir ouvert les portes de Hambourg aux groupes britanniques. C’était à la fin des années 50. Bien avant les Beatles, il avait écumé les bars et les salles de concert, notamment le Star Club. Il était devenu une petite star locale.  Un soir alcoolisé, du côté du Top Ten, il avait découvert ces quatre gamins à l’horrible accent de Liverpool, à mi chemin entre Elvis et James Dean, une bande de bad boys venue des banlieues ouvrières. Il avait aussitôt compris qu’ils étaient du même monde, qu’ils partageaient l’amour du Rock and Roll. Tony avait demandé le nom du groupe. Les Beatles ? Quel drôle de nom ! Qui avait eu cette idée ? John Lennon, le dur de la troupe. Tony était revenu pour les écouter. Ils avaient fait connaissance puis, de fils en aiguilles, ils avaient sympathisé, puis décidé de jouer ensemble. Ils étaient vite devenus inséparables, partageant les mêmes piaules minables, sans eau, sans électricité, dormant sur des lits de camp comme à la légion étrangère. Cette proximité avait permis à chacun de progresser, les uns profitant des connaissances de l’autre. Tony leur avait présenté son groupe et notamment son batteur : Richard Starkey qui se faisait appeler Ringo Starr.

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Ringo Starr 1962

Lorsque Pete était malade ou trop fatigué, Ringo le remplaçait. Tony leur avait fait découvrir le Rythm and Blues américain, en particulier Little Richard. Paul l’avait rapidement surnommé : l’instituteur ! Car il connaissait tout. Georges passait du temps avec Tony pour progresser encore à la guitare. Alors qu’ils jouaient ensemble sur la scène du Star Club, Bert Kaempfert, un agent de Polydor, fut séduit par leur prestation et leur  proposa d’enregistrer My Bonnie. Le lendemain, ils étaient dans les studios de Polydor. My Bonnie fut le premier titre enregistré par les Beatles. Sur la pochette du disque, sorti en octobre suivant, les Beatles étaient devenus  les Beat Brothers.

Tony Sheridan and the Beat Brothers – My Bonnie – 23 octobre 1961

2 juillet 1961 – Back to Liverpool  – Merseybeat

Les Beatles, après 92 représentations, eurent besoin de vacances. Le retour à la maison était dans toutes les têtes, à l’exception de celle de cet entêté de Stu décidément plus amoureux que musicien. Pas d’expulsion, cette fois-ci, juste la fin d’un contrat. La prochaine date serait au Saint John Hall de Liverpool, le 13 juillet 1961, puis le 14 à La Caverne. Commença une nouvelle série éreintante de concerts, entrecoupée seulement  par une brève escapade de Paul et John à Paris, pour fêter les 21 ans de ce dernier. La Caverne, cette antre du Jazz, les réclamait de plus en plus. John y retrouvait Bill Harry, l’autre ami des Beaux Arts. Ils s’étaient connus en 1959 et Harry avait été immédiatement séduit par ce Teddy Boy aux allures de gangster. C’était lui qui lui avait présenté Stuart. Les trois amis avaient passé du temps ensemble au Ye Cracke, un pub sur Rice Street ou au Jacaranda. Bill Harry était alors plutôt branché Jazz. Il avait découvert le Rock and Roll sur le tard, à travers les stars du moment de Liverpool : toujours l’inévitable Rory Storm et ses Hurricanes. Harry avait toujours sur lui un carnet dans lequel il prenait des notes. Il disait que Liverpool était comme la Nouvelle Orléans, mais avec le Rock à la place du Jazz. Une ville foisonnante, une ville de culture à qui il manquait un journal spécialisé. Les articles qu’il soumettait aux quotidiens finissaient invariablement à la poubelle. Alors, il se décida à lancer son propre magazine de musique, pour couvrir la scène Rock de Liverpool. Il l’appela Merseybeat. Le premier numéro sortit le 6 juillet 1961.  Il devint en quelques mois la bible des Teenagers de Liverpool. Les Beatles faisaient souvent la couverture. Et cette couverture tomba dans les mains expertes d’un lecteur particulier. Le 9 novembre 1961, tout au fond de La Caverne, ce lecteur particulier regardait la scène. Il s’appelait Brian Epstein.

Novembre 1961 – Brian Epstein

Brian Epstein était déjà le directeur du secteur musique de NEMS, le North End Music Stores qui, à l’origine, était un magasin de matériels électriques créé par son père en 1957, sur Great Charlotte Street.. Un directeur plutôt brillant puisqu’il avait fait du magasin la principale vitrine musicale du nord de l’Angleterre. Le 21 octobre 1961, Raymond Jones, un habitué, lui avait demandé My Bonnie avec Les Beatles… Brian Epstein ne connaissait aucun groupe qui portait ce nom. Mais en vrai professionnel désireux de contenter le client, il avait promis d’enquêter et de dénicher rapidement le titre. Raymond Jones précisa que le groupe venait de Hambourg et avait probablement enregistré là-bas, sous un label allemand. Le lendemain, alors qu’il avait entamé ses premières recherches, deux jeunes filles se présentèrent au comptoir pour faire la même demande : My Bonnie avec les Beatles… Brian s’excusa pour son ignorance. Il ne connaissait pas ces Beatles.

  • Mais si, vous les connaissez ! reprirent-elles en cœur.
  • Comment ça je les connais ? demanda Epstein.
  • Ils étaient là, à ce même comptoir, la semaine dernière. C’était les types en cuir qui vous faisaient enrager parce qu’ils demandaient des disques, les écoutaient et n’achetaient jamais rien.
  • Ah oui ! Ce sont eux les Beatles ! Des jeunes pas très respectueux…
  • Vous pouvez faire quelque chose pour nous ? Ils sont tellement géniaux !
  • Je vous le promets. Si My Bonnie existe, pas plus tard que la semaine prochaine, je l’aurais déniché.

Beatles. Beatles ! Pourtant, ça lui disait quelque chose… Il chercha dans sa pile de vieux magazines et en sortit le dernier Merseybeat ! Bingo ! C’était là qu’il les avait vus. En couverture, il y avait John, Paul, Pete, et Georges. Dans les pages intérieures, il apprit qu’ils faisaient les nuits de La Caverne, le club de Ray Mc Fall. Brian connaissait bien La Caverne. C’était un ancien club de jazz, sur Matthew Street, pas très loin de NEMS, une salle en sous-sol qui avait été pensée comme une réplique du caveau de la Huchette à Paris. Récemment, La Caverne s’était convertie au Rock and Roll. Brian appela différentes maisons de disques. Personne ne connaissait My Bonnie et encore moins les Beatles. Raymond Jones avait précisé qu’ils avaient fait appel à un label allemand. Sûrement Polidor ! Il les appela. Polidor connaissait My Bonnie, qui avait atteint la 5ème place dans les charts allemands ! Mais pas les Beatles. Seulement les Beat Brothers. Aussitôt Brian en commanda 500 exemplaires… Raymond Jones et les deux jeunes filles furent les premiers servis.

Brian se lassait rapidement de ce qu’il faisait dans la vie. Aujourd’hui, il était arrivé à la fin d’un cycle et avait envie de quelque chose de nouveau. Pourquoi pas manager ? Manager d’un groupe de musiciens. Et pourquoi pas de ces Beatles ? Il décida d’aller les voir dans leur antre, à La Caverne. En grand professionnel, il devait de toute façon être au courant de la scène musicale.

Dans son traditionnel costume, à l’heure du déjeuner, le 9 novembre 1961, il était sur place, avec son assistant James Alistair Taylor. Une queue interminable s’écoulait dans la rue. Mais Brian était une personne qui comptait à Liverpool : NEMS était le plus gros vendeur de disques du nord de l’Angleterre. Ray Mc Fall arriva à sa rencontre et lui indiqua une porte dérobée. Il poussa la porte qui donnait sur un escalier métallique. Une chaleur moite ainsi que les premiers accords de Roll over Beethoven frappèrent alors le visage de Brian. Tout en bas, s’étalait une salle sombre et voutée, tapissée de briques rouges, tout en longueur, enfumée, surchauffée où s’agitait une foule hystérique. Un enfer claustro-phobique ! Sur la scène, quatre individus en cuir faisaient le show. Brian et James s’assirent au fond du club, discrètement et commandèrent une bière. Brian n’était pas dans son monde. Il était plutôt un homme de bonnes manières, un homme d’élégance et les gars sur scène ne faisaient pas très propres sur eux. Ils portaient des cuirs de mauvais garçons sur de vieux jeans pourtant interdits au club, ils fumaient beaucoup, avalaient bières sur bières, mangeaient des sandwichs et parlaient avec les premiers rangs. Passée cette première impression, Brian s’intéressa au chanteur : c’était à ce moment-la John. Il y avait quelque chose de magnétique, d’animal dans sa voie : un son particulier. Le bassiste aussi était bon. Il n’y avait pas un bon chanteur, mais deux ! La Lead guitare aussi se démarquait ! Il y avait clairement du potentiel ! La sono de La Caverne annonça alors :  » Monsieur Brian Epstein est ce soir dans le public !  » Pas la meilleure initiative de Ray Mc Fall, pensa alors Brian.

A la fin du concert, Brian et Taylor se firent accompagner dans la loge. Une loge aussi petite qu’un tiroir de caisse ! Georges demanda aussitôt  » Et qu’est ce qui vous amène ici monsieur Epstein ?  » Brian avait aimé. Brian souhaitait les rencontrer. Il avait des propositions à leur faire. Inespéré pour les Beatles ! Allan Williams venait de les lâcher. Quelques jours plus tard, à la Casbah devenue le QG des Beatles, James Alistair Taylor signait leur contrat : Brian garderait 25% des recettes pour lui ! John fut étonné. Taylor expliqua que, dans un premier temps, monsieur Epstein s’attendait à perdre beaucoup d’argent. Brian était maintenant leur manager officieux avec la ferme intention de leur dégoter des auditions dans les meilleures maisons de disques ! Mais les Beatles devaient repartir pour la troisième fois à Hambourg. Ils avaient promis à Peter Eckhorn de jouer encore au Top Ten. « Impossible dans ces conditions ! Vous valez mieux que ça ! » leur avait dit Brian. Le Star Club était la Rolls des salles de Hambourg. Brian se débrouilla pour y caser les Beatles mais avec un cachet de professionnels ! Les Beatles d’un coup avait changé de dimension.

Avant leur départ pour l’Allemagne, Brian, qui connaissait Mike Smith de la maison DECCA, leur décrocha une première audition. Le 1er janvier 1962, un jour glacial à l’aube de la nouvelle année, Neil Aspinal les avaient convoyés du côté de West Hampstead, dans le nord de Londres. Les Beatles avaient joué quelques titres, dont Besame Mucho et Till it was you. Mike Smith avait écouté et s’était montré plutôt satisfait. Il avait promis une réponse rapide. Mais en mars, toujours rien. Brian perdant patience était alors retourné à Londres pour aller aux nouvelles.   » Retournez à Liverpool, monsieur Epstein, les groupes à guitares vont disparaître !  » lui avait jeté Dirk Rowe, le directeur artistique de DECCA. Quel imbécile… Il s’en mordra les doigts, se dit Brian. Et puis, comme prévu, le 13 avril 1962, les Beatles étaient partis pour Hambourg, cette fois-ci et pour la première fois en avion !

Avril 1962 – Dernières à Hambourg

Astrid les avaient accueillis, seule, à l’aéroport.

  • Où est Stu ? » avait demandé John.
  • Stu n’est plus là. avait-elle sobrement répondu. Stu est mort. Le 10.
  • Comment ça ?
  • Une hémorragie cérébrale. Il a été pris d’un de ses terribles maux de tête. Puis il s’est effondré au milieu de son atelier, encore couvert de peinture.
  • Ce n’est pas possible ! C’est pas vrai ?!
  • Il est mort je te dis. Il n’y a que moi…

John, pour une fois, avait laissé couler des larmes sur son visage de rockeur. John avait perdu son adolescence, un frère. Il était seul. Seul au milieu de la foule. Mais il y avait un contrat à honorer. Klaus assista heureux à la Première. Il vit John arriver sur scène habillé en femme de ménage, portant une longue planche de bois. Il marchait le long de la scène et finit par heurter le microphone ainsi que quelques sets de batterie. Puis il le vit nettoyer les aisselles de Paul et de Georges. Tout le monde riait. Pourtant, Stuart était mort. Klauss frissonna. Mais il se dit que les clowns font ainsi : tourner une tragédie en comédie. The show must go on. C’était parti pour 48 nuits de musique.

9 mai 1962 – Londres, au siège de Parlophone

EMI et Colombia Records n’avaient même pas voulu leur donner une chance. Trop de groupes circulaient. Et, semblait-il, les groupes londoniens avaient plus de chances que les autres… Il fallait faire des Beatles un groupe londonien… Un groupe assagi, capable d’ouvrir les portes de la bonne société, celle des maisons de disques ! Brian décida que, sur scène, les cuirs noirs, les cigarettes, l’alcool à gogo, c’était fini. Les Beatles seraient maintenant en costumes et salueraient leur public. Leurs sets devaient être exclusivement composés de leurs titres phares, organisés, millimétrés. L’idée était de séduire ! Séduire les foules, bien entendu, mais surtout les décideurs, ceux qui avaient le pouvoir de les emmener au firmament. Il commença à rédiger de petites notes, dans lesquelles il donna ses premières directives. Neil Aspinal fut chargé de les transmettre au groupe. Et puis, il y eu cette première rencontre avec Georges Martin, le 8 mai 1962 et ce rendez-vous fixé le lendemain…

Le 9 mai 1962, dans son impeccable costume noir posé sur une chemise blanche bien repassée, Brian se présente devant le siège d’EMI. Il est 8 heures et il a l’air d’un tout jeune homme faisant sa communion.

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Brian Epstein

Il a délaissé pour l’occasion le rayon des disques de NEMS Brian s’est acheté une belle cravate en soie des Indes. Surtout ne pas rater ce rendez-vous ! Ce monsieur Georges Martin pourrait bien faire sa fortune et faire enfin décoller la carrière des Beatles. Pour une fois, il est convaincu que la chance est avec lui. C’est Syd Colman qui lui a présenté monsieur Martin. Dans sa poche, des bandes magnétiques. Des enregistrements de ces quatre poulains. Le son n’est pas terrible, mais ça devrait faire l’affaire. Il a quatre chansons, des reprises de vieux standards américains, Aint she sweet, That’s all I Want et des trucs du même genre. Devant lui se dresse l’imposante façade blanche avec, tout en haut, en lettres de feu les trois lettres légendaires : EMI. Les mains moites, l’haleine un peu acide, Brian monte dans les étages. Il faut dire qu’il a l’habitude de se faire remercier, plus ou moins poliment…  Brian est attendu. Il se trouve devant la porte du directeur. Il remet sa cravate en place, ajuste son costume, lisse ses cheveux noirs et frappe à la porte. Georges Martin lui ouvre en personne. Il est impeccable. Un vrai Lord, d’un flegme tout britannique. Il lui présente l’unique fauteuil de son bureau spartiate et lui propose un thé de Ceylan que Brian accepte avec joie. Il lui parle de Beatles, de Hambourg, puis lui propose d’écouter les essais enregistrés sur les bandes. Sans dire un mot, Georges les glisse dans un petit magnéto qui trône sur son bureau. Brian, enfoncé dans le fauteuil de cuir, sonde les moindres traits de son visage, à la recherche d’un semblant d’excitation. Mais rien.

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Georges Martin et Brian Epstein

Georges écoute simplement, presque religieusement, en expert de la musique. Brian se dit : Il a dû tellement voir défiler dans ce bureau des types comme moi… Il va me renvoyer à Hambourg, c’est sûr ! OK, je veux bien les rencontrer. Prenez rendez-vous avec ma secrétaire au studio d’Abbey Road. Le 6 juin ! Bingo !

6 juin 1962 – Abbey Road

Le 2 juin, les Beatles ont quitté définitivement l’ambiance surchauffée des nuits du Reeperbahn. Et le 6 juin, un van blanc se gare non-loin de l’entrée des studios d’EMI, Abbey Road. Quatre squelettes en sortent. A croire qu’ils n’ont pas mangé depuis des jours ! On les attend au studio n°2. Et c’est une sorte de vieux lord anglais qui les accueille ! Un type d’une rare élégance, très digne, grand et mince, le cheveu soigneusement plaqué vers l’arrière… John s’est assis sur son Vox. Ce Georges Martin n’est clairement pas de leur monde fait de blousons noirs, de guitares électriques et de boites enfumées. Georges Martin se montre affable et place chacun dans le studio.

  • Vous avez des questions ? demande-t-il.
  • Non. Mais j’aime pas votre cravate ! répond Georges.
  • Mais ça n’a rien à voir avec la musique !
  • Non. Mais j’aime pas.
  • On peut commencer ?

Les quatre se mettent en place, branchent les Jacks sur les amplis, règlent les volumes et  c’est parti. Georges Martin repense à sa première écoute. Les Chansons sont moyennes, mais il y a un son, quelque chose de nouveau. Le batteur Pete Best n’est pas au niveau des trois autres. John et Paul sont les vrais leaders. Il faudrait essayer avec un vrai batteur, pour voir ce que ça donne. Georges saisit l’occasion d’une pause pour en causer à Paul : un contrat ? Pourquoi pas. Mais à une condition. On remplace le batteur !

Le 8 juin, Les Beatles officialisent leur collaboration avec Brian Epstein.

Septembre 1962 – Abbey Road  – Love me do

Ce 4 septembre, c’est pour de bon. On enregistre. Pete Best a été laissé à la maison. Personne n’a osé lui annoncer la nouvelle. Alors Brian s’en est chargé. Cruel de laisser un tel ami au bord du chemin, sans explications, après ce qu’il avait donné au groupe. A la place, on a pensé à Ringo Starr, celui qui jouait à Hambourg. Mais il est pris ! Un coup de fil et Ringo accepte. Love me do… est le premier titre enregistré. Mais Ringo Starr est aussi mis sur la touche et remplacé pour l’enregistrement définitif par Andy White, un batteur de studio.

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Beatles et Georges Martin

Love me do entre dans les Charts, à la cinquième position. Un succès honorable. Mais la gloire est encore loin…

Georges propose How you do it, un titre composé par Mitch Murray. Si vous voulez un Numéro UN prenez cette chanson. John n’aime pas. Paul non-plus. Tant-pis. Georges la propose à un autre groupe de l’univers Epstein : Gerry and the Pace makers.

Novembre 1962 – Abbey Road – Please please me

John arrive avec l’une de ses compositions : Please Please Me. Un titre inspiré par Only The Lonely de Roy Orbinson. La chanson marque un vrai changement dans la manière de composer. Jusque-là, les Beatles collaient à la structure du Blues, autour de trois accords majeurs principaux. Dans Please Please Me, John commence bien avec cette structure en altrenant des La et des Mi  « Last night I say these words to my girl », mais s’en s’échappe largement dans la suite des « Come-on », où il ajoute, pour assurer la montée de sa fusée, un Fa dièse mineur, un Do diése mineur, pour préparer l’explosion en Si :  » Please Please Me oh Yeah ».  Un véritable feu d’artifice !

John a écrit Please please me en cachette dans sa chambre de Menlove avenue, à l’abri des regards inquisiteurs de la tante Mimi, toujours sceptique quant aux chances de John de vivre de sa satanée guitare ! Il avait déjà essayé de caser sa composition en face B de Love me do, mais Georges s’était montré dubitatif :  » Trop mou ! Trop lent. » Pourtant Georges n’avait pas fermé totalement la porte !  » C’était une bonne chanson, « bluesy », à conserver pour plus tard… » Il avait donné toutefois à John quelques conseils : Accélére le tempo ! Rajoute de l’harmonica, comme sur Love me do. John et les auitres étaient retournés au travail et étaient revenus avec une version modifiée, plus rapdie, John assurant la voix principale, Georges et Paul les harmonies vocales.

On commence la séance d’enregistremens. Ringo est confirmé enfin à la batterie. Il est soulagé. Depuis l’affaire Andy White, il redoutait de vivre un scénario à la Pete Best. Il agite ses bagettes et, en bon métronome qu’il est, lance le fameux : « One, Two, Three Four ! ». John commence l’intro à l’harmonica de feu l’Oncle Georges. Au dessus, perché sans sa cage de verre, Martin écoute. Mais, après quatre petites mesures, il interrompt tout le monde : « Pas bon ! On recommence. » Ringo relance donc : « One, Two, Three Four ! « .  Dix-huit prises plus tard, Martin commence seulement à être satisfait. Il se lance alors dans une prédiction :  » les garçons, vous tenez là votre premier numéro Un !  » Pour la face B, John propose Ask me why, déjà enregistrée avec Pete Best lors de la séance du 6 juin 62, mais détruite alors, car peu convaincante pour les équipes d’EMI…  Please please me sort le 11 janvier 1963. Il est signé Mc Cartney – Lennon, dans cet ordre. Et devient, comme Georges l’avait prédit, Numéro 1. Les Beatles vont enfin pouvoir quitter leur microcosme liverpulien pour envahir l’Angleterre.

Février 1963 – Abbey Road – From me to you

Avce le succés de Please please me, les Beatles sont demandés partout en Angleterre. Ce n’est plus Brian Epstein qui frappe aux portes des maisons de disques ou des journaux, ce sont les producteurs de spectacles, les propriétaires de salles qui les réclament ! Il faut faire le tri pour rentenir seulement ce qui est bon pour ses poulains. On lui propose une tournée avec Helen Shapiro, la star-enfant, déjà propriétaire de deux hits. Pourquoi pas ? Neil Aspinal assurera les transport dans son éternel van blanc. Deux dates sont prévues, la première à York, la seconde à Shrewsbury. Pendant le trajet entre les deux salles de concert, Paul et John s’amusent sur leur guitare, sans se prendre au sérieux. Ils trouvent des lignes mélodiques, posent des accords dessus et quelques vers. Helen Shapiro écoute. Au programme, de l’amour, encore de l’amour. Paul saisit le journal posé sur le siège à côté de lui, histoire de connaître leur évolution dans les charts ! New Musical Express titre ce jour là : From us to you.  » Pas mal comme titre pour une chanson. » se dit Paul. From me to you sera son titre. C’est la première oeuvre vraiment conjointe, pour laquelle le « Mac Cartney – Lennon » a vraiment un sens. From me to you commence un peu comme d’habitude, avec une succession d’accords en Do, Fa et Sol majeurs, comme dans un bon vieux blues agrémenté de 7ème. Mais pour le pont, Paul y ajoute, et c’est une sacré évolution, un accord inattendu : un Sol mineur pour porter le « I Got arms that long to hold you… »  Le pont devient soudain mélodique et conduit sur une rive inexplorée jusque-là… Ils composent également Thank you girl et demandent à Helen le titre qu’elle verrait pour le prohain single. Sans hésiter, elle penche pour From me to you

Le 5 mars 1963, From me to you  est mise en bôite. Georges Martin y apporte sa patte experte, en incorporant de l’harmonica et un solo de guitare. Mais John est enrhumé. Tant pis, on enregistre le reste et John reviendra plus tard pour l’harmonica. Le mixage sera réalisé par Geoff. Pour la face B, les Beatles enregistent Thank you girl. L’amour est porteur, profitons-en ! Paul pense qu’il faut plaire aux filles pour faire de l’argent. Donc des textes simples, du Love, du « je t’aime, tu m’aimes, nous nous aimons » et la gente féminine sera dans la poche avec les milliers de Pounds ! Les Beatles croulent sous des tonnes de lettres et de colis. Souvent des lettres d’amour, des demandes en mariage. Neil Aspinal est mis à contribution pour éplucher toute cette correspondance et parfois pour y répondre ! Thank you girl ! donc, en hommage à leurs admiratrices.

Oh, oh
You’ve been good to me
You made me glad when I was blue
And eternally I’ll always be in love with you
And all I gotta do is thank you girl, thank you girl
I could tell the world a thing or two about love
I know little girl only a fool would doubt our love
And all I gotta do is thank you girl, thank you girl
Thank you girl for lovin’ me the way that you do

Le 11 avril 1963, From me to you  est dans les bacs. La chanson est encore estampillée « Mac Cartney – Lennon » et on se l’arrache. La chanson devient vite Numéro Un. Ironie du sort, elle prend la place de How you do it, la chanson refusée par la bande des quatre et refilée à Gerry and the Pace makers. Les Beatles décident de se faire un bouffe à chaque évolution à la hausse dans les Charts. Résultat, ils prennent beaucoup de poids en ce début d’année 1963.

Comme pour Please Please me, Georges Martin tente l’expéreince américaine. Il a des contacts chez Capitol. Il leur envoie des bandes. « Vous verrez, c’est quatre là sont fantastiques ! ». On lui répond qu’il ne connait rien au marché américain que les Beatles ne sont pas si bons que ça que jamais un british ne s’est imposé ici ! La preuve, From me to you n’atteint que la 113ème place des Charts US. Il n’insiste pas.

Mars 63 – Please please me – l’album

Georges Martin pense qu’il est grand temps de proposer un album, pour surfer sur la vague du premier single avant qu’elle ne se crash sur la jetée où se sont déjà échoués des dizaines de groupes pometteurs mais éphémères. Mais il a un budget restreint : 55 000 Pounds ! John et Paul ont huit chansons en stock. C’est beaucoup et inhabituel. En général, on met moins de titres originaux car on compte sur les reprises qui cartonnent à coup sûr. I saw her standing there avait déjà beaucoup tourné à Hambourg et ailleurs. La chanson avait pris en assurance, en puissance de telle sorte que l’interprétation était débordante d’énergie. Elle serait de la partie aux côtés d’autres titres : Misery, Anna, Chains, Boys, Ask Me Why, Please Please Me, Love Me Do, PS I Love You, Baby It’s You, Do You Want To Know A Secret, A Taste Of Honey, There’s A Place et l’invitable  Twist And Shout, titre enregistré en dernier et qui a fini d’achever les cordes vocales de John. A peine reposé d’un rhume, John veut écouter les bandes enregistrées. Son côté perfectionniste le rend nerveux, car si ça sonne ringuard, il voudra tout recommencer. Mais il est satisfait de l’effet Live, prises sur le vif de l’album. En douze heures, sans pause déjeuner, tout a été bouclé, car Parlophone ne voulait pas dépenser plus d’argent. Du coup, le disque restitue bien l’ambiance Hambourg et Liverpool, le Top Ten et La Caverne ! Il manque juste la foule marquant le tempo du pied, mais c’est le meilleur moyen de savoir à quoi on ressemblait les Beatles avant. Pour la pochette, Georges Martin pense à faire appel au célèbre photographe Angus McBean. Bingo ! Il accepta ! Montage, mixage, tout est prêt. L’album sort en mars. A partir de mai et pour 30 semaines, il est numéro UN  !

Juillet 1963 – Abbey Road – She loves you

Avec le succès, les Beatles deviennent de grands voyageurs : ils habitent soit dans le van de Neil, soit dans des chambres d’hôtel. Les trajets, les concerts, encore des trajets, quelques heures de repos… Il ne leur reste que peu de temps pour composer. Mais il faut quand même ce mettre au travail : l’ami Georges Martin a réclamé un Hit tous les trois mois ! Sacré challenge ! Mais ça convient très bien à John et à Paul qui ont en stock pas mal de projets non-aboutis, héritage de la période Hambourg. Après le concert au Majestic Balroom, ils s’enferment dans la chambre de l’hôtel, armés de leur guitare et de quelques idées. Comme à chaque fois, ils veulent innover, notamment au niveau du texte pour lesquels ils ont jusque-là abusé des « Me » et des « You ». Paul propose de passer à la troisième personne en imaginant un dialogue entre deux amis, le premier persuadant le second qu’il a trouvé la perle rare et qu’il devrait faire des efforts pour la conserver. Parce qu’il devrait être heureux avec une fille comme ça. Leur premier Hit interplanétaire voit le jour : She loves You !

Les Beatles commencent sérieusement à sentir que ça bouge. Les foules étaient sympathiques ; elles sont devenues hystériques, surtout lorsqu’elles sont féminines. Les cris ne les dérangent pas trop. En revanche, cette hystérie qui s’est emparée des fans semble hors de contrôle. Les Beatles sont en permanence dans l’œil du cyclone qu’ils ont provoqué. Paul a vu une jeune étudiante innocente se transformer en une fraction de seconde en une bête sauvage et se jeter sur lui. Brian a peur. Neil propose d’avoir recours à Mal Evans, un costaud de la première heure puisé dans le vivier de La Caverne.  » Un doux géant » selon Paul. Autant prendre quelqu’un que l’on connaît, à qui on peut faire entièrement confiance. Mal Evans accepte avec joie et rejoint la petite troupe en secondant Neil sur les tournée. Le 1er juillet 1963, les Beatles se présentent devant les studios d’enregistrement d’EMI. C’est de la folie. La foule est à peine contenue par des cordons de Bobbies ! Des filles hurlantes réclament de l’amour, un regard, un baiser, n’importe quoi… Rien ne semble pouvoir les arrêter. Compressées, épuisées par les heures d’attente, certaines s’évanouissent. Les autres sont en pleurs, crient à s’en déchirer les cordes vocales. John repense à 1956, lorsqu’il avait vu sur un écran de cinéma ces mêmes filles à genoux devant le roi Elvis, leur demi-dieu. Maintenant, c’est son tour : est-il un demi-dieu ? On lui fait des offrandes, on crie son nom, on s’effondre en pleurs devant lui, comme on le ferait à l’église devant des reliques du Christ… Il n’est plus sûr de rien. Il voulait être au top et maintenant qu’il aperçoit le saint Graal, il prend peur ; voudrait revenir en arrière, au Kaiserkeller par exemple. Le Job est-il si bon que ça ? Il n’en est plus si sûr.

Evans ne les quitte plus. Y compris pendant les séances d’enregistrement. Brian a très bien fait de faire appel à ses services. Ça rassure tout le monde. On commence les premières prises. Une adolescente plus rusée que les autres a réussi à franchir le cordon de sécurité et se précipite dans le studio numéro 2 : Elle se jette sur Ringo qui ne l’a pas vu venir. Evans la plaque au sol avant de la traîner hors du studio. « Le mieux est de se barricader ! » pense Brian. « Se protéger de ses fans : On n’a jamais vu ça. Dire que quelques mois plus tôt, on remerciait ces filles ! » John en frissonne.

She loves you voit le jour rapidement. Les Beatles superposent leur voix, John chantant la dominante et Paul la tierce : le son « Beatles ». Carton prévisible ! She loves you est Numéro Un le 13 septembre en Grande-Bretagne.

Octobre 1963 – Abbey Road – I want to hold your hand

Pas le temps de souffler. Il faut battre le fer tant qu’il est chaud. On a vu tellement de groupes disparaître après un succès fulgurant. John et Paul remettent leur ouvrage sur le métier. Ils ont élu domicile à Londres, chez la famille de l’actrice Jane Ashner, sur Wimpole Street. Jane a 17 ans et est la petite amie de Paul. En avril 63, elle avait obtenu pour la BBC quelques minutes d’interview des Beatles. Il n’en fallut pas plus : sa chevelure de feu, ses yeux pétillants de bleu avaient séduit Paul le gentil Beatles.

En bas de l’escalier, près du piano, les cordes vibrent, les accords s’enchaînent, des graffitis couvrent des pages entières de papier, des bouts de paroles, quelques notes. Les yeux dans les yeux, ils cherchent à accorder leur voix, de l’harmonie, quelque chose qui frappe les esprits. Paul essaie un mi majeur. « C’est ça ! » l’interrompt John. « Tu y es ! » Direction Abbey Road pour enregistrer I Want to hold your hand.

Pour l’occasion, Georges Martin propose de tester un nouvel équipement qui permet de séparer quatre pistes d’enregistrement. Le studio devient un vrai laboratoire musical où l’on explore chaque jour des territoires nouveaux. Les Beatles sont tellement calés par les années de Live qu’il ne faut que leur faut que sept prises. Il n’en faudra pas plus pour This boy qui occupe la face B. Le succès est phénoménal. Les disquaires sont pris d’assaut. Partout, c’est l’émeute. Les pré-commandes avaient été exceptionnelles ; les ventes le sont encore plus. La famille royale s’intéresse à eux. La Beatlemania vient de commencer. On se coiffe à la Beatles, on s’habille à la Beatles. Des journaux se spécialisent comme Beatles Monthly. Il suffit d’écrire Beatles sur un bout de tee shirt pour que les ventes explosent, il suffit de diffuser du Beatles à la radio pour que l’audience batte des records. La marque Beatles, qui avait vu le jour sur un coin de table un soir de 1960, est promise à un avenir exceptionnel. Brian a du mal à gérer toute cette pression. Son rêve est exhaussé, certes. Il a les droits sur 25% des gains des Beatles ! Il est donc riche. Très riche. Mais avec l’énorme pression qui s’exerce sur ses épaules, son caractère dépressif reprend de temps en temps le dessus. Il est Juif et homosexuel, double peine dans l’occident encore rétrograde des années 60. Il en soufre beaucoup, pensant que le monde lui en veut. Il trouve des échappatoires dans les sorties nocturnes répétées, et puis dans la drogue, autant des béquilles qui l’aident à tenir debout. Mais pour combien de temps ?

22 novembre 1963 – With the Beatles

Dans le bus qui ramenait les Beatles d’un concert lors de la tournée avec Orbinson, Paul avait jeté sur une feuille de papier des mots qui lui venaient en tête. Close your eyes and I kiss you. Il pensait à Jane. Elle lui manquait. Il lui enverrait ses amours… C’était la première fois qu’il se lançait ainsi dans un nouveau projet en commençant par les paroles. En fait, il n’avait pas de guitare avec lui. Arrivé à l’hôtel, il avait posé ses mains sur un piano et avait cherché à donner à son nouveau projet un air country, un quelque chose de l’ouest américain. John avait trouvé que c’était du sacré bon boulot. Mais il avait vu du Rock, un Riff ternaire endiablé pour donner du rythme. Georges, de son côté, avait imaginé un solo à la Carl Perkins, toujours son idole. All My Loving était né, le titre phare de l’album enregistré en quatre mois : With the Beatles, sur lequel on trouve aussi It Won’t Be Long, All I’ve Got To Do, Don’t Bother Me, le premier titre estampillé Harrisson, Little Child, Till There Was You, Please Mister Postman, Roll Over Beethoven, Hold Me Tight, You Really Got A Hold On Me, I Wanna Be Your Man, Devil In Her Heart, Not A Second Time, Money (That’s What I Want), donc sept titres sur quatorze écrits par le duo Lennon Mc Cartney, confirmant ainsi leur talent de compositeurs.

29 janvier 1964 – Can’t buy me love

Brian a envoyé les Beatles à Paris. Paul est à l’hôtel Georges V, belle battisse haussmannienne nichée dans l’avenue du même nom, perpendiculaire à celle des Champs Élysées. 18 nuits sont retenues pour assurer les premières partie de Sylvie Vartan. Paul a fait monter un piano dans la suite réservée aux Beatles. Ses pieds nus s’enfoncent dans l’épaisse fourrure de la moquette grand luxe. Dire que deux ans plus tôt, il était en Écosse avec Johnny Gentle, dans des hôtels minables, à peine chauffés, qu’il avait des trous plein ses chaussures et qu’il fallait pleurnicher au téléphone pour obtenir quelques Pounds de ce diable de Larry Parnes. Paul piannote sur les touches en ivoire. Dans une heure, débute le concert à l’Olympia. Il faut faire vite. Les instants disponibles pour composer sont toujours aussi rares. Il ne faut louper aucune occasion. A ses côtés, se tient Georges Martin qui apprécie la descente de gamme proposée, en bon pianniste qu’il est. Paul veut revenir à du blues, trois accors majeurs donc pour le couplet. Il commence « I’ll buy you a diamond ring my friend if it makes you feel alright… » Pas mal.  Le refrain, comme pour From me to you, sera, quant à lui, en mineur ! Il ne faut quand même pas faire comme tout le monde. Can’t buy me love. Paul est assez content de sa trouvaille : il est revenu à ses premières influences, avec un tempo rapide du type « Motown » et un son Rock à Billy des années 50. Les autres Beatles entrent alors dans la chambre et écoutent le résultat. Georges Martin propose une intro, l’autre Georges un petit solo de guitare. Le titre est prêt. Rien à ajouter. On essaie à la guitare. Ca fonctionne. Des studios parisiens d’EMI sont disponibles dans les prochains jours. Ça tombe bien. Mais il faut maintenant se préparer pour assurer la première partie de Sylvie…

Le 29 janvier, la petite troupe se rend à Boulogne-Billancourt où se trouvent les studios EMI. Tout le monde s’installe pour une fois dans la sérenité. La Beatlemania est ici moins pressante. Les filles semblent avoir été séquestrées dans les chaumières. Georges Martin propose d’ajouter des harmonies, puis finalement propose de les enlever. Quatre prises sont suffisantes. Helen Shapiro, qui est présente dans le studio, est enthousiaste. On en profite pour enregistrer She loves you en allemand pour le marché outre-Rhin. Pour la face B, John propose You can do that, une chanson autobiographique dans laquelle il affiche sa tendance maladuve à la jalousie. Pour l’occasion, Georges teste sa nouvelle Rickenbacker à 12 cordes. Mais c’est John qui se charge finalement du solo. On retrouve les harmonies de Paul et Georges qui viennent renforcées la voix de John sur les « greeeen ».

C’est à Paris que les Beatles apprennent que I want to hold your hand est numéro Un aux USA ! Ils avaient posé cette condition sine qua none à Brian pour partir à la conquête du nouveau monde. Car tant d’autres s’y sont cassés les dents à commencer par Cliff Richard. Les Beatles n’ont plus d’excuses. D’autant plus que I want to hold your hand fait remonter à la surface les autres titres que l’on pensait noyés dans les eaux profondes des charts américains : She loves you, Love me do, From me to You et Please please me trustent, les uns après les autres, les premières places. On n’a jamais vu ça. Même Elvis n’a jamais eu autant de titres consécutifs au sommet. Capitol Recors est obligée de céder devant la demande et commence à presser du Beatles à la chaîne et préparer leur venue à l’américaine : une formidable campagne de publicité est lancée. Les Beatles ne le savent pas, mais ils arriveront en terre conquise.

Brian n’en peut plus. Il est submergé de coups de fil, de tonnes de lettres et de colis, de demandes pour des tournées. Il trouve dans son assistant Derek Taylor un soutien sans faille, notamment pour gérer la presse. Les Beatles vont traverser l’Atlantique, l’Angleterre, après Liverpool, étant devenue trop petite.

C’est par la télévision que la british invasion va se produire dans les millions de foyers américains : le Ed Sullivan show du 3 février 1964. Le 16 mars, Georges fête ses 21 ans. Il reçoit trente mille lettres d’anniversaire ! Ce même 16 mars, les bacs se remplissent des millions de 45 tours de Can’t buy me love. Les Beatles tiennent maintenant 60% du marché américain des Singles et les 5 premières places des charts. Ils placent 12 titres dans le top 100, battant un autre record d’Elvis qui en 1956 en plaçait 9.

  • no 1 – Can’t Buy Me Love
  • no 2 – Twist and Shout
  • no 3 – She Loves You
  • no 4 – I Want to Hold Your Hand
  • no 5 – Please Please Me
  • no 31 – I Saw Her Standing There
  • no 41 – From Me to You
  • no 46 – Do You Want to Know a Secret
  • no 58 – All My Loving
  • no 65 – You Can’t Do That
  • no 68 – Roll Over Beethoven
  • no 79 – Thank You Girl

Le Ed Sullivan SHOW

 

a suivre…

 

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  1. […] Article de fond : histoire des Beatles […]

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  2. […] A lire sur le même sujet : une brève histoire des Beatles. […]

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Beatles

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