J’ai lu pour vous Traité d’économie hérétique de Thomas Porcher en finir avec le discours dominant

Pas de commentaire

Thomas Porcher est membre des économistes atterrés et, dès les premières lignes, on comprend qu’il n’aime pas beaucoup Macron, les banques, l’€, l’Allemagne, l’Europe, la BCE, le FMI et, plus généralement, tout ce qui ressemble à du libre-échanges.

Si on devait résumer son livre en deux mots, on dirait ceci : tout ce que dit la plupart des économistes, dont Jean Tirole notre Prix Nobel d’économie, est faux, mensonger et vise seulement à nous faire avaler une pilule (ultra)-libérale. Thomas Porcher n’est pas dupe. Il a su démasquer la supercherie : les (méchants) patrons cherchent en fait à appauvrir les (gentils) pauvres pour devenir encore plus riches. Au temps de Zola, en effet, le patron donnait au salarié juste de quoi survivre, c’est-à-dire de quoi procréer pour préparer les prochaines générations d’ouvriers. C’était le temps de Germinal, du « J’accuse ». La sécurité sociale n’existait pas, ni les congés payés, ni la semaine des 35 heures, ni les pensions de retraites…

Un petit mot sur le titre. Le terme « Traité » est un peu fort. Il s’agit plutôt d’une réponse énervée à l’ouvrage qui avait mis en cause la pertinence des thèses avancées par les économistes hétérodoxes : Le négationnisme économique. Et comment s’en débarrasser » de Cahuc et Zylberberg. « Économie hérétique » fait référence au courant alternatif alimenté par ces « économistes hétérodoxes ou atterrés » (dont Thomas Porcher fait partie).

L’ensemble de mesures proposées par Thomas Porcher pourrait constituer une plateforme de gouvernement qui ressemblerait à s’y méprendre au programme de François Mitterrand de 1981 quand ce dernier avait théorisé le principe de Gauche plurielle (qui couvrait un champ assez large qui allait du PC aux Radicaux de gauche). Rappelons que Pierre Mauroy (qui n’était pas un dangereux capitaliste) dès 1982 changea le cap en instaurant une politique de rigueur et en arrêtant les nationalisations.

Aujourd’hui, dans le paysage politique, le plus proche serait peut-être Benoit Hamon. Selon Thomas Porcher, la dette est un faux problème. On peut tout à fait la laisser dériver et profiter de la marge de manœuvre dégagée pour investir massivement dans le secteur public. Tout ce qui ressemble à du libre-échanges doit être supprimé ; il faut revenir au protectionnisme.

Porcher reprend un refrain bien rodé : le protectionnisme aurait permis aux États-Unis notamment de se développer à l’abri de barrières douanières. Cette idée a été remise en question : les secteurs ayant tiré la croissance américaine au 19ème siècle n’étaient pas « mondialisés » (bâtiment, chemin de fer). En revanche, le renchérissement du prix des équipements importés (machines outils etc) a réduit l’investissement et donc la croissance. La croissance américaine s’est faite non pas grâce, mais en dépit du protectionnisme. Emmanuel MARTIN

L’Europe nous paralyse avec sa politique de l’€ fort soutenue par l’Allemagne. Thomas Porcher ne le dit pas précisément, mais sans doute faut-il sortir du carcan européen pour retrouver notre autonomie financière et pouvoir jouer sur la dévaluation de la monnaie ou l’inflation. On retrouverait ainsi de la compétitivité face à l’Allemagne. Augmenter significativement le SMIC et réduire le temps de travail (25 heures) seraient aussi des impératifs catégorique.

Les économistes atterrés

Le principal reproche que l’on fait aux économistes atterrés est leur refus catégorique de soumettre leurs publications à l’expertise de leurs pairs. Ce reproche a notamment été fait par Jean Tirole :

Il est indispensable que la qualité de la recherche soit évaluée sur la base de publications, forçant chaque chercheur à se confronter au jugement par les pairs. C’est le fondement même des progrès scientifiques dans toutes les disciplines. Chercher à se soustraire à ce jugement promeut le relativisme des connaissances, antichambre de l’obscurantisme. Les économistes autoproclamés « hétérodoxes » se doivent de respecter ce principe fondamental de la science. La création d’une nouvelle section du CNU vise à les soustraire à cette discipline . Jean Tirole.

J’ai lu pour vous Traité d’économie hérétique de Thomas Porcher en finir avec le discours dominant

Économie et science ne font pas bon ménage


Thomas Porcher
commence par un violent plaidoyer contre le livre « Le négationnisme économique. Et comment s’en débarrasser » de Cahuc et Zylberberg. Ces derniers avançaient que l’économie est une science (exacte) dont le cadre (libéral) est fixé une fois pour toute. Sortir de ce cadre revient à faire du militantisme. Pour Porcher, l’économie n’est pas une science car les solutions qu’elle propose dépendent de la conjoncture. Pour Thomas Porcher les recettes libérales nous mènent droit dans le mur. La crise de 2007 (les subprimes) avaient pourtant montré leur échec. Elle a pourtant débouché sur encore plus de libéralisme. Thomas Porcher répète donc à longueurs de pages qu’il faut sortir du cadre.

La lutte des classes

Thomas Porcher croit à l’actualité de la lutte des classes comme seul moteur possible pour briser le carcan capitaliste : car seul le riche est maître de son destin. Le riche doit tout (même s’il ne le reconnait jamais) à la société qui l’a éduqué, formé… Il ne doit rien à son courage, les risques qu’il pris, ses talents et son ardeur au travail… Le chômeur, quant à lui, subit son destin. Le chômeur professionnel qui calcule son temps de travail au plus juste pour toucher ses indemnités est un mythe (pourtant, nous en connaissons un certain nombre), une fiction totale fabriquée par les élites (nous avons dû voir des fantômes…).

Le code du travail

Un code du travail allégé de ses milliards de contraintes ne permettra pas de ramener de l’emploi. Thomas porcher évoque pas le cas de nos voisins qui eux connaissent le plein emploi, mais au détriment de la précarité.

La dette

La dette, c’est de l’investissement. Aimons la dette ! Car la dette rend la population heureuse. En 1945, nous étions à 200 % de PIB. (Thomas Porcher va un peu loin en oubliant que c’est le plan Marshal qui relancé l’économie associé à une très forte inflation). Thomas Porcher insiste sur le fait que les taux d’intérêt sont faibles. Il ne dit pas ce qui se passerait si les prêteurs venaient à relever leur taux (comme en Italie). 100 % de PIB n’est pas alarmant, car nous avons un patrimoine privé (nous n’avons pas bien compris le raisonnement : faut-il hypothéquer le château de Versailles ou vendre la cathédrale de Chartres ou l’aéroport de Paris ? ). Des taux faibles sont révélateurs du fait que les prêteurs estiment la dette comme tout à fait supportable.

En même temps, c’est aussi du fait de l’Europe et de la politique monétaire européenne — et au poids de l’Allemagne dans l’Euro – que la dette française se paie si peu cher aujourd’hui et que la dépense publique peut continuer à ne pas être sérieusement réformée. Emmanuel MARTIN.

Ne plus se financer par la bourse

Ce n’est plus la bourse qui finance les entreprises mais l’inverse via la rémunération des actionnaires qui ne voient que le court terme. Résultat, il n’y a plus d’investissement sur le long terme.

Les gentils pauvres et les méchants riches

Macron a une politique pour les riches et une autre pour les pauvres. La suppression de l’ISF est vue comme un cadeau et non-pas une incitation à l’investissement dans nos entreprises pour leur permettre de développer l’emploi.

Il ne suffit pas d’être pauvre pour être honnête. Daniel Balavoine.

Le modèle social français

Le modèle social n’a pas de prix ! (et n’allez pas dire à Thomas Porcher qu’il a un coût). Rappelons tout de même que sur 1000 euros dépensés par la France, 517 euros vont dans les prestation sociales.

Le changement climatique

La France ne fait rien pour lutter contre le changement climatique (Nous voyons pourtant des centaines d’éoliennes dans la Drome et dans l’Ardèche, des méthaniseurs, le développement de l’économie circulaire ; rappelons aussi que les projets d’éoliennes off-shores portés par l’Etat sont tous attaqués par des associations devant les tribunaux administratifs ; rappelons aussi les subventions pour la voiture électrique, la rénovation des logements, la création de l’institut du solaire (CEA)…). Le Nucléaire n’est pas vu par Thomas Porcher comme une solution au changement climatique.

L’Union européenne

L’Union européenne n’est pas une Union. Des pays ont joué la carte du dumping fiscal pour attirer les capitaux (et les emplois qui vont avec). Nous voyons ici une petite contradiction dans l’argumentation puisque Thomas Porcher disait plus avant que le code du travail n’avait pas d’effet sur l’emploi.

Le libre échange

Le libre échange est un outil de domination des forts sur les faibles. Où Thomas Porcher veut-il nous emmener ? Le protectionnisme pour éviter le dumping social ? Une économie entièrement planifiée à la mode soviétique ?

Mais il est évidemment plus facile de collecter tout un tas d’exemples, visibles, d’entreprises qui ferment du fait de la concurrence étrangère, que de relever la somme colossale des petits avantages apportés à chacun par le libre-échange, en termes de prix comme d’accès à une diversité impressionnante de produits. Emmanuel Martin.

En synthèse : il faut se méfier de tout, sauf de Thomas Porcher. Il faut revenir à une économie administrer par l’Etat qui planifierait des grands travaux en se finançant par la dette.

Un avis : celui d’Emmanuel Martin

Un autre dada de Porcher, c’est la dette. En gros, la dette est un épouvantail pour nous forcer à avaler les couleuvres de l’austérité, et elle n’est pas un problème. Évidemment, parler de l’austérité en France, pays quasi-champion du monde avec plus de 57 % de dépense publique dans le PIB (mais ça non plus ce n’est pas un problème), a de quoi faire un peu sourire.

Les libéraux parlent d’ailleurs bien plus volontiers de « faustérité » en ce qui concerne l’Hexagone : en dépit de quelques efforts, baisser la dépense tient quand même encore essentiellement du discours pour séduire les partenaires européens un tantinet nerveux du Paquebot France filant sur l’iceberg.

Porcher rappelle que la dépense publique ce sont aussi des hôpitaux, des pompiers, des écoles, des soins gratuits etc. On peut lui rétorquer ici deux choses. D’abord que même en conservant le système interventionniste actuel, il est possible de dépenser beaucoup mieux (la Cour des comptes a quelques idées sur le sujet) et donc de faire in fine des économies par exemple en frais financiers (et donc de pouvoir bénéficier de plus de classes et de lits d’hôpitaux). Rationaliser la dépense là où cela est nécessaire n’est pas systématiquement une mauvaise chose : la Corne d’Abondance n’existe malheureusement pas. Ensuite, qu’un système alternatif (utopie quand tu nous tiens !) fondé sur la liberté et la responsabilité peut également rendre ces mêmes services sur une base lucrative, et non lucrative (mutualiste etc.).

Mais revenons à la dette : selon Porcher, en 1945 la France se coltinait 200 % d’endettement, ce qui n’a pas été un problème parce qu’une taxe a été mise en place sur les patrimoines, que nous avons laissé filer l’inflation (l’impôt du pauvre) et restructuré la dette. Cela n’a pas été un problème, parce qu’on avait trouvé la solution : en gros, voler tout le monde. Très cool en effet. Passons sur le fait qu’en 1945 la situation était bien particulière compte tenu d’un besoin urgent de reconstruction. Sans doute pas un modèle idéal en temps de paix.

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