New-York – le 8 décembre 1980

John a 40 ans. Cela fait bien longtemps qu’il a quitté les banlieues grises de Liverpool, déserté les bars glauques de Hambourg pour s’installer avec sa femme et son jeune fils Sean de 5 ans au cœur de la capitale du monde : le Dakota building, élégant, planté dans la 72ème rue, célèbre artère de Manhattan coupée en deux par les arbres téméraires de Central Park. John ne se cache pas. Ou plutôt, il ne se cache plus. La pression suffocante de la Beatlemania, qui avait contraint en 66 les Beatles à arrêter les tournées et à se réfugier dans les studios climatisés d’Abbey Road, s’est peu à peu dissipée. Seuls quelques fans osent parfois demander poliment un autographe que John donne volontiers. John a retrouvé un équilibre. Une vie de famille presque normale. Il n’est plus un Beatle et c’est très bien comme ça. Malgré la séparation du groupe, il a mis 10 ans pour se débarrasser de l’étiquette encombrante, une lutte acharnée contre lui-même pour redevenir ce qu’il est, ce qu’il avait toujours été. John, un sage rebelle. Depuis peu, Il a recommencé à écrire et à composer.

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John-Lennon-Yoko-Ono-Annie-Leibovitz

John et Yoko par Annie Leibowitz – 1980

Il est 9 heures. Annie Leibowitz a terminé sa série de clichés pour Rolling Stones et range soigneusement ses appareils dans leurs étuis. Elle est contente du résultat, même si elle aurait préféré un cliché de John seul. Mais il a insisté pour que Yoko apparaisse sur la photo. Les deux amants sont enlacés, elle est vêtue de noir le regard impassible, offert, et il est nu, gourmand, prêt à dévorer sa compagne. La pose, à coup sûr, va heurter la pudibonderie américaine. Mais n’est-ce pas le but recherché ? La campagne promotionnelle de Double Fantasy vient de commencer et John le sait : après 5 années de retraite, il a besoin qu’on parle de lui.

Il est 17 heures lorsque John décide de sortir prendre l’air. Vêtu d’un blouson noir à col de fourrure et de ses légendaires lunettes rondes, il pousse devant Yoko la porte qui donne sur le hall principal.  Aux portes du Dakota, comme chaque jour, siège une troupe de quelques fans impatients d’arracher à leur demi-dieu un regard, un sourire ou, improbable nirvana, quelques mots, voire un autographe ! John se prête assez facilement à cet exercice. Il essaie de contenter tout le monde, prend son temps, serre des mains, échange quelques mots. Résultat de recherche d'images pour "mark chapman"Il y a là un gros  jeune homme adipeux, le cheveux gras, l’air timide, des lunettes de mauvais goût posé sur le nez. On dirait un gros bébé, malgré ses 25 ans passés. Cela fait plusieurs jours qu’il tente d’apercevoir John, qu’il fait les cents pas devant le Dakota pour tuer le temps. Il serre contre lui Double Fantasy, comme si quelqu’un cherchait à lui arracher et un exemplaire de l’Attrape-cœur de Salinger. Après quelques instants d’hésitation, Mark Chapman  s’avance vers son idole encore occupé avec des jeunes filles. Ça y est Lennon l’a aperçut et lui sourit ! Mark a tout prévu. Il a un stylo qu’il tend à son John et lui présente la pochette de son vinyle. Il veut juste une signature. Fièrement,  Chapman montre aux fans qui l’entoure l’autographe si longtemps désiré.

Lennon's autograph on the Double Fantasy album

L’autographe sur Double-Fantasy

  • Voilà ! Vous avez ce que vous voulez ? lui demande John.
  • « Oui. Merci John ! répond simplement Mark intimidé par la proximité de la star planétaire.
John-Lennon-signs-an-autograph-for-Mark-Chapman-his-murderer-December-8-1980.jpg

John et Chapman – 22 h 57

Yoko ne s’est pas attardée. Ce n’est pas elle que réclame la foule. Elle le sait. Elle s’est installée dans la limousine confortable, à l’abri des regards qui parfois lui sont hostiles. Pour certains, elle est la cause de la rupture du plus grand groupe de tous les temps. Alors, elle doit être prudente. John a accéléré le pas : On les attend aux studios. Un titre à enregistrer. Il prend place aux côtés de sa femme silencieuse. Caché derrière le nuage de groupies qui commence à s’évaporer. Chapman regarde s’éloigner la limousine, un sourire au coin des lèvres. Il fouille dans ses poches. Sa main rencontre du métal froid, celui d’un révolver, un 38 mm Special Charter Arm qu’il a soigneusement nettoyé la veille et qui est est prêt à faire feu…

La journée se passe tranquillement. Après plusieurs prises, Walking on thin ice est enfin dans la boîte ! C’est une œuvre de Yoko ! John et Yoko avaient à l’origine prévu de manger quelque part en ville. Mais John, qui est devenu un père modèle, préfère rentrer. Il aimerait passer un peu de temps avec Sean avant qu’il ne s’endorme. John n’a pas eu de père ou si peu. Il a été élevé par sa tante Mimi et en a tellement souffert. L’argent ne remplace pas tout. Surtout pas un père… Son fils ne sera pas orphelin, il se l’est juré !

La soirée est déjà bien avancée lorsque la limousine dépose le couple au pied du Dakota. Il fait sombre. Yoko descend la première et s’engouffre sous l’arche qui matérialise l’entrée de l’immeuble. Elle bouscule une ombre blanche mais n’y prête pas attention. Souvent des fans s’attarde aux portes du Dakota dans l’espoir de voir leur héros. John la suit de près. Ses yeux sont tournés vers le sol. L’endroit est maintenant désert et silencieux, débarrassé des fans partis se coucher. John aime ces moments de calme où la seule perspective est celle d’aller se coucher, apaisé, le travail accompli. Plus d’interviews, plus de télés, plus de bruits, seulement la joue rose et impatiente de Sean qui l’attend. John respire encore un peu l’air frais de Manhattan. Trois marches le sépare encore de l’arche. Il les grimpe à toute vitesse et pénètre dans l’obscurité du Dakota.

« Mister Lennon ? » Une voix faible vient de sortir de nulle part. John ne s’inquiète pas. Il continue sans se presser. Le concierge, sans doute ou peut-être encore un fan. Il est fatigué et ne veut pas s’attarder. Alors il ne répond pas. Et soudain, c’est l’enfer. Quatre boules de métal s’échappent du canon du révolver. La première fait éclater une vitre du Dakota. Les autres sont fatales : elles déchirent sa poitrine et son dos. La puissance de l’impact est telle que John est projeté d’un pas vers l’avant. Il est pourtant resté debout, conscient de ce qui vient de se passer. « J’ai été touché » lâche-t-il. Il titube, parvient à atteindre le vestibule puis s’effondre. Yoko n’a rien vu, seulement entendu les quatre ou cinq coups de tonnerre. Les tympans encore douloureux, elle se retourne et aperçoit John au sol, inanimé, le visage contre le marbre, les lunettes à ses côtés, brisées, maculées de sang. Dehors, toujours bien campé sur ses deux jambes, Chapman, tient fermement dans ses deux mains son 38 mm encore fumant, vidé de ses charges mortelles. Yoko est affolée. Elle se met à hurler. Le concierge est sorti de sa loge et a compris immédiatement ce qui s’est passé. Il appelle aussitôt les secours.

Chapman n’a pas cherché à s’enfuir. Il est à quelques mètres, dans la rue, prostré. Il a lâché son arme puis s’est assis et a commencé la lecture du livre de Salinger qu’il connait pourtant par cœur.  Le concierge, Jose Perdomo, s’avance alors vers lui, d’abord méfiant, puis furieux. « Sais-tu ce que tu viens de faire ? » lui demande-t-il « Oui, j’ai tué John Lennon ».

Mark David Chapman entre les mains de la police et des médecins, après le meurtre de John Lennon, le 8 décembre 1980. (AP/SIPA)

Arrestation de Chapman

La police est déjà là. Il ne faut pas trainer. John est encore vivant. Les officiers le transportent à l’arrière du véhicule qui démarre en trombe, sirènes hurlantes. « Ne seriez-vous pas John Lennon ? » demande alors l’un d’entre eux. « Yes » est le dernier mot que John prononce. Malgré les efforts acharnés des médecins de l’hôpital Roosevelt, John meurt à 23 h 07.

Chapman se laisse docilement arrêter : « je suis l’attrape-coeur » dit il simplement aux policiers qui lui passent les menottes.  » J’ai agi seul. Lennon devait mourir. Je suis désolé, je ne savais pas que c’était l’un de vos amis ». rajoute-t-il. Il est fouillé. On retrouve une liasse de dollars !

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Yoko quittant l’hôpital Rossevelt –  le 8 décembre 1980

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Chapman au poste de police

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Traumatisme planétaire

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