J’ai lu pour vous la République de Platon

La cité idéale selon Platon

La République de Platon est à l’instar de l’Ethnique à Nicomaque d’Aristote, un livre de politique. Il se présente (comme souvent chez Platon) sous la forme de dialogues, dans lesquels Socrate tient le rôle principale, aux côtés de Glaucon (frère de Platon) et Adimante notamment. La République n’est clairement pas un hymne à la démocratie qui, selon Platon, finit, comme les histoires d’amour, toujours mal, car dérivant immanquablement vers la tyrannie.

J’ai lu pour vous la République de Platon

La justice

Le premier contradicteur de Socrate est Glaucon. L’homme, selon Glaucon, n’est pas moral par essence, mais parce qu’il a peur de la sanction. Un peu comme la peur de l’enfer chez les Chrétiens pousse le fidèle terrorisé vers une conduite conforme au dogme. Socrate prend de la hauteur en expliquant que la justice est la réponse apportée par l’homme à la nécessaire vie en communauté. L’homme seul est faible. Il n’est pas été doté par la nature de griffes ou de crocs. En communauté, il peut exprimer sa puissance : il peut spécialiser les tâches et la cité devient efficace dans la production de tous types d’objets nécessaires à la vie (pains, armes, vin,…). On retrouve du Contrat social chez Platon.

A pratiquer plusieurs métiers, on ne réussit dans aucun. Platon

Le poète et le soldat

Platon fait le tri dans les métiers : ceux inutiles (voire nuisibles comme le poète sulfureux »)  et ceux utiles (comme le poète « moralisant »). L’éducation du soldat (qui doit être doux à l’intérieur de la cité et sans pitié à l’extérieur) doit comprendre des activités mettant en exergue ces deux caractéristiques : un peu de musique pour adoucir ses mœurs et de la gymnastique pour le fortifier !

L’âme (immortelle)

Platon aime décidément les catégories. L’âme n’échappe pas au saucissonnage. Elle serait constituée de trois parties :

  • le rationnel (la partie de l’âme qui raisonne et qui doit commander au reste du corps)  ;
  • l’irrationnel et le concupiscible (la partie sujette aux désirs et que le rationnel doit raisonner)  ;
  • l’irascible (à l’origine de nos colères).

Trouve-t-on ici des éléments qui influenceront Freud qui, lui aussi quelques 2000 ans plus tard, verra dans l’âme le siège d’un conflit incessant entre le ça (qui ne répond qu’aux désirs) , le surmoi (la police qui ne voit que les interdits) et le moi (qui gère le conflit).

Puisque l’âme est ainsi subdivisée, telle doit également l’être la cité et selon les même principes. Il doit y avoir un chef raisonnable : le philosophe.

La confiscation du pouvoir par les sages

La monarchie comme la meilleure des constitutions possibles et le philosophe comme le meilleur des Rois

Quelle organisation imposer à cité pour qu’elle soit le reflet de l’âme (bonne et droite) ? Platon présente 5 formes de gouvernements :

  1. l’Aristocratie : le pouvoir aux meilleurs (au sens morale du terme) ; c’est la forme de gouvernement plébiscitée par Platon ; à la rigueur, si un seul dirige, c’est encore mieux ! On a alors une Monarchie avec à sa tête le Philosophe-Roi, l’homme raisonnable par excellence, qui a l’expérience de la vie nécessaire à une bonne administration de la cité, une idée parfaite du bien (la plus haute des connaissances) d’où découle naturellement l’idée de justice ; le philosophe, homme de science, s’oppose au philodoxe, homme de l’opinion.
  2. la timocratie : le pouvoir aux ambitieux ! Elle conduit à la corruption et à la déchéance à cause de la recherche incessante du profit et se transforme en oligarchie.
  3. l’oligarchie : le pouvoir dans les mains d’un petit (oli) nombre (les plus riches) ; lorsque les pauvres comprennent que les plus sages ne sont pas au pouvoir, ils se révoltent pour instaurer la démocratie ;
  4. la démocratie (qui n’est pas recommandée par Platon bien qu’elle instaure comme principe fondateur la liberté et l’égalité) : le pouvoir au peuple ! Pour Platon, ça devient vite n’importe quoi, car tout le monde peut faire ce qu’il veut et, avant tout ce qui lui fait plaisir ! Il n’y a plus d’autorité, pas même au sein de la famille. La cité se fracture (encore !) en trois : les paresseux ; les riches (qui ont profité du droit au commerce) ; les travailleurs. La démocratie évolue alors en anarchie (plus d’autorité) puis en tyrannie, lorsqu’un « sauveur » se présente pour sauver les classes moyennes inquiètes pour leur patrimoine. Le Tyran se rend indispensable en provoquant des guerres (il se fait alors protecteur de la cité et se débrouille pour que les morts se comptent parmi les adorateurs de la liberté)
  5. la tyrannie : un tyran dirige seul et sans rendre de compte. Il n’est intéressé que par la satisfaction de ses plaisirs. Il est à cet égard esclave lui-même de ses passions.

La République de Platon est donc organisée selon un système de castes où l’on aurait :

  • tout en haut, les dirigeants, les philosophes (vieux si possible) ;
  • au milieu les Gardiens de la cité (les soldats) ; qui garantissent que chacun reste à sa place et que la cité soit défendue ;
  •  tout en bas, le peuple des inférieurs, qui doit obéir, qui fournit à la cité les moyens de sa subsistance.

Comme Machiavel  plus tard, Platon n’hésite pas à inciter au mensonge pour maintenir cet état de fait, notamment en donnant au peuple l’illusion qu’il dispose d’une parcelle de pouvoir.

La justice

Pour que la cité soit pérenne, quatre « vertus cardinales « doivent être cultivées par les philosophes qui gouvernent la cité :

  1. la sagesse ;
  2. le courage ;
  3. la tempérance ;
  4. et la justice.

Dans le système de Platon, l’un des objectifs majeur de la justice est de maintenir le système des castes : il est parfaitement « injuste » de vouloir en changer.

Le partage des femmes et des biens : une idée du communisme

Une idée assez originale est avancée par Platon : la caste des guerriers partage en effet femmes et enfants. La famille ne doit plus être la cellule de base de la société, car il faut favoriser l’unité de pensée (et de souffrance) dans la cité et garantir sa cohésion sur le long terme. La cité est une et indivisible. De même, pour éviter les conflits, chaque citoyen ne doit disposer que de son corps.

De l’eugénisme qui annonce Mein Kampf

Platon propose de trier les nouveaux-nés pour ne garder que les meilleurs. Par symétrie, les tarés sont écartés. Pour améliorer la race (terme moderne non-utilisé par Platon), il faut, selon Platon, que les meilleurs se reproduisent le plus possible et, au contraire, que les êtres inférieurs évitent d’avoir une descendance !

Le Bien ( « l’objet de la plus sublime des connaissances »)

Qu’est-ce que le bien ? Une question qui tourmentera aussi Aristote. Il y aurait, selon, Platon, un Bien en soi. Chaque chose bonne participerait à cette idée générale et abstraite, à cette notion de Bien en soi. Le Bien est donc une idée, un concept mental qui appartient au monde des idées.

 Ce que le Bien est dans la sphère intelligible, par rapport à l’intelligence et à ses objets, le Soleil l’est dans la sphère visible, par rapport à la vue et à ses objets.  Platon La République.

Platon introduit ici son partage entre :

  • le monde sensible, d’ici-bas, accessible à nos sens, dégradé, dont fait partie par exemple l’ombre d’un cheval boiteux sur un mur ;
  • et le monde des idées, accessible par notre seule pensée, pur, rempli de parfaits étalons, et l’original de tous les étalons, l’étalon en soi !  C’est dans ce monde que se trouve l’idée du Bien, qui ne peut donc être appréhendée que par la raison.

Le christianisme reprendra cette organisation avec un monde d’ici-bas soumis au péché, sale, non-recommandable, et un au-delà désirable et pur.

Une hiérarchie des choses

Il faut distinguer (c’est Socrate qui parle) les objets et leurs images (reflet, ombres,…). Socrate voit une hiérarchie sur l’échelle de la clarté et donc de la vérité :

  1. les images des choses (ombres, reflets,…) qui sont en bas de l’échelle et sont appréhendées par l’imagination ; elles sont très loin de la vérité absolue car déformées par notre imagination ;
  2. les choses proprement dites (les pierres, les plantes,..) sont au dessus, car plus proche de la vérité ;
  3. le monde intelligible :
    1. les objets mathématiques, qui permettent, par la raison, d’émettre des hypothèses, mais en s’appuyant sur d’autres hypothèses (non-démontrées) ;
    2. les idées, qui n’ont besoin d’aucun appui, qui sont des concepts qui ne soufrent d’aucune ambiguïté, qui se suffisent à elle-même, qui sont appréhendées par la dialectique (la discussion, l’intelligence pure) et qui n’ont besoin d’aucune autre hypothèse (anhypothétique. L’idée est la vérité absolue qui se suffit à elle-même.  On retrouve ici la démarche de Descartes qui, par la pensée, cherchera une vérité absolue qui ne souffrirait d’aucune discussion : il aboutira au « Je pense donc je suis », seule vérité absolue.

Les idées sont celles que l’âme saisit immédiatement par la dialectique, en faisant des hypothèses, qu’elle regarde comme telles et non comme des principes, et qui lui servent de degrés et de points d’appui pour s’élever jusqu’à un premier principe qui n’admet plus d’hypothèse. Platon La République.

Allégorie de la caverne

C’est ici que l’on trouve la fameuse allégorie de la caverne qui est une façon de présenter, en s’appuyant sur une métaphore, la hiérarchie des choses et le chemin à suivre pour atteindre la vérité absolue.  Socrate propose à Glaucon un exercice de pensée : on enferme des prisonniers au fond d’une caverne. Ils sont attachés et tournent le dos à la sortie. Derrière eux est allumé un feu.  Les prisonniers font face à une paroi sur laquelle les ombres d’objets sont projetées par la lueur du feu.

The Cave: An Adaptation of Plato's Allegory in ClayIls ne perçoivent le monde extérieur qu’à travers ces ombres et n’ont donc accès qu’à une image faussée de la réalité. Le philosophe, celui qui cherche la vérité, doit briser ses liens, se retourner pour voir les objets (il accède à un degré supérieur de vérité), puis sortir de la caverne pour appréhender le monde extérieur éclairé par la lumière du soleil. Il comprendra alors que la caverne n’est qu’une image incomplète et déformée de la réalité.

L’antre souterrain, c’est ce monde visible : le feu qui l’éclaire, c’est la lumière du soleil : ce captif qui monte à la région supérieure et la contemple, c’est l’âme qui s’élève dans l’espace intelligible. Voilà du moins quelle est ma pensée, puisque tu veux la savoir. Platon La République.

En conclusion la cité de Platon n’est guère recommandable : il s’agirait de faire confiance à un philosophe qui déciderait pour les autres avec l’appui de l’armée, un peu comme Erodgan en Turquie ou Louis XIV chez nous. Il faudrait trier les nouveaux nés pour écarter ceux qui n’ont pas de bonnes dispositions naturelles. Les classes inférieures, comme les artisans, devraient travailler sans se poser de question, pour permettre la fourniture des biens essentiels, comme  les cerfs dans l’Ancien régime. Bref, il y a encore du travail…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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