Les Grecs Philosophie

J’ai lu pour vous Éthique à Nicomaque d’Aristote

Il y a 65 millions d’années, une météorite balayait les dinosaures de la surface de la terre sur laquelle ils avaient régné sans partage depuis le Trias (250 millions d’années). Les mammifères, jusque-là cantonnés dans de microscopiques niches biologiques, furent les grands bénéficiaires de cette extinction de masse. L’humanité n’aurait donc pas été sans ce coup du sort. Aussi notre contingence (le fait que nous aurions tout aussi bien ne pas être là) nous force-t-elle à nous pose inlassablement cette question : Quel est le sens de la vie ?

J’ai lu pour vous Éthique à Nicomaque d’Aristote

Dans l’Éthique à Nicomaque, Aristote propose sa réponse : le sens de la vie, sa fin (telos en grec) consisterait à rechercher le « souverain-bien », c’est-à-dire le bonheur. Et c’est une bonne nouvelle finalement. Il n’est plus besoin de culpabiliser. La recherche du bonheur, y compris individuel, peut (et même doit) faire partie de notre projet. Éthique à Nicomaque est un traité de morale. Aristote propose des règles de vie. Sa philosophie est un eudémonisme. L’homme doit trouver son bonheur dans l’action, dans la vertu, au sein de la cité (car l’homme est un animal politique), jamais dans l’isolement ou dans le plaisir des pulsions.

La fin (l’objectif) des arts

Aristote note qu’il y a autant de « fins » que d’arts (de métiers) : la santé est, par exemple, la fin du médecin ; la victoire est celle du militaire, un bon pain, celle du boulanger. Y a-t-il une fin universelle, valable à la fois pour le médecin, le militaire et le boulanger et qui nous permettrait enfin de donner un sens à la vie ?

En toute chose, c’est la fin qui est essentiel. Aristote.

La politique : la science architectonique (au-dessus de toutes les autres)

Aristote commence par proposer une hiérarchie des arts. Il constate d’abord que l’homme est un animal politique, c’est-à-dire qu’il a une propension naturelle à vivre auprès de ses semblables. Rousseau montrera plus tard (dans son Contrat Social) que cette vie en communauté suppose des lois. Il appartient au législateur de définir ces lois en exerçant cet art particulier qu’est la politique. Le législateur vise la persistance de l’État et met donc l’intérêt général au dessus de l’intérêt (le bonheur) individuel qui reste toutefois désirable.

L’homme est naturellement un animal politique. La politique est l’art de commander à des hommes libres. Aristote.

Ayant défini l’art de la cité (la politique), Aristote remarque que l’art militaire consiste à défendre les intérêts cette même cité ; il est donc subordonné à la politique. De même, l’art du boulanger permet à la cité de subvenir à ses besoins. Il est lui-aussi subordonné à la politique. La première des sciences (ou le premier des arts) est donc celle qui régit la cité (polis) : la politique.

Puisqu’il y a une hiérarchie des arts, Aristote en déduit l’existence d’une hiérarchie des fins et identifie celle qui serait au-dessus de toutes les autres : la fin suprême, celle de la politique : Le bonheur.

La fin de la politique sera le bien proprement humain. Aristote.

Le bien ne suffit pas à assurer le bonheur, mais le mal suffit à assurer le malheur. Aristote

Le souverain-bien

Mais qui pourrait donner une définition universelle du bonheur ? Pour Aristote, il n’y a pas de « bien » universel. Il s’oppose à l’idée platonicienne du « bien en soi ».  Chacun a donc sa propre définition.

Les hommes, et il ne faut pas s’en étonner, paraissent concevoir le bien et le bonheur d’après la vie qu’ils mènent. Aristote

Mais il y a un « bien suprême » au-dessus de tous les autres : le bonheur :  » l’activité de l’âme dirigée par la vertu », qui est le propre de l’homme mais qui nécessite des efforts, un travail. La vertu ne se trouve que dans l’action. Bref, agir comme il le faut, de manière vertueuse, conforme à la loi est source de bonheur.

Le bien pour l’homme consiste dans une activité de l’âme en accord avec la vertu. Aucune vertu morale ne naît naturellement en nous. Aristote.

La vertu et la justice

La vertu est un juste milieu entre deux excès. Et la vertu suprême est la justice.

La vertu est le juste milieu entre deux vices. Aristote.

Il y a  deux sortes de justice (vis à vis d’autrui) :

  1. la justice au sens « légalité » (conforme à la loi) du terme ;
  2. et la justice au sens « égalité » (entre les individus).

Agir « conformément à la loi » (qui est l’expression de l’intérêt général) est agir de manière vertueuse. C’est même la vertu absolue. La seconde justice n’en est qu’une partie. La redistribution ne doit pas viser l’égalité, car Aristote pose que tout individu a un mérite différent, fonction et proportionnel de sa contribution à la communauté. Enfin, dans la qualification (judiciaire) d’un acte contraire à la loi, Aristote insiste sur son caractère intentionnel (ce qui est plus grave) ou involontaire (pardonnable).

La plus grande injustice est de traiter également les choses inégales. Aristote.

Éthique à Nicomaque d’Aristote

Extraits

Tout art (tecnh, technê) et toute investigation (meqodos, méthodos), et pareillement toute action (praxis, praxis) et tout choix (proairesis, proaïresis) tendent vers quelque bien, à ce qu’il semble. Aussi a-t-on déclaré avec raison que le Bien est ce à quoi toutes choses tendent. Mais on observe, en fait, une certaine différence entre les fins : les unes consistent dans des activités, et les autres dans certaines œuvres, distinctes des activités elles-mêmes[2]. Et là où existent certaines fins distinctes des actions, dans ces cas-là les œuvres sont par nature supérieures aux activités qui les produisent.(…). Éthique à Nicomaque – Aristote.

 Puisque celui qui viole la loi est un homme injuste, et celui qui l’observe un homme juste, il est évident que toutes les actions prescrites par la loi sont, en un sens, justes : en effet, les actions définies par la loi positive (nomos, nomos) sont légales, et chacune d’elles est juste. Or les lois prononcent sur toutes sortes de choses, et elles ont en vue l’utilité commune, soit de tous les citoyens, soit des meilleurs, soit seulement des chefs désignés en raison de leur valeur ou de quelque autre critère analogue ; par conséquent, d’une certaine manière, nous appelons actions justes toutes celles qui tendent à produire ou à conserver le bonheur (eudaimonia, eudaïmonia) avec les éléments qui le composent, pour la communauté politique (politikh koinwnia, politika koïnônia). Éthique à Nicomaque – Aristote.

Au début,, en effet, nous avons dit que le bonheur est une certaine activité (… oti h eudaimonia energeia tis estin). Et l’activité est évidemment un devenir et non une chose qui existe une fois pour toutes comme quelque chose qu’on a en sa possession. Or, si le bonheur consiste dans la vie et dans l’activité, et si l’activité de l’homme de bien est vertueuse et agréable en elle-même, ainsi que nous l’avons dit en commençant. Si, d’autre part, le fait qu’une chose est proprement nôtre est au nombre des attributs qui nous la rendent agréables. Si enfin nous pouvons contempler ceux qui nous entourent mieux que nous-mêmes, et leurs actions mieux que les nôtres, et si les actions des hommes vertueux qui sont leurs amis, sont agréables aux gens de biens (puisque ces actions possèdent ces deux attributs qui sont agréables par leur nature), dans ces conditions l’homme parfaitement heureux aura besoin d’amis de ce genre, puisque ses préférences vont à contempler des actions vertueuses et qui lui sont propres, deux qualités que revêtent précisément les actions de l’homme de bien qui est son ami. En outre, on pense que l’homme heureux doit mener une vie agréable. Or pour un homme solitaire la vie est lourde à porter, car il n’est pas facile, laissé à soi-même, d’exercer continuellement une activité, tandis que, en compagnie d’autrui et en rapports avec d’autres, c’est une chose plus aisée. Ainsi donc, l’activité de l’homme heureux sera plus continue – exercée avec d’autres – activité qui est au surplus agréable par soi, et ce sont là les caractères qu’elle doit revêtir chez l’homme parfaitement heureux.  Éthique à Nicomaque – Aristote.

 

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