La disparition de Joseph Mengele (prix Renaudot 2017) raconte la traque (et en miroir la fuite) du tristement célèbre Docteur Mengele, surnommé l’Ange de la mort, médecin chef du camp d’extermination d’Auschwitz, celui qui décidait de la mort immédiate ou différée des nouveaux arrivants, victimes de la solution finale (décidée en janvier 42 lors de la conférence de Wannsee), celui qui exerçait ses pseudos-talents de chercheurs en biologie sur les cobayes humains, disséquant, inoculant des maladies, gelant les corps pour étudier leur capacité de résistance,…

Depuis l’automne 1944, Mengele n’a jamais été si mal en point. Les Soviétiques fondaient sur l’Europe centrale : il savait la guerre perdue et ne dormait plus, épuisé nerveusement. Sa femme Irene l’avait remis sur pied. Arrivée à Auschwitz pendant l’été, elle lui avait montré les premières photos de leur fils Rolf né quelques mois plus tôt et ils avaient passé des semaines idylliques. Malgré l’ampleur de sa tâche, l’arrivée de 440 000 juifs hongrois, ils avaient connu une seconde lune de miel. Les chambres à gaz tournaient à plein régime ; Irene et Josef se baignaient dans la Sola. Les SS brûlaient des hommes, des femmes et des enfants vivants dans les fosses ; Irene et Josef ramassaient des myrtilles dont elle faisait des confitures. Les flammes jaillissaient des crématoires ; Irene suçait Josef et Josef prenait Irene. Plus de 320 000 juifs hongrois furent exterminés en moins de huit semaines.

La disparition de Joseph Mengele (prix Renaudot 2017)

Condamné à mort par contumace au procès de Nuremberg (octobre 1946), il a fait le dos rond, se cachant dans des fermes bavaroises, avant de prendre la route de l’exil, celle de l’Argentine de Perón, le général 50% président et 100% dictateur, admirateur du Duce, qui accueillit à bras ouverts les poubelles de l’Europe et en particulier celles du IIIème Reich : des SS, des anciens de la Gestapo, et des grands dignitaires comme Adolf Eichman (le grand logisticien de la solution finale), mais aussi des anciens fascistes (dont Vittorio Mussolini le fils du Duce), nazis hongrois, Vichystes…

 

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Joseph Mengele au centre à Auschwitz

Olivier Guez nous propose un récit situé entre le roman et le document historique. Il explore les dernières heures du IIIème Reich, les filières d’extradition mises en place par les SS (avec l’aide de certains dignitaires du Vatican comme l’évêque allemand Alois Hudal) ; Olivier Guez raconte comment Mengele, malgré plusieurs arrestations par l’armée américaine s’en est sorti en se déguisant en soldat de la Wehrmacht (il avait toujours refusé le tatouage réservé aux SS qui garantissait la pureté de la race sur six générations), en corrompant, grâce à l’argent de son industriel bavarois de père, plusieurs fonctionnaires (notamment pour obtenir un laisser-passer pour l’Argentine sur le port de Gène).

Olivier Guez nous trace un portrait peu flatteur du gouvernement  Péron, sa volonté d’explorer « une troisième voie » entre le communisme et le libéralisme, en s’appuyant notamment sur les anciens cadres du IIIème Reich. Olivier GUEZ évoque la vie quotidienne des communautés nazies, des nostalgiques du Führer qui comptaient sur un réchauffement de la guerre froide pour assouvir leur vengeance et pourquoi pas reconstruire l’Allemagne sur leurs vieux démons. La fin de la guerre de Corée sonna le glas de leurs espérances. Dans un premier temps, ces stars du crime vécurent dans la clandestinité, puis, se sentant en sécurité sous le parapluie argentin, de plus en plus ouvertement.

Mengele fut l’un de ses fuyards et n’échappa pas à la règle. Olivier GUEZ explique comment Mengele a été accueilli, accompagné, aidé par cette communauté. D’abord prudent, il a progressivement pris de l’assurance jusqu’à vivre sous sa véritable identité, assurant des débouchés pour l’entreprise d’engins agricoles de son père, son meilleur soutien, indéfectible, fier de l’œuvre de son fils.

Olivier Guez a pisté durant trois ans le médecin nazi aux confins de l’Amérique latine. Il en ramène un récit amer, désabusé, sur l’universalité du mal, en lice pour le Renaudot lundi.

Mengele (3ème en partant de la droite) au Paraguay – 1970

Tout allait pour le mieux sous le soleil brûlant d’Argentine jusqu’à l’enlèvement incroyable d’Eichman par un commando du Mossad. Il sera jugé et pendu à Jérusalem. A partir de ce jour, Mengele sentit le souffle du couperet de la justice se rapprocher de son cou. Ses imprudences le rendaient particulièrement vulnérable. Panique à bord… La chute de Perón, le grand protecteur, et la mort d’Eva n’allaient rien arranger. Avec la disparition du meilleur ami des anciens de la Waffen SS, l’Argentine perdit son statut de refuge imperméable aux traqueurs de nazis (comme des Karlsfeld et simon Wisenthal qu’Olivier Guez ne cite jamais). Direction le Paraguay (qui avait au XVIIème siècle hébergé la première vague de l’immigration allemande des Mennonites) de Stroessner, un autre  dictateur d’ascendance allemand dont l’Amérique du sud raffolait et où Peter Hochbichler (nouvelle identité de Mengele) grâce à son petit héritage s’installa, d’abord chez un certain Gerhard, puis chez les Stammer qui ne connaissaient pas sa véritable identité. Par hasard, la mère Stammer tomba sur une coupure de journal qui présentait un criminel de guerre objet d’un mandat d’arrêt international : un certain Josef Mengele. Une photo du criminel figurait dans l’article, une photo qui ressemblait étrangement à son hôte ! L’espace entre les incisives ne pouvait être une coïncidence !

  • Est-ce vous ? lui demanda-t-elle ?
  • C’est bien moi. répondit-il sobrement. Mais si vous me dénoncez, on vous accusera d’avoir caché un criminel.  J’ai de l’argent. Et je peux vous en faire profiter.

Comme toujours, c’est l’argent qui sauva Mengele. Malgré plusieurs tentatives, le Mossad (qui l’avait pourtant repéré) arrêta la traque, pour se consacrer à d’autres priorités… Le docteur Mengele, l’un des plus grands criminels du siècle, termina sa vie sous le soleil du Brésil où il mourut d’une crise cardiaque lors d’une baignade fatale !

Un commentaire des éditions des Chavonnes

Même s’il n’a pas été capturé, même s’il n’a pas été condamné, Mengele a vécu ses 20 dernières années comme un homme traqué, finalement dans une prison à ciel ouvert, sursautant à chaque bruit, construisant des palissades autour de sa vie, ne faisant confiance à personne, ni à ses hôtes (les Stammer), ni à ses anciens compagnons SS, finissant par atterrir dans un bungalow des bidonvilles de Sao Polo, nu sous les pales d’un ventilateur, pensant immanquablement au suicide, sans doute préférable à cette vie de fugitif…

Menegle n’a jamais rien regretté. Tout au long de sa longue cavale, il a voué une admiration constante au Führer ; il est resté convaincu de la qualité de son travail à Auschwitz, persuadé qu’il avait fait avancer la science, notamment sur le secret de la gémellité, le Graal pour une nation qui cherchait à peupler les territoires conquis d’Allemands de race pure. Nazi il fut, nazi il est resté jusqu’à son dernier souffle. Fut-ce sa fuite particulièrement sordide, angoissante et mortifère.

La quatrième de couverture

1949 : Josef Mengele arrive en Argentine. Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979. Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant ?

La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d’opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l’argent et l’ambition. Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

Olivier Guez est l’auteur, entre autres, de L’Impossible retour, une histoire des juifs en Allemagne depuis 1945 (Flammarion), Éloge de l’esquive (Grasset) et Les Révolutions de Jacques Koskas (Belfond). Il a reçu en 2016 le prix allemand du meilleur scénario pour le film Fritz Bauer, un héros allemand.

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Joindre la conversation 1 commentaire

  1. […] Paraguay après avoir emprunté la filière d’exfiltration mises en place par les nazis, comme Joseph Mengélé ou Klaus Barbie […]

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actualité, Littérature