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Luc Ferry, l’antisémitisme et l’Islam

Article de fond : Frise chronologique de la laïcité

Il existe 4 antisémitismes qui d’ailleurs peuvent, hélas, s’allier entre eux.

  1. Il y a d’abord l’antisémitisme qui est en fait un antijudaïsme traditionnel des catholiques d’extrême droite qui ont oublié que Jésus était juif. Il est aujourd’hui totalement résiduel.
  2. Le deuxième antisémitisme, c’est l’antisémitisme nazi, un antisémitisme de type exterminateur et raciste. Il n’est pas simplement anti-judaïque mais à proprement parler antisémite. Il est également en voie d’extinction en France et dans les pays civilisés de l’Europe occidentale.
  3. Ensuite, il y a l’antisémitisme que je ne dirais pas « arabo-musulman » mais islamiste fondamentaliste. Il gagne du terrain partout dans les pays où existent, comme en France, une forte communauté juive et une forte communauté musulmane. Mohamed Merah en est un exemple.
  4. Le dernier antisémitisme enfin apparaît notamment avec Louis Farrakhan aux Etats-Unis, surnommé le « Hitler noir » dans les années 1970, avec le mouvement « Nation of Islam ». Il repose non pas sur le conflit israélo-arabe ou le clash des civilisations comme le prédisait Samuel Huntington, mais plutôt sur la guerre des mémoires. On se dit : « Est-ce que l’esclavage n’est pas pire que la Shoah ? ». Cet antisémitisme mélange la problématique de l’islamisme – Farrakhan étant un musulman fanatique – et celle de l’esclavage, avec la compétition des mémoires entre la  Shoah et l’esclavage. Cela débouche sur le révisionnisme avec l’idée que la Shoah n’a pas eu lieu et que seul l’esclavage est important.

On a donc quatre antisémitismes qui sont très différents au départ mais qui peuvent s’associer entre eux. Dieudonné fait rire le fasciste d’extrême-droite débile aussi bien que l’islamiste fanatique ou le type qui vient d’Afrique noire et qui pense que la Shoah est une invention, un « coup des Juifs ». Luc Ferry.

Alors que l’Allemagne nazie n’a rien à voir avec l’islamisme, on peut relever néanmoins six grands points communs inquiétants entre les deux. Pour que la haine se mette en place,

  1. il faut d’abord l’existence d’une vraie humiliation. Pour l’Allemagne nazie, c’est le Traité de Versailles. Pour Al Qaïda et l’Etat islamique, c’est toute l’histoire de la colonisation, qui a été abominable.
  2. Il faut ensuite de la misère sociale et humaine : les pays du djihad sont dévastés comme l’Allemagne était dévastée en 1929, et comme le sont d’une certaine manière nos banlieues.
  3. Troisième élément, ils partagent une idéologie pleine de sens, pleine de promesses. On n’est pas dans l’idéologie neutre de l’Etat laïque ! Pensons à la promesse des vierges qui attendraient au paradis les kamikazes… Dans un monde en quête d’idéal  et d’espoir, c’est un très grand avantage que ces doctrines folles ont par rapport à nous.
  4. Quatrième ingrédient important, c’est la détestation commune des Lumières. Le romantisme allemand détestait l’individualisme et considérait que l’homme n’était homme que parmi ses congénères. On est dans l’idée de membre d’une communauté. A l’inverse, pour les Lumières, nous sommes des individus autonomes. On trouve dans l’EI cette même détestation de l’Europe des Lumières, d’Israël qui représente le bras armé de l’Occident, des Etats-Unis parce que c’est la puissance occidentale la plus forte, et de la France parce que c’est l’Etat laïque par excellence.
  5. Dernier point enfin, nous croyons que l’éducation va résoudre le problème. Or nous devons nous souvenir que le pays le plus civilisé du monde en 1933, l’Allemagne, a été le plus barbare dans l’histoire de l’humanité. Sommes-nous certains que les Lumières suffisent à éliminer la barbarie ? Non. Oussama Ben Laden était tout sauf un inculte. C’était aussi le cas des leaders du FIS algérien dans les années 1990 qui étaient des médecins, des avocats. On est toujours dans cette idée naïve qu’il suffit d’éduquer les larges masses. Si on y réfléchit un peu, on se rend compte que les Lumières n’ont jamais empêché la barbarie.

Oui, au moins sur un point. Il n’y a plus de voile islamique dans les établissements. On avait en 2001-2002 une augmentation de 200% des actes antisémites et racistes en France. C’est beaucoup retombé depuis. Je constatais à l’époque que « sale Juif » ou « sale Bougnoule » étaient devenus des insultes communes, comme on traitait les bons élèves de « collabos ». Il y avait un usage des mots qui devenait complètement fou par rapport à ce que des adultes de mon âge avaient vécu. Ces mots n’avaient plus de signification. On se traitait de « sale feuj » comme on se traitait de crétin. Il y avait un travail à faire sur le sens du langage et de l’histoire.

Luc FERRY

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