Littérature

J’ai lu pour vous Les racines du ciel de Romain GARY

Le premier roman écologiste ! On est juste après la seconde guerre mondiale, au début des années 50, dans ce qui est encore l’Afrique Équatoriale Française, en territoire Oulé, dans la moiteur des forêts tropicales infestées de moustique et d’animaux sauvages. La présence française est réduite à sa plus simple expression, un gouverneur, quelque gendarmes. Dans cette Afrique jusque-là si docile, s’élèvent des voix rebelles, des voix élevées dans les bonnes universités françaises, baignées par les idéaux de la Révolution,  et qui expriment leur désir d’indépendance. Il y a aussi les grands chasseurs, des touristes richissime qui viennent en Afrique abattre de l’éléphant ou du lion pour le simple plaisir de ramener quelques trophées à la maison. C’est un véritable massacre : des dizaines de milliers de pachydermes sont tués chaque mois. A ce rythme, l’éléphant ne sera plus qu’un lointain souvenir dans les imagiers pour enfants. Mais tout me monde s’en fout. Dans un, monde où 60% de l »humanité crève de faim, que pèse un troupeau d’éléphants pourrissant au soleil ? Pas grand chose… Pourtant, un homme ne voit pas les choses ainsi. Il a vécu la Shoah, les prisons nazies, une expérience terrible qui a fait de lui un roc que rien ne peut ébranler. Peut-être est-ce un fou (un rogue) ? Ils multiplient les pétitions, les manifestes en faveur de la nature. Rien n’y fait. Il ne reçoit que moqueries, mépris de ses congénères amusés par cet énergumène. Il décide alors de changer de stratégie : il décide de prendre la maquis, de s’enfoncer dans la jungle pour défendre, par les armes, ses éléphants. Il réussit quelques coups d’éclats et finit par faire la Une des journaux. L’opinion mondiale commence à s’intéresser à lui ! Voilà qui commence à inquiéter les autorités françaises.

Tout n’est pas encore salopé, exterminé, gâché. » Il se dit « qu’il existe encore quelque chose de beau, de libre sur cette terre de merdeux. Les éléphants n’y sont pour rien, pas coupables » de ce que deviennent les hommes et la terre qu’ils habitent, envahissent, détériorent au nom du progrès. Mais finalement, « nous sommes tous des êtres humains, tous d’une même grande et belle famille zoologique.  Les racines du ciel de Romain Gary

Il embarque dans sa folie des personnages hauts en, couleurs :

  • Minna, une jeune fille allemande violée pendant la prise de Berlin par les Russes, et qui exerçait son numéro de charme dans un bar de Fort-Lamy (Le Tchadien). Elle fut la première à signer la pétition. Elle justifie sa décision par sa volonté d’intégrer « une allemande » dans la bande à Morel, peut-être pour montrer au monde que même en Allemagne il peut y avoir de l »‘humanité ;
  • Forsythe, un personnage étrange, ancien officier de l’armée américaine, un vétéran de la guerre de Corée, qui a dénoncé à la radio l’utilisation des armes bactériologiques. Cette affirmation l’a mis au ban de la société et il a cherché au Tchad à se refaire une virginité. La campagne de Morel, suivie de près aux États-Unis, lui permet de redorer son blason ;
  • Fields, un photographe à l’affût d’un bon scoop et dont l’avion de crash tout près du campement de la bande à Morel. Affaibli, les côtes cassées, il décide de le suivre jusqu’au bout, sans doute victime de son attendrissement pour le leader de la lutte contre les grandes chasses.
  • Waïtari, un Noir (vocabulaire de Gary) cultivé, qui a connu les bancs des écoles françaises et fut élu député des Oulés. C’est un fervent défenseur de l’indépendance africaine. Il a rejoint Morel dès les premières heures de la lutte, pensant avoir un objectif commun. Mais il se rend compte que ce dernier lui fait de l’ombre : les motifs de Waïtiri sont exclusivement politiques. Aussi, lorsque Morel, après un énième coup d’éclat, ne rend pas compte de ses motifs, il décide d’en faire son principal ennemi ;

Les idéologies, en principe, je m’en méfie : ça prend généralement toute la place, et les éléphants, c’est gros, c’est encombrant, ça paraît bien inutile, quand on est pressé. Quant au nationalisme qui se limite à lui même, comme ça se voit partout en se moment, et qui se fout pas mal des éléphant, c’est encore une des plus grosse cochonneries que l’homme ait inventées ici-bas – il en a inventé quelques unes Waïtari – Les racines du ciel de Romain Gary

  • Qvist, encore un illuminé, naturaliste danois, et sans doute le premier écologiste que la terre ait porté.
  • Youssef, un autre Noir, qui accompagne Morel dans sa campagne : il sera d’ailleurs le dernier à se côtés, lorsque Minna et les autres auront abandonné à bout de fores ; c’est un homme de Waïtiri qui a reçu l’ordre de l’abattre si par malheur il venait à être arrêté par les autorités françaises : il n’est en effet pas question   que l’on résume les troubles africains à cette lutte pour la défense des éléphants.

Ce roman de Romain Gary, écrit en 1956,  est d’une incroyable actualité : l’écologie est portée à bout de bras par cet espèce de zadiste avant l’heure, cet empêcheur de  chasser en rond. Personne ne veut croire qu’un individu puisse être assez stupide pour aimer à ce point la nature et haïr par ricochet l’homme capable de ravager son environnement. Morel veut ranimer notre parcelle d’humanité au grand détriment des colonialistes, des capitalistes et autres produits pourris de notre société.

L’Afrique perdra lorsqu’elle perdra les éléphants. Comment pouvons-nous parler de progrès, alors que nous détruisons encore autour de nous les plus belles et les plus nobles manifestations de la vie ? Morel – Les racines du ciel de Romain Gary

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