Les gilets jaunes et l’ochlocratie

Les gilets jaunes aiment se voir comme porteurs de la voix du « peuple », par opposition à la voix des élites, forcément crétines, qui n’y comprennent rien. Les gilets jaunes disposeraient ainsi d’un monopole ; un monopole qui leur permettrait de s’exprimer au nom du peuple garantissant ainsi leur légitimité. Or, comme nous l’avons déjà dit (ici), les gilets jaunes ne sont pas la voix du peuple, mais uniquement la voix des gilets jaunes, c’est-à-dire une foule hurlante et haineuse qui défend son droit à consommer, ce qui est très différent.

L’ochlocratie

Lorsque une meute casse tout pour obtenir ce qu’elle souhaite, elle remet au goût du jour un terme un peu oublié aujourd’hui : l’ochlocratie, c’est à dire le pouvoir (« kratos » en grec) de la foule (« okhlos » en grec). L’ochlocratie, on le voit tout de suite, n’est pas la démocratie qui est le pouvoir du peuple (« demos » en grec).

Foule hurlante n’a pas raison

Aussi la différence entre l’ochlocratie et la démocratie est-elle de même nature que la différence entre la foule et le peuple. Une foule, même nombreuse, même hurlante, reste une foule, c’est-à-dire un sous-ensemble du peuple. Ses revendications ne portent donc pas sur l’intérêt général mais sur les intérêts particuliers qu’elle défend, en l’occurrence l’individualisme consumériste, plus connu sous le terme générique de « pouvoir d’achat ». Ainsi l’annulation de la taxe sur le diesel est-elle une revendication particulière (des sous) qui nuit à l’intérêt général (la défense de l’environnement). Comme l’a dit Rousseau, la volonté générale n’est pas la somme des intérêts particuliers, souvent contradictoires

L’ochlocratie et la fin de la démocratie

Les Grecs voyaient dans l’ochlocratie un danger pour la société : si une foule parvient à acquérir un pouvoir de nuisance suffisant (en cassant tout), elle provoque immanquablement la fin de la démocratie. C’est la loi du plus fort qui reprend le dessus et c’est justement ce que voulait éviter Rousseau dans son Contrat social. Les décisions sont alors prises dans le seul but de calmer la violence de la foule. Dans son Contrat social, Rousseau mettait en garde contre toute forme d’ochlocratie qu’il voyait comme une dégénérescence la démocratie, car elle ne sert que les intérêts d’un groupe au détriment de l’intérêt général. L’ochlocratie est une forme de despotisme, le despote étant ici un groupe de pression.

Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ; c’est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourra-ce être un devoir ?

Jean-Jacques ROUSSEAU Du Contrat Social.

Foule sentimentale

Contrairement au peuple (représenté à l’Assemblée Nationale) qui réfléchit de manière posée à l’intérêt général, la foule est portée par l’émotion, voire la passion. Elle réagit sur l’instant, exige des résultats immédiats, sans se préoccuper des conséquences sur les moyen et long termes, ni sur les intérêts défendus par les autres sous-ensembles du peuple. Une foule ne réfléchit pas, elle agit.

En groupes, en ligues, en processions, on a l’intelligence bête. Jean Ferrat.

En d’autres termes, peu importe que le diesel pollue mon voisin, qu’un jour il n’y en aura plus, et que la dette sera payée par les générations suivantes, ce que je veux c’est roulé moins cher. Son mode d’expression est la violence. Elle est prête au débat, mais uniquement si ses revendications sont satisfaites.

Foule populiste

La foule aime qu’on la flatte, qu’on la brosse dans le sens du poil. Elle est donc très sensible aux messages délivrés par les populistes qui sont passés experts dans l’art de dire ce que la foule veut entendre. Une foule à qui l’on cède réagit comme un enfant : elle en réclame plus, toujours plus, peu importe les conséquences.

En conclusion

Et si on revenait à l’idéal républicain selon Rousseau :

  1. renoncer à nos droits naturels (à la force brutale par exemple) au profit de l’État qui sera en charge, dans le cadre d’un contrat, de réconcilier l’égalité et la liberté ;
  2. conférer au peuple (le vrai), via l’Assemblée Nationale représentative, la mission de garantir l’intérêt général contre les groupements d’intérêts ;
  3. conférer aux assemblées législatives la mission de protéger la démocratie.
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