J’ai lu pour vous J’veux du soleil le film de François RUFFIN sur ATLANTICO

Sur ATLANTICO pa Jean-Marc Sylvestre

François Ruffin a sans doute tout compris de la communication efficace : plus c’est gros, plus c’est faux. Plus ça fait pleurer, mieux c’est. « J’veux du soleil » Il s’agit d’un road movie, à la rencontre des gilets jaunes du Nord au Sud de la France. François Ruffin, qui se définit comme un artiste, et Gilles Perret, qui est un très bon réalisateur de documentaires, sont partis sur les routes de France et les ronds-points pour recueillir des témoignages qui regorgent de vérité, sans doute, de sincérité surement, mais le montage est tellement sophistiqué qu’il se résume à une série de cartes postales bien filmées où l’esthétisme est au service de la pleurnicherie sociale.

Au bout de quelques minutes, les âmes sensibles sortiront leurs mouchoirs. Forcément, tous les témoignages ont été rassemblés pour offrir un tableau désastreux et désolant de la société française. A la fin du film, on en ressort avec l’idée que le pays que François Ruffin a traversé est un pays plongé dans la misère, où les enfants ne mangent pas à leur faim, où les parents n’ont plus un centime pour payer l’essence de la voiture ou l’abonnement à Netflix. Un pays où les entreprises ferment les unes après les autres, où les campagnes sont devenues des lieux où les agriculteurs n’ont plus qu’une occupation, organiser leur suicide.

Et quand François Ruffin reprend sa Harley Davidson (parce qu’il voyage en Harley), c’est pour aller dans une ville voisine où les services publics sont fermés, où l’hôpital, la maternité, la Poste, la Sncf ne fonctionnent plus. Au bout du compte, on a l’impression que la seule chose qui fonctionne correctement en France, c’est le téléphone mobile (iPhone de préférence) et les opérateurs privés. Bizarre, non ?

Le tableau que François Ruffin a peint correspond évidemment à une réalité. Sur fond de misère, il y a certes beaucoup de solidarité, de dialogue retrouvé.  Autrefois, on percevait cette réalité au comptoir du bistrot dans le village de notre enfance, entre l’église et la boulangerie. Un temps dont les plus de vingt ans ont gardé la nostalgie. Et cette nostalgie d’antan rejoint l’émotion d’aujourd’hui.

Oui, le film de Gilles Perret est beau, mais l’histoire racontée par François Ruffin nous met mal à l’aise.

Pourquoi? Parce que la France qu’il décrit correspond à la réalité telle que lui, député d’extrême gauche, militant de la France insoumise, voudrait qu’elle soit.

Mais la réalité française n’est pas. Où sont les Français qui travaillent, où sont les médecins qui se battent, les chercheurs, les étudiants qui ont compris que l‘expertise était plus constructive que la recherche d’une assistance, où sont toutes ces mères de famille, ces fonctionnaires, ces enseignants? Où sont tous les commerçants qui ne travaillent plus les week-ends depuis des mois, où sont les touristes qui ne viennent plus à Paris ?

Où sont tous les bénévoles des Restos du cœur qui, sans gilet jaune, sont venus tous les jours à la porte des hypermarchés récupérer des invendus pour ensuite les distribuer à ceux qui n’ont vraiment rien à manger ? On a rarement vu des gilets jaunes ou des amis de François Ruffin de la France insoumise dans les rangs du Secours catholique, des Restos du cœur ou même Emmaüs.

Où sont les Français écœurés, épuisés par tant de violences dans les manifestations, par tant de destructions dans les centres villes ?

Mais il y a plus grave dans le film de Ruffin, on en ressort exténué de compassion, mais frustré et écœuré faute de solutions constructives. François Ruffin a beau expliquer qu’il y a des solutions, qu’il suffirait d’écouter les Gilets jaunes, de leur répondre et de négocier un compromis. C’est là où le député François Ruffin descend de sa Harley et déroule son discours purement politique, quintessence de la démagogie, à tel point qu’on se demande s‘il ne prend pas tous ces gens malheureux pour des imbéciles. C’est assez incroyable, même Boris Johnson en Grande Bretagne a eu l’honnêteté de reconnaître qu’il avait menti pendant la campagne pour gagner le referendum sur un Brexit, qui tournerait à la farce s’il ne s’agissait pas de l‘avenir des Anglais désormais embourbés dans une situation inextricable.

Qu’on nous préserve de telles facéties.

Ce qui est incroyable dans le comportement de François Ruffin, c’est qu’il puisse croire que « ses amis », les gilets jaunes dans cette France invisible, pour laquelle il a tant de compassion, le croient lui …

Avec tout le respect qu’on doit à sa fonction de député, l’artiste qu’il prétend être « se fout du monde ».

Les revendications qu’il considère comme indispensables pour rétablir l’ordre, le calme et la sérénité constructives dans ce pays sont autant d’atteintes à la démocratie représentative, et surtout à la liberté individuelle (qui ne peut s’arrêter que là où commence celle des autres).

L’ambition de François Ruffin est de s’installer comme le vrai leader des mouvements populistes. Jean-Luc Mélenchon lui a permis de rentrer à l’Assemblée, les gilets jaunes peuvent lui permettre d’être légitime. Tout son programme, toutes ses promesses et toute sa présence dans le film qu’il incarne, avec une seule rengaine « moi j’aime les gilets jaunes ». Tout transpire, dans cette ambition, d’accéder au pouvoir au nom de cette France du malheur.

François Ruffin demande le départ d’Emmanuel Macron, il peut, sauf qu’il faut encore que la majorité des Français le vote. Mais s’il n’y a pas de vote, « le peuple des gilets jaunes qui incarne le pouvoir, doit foncer sur l’Elysée”. Et Macron finira au mieux comme Kennedy. Quelle irresponsabilité.

François Ruffin demande plus de démocratie directe avec l’instauration du RIC, le referendum d’initiative citoyenne, comme en Suisse. Mais c’est un fake. Sait-il que le dernier referendum à Genève avait pour objectif de décider si on pouvait ou non autoriser la publicité commerciale sur les bus de transport urbain? Bien loin donc des préoccupations des populations oubliées. A moins que ce soit le modèle suisse qui puisse attirer le militant de la France insoumise. La Suisse, le modèle le plus abouti d’une société hyper capitaliste, très inégalitaire et dont la richesse s’est construite sur des capitaux venus de nulle part, attire par un régime fiscal hyper favorable, et notamment aux plus riches. Normal, la Suisse n’a pas à financer une inflation de dépenses publiques et sociales.

François Ruffin demande le rétablissement de l’impôt sur la fortune. Très bien ! So what ? Évidemment, les symboles ont la peau dure, mais ils coutent très chers. L’impôt sur la fortune, constituée en actifs financiers, n’a servi strictement à rien au cours des 30 dernières années, sinon à décourager l’investissement industriel. Depuis sa suppression, les investissements ont retrouvé la route de l’Hexagone l’année dernière.

François Ruffin dit que les gilets jaunes veulent une augmentation de pouvoir d’achat. Très bien ! So what ? Sans doute mais la responsabilité d’un député n’est-elle pas d‘expliquer que l’augmentation du pouvoir d’achat ne se décrète pas. Mais ni le rétablissement de l’impôt sur la fortune (3 milliards d’euros) ni la fermeture de la manufacture de Sèvres ou du musée du Louvre, sous prétexte idiot que ça ne servirait qu’aux riches et aux étrangers. Aucune de ces décisions ne résoudra le problème. Parce que le vrai problème est ailleurs. Il est dans l’équilibre du modèle social, son cout et son efficacité. 

Le rôle d’un député, c’est aussi d’expliquer que l’augmentation du pouvoir d’achat passe par la compétitivité des entreprises, par les créations d’emplois, etc…

Mais de cela, François Ruffin n’en parle pas. Il préfère pleurer avec les gilets jaunes. Il ne parle même pas des 12 milliards distribués en décembre pour répondre aux revendications de ses amis les gilets jaunes.

« J’veux du soleil. » est un très beau film de cartes postales. Mais le restera- t –il ?  En mai 1968, les réalisateurs avaient eux aussi fait de très beaux films sur la France qui bouge. Jean-Luc Godard, François Truffaut, Claude Chabrol, et même Claude Lelouch qui lui aussi savait filmer la plage de Deauville avant que Deauville ne soit Deauville…  Romain Goupil, lui, avait su nous montrer les raisons, à l’époque, de « mourir à trente ans ».

50 ans plus tard, leurs films existent encore.  Ce sont des chefs d’œuvre.

Pourquoi ? Sous les pavés de St Michel, il y avait certes déjà la plage, mais sur les écrans, il y avait beaucoup d’honnêteté.

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