J’ai lu pour vous Jean-Marc Jancovici et la (fausse-bonne) transition écologique allemande

De colossaux investissements dans les énergies renouvelables, mais finalement pas plus d’indépendamment énergétique, ni de baisse d’émission de CO2, avec un coût de production électricité en hausse : l’Allemagne ne ferait-elle pas fausse route ?

Il ne suffit pas de fermer le parc nucléaire pour régler la question du changement climatique : Avec sa politique énergétique, l’Allemagne aurait plutôt tendance à déplacer le problème !

Attention aux dogmes

Cette (mauvaise) expérience permet de constater les dégâts que peut occasionner un dogme anti-nucléaire non-réfléchi. La fermeture de Super-phénix, à la fin des années 1990, en France en est un autre exemple frappant : ce bijou technologique a été sacrifié sur l’autel de la politique (les socialistes avaient alors besoin du soutien des Verts de Dominique VOYNET). Ce surgénérateur (ou réacteur à neutrons rapides) n’a pas été fermé pour des raisons techniques, mais politiques. Super-Phénix, pourtant, c’était la promesse d’une technologie permettant de consommer de l’uranium naturel (quasi-inépuisable), sans passer par la case enrichissement. Elle était un complément parfait à l’actuel parc des REP (Réacteurs à eau pressurisée). Autre dogme dangereux et non justifié :  » il faut baisser le niveau de production d’électricité nucléaire à 50 % !  » Pourquoi 50% ? On ne sait pas. Pourquoi faut-il baisser ? On ne sait pas non-plus.

La face cachée des ENR

Pourquoi les renouvelables (ENR) n’ont-elles pas fait baisser les émissions de CO2 en Allemagne ? Car les parcs d’éoliennes et les panneaux solaires sont venus se substituer au nucléaire (qui n’émet pas de CO2). Le bilan est, de ce côté-là, nul. Mais comme il faut des moyens de production alternatifs pour assurer la production en absence de vent ou de soleil, l’Allemagne a ajouté des moyens de production au gaz (assurée par une importation massive en provenance de Russie) et au charbon ! Là, le bilan est très négatif en termes d’émission de gaz à effet de serre. La dépendance à la Russie est un autre problème.

Le coût de production de l’électricité aujourd’hui en Allemagne est plus élevé : plusieurs facteurs pour expliquer ce phénomène : le taux de charge est très faible pour les ENR ( 10 à 30% en fonction du vent ou de l’ensoleillement). Pour un réacteur nucléaire, il est en moyenne de 80 %. Aussi, lorsqu’on installe 1 MW nucléaire, il faut installer 3 MW en ENR. Il faut en plus de cette ENR, installée des moyens complémentaires pour pallier les manques d’ensoleillement ou de vent : par exemple une turbine à gaz ou une centrale au charbon pour faire comme nos amis allemands. Enfin, une ENR a une durée de vie plus limitée : 20 ans (à comparer aux 50 ans voire plus d’une centrale nucléaire). Aussi, faut-il suivre l’exemple allemand en matière énergétique ?

J’ai lu pour vous Jancovici et la (bizarre) transition écologique allemande

250 à 300 milliards d’euros, soit le coût de reconstruction à neuf du parc nucléaire français, c’est ce que l’Allemagne a investi de 1996 à 2014 pour augmenter de 22% la fraction renouvelable de son électricité produite (passée de 4% à 27%). A ce prix-là, elle n’a cependant pas diminué de manière notable la facture de ses importations d’énergie, pas diminué ses émissions de CO2, toujours supérieures de 80% par habitant à ce qu’elles sont pour la France, fragilisé son réseau électrique (qu’il ne faut pas supprimer quand on « décentralise » la production, tout le contraire). Il est par ailleurs discutable que cela ait permis de créer des champions industriels pérennes et des jobs à gogo. En outre ses exportations d’électricité sont passées de quasiment 0% à 6% de sa production annuelle, et comme elles ont lieu quand le vent souffle ou le soleil brille et que le prix sur le marché baisse fortement, cela signifie qu’une partie de la production ENR n’est en fait pas consommée par les Allemands. Petite analyse ci-dessous.

Vus de France, les Allemands ont assurément toutes les vertus : leurs comptes publics sont bien tenus, leurs exportations au plus haut, leur chômage en baisse, sans compter que le logement y est abordable et les entreprises de taille intermédiaire une espèce qui pousse comme des champignons. Dès lors, pourquoi diantre faudrait-il s’écarter de leur stratégie sur les autres sujets ? C’est ainsi, qu’en matière de gestion de la production électrique, la presse française incite volontiers à considérer que la voie qu’ils ont décidé d’emprunter est pertinente, alors que nous persisterions dans l’erreur radioactive, aveugles que nous sommes.

Comme d’habitude, la réalité des chiffres peut coller avec le discours médiatique dominant… ou pas. Cette page propose donc quelques évolutions quantitatives, issues d’organismes statistiques qui ne sont ni pro ni antinucléaires, ni pro ni anti-renouvelables, mais simplement chargés de compter les électrons en fonction de leur provenance. En voiture !

D’où viennent les électrons allemands ?

Quiconque répondra à cette question en disant que les électrons teutons sont renouvelables aura assurément bon à une partie de la réponse. Car une chose absolument irréfutable concernant l’électricité d’origine renouvelable en Allemagne, c’est qu’elle augmente. Toute personne normalement constituée se dira donc que si les renouvelables augmentent, c’est que « le reste » diminue. Vrai encore ! Mais les graphiques ci-dessus permettent immédiatement de voir que, en 1991 comme en 2011, l’essentiel de l’électricité allemande vient des combustibles fossiles, et en premier lieu du charbon. Si nous voulons être « vertueux » question changement climatique, c’est bien cet ensemble qu’il faut faire diminuer, peu importe le moyen. Et là, première surprise : la production électrique faite avec des combustibles fossiles n’a quasiment pas baissé en valeur absolue depuis 20 ans.

La suite ici.

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