Les Français et la haine des riches

Les Français n’aiment pas les riches, les gens qui gagnent de l’argent ou, plus précisément, les gens qui en gagnent plus qu’eux. Cet invariant de notre culture existe aussi dans l’ensemble de l’Europe du sud de tradition catholique, en Italie et Espagne notamment. On peut s’interroger sur les raison pour lesquelles l’Europe du Nord protestante voit les choses d’une manière très différente. Aux Pays-bas, par exemple, personne ne reprochera à un individu de faire fortune. Aux États-Unis, un Mark Zuckerberg ou un Bill Gates sont glorifiés. En France, un Bernard Arnault ou un François Pinault sont cloués au piloris. Pourquoi tant de haine pour les riches dans la bouche des François Ruffin, Jean-Luc Mélenchon ou Manon Aubry ?

La démocratie française est malade des privilèges, de l’argent-roi et de la collusion entre politique et finance. Une caste de privilégiés, coupée des réalités de la vie du peuple, a confisqué le pouvoir. Jean-Luc Mélenchon

Une Europe du sud égalitaire

L’Europe du sud a donné des partis à tendance révolutionnaires, comme le parti communiste, puissant en France (avec Maurice Thorez) et en Italie dans l’immédiat après-guerre. Ces partis furent très attachés à une vision égalitaire de la société et très critiques envers les amasseurs de fortunes, mêmes si ces fortunes étaient le fruit de travail ou de talents. Aujourd’hui encore, le revenu en France ne doit pas être lié au mérite. Le mot d’ordre est l’égalité.

Une Europe du Nord pour la justice

L’Europe du Nord a donné des partis sociaux-démocrates. Ces partis ont encouragé l’entreprise individuelle, sous réserve que ces entreprises entrainent l’ensemble de la société. Gagner de l’argent n’est donc pas un problème si la fortune est liée au mérite et qu’elle est bien utilisée. Le mot d’ordre est la justice.

Pourquoi une telle différence culturelle ?

L’Europe du sud catholique

L’Europe du sud est de tradition catholique, très attachée à un clergé tout-puissant qui, pendant des siècles et des siècles, a exigé au de la part des fidèles une soumission à l’exemple du Christ, pauvre, chaste et obéissant. Le riche fut donc suspect et le pauvre glorifié. Les églises sont ainsi pleines d’une iconographie représentant la pauvreté glorifiée. Le riche, quand il apparait, porte les traits d’un romain hérétique et déicide.
Le prêt à intérêt fut longtemps interdit par le catholicisme, car il consistait à faire de l’argent avec de l’argent. Thomas d’Aquin, relisant Aristote, voyait dans l’argent « une menace », car il pouvait devenir un but plus qu’un moyen. Et puis, gagner ainsi de l’argent revenait à acheter du temps qui, par définition, n’appartenait qu’à Dieu ! L’Eglise catholique a ainsi gardé la tutelle de la gestion de l’argent en rappelant à ses ouailles leur vœux de pauvreté. Heureux sera celui le pauvre…

L’Europe du Nord protestante

L’Europe du Nord est de tradition protestante qui a notamment supprimé le clergé, écœuré par le scandale des Indulgences. Le bonheur individuel est reconnu et, en conséquence, l’esprit d’entreprise. Les premiers grands entrepreneurs privés furent naturellement hollandais. Les premières bourses apparurent, et c’est logique, à Francfort, à Londres et à New York, c’est-à-dire dans des cultures protestantes.
Luther n’avait pas de problème avec le prêt à intérêt qui, selon lui, appartenait au champ du temporel. L’argent, dans la tradition protestante, n’est pas l’affaire de l’église. Il n’est pas a priori suspect sous réserve qu’il soit bien utilisé, notamment pour le bien commun Cette désacralisation du prêt à intérêt entraina dans son sillage celle de l’accumulation de richesse. Les protestants ont ainsi développé une propension à l’épargne. La position de l’Allemagne sur l’Euro, qui souhaite une monnaie stable pour garantir son épargne, s’explique en partie par ses racines protestantes. Même explication pour sa gestion rigoureuse des dépenses publiques.

En synthèse

Les Riches en France sont au mieux suspects au pire des voleurs qu’il convient de taxer pour qu’ils rejoignent le pool des gens normaux. Peu importe si l’argent accumulé est le fuit d’un travail, d’un mérite, qu’il fait vivre en retour des milliers de gens biens. L’argent, c’est le Diable. Il est étonnant de constater que cette position très chrétienne est reprise aujourd’hui par les plus laïcs des laïcs, c’est-à-dire LFI. Pour finir, une citation du regretté Balavoine :

Il ne suffit pas d’être pauvre pour être honnête. Daniel Balavoine

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