Pas facile d’abandonner le nucléaire – l’exemple allemand

A lire dans le Monde

Les négociations entre CDU/CSU et SPD en Allemagne se dirigent vers un nouveau gouvernement de « grande coalition ». Enfin, grande… les deux blocs ont réuni à peine 55% des voix aux dernières élections parlementaires. Parmi les sujets d’accord, celui de renoncer aux objectifs prévus pour 2020 de diminution des émissions de gaz à effet de serre du pays. Pourquoi ? L’une des raisons – ce n’est pas la seule car l’électricité n’est pas le seul secteur économique émetteur de gaz à effet de serre, il y a surtout l’usage massif du pétrole pour les transports et du gaz pour l’industrie et le chauffage des bâtiments – peut se lire sur l’image ci-dessous (cliquer droit pour ouvrir dans un nouvel onglet pour agrandir l’image) :

C’est une copie d’écran d’un site web en construction visant à montrer les émissions de gaz à effet de serre des systèmes électriques en temps presque réel. Très intéressant, surtout pour l’Europe où les données en temps réel sont plus disponibles qu’ailleurs dans le monde. Il présente le potentiel éolien – les flèches dont la direction indiquent le sens du vent et la couleur l’intensité. Et un tableau, pour chaque système électrique, des productions, exportations et importations, et des émissions de CO2 en grammes par kwh.

Le charbon favorisé

L’image présente la situation au 12 janvier à 11h47. Le tableau présenté est celui de l’Allemagne. Et la décision de Merkel et Schultz s’éclaire. En ce jour d’hiver, bien que l’on soit pas loin du midi solaire, les panneaux photovoltaïques, dont l’Allemagne s’est abondamment dotée avec près de 40 GW de puissance installée, ne fournissent que très peu d’électricité, en raison d’un ciel nuageux. A peine 3% de la production totale. L’Allemagne compte près de 50 GW d’éoliennes en puissance installée. Mais, à cette heure-là de ce jour-là, elle ne produisent qu’environ 10% de cette capacité.

Pour alimenter le pays, les consommateurs privés, les services publics et les industriels…, l’Allemagne doit donc produire la majorité de son électricité par d’autres moyens, biomasse, hydro-électricité, et le nucléaire qui produit à 100% de ses capacités, un peu plus de 9 GW. Mais l’essentiel provient du charbon (32 GW), utilisé à près de 70% de la puissance installée (46 GW). Et du gaz. La faible part du gaz utilisé (12% seulement de la capacité maximale) indique d’ailleurs la faible place que prend le problème climatique dans les décisions allemandes : il suffirait de basculer la production des centrales à charbon vers celles au gaz pour diminuer sensiblement les émissions de gaz à effet de serre du système électrique, pour une légère augmentation de prix, très inférieure au surcoût massif des subventions à l’éolien et au solaire.

Intermittence et stockage

Bien sûr, il suffirait de prendre un autre jour et une autre heure pour proposer au lecteur une situation très différente. Le 1er janvier 2018, avec des vents très forts, l’Allemagne pouvait compter sur ses éoliennes pour s’alimenter en électricité à près de 100% (en comptant toutefois sur les pays voisins aux lourdes machines tournantes pour stabiliser la fréquence…). Au total, sur l’année 2017, les productions éoliennes et solaires devraient approcher les  20% de la production (plus en consommation puisque l’Allemagne exporte beaucoup d’électricité) après 20 ans de subventions massives, estimée à plus de 200 milliards d’euros au moins. Mais l’intermittence de ces productions et l’absence de solution massive de stockage de l’électricité oblige à maintenir un parc de production pilotable important, en gaz et charbon, pour pallier l’absence de vents et de soleil. Or, d’ici 2022, ce parc de production pilotable va perdre les 9,5 GW de nucléaire qui restent, avec l’arrêt définitif des derniers réacteurs. Il faudra donc compenser cette perte et seules les centrales à charbon ou à gaz sont à même de le faire lors des périodes de temps défavorables aux éoliennes et aux panneaux photovoltaïques.

Et voilà pourquoi CDU/CSU et SPD ont inclus dans leur programme gouvernemental l’abandon des objectifs de diminution des émissions de gaz à effet de serre pour 2020. Tant que des solutions techniquement et économiquement opérationnelles ne seront pas trouvées pour stocker l’électricité produite par les énergies renouvelables intermittentes, il faudra bien recourir à des moyens pilotables. Mais l’Allemagne pourrait choisir de favoriser le gaz (importé en totalité) au détriment du charbon (importé en partie) , si le climat était un objectif prioritaire. Cela n’est manifestement pas le cas. Le gouvernement allemand préfère évacuer près de 8 000 personnes et raser une église pour agrandir une mine de charbon (près d’Immerath).

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