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A l’origine de l’antisémitisme en France : La France Juive d’Edouard DRUMONT (1844-1917)

Ouvrage délirant, pamphlet paranoïaque, catalyseur de haine la plus primaire, la France Juive de Drumont, parue en 1886, inspire encore de nos jours les antisémites de tous poils.

Lorsque Drumont s’intéresse à la question, la France se relève à peine de la défaite de 1870. Le Général Bazaine a été défait à Sedan et l’Empereur Napoléon III a été fait prisonnier par les Prussiens de Bismarck. Sur les cendres du second Empire s’est construite la IIIème république qui se veut avant tout laïque et libérale. Dans ce contexte difficile pour la classe ouvrière (décrite par Zola dans Germinal), le krach en 1882 de l’Union Générale (décrit par Zola dans l’Argent) fragilise encore le petit peuple. Drumont a vu dans les positions baissières de la banque Rothschild l’origine de l’effondrement de la banque lyonnaise. La cupidité de sa consœur juive serait à l’origine des malheurs des prolétaires. Il voit également la main des Juifs dans la défaite de 70. Paul Déroulède, de son côté, accuse les Juifs de vouloir « déchristianiser » la France. Il n’en faut guère plus pour faire naître l’antisémitisme de Drumont. Il commence la rédaction de la France juive en 1886.

Un antisémitisme banalisé

Un antisémitisme banal au XIXème siècle

L’antisémitisme en cette fin de XIXème siècle a pignon sur rue. Il n’est pas rare de s’insulter au sein même de l’Assemblée nationale en empruntant à son vocabulaire. Même le grand Jaurès a quelques égarements.

Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la force du prophétisme, nous savons bien qu’elle manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion. Jean Jaurès.

Un prédécesseur : Arthur GOBINEAU : Dans son Essai sur l’inégalité des races humaines (1853), Arthur GOBINEAU théorise la notion de race et identifie de ce qui différencie la race blanche, jaune et noire.

Les deux variétés inférieures de notre espèce, la race noire, la race jaune, sont le fond grossier, le coton et la laine, que les familles secondaires de la race blanche assouplissent en y mêlant leur soie, tandis que le groupe arian, faisant circuler ses filets plus minces à travers les générations ennoblies, applique à leur surface, en éblouissant chef-d’œuvre, ses arabesques d’argent et d’or.  Arthur GOBINEAU

Aux sources de l’antisémitisme moderne

Drumont voit trois sources d’antisémitisme :

  1. la source religieuse : les Hébreux sont désignés comme le peuple qui a donné le Christ aux Romains ; il est donc à ce titre le peuple « déicide » ; mais finalement cette source n’est pas la plus importante ;
  2. la source capitaliste : les Juifs cherchent par le commerce à s’accaparer les richesses ; cette thèse sera à l’origine du Protocole des sages de Sion, un faux inventé par les services secrets Russes au début du XXème siècle supposant l’existence d’un complot international des Juifs pour devenir les maîtres du monde ;
  3. la source raciste : les Juifs (les sémites descendant de Sem fils de Noé) ne sont plus assimilés à une religion mais à une race (inférieure) ; par opposition aux Aryens qui constituent la race supérieure.

La France juive est un véritable succès d’édition. Aujourd’hui encore les antisémites les plus nauséabonds se réclament du pamphlet de Drumont.

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La libre parole fondée par Drumont en 1892

De l’antisémitisme mondain à la Shoah

Drumont est à l’origine de l’antisémitisme en France. Il fonde en 1892 La libre parole, quotidien ouvertement anti-sémite. Il sera bien entendu un anti-dreyfusard zélé.

Cet antisémitisme mondain a diffusé largement dans la société et a servi de socle idéologique aux théoriciens de la Shoah, comme Alfred Rosenberg et Hitler (qui cite Gobineau dans ses écrits) lui-même. La haine banale exacerbée par la défaite Allemande de 1918 a conduit à l’émergence des thèses nazies (Les Juifs seraient à l’origine de la défaite) et au massacre de millions de Juifs dans les camps de la mort.

Et aujourd’hui ? La gauche extrême et son ambiguïté

Il y a toujours un antisémitisme hérité de Drumont. Mais il y a maintenant un nouvel antisémite, irrigué par le monde musulman, qui n’hésite pas à importer en France le conflit israelo-palestinien. Cet antisémitisme grandit dans les banlieues françaises et pullule sur les réseaux sociaux sous le couvert insupportable de l’anonymat ! Cet antisémitisme est récupéré par la gauche extrême : le musulman est devenu le nouveau prolétaire, l’opprimé. Aude Lancelin et Thomas Guénolé incarnent aujourd’hui cet antisémitisme de gauche que l’ont peut appeler l’islamo-gauchisme : une sorte d’antisémitisme vertueux.

Cela fait des années qu’Alain Finkielkraut répand la haine en France. Contre les jeunes de banlieue. Contre les musulmans. Contre l’Education nationale. Etc. L’insulter, comme insulter quiconque, est condamnable. Mais le plaindre, certainement pas. Thomas Guénolé.

Suite à l’affaire Finkelkraut, la France insoumise s’est retrouvée coincée : comment condamner lorsque l’on pense la m^me chose que les insulteurs ? D’où les « condamnation » a minima toujours suivies du « mais »…

Sur les ronds-points, l’anticapitalisme nourrit l’antisémitisme

Le libre-échange livre aux frelons juifs le miel des abeilles françaises. Jean-Jaurès.- 1849

Pourquoi tant de haine ? 44% des gilets jaunes pensent, selon l’IFOP, qu’il existe un complot mondial organisé par les Juifs pour dominer le monde ! La lutte des classes est toujours d’actualité sur les ronds-points, mais la classe des capitalistes est maintenant assimilée aux Juifs. De fait, défendre l’opprimé et s’en prendre aux Juifs sont, pour la gauche nauséabonde, les deux facettes du même combat . Dans les cerveaux pourris de l’extrême gauche anticapitalisme et antisémitisme sont synonymes. D’où cette question incroyable d’un gilet jaune au chef de l’Etat sur son passé à la banque Rothschild. On se croirait revenu en 1930.

On a déjà vécu ça, on l’a vu avec Jaurès, mais aussi avec Charles Fourrier, le théoricien des Phalanstères, sortes de cellules anarchistes autogérées. En 1829, Charles Fourier parle d’une « Nation juive qui s’adonne exclusivement au trafic, à l’usure et aux dépravations mercantiles. » Puis Auguste Blanqui, socialiste révolutionnaire :  » La bourse est en rut, l’agiotage, l’industrialisme, la juiverie sont en liesse ». Proudhon, théoricien du socialisme libertaire, :  » Le Juif est l’ennemi du genre humain, il faut renvoyer cette race en Asie ou l’exterminer ».

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