Freud Philosophie

Freud et le sexe

Depuis que la religion nous a formatés, c’est-à-dire depuis Clovis et la naissance de la France, fille ainée de l’église, le sexe est devenu un objet à cacher, à repousser au-delà des frontières de la morale. Le corps est sale. Tout ce qui se rapporte aux plaisirs de la chair, solitaires ou pas, est tabou. Se faire plaisir, sans faire de mal à quiconque, péché depuis saint Augustin, est devenu immoral dans notre ère séculière.

Le sexe doit disparaître des devantures, du cinéma, de la littérature, de la culture en général… La nature nous a dotés d’un ustensile honteux, qu’il convient de ranger, pour ne le montrer, comme le disait Brassens, qu’à nos femmes et à nos docteurs. Les Romains ou les Grecs (par exemple) ne s’embarrassaient guère de tels interdits, affichant la nudité sans fausse pudeur. Comment en est-on arrivé là ?

Notre éducation imprégnée de culture chrétienne a façonné notre Surmoi, la police de notre esprit, maintenant bien installé dans notre inconscient, repoussant comme objet du mal, tout ce qui  se rapporte au sexe. La femme, objet de désir par excellence, a dû pendant des siècles (et encore aujourd’hui malgré 68) cacher ses atours, ses attributs de la féminité, pour ne pas faire venir « de mauvaises pensées » chez l’homme et qu’il puisse ainsi se consacrer entièrement à Dieu. Le désir en général et la femme en particulier sont les ennemis de Dieu. La burqa est le point ultime de cette absurdité.

La masturbation, le regard posé sur des images érotiques ont longtemps été considérés comme des comportements diaboliques (inspirés par le diable). « Honteux », « mauvais », « diaboliques », on le voit le vocabulaire qui qualifie le sexe affiche la couleur et trahit son origine religieuse.

Freud et le sexe

Le désir est rattaché au péché, sauf s’il s’agit de procréation pure (si possible sans plaisir). Déjà, ce fut par le sexe qu’Eve pécha, envoyant tout droit le couple premier de la Genèse au travail, loin du jardin d’Éden. Le sexe, le désir sont devenus, avec saint Augustin, les instruments du diable.

Aujourd’hui, les religions cachent les yeux des femmes sous des voiles, dissimulent leurs formes sous des draps obscurs, excisent, condamnent la masturbation, le plaisir solitaire pourtant bien inoffensif, exige des vœux de chasteté, imposent des mariages hétérosexuels, condamnent les relations hors mariage, l’adultère, la convoitise, l’homosexualité… Le sexe, c’est mal. Pourtant, quoi de plus naturel que de désirer une femme (ou un homme) ? N’y a-t-il pas là une contradiction ? Faut-il ne pas être homme pour espérer le paradis ,

Il faut attendre le XIXème siècle pour sortir du carcan religieux. On commence alors à s’intéresser à la sexualité du point de vue biologique et non-plus du point de vue de la morale. Freud fut, dans cette nouvelle optique, un précurseur. Les résistances étant à l’époque encore très puissantes, il fut traité de tous les noms, considéré comme responsable de l’immortalisation des jeunes, comme le fossoyeur de la famille et de la société, voire comme un grave obsédé sexuel ! Pourquoi tant de haine ? Parce que Freud considérait que la société avait illégitimement posé sur les âmes une chape de plomb, verrouillé les consciences par tout un tas d’interdits sexuels. La morale (chrétienne), en qualifiant de dangereux tout comportement dérivant de la stricte orthodoxie religieuse, avait fait une société de névrosés, de refoulés. L’éducation, le catéchisme avaient construit à l’intérieur de nos têtes un surmoi solide, extrêmement culpabilisant. Toute érection était alors vécue comme une faute qu’il fallait dissimuler tout au fond de l’inconscient, l’oubliette de l’esprit, poubelle des idées honteuses.

Un petit rappel pour mieux comprendre Freud

  • Le ça (das es) chez Freudest la partie la plus obscure, la plus impénétrable de notre personnalité. Marmite pleine d’émotions bouillonnantes, il agit, de manière désordonnée, en fonction de nos pulsions : il veut la satisfaction immédiate de tous les désirs, sans s’embarrasser de la morale. Le ça ne supporte pas la contradiction.
  • Le surmoi (das über Ich) est la police de l’esprit qui se forge à partir de l’éducation, de la culture environnante. Il est le gardien de la morale, de la bonne conduite et est, à cet égard, plein d’interdits : il est le chantre du « ça ne se fait pas… »; du « la morale t’impose de faire ton devoir… »
  • Le moi (das ich) est la synthèse des deux : il est la réalité, ce que nous proposons comme image au monde extérieur.

Si le surmoi l’emporte, notre vie est une succession de frustrations qui peut conduire, selon Freud, à la Névrose. Un prêtre, à qui on impose une chasteté totale, subit de telles frustrations. Des débordements sont inévitables. Les prêtres ne sont pas plus pervers que les autres, ils sont seulement plus frustrés.

Si le ça l’emporte, la société n’est plus possible : on est dans le Marquis de Sade (Les cent vingt jours de Sodome) où tout est bon pour se faire plaisir, y compris le viol ou le crime.

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Le ça (le diable) et le sur moi (l’ange)

Freud et le sexe

On peut commencer par un constat simple : la nature nous montre, avec le comportement animal, ce qu’est une sexualité naturelle. Freud en déduit alors que la sexualité humaine est avant tout contre-nature et donc perverse au sens étymologique du terme :

  • la reproduction n’est pas (sauf exception) son but ;
  • l’acte sexuel n’est pas organisé autour des cycles (menstruels) ;
  • l’acte sexuel a pour objectif le plaisir.

Pour Freud, le refoulement excessif du désir, en générant de multiples frustrations, cause la souffrance mentale. Le Surmoi est hypertrophié ce qui peut conduire à la névrose

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La sexualité est donc, chez l’homme et uniquement chez lui, un acte purement gratuit dont la finalité est le seul  plaisir.

Trois essais sur la théorie sexuelle (1905)

L’enfant, pour Freud, est un «pervers polymorphe». En 1905, cette affirmation a fait bondir les gardiens de la morale ! L’enfant ? La pureté incarnée serait-elle un perverse ? Freud voulait indiquer que l’enfant n’obéit qu’au principe de plaisir : toutes ses pulsions doivent être immédiatement satisfaites. Le Surmoi n’étant pas encore installé, il est sans interdit. Il touche son sexe, ses matières fécales, se masturbe,..

Pour Freud, le sexualité est au cœur de tous nos conflits psychiques. La Névrose est le résultat d’un conflit non réglé (par le Moi) entre le ça (qui veut tout) et le Surmoi (qui interdit, qui censure). La vie en société, notamment dans les grandes villes, met à portée de la main de multiples tentations, notamment sexuelles, mais impose également une morale pesante qui nous invite à enfouir nos pulsions au plus profond de notre être. Tout est donc présent pour générer des névroses.

Freud identifie toutefois un régulateur : le principe de sublimation, selon lequel nous réorientons nos pulsions vers d’autres sujets comme le travail ou le sport.

D’une façon très générale, notre civilisation est construite sur la répression des pulsions. Freud

Le mystère de la femme : un continent noir

La grande question restée sans réponse et à laquelle moi-même n’ai jamais pu répondre malgré mes trente années d’étude de l’âme féminine est la suivante: que veut la femme ? Freud.

Le monisme sexuel

Pour Freud, la femme n’est pas. Elle se construit. Entre la petite fille et la femme, il y a un monde en devenir au hasard des rencontres. La petite fille n’est à l’origine qu’un garçon au sexe atrophié. Le premier regard qu’elle pose sur le pénis du petit copain de jeu est son premier traumatisme qui va conditionner son devenir de femme. Elle constate qu’elle n’a pas un tel organe, mais un modèle réduit, tronqué que l’on appelle le clitoris. Elle veut alors ce qu’elle n’a pas. Elle essaie d’uriner comme un garçon. De là né un conflit. L’envie de pénis va orienter sa féminité.

D’emblée elle a jugé et décidé. Elle a vu cela, sait qu’elle ne l’a pas et veut l’avoir. Freud.

Si le conflit n’est pas réglé, la femme deviendra masculine.

La femme reconnaît le fait de sa castration et, avec cela, elle reconnaît aussi la supériorité de l’homme et sa propre infériorité. Freud

La petite fille peut aussi réorienter son désir de pénis vers un désir d’enfant : elle intériorise le pénis qu’elle restituera à la naissance. Elle peut alors voir le père comme un « objet d’amour », la mère devenant une concurrente. Voilà qui explique le complexe d’œdipe mais aussi l’attitude quasi possessive de la mère à l’égard de son enfant : perdre son enfant serait perdre l’objet de son désir.

Elle renonce au désir du pénis pour le remplacer par le désir d’un enfant, et dans ce dessein, elle prend le père comme objet d’amour. La mère devient objet de sa jalousie; la petite fille tourne en femme. Freud

La petite-fille peut aussi vouloir devenir ce pénis désiré, par la recherche effrénée d’esthétisme.

Le garçon

A noter que le petit garçon, de son, côté, n’est pas épargné par les conflits puisque effrayé par une castration paternelle, il va investir dans l’affection maternelle. S’apercevant à la puberté qu’elle n’est pas pourvue de pénis, il recherche alors la compagnie de camarades masculins. Si ce conflit n’est pas réglé, il peut être en grandissant repoussé par tout ce qui ne possède pas un pénis, qui lui rappelle cette angoisse de la castration : Freud y voit l’origine de l’homosexualité.

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Les stades de la libido

L’enfance est l’âge de l’autoérotisme. L’enfant explore ses zones érogènes. De 0 à 2 ans, sa bouche est le siège des émotions, on parle alors de stade oral. Entre 2 et 4 ans, c’est l’âge des premiers apprentissages : la marche et la parole notamment, mais aussi le contrôle des sphincters : il remarque toute la satisfaction de ses parents lorsque la selle généreuse. Il utilise alors ce nouvel outil à bon escient, prenant conscience du cadeau qu’il offre à ses parents. Le stade est dit anal. C’est l’âge également où il apprend  à dire « non ». Retenir ses selles peut ainsi pour lui être un outil de domination. Vient le stade phallique entre 2 et 5 ans. L’enfant prend conscience de ses organes génitaux, avec l’angoisse de la castration chez le garçon, la frustration d’être née sans pénis chez la fille, et le complexe d’œdipe pour les deux. De 6 ans à la puberté, l’enfant connait une période de latence où le sexe est intériorisé. A l’adolescence, l’enfant se tourne vers les autres. C’est la fin de l’auto-érotisme et le début de l’hétéro-érotisme.Le conflit entre le ça et le surmoi est à son maximum. La sublimation par le travail ou autre peuvent constituer un échappatoire si le conflit devient trop pesant. Lorsque l’adolescent prend conscience de la finitude de la vie, commence sa seconde existence. Commence aussi la quête de l’immortalité : la descendance est une réponse.

Attention : chez Freud il n’y a pas que le sexe !

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