Philosophie Proudhon

J’ai lu pour Vous Qu’est-ce que la propriété ? de Pierre-Joseph Proudhon (1840)

Si Fourier fut un enfant de la première révolution (1789), son héritier Pierre-Joseph Proudhon fut celui de la troisième (1848), une révolution morte-née puisqu’elle aboutit à la Restauration du Bonapartisme en la personne de l’empereur Napoléon III. 1789 avait certes permis d’abolir les privilèges des Nobles et du clergé, mais avait, dans le même temps, conduit à construire une société très inégalitaire : l’ouvrier avait remplacé le serf ; il avait changé de maîtres, passant sous le joug des propriétaires des moyens de production; il avait finalement conservé ses chaines, comme Zola l’a montré dans Germinal. Pour nourrir sa réflexion, Pierre-Joseph Proudhon est parti d’un postulat probablement lu dans les écrits de Fourrier :

La propriété, c’est le vol. Pierre-Joseph Proudhon

J’ai lu pour Vous Qu’est-ce que la propriété ? de Pierre-Joseph Proudhon (1840)

son raisonnement est le suivant : le propriétaire rémunère individuellement ses ouvriers en fonction du nombre d’heures de travail que chacun effectue. Or Proudhon démontre que 10 individus travaillant ensemble produisent plus de richesses que 10 individu qui travaillent de manière isolée. Le propriétaire confisque donc une partie de la valeur produite. Il vole ses ouvriers. La propriété (des moyens de production) est donc bien du vol. Elle crée des inégalités, car le propriétaire car d’un côté, capitalise ce qu’il a volé pour posséder toujours plus et, de l’autre, il verse à l’ouvrier un salaire tout juste suffisant à sa survie pour garantir sa reproduction (nécessaire à l’émergence de la prochaine générations d’ouvriers). L’ouvrier ne peut pas capitaliser et ne deviendra jamais propriétaire.

Pour Pierre-Joseph Proudhon, un tel système ne peut aboutir qu’à une révolution : les ouvriers, en prenant conscience du vol, ne peuvent éternellement accepter cette situation. Ils utilisent alors la seule arme à leur disposition la violence. Mais le système (incarné par l’État et ses Lois) est résilient : il a été construit par les propriétaires pour les propriétaires. La police est alors garant du statu quo. Comme chez Marx, L’État est l’expression de la classe dominante et vise à défendre ses intérêts.

Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. Les pensées dominantes ne sont pas autre chose que l’expression idéale des rapports matériels dominants, elles sont ces rapports matériels dominants saisis sous forme d’idées, donc l’expression des rapports qui font d’une classe la classe dominante; autrement dit, ce sont les idées de sa domination. Karl Marx.

Proudhon contre Marx

Proudhon s’écarte de Marx sur les solutions à apporter : Marx veut tout nationaliser, tout mettre en commun dans une grande entité que l’on appellerait l’État communiste. Pour Proudhon, les moyens de production changeraient alors de mains en passant dans celles de l’État : L’État serait alors le nouveau voleur et pas seulement de biens matériels mais aussi des libertés de penser. Proudhon, en grand visionnaire, prophétisait que l’État communiste serait :

  • d’une part forcément dictatorial et,
  • d’autre part, encouragerait les ouvriers (à l’abri de la concurrence et du besoin) au moindre effort

Proudhon le père de l’anarchie

Pas de capitalisme, pas de communisme et pas d’État : voilà la solution que Proudhon nomme le mutuellisme. Les ouvriers possèderaient les moyens de production et en assureraient leur bonne gestion dans des coopératives indépendantes d’un pouvoir central. Chaque coopérative interagirait avec ses semblables sous la forme d’échanges de bon procédés, dans un système fédéraliste. Pour arriver à cette utopie, un seul moyen la confiscation sans indemnité de tous les moyens de production.


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