Le changement climatique et moi

La culpabilité. on a tous ressenti ça. On regarde nonchalant un énième reportage sur le changement climatique et, tout d’un coup, on (re)prend conscience de l’apocalypse qui s’annonce pour demain. Et pourtant…

Malgré l’inquiétude, on continue à programmer nos prochaines vacances au-delà des mers. On épluche un fruit venu de pays où il ne pleut pas et on oublie d’éteindre la télévision. Quel est ce schizophrène qui se tapit en moi et que je ne connais pas ? La moitié de moi aimerait des actions radicales, la fin de la société de consommation, la fin des énergie fossiles, revenir à l’essentiel et l’autre ne peut pas se passer de son smartphone aux métaux précieux, de son burger au méthane, et de ses vacances à Capbreton. Comment vivre une telle contradiction sans sombrer dans la folie ? Freud avait identifié comme source des névroses le conflit non-résolu entre le ça et le surmoi : le ça ne répond qu’au principe de désir, leur accomplissement irréfléchi et immédiat, c’est l’enfant qui veut son ballon fuyard malgré les voitures sur l’autoroute. Le sur-moi ne voit que par la morale, il a été irrigué par notre éducation, par les règles du monde qui nous entoure. Il nous dit « ça ne se fait pas ». Le ça et le sur-moi sont donc en compétition, en conflit pour reprendre les termes de Freud. Le moi (das Ich) est là pour régler le conflit. S’il n’y parvient pas, c’est la névrose.

Dans le cas qui nous occupe, nous sommes tous, semble-t-il, des névrosés, tiraillés entre nos désirs (un week-end au Maroc) et notre morale (ce n’est pas bon pour le climat). La plupart des « Moi » des individus résolvent le conflit selon plusieurs méthodes en donnant, à chaque fois, raison au ça qui refuse de renoncer à ses désirs (l’idée est de trouver une bonne raison pour calmer le sur-moi afin de le convaincre de ne surtout rien faire) :

  • la méthode Trump (ou déni) : le climat ? C’est que des conneries !
  • la méthode optimiste : on trouvera toujours une solution, la technique est sans limite et on a connu bien pire…
  • la méthode « c’est la faute des autres » : c’est pas avec ma (petite) voiture que je pollue ; les Chinois et les usines : voilà les vrais coupables !
  • la méthode minimaliste : Eh bien moi, je trie mes déchets… Alors je peux bien me bronzer au soleil.
  • La méthode « j’ai bien le droit » : pourquoi j’aurais pas le droit de consommer alors qu’il y en a plein d’autres qui se gavent !
  • La méthode « il faut bien vivre » : le voyage et le burger font partie de l’individu depuis la nuit des temps.

Et puis, il y ceux qui n’ont pas résolu le conflit et qui ne se sentent pas bien… J’en fais partie.

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Sigmund Freud

Un commentaire

  1. Une réflexion intense ! L’illusion de l’effort citoyen est certainement une partie de la réponse. Prenons un poisson rouge. Même s’il sait que son eau est viciée, il y est né et il n’a aucun véritable moyen de vivre autrement. Même s’il contribue à polluer son aquarium, que peut-il réellement faire sinon qu’y survivre ? Notre mode de vie légué par les générations antérieures est représenté par cet aquarium. Plus que jamais, nous devons exiger du dépositaire de cet aquarium de prendre les moyens que nous ne pouvons pas prendre pour rétablir un environnement sain, et ce malgré le fait qu’on continuera toujours à pisser dedans, qu’on le veuille ou non.

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