Parmi toutes les horreurs du troisième Reich, il en est une singulière. Elle ne touche pas la communauté juive, ni tzigane, ni un malheureux handicapé. Elle n’entre pas dans le cadre de la politique raciale du nazisme, ni dans sa lutte contre le communisme. Mais elle se hisse bien haut sur l’échelle ouverte de l’horreur, du fanatisme, du nihilisme…

1938. La propagande du docteur Goebbels diffusent dans tout ce que l’Allemagne compte de cinémas les images idylliques d’une famille allemande, de petites têtes blondes s’ébrouant dans un cadre champêtre, une mère attentionnée, un gâteau d’anniversaire, des rires, des chants, des chiens qui courent au milieu des pommiers en fleurs : les images d’une famille idéale. Cette famille, c’est la sienne : la famille Goebbels, 5 filles et un garçon que Joseph et sa femme Magda ont donné à leur pays, à leur Führer. D’ailleurs, leur prénom commencent tous par la lettre H. Le message est simple : la femme allemande a un rôle capital au sein du troisième Reich, celui de faire des enfants pour qu’à terme la race pure domine le monde.

Magda est née avec le siècle, en 1901. Issue d’une famille bourgeoise, elle a eu une belle éducation, notamment en Suisse où elle a appris le Français. En 1920, alors que la république de Weimar a pris son essor, elle rencontre dans le train de Munich un riche industriel de 20 ans son aîné qui deviendra son mari : Günther Quandt, actionnaire de la Bayerische Motoren Werke, plus connue sous le nom de BMW. Magda a toujours cherché un destin extraordinaire et cet homme lui ouvre les portes de la haute-bourgeoisie. Elle s’appelle alors Magda Friedländer, du nom de son beau-père juif. Ce n’est pas sa première aventure. Car Magda est attirante, grande, blonde aux yeux clairs. Elle a connu dans sa jeunesse Victor Arlosoroff, un jeune israélite, membre du directoire de l’Agence juive, dont elle est tombée éperdument amoureuse. Ils avaient même projeté de partir ensemble en terre promise !

Au début des années 30, l’euphorie des premiers instants s’est un peu étiolée. Magda s’ennuie aux bras de son industriel de mari et elle finit par divorcer. Elle retrouve sa liberté. Elle erre de mondanités en mondanités, parcourant les soirées bourgeoises. Mais sa vie, elle en a bien conscience, est vide, vide de sens.

Peut-être pour tromper l’ennui, elle décide, le 10 septembre 1930, d’assister à un des nombreux meeting organisés par le NSDAP d’Adolf Hitler. Ce n’est qu’un groupuscule comme il en existe des dizaines en Bavière, mais Magda est immédiatement frappée par la qualité de l’orateur : Joseph Goebbels. Peu importe ce qu’il dit, c’est la manière dont il le dit qui la transporte. Elle découvre à l’occasion qu’elle fait partie d’une race particulière : celle des Seigneurs ! Trois mois plus tard, elle est membre actif du part nazi, puis rejoint le cabinet du chef de la propagande. Elle ne savait pas ce qu’elle cherchait, mais elle a soudain le sentiment de l’avoir trouvé : une communauté, un sens à sa vie. Joseph Goebbels a remarqué la belle blonde. Ils deviennent amants. Elle est présentée à Hitler. Elle fut hypnotisée par Joseph, elle est littéralement envoutée par le chef du parti nazi. Le Führer est également séduit par cette belle femme cultivée avec qui il peut avoir une discussion sérieuse. L’appartement de Magda devient une annexe au QG du parti parti nazi qui progressivement prend une place importante dans le paysage politique allemand. De 3%, il passe à 20% puis 30 % des voix. En 1933, Hitler devient chancelier et Goebbels son ministre de la propagande. Magda s’est encore un élevé d’un cran. En 1934, à la mort du vieux maréchal Hindenburg, , Hitler cumule les fonctions de chancelier et de président du Reich.

Magda est sous le charme de ce Führer au charisme exceptionnel. Hitler aime aussi cette femme qui pour lui est l’occasion de montrer à l’Allemagne une composante féminine au troisième Reich. Mais Hitler est marié à l’Allemagne et ne peut s’encombrer d’une liaison sentimentale avec une femme. Ils souhaitent qu’elle épouse son Joseph. Il est alors le témoin du mariage.

Le couple Goebbels est heureux et Magda se plie à la politique familiale du parti : elle fait des enfants, beaucoup d’enfants, 6 au total. La famille se met en scène dans des films de propagande où règnent la légèreté, le bonheur d’appartenir à une race aussi pure. Magda est, à ce moment-là, considérée comme la première Dame du Reich. Éva Braun, la fiancée du Führer, est alors inconnue du public.

Au milieu de ce long fleuve tranquille, Joseph et Magda connaissent leur première tempête. Magda vient de lui révéler son passé : son beau-père juif qu’elle a profondément aimé au point de prendre son nom à sa majorité et, encore pire, son amant israélite. Sans l’intervention d’Hitler qui ne peut pas se permettre une telle publicité, le couple aurait sans doute divorcé.

Du côté de la Russie les choses se gâtent pour les armées du Reich. Partout les troupes reculent et les Russes se rapprochent de Berlin. Pourtant, les images de la propagande continuent de déverser les images rassurante d’une famille formidable, une enfant sur son poney, une chorale, des fêtes d’anniversaire. Dans le même temps, non-loin de là 400 000 juifs hongrois viennent d’être gazés.

Magda commence à voir devant sa propriété des environs de Berlin des colonnes de réfugiés qui fuient l’avancée des armées de Staline. Il faut prendre une décision. Car Magda le sait, la guerre est perdue. Elle reçoit alors un coup de fil de Victor Arlosoroff qui lui propose de l’exfiltrer. Elle refuse. Son ex-mari Quandt lui propose également de prendre les enfants avec lui en Suisse : elle refuse encore. Arlosoroff est assassiné à Tel-Aviv, sans doute par les hommes de Goebbels, peu désireux que le monde connaisse le passé juif de sa femme. Le beau-père Friedland est convoqué dans le bureau de son mari. Magda ne fait rien pour le sauver. Il termine dans un camp de concentration. L’idéal que le nazisme convoite vaut bien quelques sacrifices… Magda sait pourtant que de tels sacrifices sont vains tant la situation devient désastreuse. L’idéal restera un idéal. Pire, le monde va être dans un avenir proche confié à ses ennemis les plus farouches : les communistes, les juifs qui vont envahir sa belle Allemagne.

Elle a pris sa décision : un monde sans nazisme ne vaut pas la peine d’être vécu. Ces enfants sont trop beau pour l’avenir qui s’annonce. Elle rejoint le Führer dans le bunker de Berlin, dans les sous-sols de la Chancellerie, un endroit immonde, l’anti-chambre d’une mort annoncée Pour remonter le moral du Führer, elle demande à ses 6 enfants de chanter et de chanter encore, malgré les bombes, malgré l’odeur de pourriture qui règne dans cet enfer de béton. Mais les obus soviétiques se rapprochent. Alors Magda fait ce qu’elle était venue faire en rejoignant son demi-dieu : elle administre un puissant sédatif à ses six enfants, puis leur fait avaler une capsule de cyanure. Seule l’aînée se rebiffe, mais en vain. Puis accompagnée de son mari, elle se dirige dans les jardins de la chancellerie. Là, Joseph prend son arme de service et tire dans le ventre de Magda avant de retourner l’arme contre lui. Deux soldats sont chargés d’incinérer les corps.

Image associée

les corps incinérés de Joseph Goebbels et sa femme Magda

Lorsque les Soviétiques arrivent, ils ne restent que deux cadavres à moitié brûlés en raison du manque de combustible. Ils identifient rapidement les corps comme étant ceux du ministre du Reich et de son épouse Magda. Rien d’étonnant. Mais ce qu’ils découvrent dans le bunker est sidérant : 6 petits corps comme endormis, enveloppés de blancs, innocents, mais sans vie, victime du fanatisme d’une mère qui voulait accompagner son Führer jusque dans la mort.

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Les 6 enfants du couple Goebbels morts

 

Là où le nazisme est né : Le Crépuscule des idéaux aux éditions THOT

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Joindre la conversation 2 commentaires

  1. Bravo pour cet arricle synthétique et complet

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  2. […] L’ont rejoint les principaux dignitaires du régime, Martin Borman son secrétaire personnel, Joseph Goebbels, son ministre de la propagande, ainsi que des gradés de passage : le chef de l’oberkommando […]

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CATÉGORIE

Adolf Hitler, Histoire, Histoire du Nazisme