Comment sont gérés les déchets nucléaires ? La fin des contre-vérités

Pas de commentaire

De véritables fantasmes (pour ne pas dire fake-news) polluent le débat sur la gestion des déchets nucléaires. Ils alimentent un dogmatisme anti-nucléaire caractérisé par une étanchéité totale à tout argument scientifique. Pourtant, si l’on considère que la lutte contre le changement climatique et le déclin de la biodiversité sont essentiels, le nucléaire est une chance qu’il serait stupide de torpiller sans réflexion.

Les énergies renouvelables offrent une alternative encore meilleure dans les pays qui, comme le Québec, la Norvège, la Suède ou l’Autriche, disposent d’un potentiel hydro-électrique suffisant. Pour les autres, comme la France qui plafonne à 15% en raison de la saturation de ses sites, le solaire ou l’éolien peuvent apporter au mieux un complément. Ils nécessitent en effet un back-up (une solution de repli) lorsqu’ils ne produisent pas (soient 2/3 du temps). Ce back up est alors assuré, comme en Allemagne, par… des énergies fossiles.

Un biais cognitif

La question de la gestion des déchets nucléaires est une illustration parfaite de ce que l’on appelle en psychologie un biais cognitif. L’individu qui a décidé que le nucléaire devait être rejeté va avancer que la gestion des déchets nucléaires est au mieux aléatoire, au pire dangereuse, et que l’État y a jeté un voile opaque pour cacher la vérité. Pourtant, un simple tour sur le site de l’ASN prouve le contraire. L’individu va alors avancer que l’ASN (agence pourtant indépendante) est de mèche avec le « lobby nucléaire »… Le débat est donc bien impossible, le point GODWIN étant atteint.

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Exemple de propagande mensongère sur les déchets nucléaires qui foisonne sur les réseaux

Quelques généralités sur les déchets nucléaires – importance de la durée de vie

Les anti-nucléaires avancent souvent l’argument de la toxicité à long terme des déchets nucléaires. Pourtant, leur durée de vie est bien inférieure aux éléments toxiques présents par exemple dans nos téléphones, comme l’arsenic, le plomb, le cadmium, le mercure ou présents dans de nombreux sites pollués ou rivières en France. S’il est vrai que certains radionucléides ont la dent dure (plusieurs milliers d’années), il convient de rappeler que ce sont les moins dangereux.

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Les différents types de déchets nucléaires

Iode 131 ou iode 129 ?

Le cas de Tchernobyl est à cet égard assez parlant. Les cancers de la thyroïde ont été provoqués par l’iode 131. Or sa période de demie-vie (durée à partie de laquelle la moitié du produit a disparu) est de 8 jours. Aujourd’hui, les risques de cancers de la thyroïde sont donc quasi-nuls. Mais, dans l’inconscient collectif, on imagine que tous les iodes radioactifs se valent. Ainsi retrouve-t-on toujours aujourd’hui de fortes concentrations en iode 129 et c’est normal puisque sa période de demi-vie est de plusieurs millions d’années. Mais il faut également rappeler que sa toxicité est plusieurs centaines de millions de fois plus faible que celle de l‘iode 131 ! L’iode 129 ne présente aucun risque pour la santé ! Ne confondons donc pas tous les iodes.

Stockage en surface ou en profondeur ?

Pour quelles raisons obscures le stockage en profondeur provoque-t-il autant d’hystérie ? Les études (indépendantes ou non) ont montré que cette solution (projet CIGEO) est bien meilleure qu’un stockage en surface exposé à de multiples agresseurs potentiels (humains ou naturels). Les sites choisis sont en effet à l’abri du risque sismique ou d’inondation, présentent des caractéristiques géologiques qui préviennent toute pollution des eaux et des sols, même en considérant des hypothèses très pénalisantes, des agressions externes ou internes. Même en cas de scénario catastrophe, aucun risque pour la santé ou l’environnement ne serait notable. Alors pourquoi tant de fantasme ?

Quelle quantité de déchets nucléaires ?

La parc nucléaire français dispose d’une cinquantaine de réacteurs de 1000 MW électriques en moyenne. Un réacteur produit 30 tonnes de combustibles usés par an, soient environ 3 mètres cubes.

1000 MWe nucléaire, c’est 30 tonnes de combustibles usés répartis en

  • 28.7 tonnes d’uranium ;
  • 1 tonne de produits de fissions :
    • dont 45 kg à durée de vie moyenne (césium137 et strontium 90) ;
    • 65 kg de produits de fission à vie longue ;
  • 220 kg de plutonium ;
  • 18 kg d’actinides mineurs (américium, curium et neptunium).

Deux scénarios doivent alors être envisagés :

  1. Une sortie du nucléaire suppose de considérer ces 30 tonnes comme des déchets à haute activité qu’il convient de traiter ;
  2. La poursuite du programme nucléaire permet de les considérer comme du combustible pour de futurs surgénérateurs qui permettront de réduire la masse résiduelle (1 tonne) de déchets à haute activité à traiter .

Le paradoxe de la sortie du nucléaire

Le scénario 1 (sortie du nucléaire) suppose donc une solution d’entreposage. Cette solution doit être définie rapidement pour profiter du savoir-faire actuel. La seule envisageable est celle en couche géologique profonde. Les anti-nucléaires dogmatiques se trouvent ainsi devant un paradoxe. Leur scénario (1) suppose une solution d’entreposage à long terme qu’ils combattent de toute leur force.

Le stockage (réversible) en site géologique profond – projet CIGEO

Le principe est un stockage profond (500 mètres) dans des couches géologiques imperméables (argiles) et stables .

Cette couche de roche dure argileuse du Callovo-Oxfordien s’est déposée il y a environ 160 millions d’années. Elle est à la fois épaisse, homogène sur une grande surface, très peu perméable et située dans un environnement géologique stable (à très faible sismicité), sans faille. Elle s’avère donc adaptée pour isoler le stockage des perturbations de surface (intrusions humaines, glaciations, érosion) et pour confiner la radioactivité.

Il est constitué d’argile saturé d’eau peu mobile. Cet argile a tendance à fluer pour remplir toute les cavités. Il n’y a donc pas de « fissures ». La cavité principale (le lieu de stockage) se comblera naturellement en cas de disparition de toute surveillance.

Les déchets à faible activité sont enfermés dans des matrices de verre parfaitement étanches.

Les déchets à forte activité sont stockés en containers refroidis par flux d’air.

Le projet de stockage Cigéo
Projet CIGEO – stockage souterrain des déchets nucléaires

La principale opposition des « antis » repose sur l’éventuelle pollution des eaux par les radionucléides à vie longue (ceux à vie courte ne sont dangereux que quelques jours).

Quels sont véritablement les risques ?

Pollution des eaux

Pour polluer les eaux, le scénario suivant peut être imaginé :

  • les conteneurs sont attaqués par la corrosion (les modèles les plus pénalisants supposent une attaque sur plus de 10 000 ans) ; on exclut les déchets vitrifiés pour lesquels la stabilité est assurée sur 500 000 ans ;
  • les radionucléides se retrouvent dans les eaux ; le plutonium et l’américium sont toutefois insolubles et ne peuvent donc pas se concentrer dans les eaux ;
  • l’eau circule en-dehors de la couche géologique de 150 mètres d’épaisseur ; cette couche est constituée d’argile, matériau particulièrement imperméable : les modèles de diffusion les plus pénalisants chiffrent à plusieurs centaines de milliers d’années les temps de transport !
  • l’eau (et les radionucléides) atteignent la nappe phréatique ; nous en sommes à presque un million d’années et les éléments les plus dangereux ont disparu depuis longtemps ; il ne reste que les éléments très faiblement radioactifs (iode 129 et chlore 36).

Il n’y a donc aucun risque de générer une pollution de la nappe phréatique, même au bout d’un million d’années.

Risque pour la santé

Rappelons que la dose acceptable est de 0,25 mSv/an (bien inférieure à ce que l’on peut trouver dans la nature) . Tous les modèles montrent que cette valeur ne serait jamais atteinte (ni même approchée) pour les populations.

Risques pour l’environnement

On dispose en France d’un retour d’expérience de 50 ans d’exploitation pour le parc nucléaire. Aucun impact sur l’environnement n’a été constaté. Une centrale nucléaire n’a jamais été à l’origine de pollution de l’air (ozone, NOx, SO2, poussières, métaux, HAP,…), de sols, de nappes, ou de disparition d’espèces… C’est loin d’être le cas pour l’industrie classique. Les transports et le tertiaire ont également un lourd tribu.

L’augmentation de la radioactivité en France liée au parc nucléaire est de 5000 fois inférieure à la radioactivité naturelle !

Et Tchernobyl ?

Le principal fantasme est alimenté par les images de Tchernobyl. Pour être trivial, comparer les RBMK (russes) aux REP (licence Westinghouse américaine) exploités en France, revient à assimiler le KOURSK aux sous-marins français. La zone d’exclusion autour de la centrale est aujourd’hui un îlot de biodiversité. Les radionucléides dangereux ayant aussi les durées de vie les plus courtes, ils ont disparu depuis longtemps.

Combien coûte la gestion des déchets nucléaires ?

Le projet CIGEO de Bure est estimé à 36 Mds d’€, soient 0,4% du chiffre d’affaires d’EDF.

Sur le même sujet – l’Energeek

Les déchets nucléaires. Quelle histoire et que d’histoires ! La menace qui plane au‑dessus de nos têtes, la bombe à retardement enfouie sous nos pieds que l’on doit à la folie technocratique des scientifiques d’hier et des politiques d’aujourd’hui… Le débat national sur la nouvelle revue du Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) vient tout juste de démarrer. Une tribune de Tristan Kamin…

Et que d’encre font-ils couler, que d’indignation font-ils émerger, que de peurs peuvent ils susciter, ces déchets ! Pour le meilleur (une régulation et une gestion des plus admirables et transparente) comme pour le pire. Or, tout en travaillant à améliorer le meilleur, il va falloir œuvrer à relever le niveau du pire.

Ce débat public, pour être sain, pour ne pas se faire asphyxier par les croyances et idées reçues, doit être un terrain de vulgarisation, de continuelle information d’un public qui ne sait guère ce sur quoi il est appelé à débattre. Mais il faut intégrer une certaine méfiance du public, habitué à médire des industriels, les « lobbies », plus qu’à les écouter, et à se méfier du discours « officiel » des représentants de l’État. Quant à l’Andra, détachée de l’un et de l’autre, elle devrait jouir d’un statut privilégié, mais est qualifiée un jour de branche de l’État, l’autre jour des industriels, de sorte à la discréditer selon les besoins de l’orateur.

Que l’on ne me méprenne : tous les acteurs connaissent leur rôle, et doivent s’inscrire dans une démarche d’amélioration continue. Mais, compte tenu de cette méfiance, un autre acteur devrait s’adresser au citoyen curieux, pour l’informer autrement que par les discours officiels et communiqués d’entreprises. Ce tiers acteur, c’est le citoyen informé. Les chercheurs, ingénieurs, techniciens impliqués dans la question de la gestion des déchets radioactifs, mais également tous ceux qui auront l’envie d’informer, enseigner, vulgariser, expliquer, et “débunker” : journalistes scientifiques, étudiants, passionnés en tous genre…
C’est à vous qu’il incombe d’aller vers vos pairs, et de les aider à s’approprier l’information qui est mise à leur disposition par les grands acteurs. À vous de leur parler, écouter leur vision, et, si besoin est, de l’éclairer.

Informer, enseigner, vulgariser, expliquer, et “débunker”
– Expliquez-leur donc que 1,5 million de mètres cubes de déchets radioactifs ne sont pas un immense tumulus qui risque de s’effondrer et nous écraser d’une masse irradiante : par exemple en montrant à quoi ressemble le Centre de stockage de la Manche (CSM), qui en contient le tiers à lui seul.
– Décrivez l’organisation du confinement en plusieurs couches adaptées à la nature des déchets, à leur activité, à leur demi-vie – laquelle n’est pas un indicateur de niveau de risque, il peut être pertinent de le rappeler.
– Rétablissez quelques perspectives : si l’on parle de X tonnes de déchets dangereux, entreposés ou stockés, qu’est-ce par rapport à d’autres déchets industriels dangereux ? Qu’est-ce par rapport aux « déchets » dispersés dans l’environnement, notamment l’atmosphère ? Par rapport aux rejets de gaz à effet de serre, lesquels mettent en péril rien de moins que notre civilisation ? Perspective et rationalisation sont d’or, quand le débat s’enlise dans une perception biaisée d’un risque démesuré.
– Parlez-leur de Cigéo, faites leur appréhender les volumes et niveaux d’activités et assimiler le principe du stockage géologique et du confinement à long terme. Ne laissez plus dire que le but est de cacher, temporairement, les déchets et les confier aux générations futures, risques et coûts inclus. Présentez les raisons de la réversibilité, l’échéance de celle-ci, et, de manière générale, les échelles de temps en jeu. L’échelle humaine en 10 à 102 ans, l’échelle des déchets en 103 à 105 ans, l’échelle géologique à 106 ans et plus.

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