Gilets jaunes Société

J’ai lu pour vous Psychologie des foules de Gustave Le Bon

Il est toujours étonnant de constater la métamorphose d’un individu entrainé dans un phénomène de foule. Un père de famille peut ainsi se transformer en hooligan lors d’un match de foot, un employé de mairie en boxeur de policiers, un agent immobilier en casseur. Ce phénomène a été étudié en 1895 par Gustave Lebon dans son ouvrage Psychologie des foules. Sa lecture nous apprend beaucoup sur le phénomène « Gilets jaunes ».

En groupe, on a l’intelligence bête. Jean Ferrat.

Psychologie des foules- Gustave Lebon

La foule peut être étudiée avec les ressorts de la psychologie, comme on le ferait avec un individu. Gustave Lebon parle alors d’une âme collective.

L’âme collective de la foule

La foule est une addition d’individus. Pourtant elle dispose de caractéristiques bien à elle qui n’existaient lorsque les individus étaient isolés. On assiste à l’émergence de caractéristiques nouvelles, propres à la foule que Gustave Lebon regroupent dans « l’âme collective ». Cette « âme collective » dicte le comportement (pas toujours joyeux) très particulier de la foule ; comportement que l’on aurait jamais constaté au niveau de l’individu isolé. Pour Gustave Lebon, Cette émergence a plusieurs explications possibles :

  • l’individu noyé dans la masse a un fort sentiment d’impunité et d’invincibilité ; les instants primaires (barbares), les pulsions grégaires refont surface ; ce qui était interdit par le sur-moi (la police de l’esprit que Freud découvrira plus tard) devient la règle ;
  • l’individu perd ses capacités de discernement, de raisonnement : il se fond dans la pensée dominante (souvent de peur d’en être exclu ou par fascination pour un leader) ; Freud parle de’ l’inhibition de la raison ;
  • l’individu reconnait les qualités d’un leader qu’il suit aveuglément ;
  • la notion de groupe devient capitale et supérieure à celle de l’individu ;
  • l’individu isolé se sent impuissant, inférieur et est tenté de rejoindre la foule ; il y a clairement un phénomène de contagion ;

La foule se comporte comme un barbare

Le sur-moi ayant éclaté, les instants primaires, jusque-là enfoui dans l’inconscient, n’ont plus d’entraves : le moi peut se libérer, laisser libre court à ses pulsions. Il n’y a plus de conflit (au sens freudien du terme) puisqu’il n’y a plus de police de l’esprit. Tout est permis.

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Conflit entre le moi et le sur-moi chez Milou

La synergie est le plus efficace catalyseur des idées reçues par la foule qui s’auto- alimente de préjugés qui deviennent, petit à petit, des vérités. Une formule très simple répétée en boucles (RIC par exemple) devient la vérité.

Le moi (das ich) veut la satisfaction immédiate et ne supporte aucune limitation à sa volonté, surtout pas un CRS. Aussi la foule, convaincue de détenir la vérité, ne supporte-t-elle pas la contradiction (encore moins de grands débats). Elle réagit de manière primaire, impulsive, violente (comme un enfant dit Freud chez qui le Sur-Moi n’est pas encore développé) ; la violence est renforcée par l’illusion de l’invincibilité et de l’impuissance ; la violence fascine alors leurs auteurs, confortant leur sentiment de puissance. La foule est masculine au sens testostérone du terme.

Une lumière dans les ténèbres

Si on pouvait extraire un élément positif du phénomène de foule, ce serait sans doute le fait que l’individu met temporairement de côté son intérêt pour défendre un idéal qui le transcende. Le problème est que cet idéal est souvent à l’image du Moi : barbare.


Autoritarisme et intolérance des foules
L’autoritarisme et l’intolérance sont généraux chez toutes les catégories de foules [..] L’autoritarisme et l’intolérance constituent pour les foules des sentiments très clairs qu’elles supportent aussi facilement qu’elles les pratiquent. Elles respectent la force et sont médiocrement impressionnées par la bonté, facilement considérée comme une forme de la faiblesse. Leurs sympathies n’ont jamais été aux maîtres débonnaires, mais aux tyrans qui les ont vigoureusement dominées. C’est toujours à eux qu’elles dressent les plus hautes statues. Si elles foulent volontiers à leurs pieds le despote renversé, c’est parce qu’ayant perdu sa force, il rentre dans la catégorie des faibles qu’on méprise et ne craint pas. Le type du héros cher aux foules aura toujours la structure d’un César. Son panache les séduit, son autorité leur impose et son sabre leur fait peur.
Toujours prête à se soulever contre une autorité faible, la foule se courbe avec servilité devant une autorité forte. Si l’action de l’autorité est intermittente, la foule, obéissant toujours à ses sentiments extrêmes, passe alternativement de l’anarchie à la servitude et de la servitude à l’anarchie. Ce serait d’ailleurs méconnaître la psychologie des foules que de croire à la prédominance chez elles des instincts révolutionnaires. Leurs violences seules nous illusionnent sur ce point. Les explosions de révolte et de destruction sont toujours très éphémères. Elles sont trop régies par l’inconscient, et trop soumises par conséquent à l’influence d’hérédités séculaires, pour ne pas se montrer extrêmement conservatrices. Abandonnées à elles-mêmes, on les voit bientôt lasses de leurs désordres se diriger d’instinct vers la servitude. Les plus fiers et les plus intraitables des Jacobins acclamèrent énergiquement Bonaparte, quand il supprima toutes les libertés et fit durement sentir sa main de fer.


Psychologie des foules- Gustave Lebon – Extrait

Les images, les mots et les formules
En étudiant l’imagination des foules, nous avons vu qu’elles sont impressionnées surtout par des images. Si l’on ne dispose pas toujours de ces images, il est possible de les évoquer par l’emploi judicieux des mots et des formules. Maniés avec art, ils possèdent vraiment la puissance mystérieuse que leur attribuaient jadis les adeptes de la magie. Ils provoquent dans l’âme des multitudes les plus formidables tempêtes, et savent aussi les calmer. On élèverait une pyramide plus haute que celle du vieux Khéops avec les seuls ossements des victimes de la puissance des mots et des formules.
La puissance des mots est liée aux images qu’ils évoquent et tout à fait indépendante de leur signification réelle. Ceux dont le sens est le plus mal défini possèdent parfois le plus d’action. Tels, par exemple, les termes : démocratie, socialisme, égalité, liberté, etc., dont le sens est si vague que de gros volumes ne suffisent pas à le préciser. Et pourtant une puissance vraiment magique s’attache à leurs brèves syllabes, comme si elles contenaient la solution de tous les problèmes. Ils synthétisent des aspirations inconscientes variées et l’espoir de leur réalisation.
La raison et les arguments ne sauraient lutter contre certains mots et certaines formules. [..]
Les mots deviennent alors de vains sons, dont l’utilité principale est de dispenser celui qui les emploie de l’obligation de penser.

Avec un petit stock de formules et de lieux communs appris dans la jeunesse, nous possédons tout ce qu’il faut pour traverser la vie sans la fatigante nécessité d’avoir à réfléchir.


Psychologie des foules- Gustave Lebon – Extrait


Les moyens d’action des meneurs
Quand il s’agit de faire pénétrer lentement des idées et des croyances dans l’esprit des foules [..] les méthodes des meneurs sont différentes. Ils ont principalement recours aux trois procédés suivants :

1. l’affirmation ;

2. la répétition :

3. la contagion.

L’action en est assez lente, mais les effets durables. L’affirmation pure et simple, dégagée de tout raisonnement et de toute preuve,constitue un sûr moyen de faire pénétrer une idée dans l’esprit des foules. Plus l’affirmation est concise, dépourvue de preuves et de démonstration, plus elle a d’autorité. [..].
L’affirmation n’acquiert cependant d’influence réelle qu’à la condition d’être constamment répétée, et le plus possible, dans les mêmes termes [..]. La chose affirmée arrive, par la répétition, à s’établir dans les esprits au point d’être acceptée comme une vérité démontrée.
Lorsqu’une affirmation a été suffisamment répétée, avec unanimité dans la répétition, [..] il se forme ce qu’on appelle un courant d’opinion et le puissant mécanisme de la contagion intervient.

[..] Si les opinions propagées par l’affirmation, la répétition et la contagion, possèdent une grande puissance, c’est qu’elles finissent par acquérir ce pouvoir mystérieux nommé prestige. [..] Le prestige est en réalité une sorte de fascination qu’exerce sur notre esprit un individu, une œuvre ou une doctrine. Cette fascination paralyse toutes nos facultés critiques et remplit notre âme d’étonnement et de respect. Les sentiments alors provoqués sont inexplicables, comme tous les sentiments, mais probablement du même ordre que la suggestion subie par un sujet magnétisé. Le prestige est le plus puissant ressort de toute domination. Les dieux, les rois et les femmes n’auraient jamais régné sans lui.

Psychologie des foules- Gustave Lebon – Extrait

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