J’ai lu pour vous Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autre malentendus sur le changement climatique de Jean-Marc JANCOVICI

Jean-Marc JANCOVICI est polytechnicien, enseignant et membre du haut Conseil sur le climat sous l’autorité du premier ministre. Bref c’est une pointure sur la question du changement climatique. Loin d’être moralisateur, son livre se veut avant-tout pédagogique. Il cherche à déconstruire les fausses idées qui circulent depuis des années pour tenter de bâtir une stratégie de moyen terme visant à assurer une transition écologique réaliste.

J’ai lu pour vous Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autre malentendus sur le changement climatique de Jean-Marc JANCOVICI

Croissance égale consommation d’énergie

La croissance d’un pays, depuis toujours, est corrélée à sa consommation d’énergie : à l’époque de la vapeur (XIXème siècle), c’était à sa consommation de charbon ; aujourd’hui, c’est à sa consommation pétrole. En effet, la croissance du PIB suppose plus de fabrications de produits, plus de transformation, plus de transport…, donc plus de consommation d’énergie. Nos décideurs qui promettent (dans la même phrase) plus de croissance et moins de CO2 sont donc au mieux des ignorants et au pire des menteurs.

La fin du fantasme de l’énergie (et donc de la croissance) éternelle

Dans notre monde fini, la quantité de pétrole (enfouie dans les entrailles de la terre) est également finie : sa disponibilité va donc décroître. C’est une évidence mathématique. Cette décroissance a d’ores et déjà commencé pour le pétrole. Et moins de pétrole, c’est moins de croissance. C’est la raison pour laquelle toutes les prévisions de croissance des candidats à la présidentielle se sont, les unes après les autres, révélées erronées. Les Présidents élus voulant toutefois maintenir leurs promesses de campagne n’ont eu alors qu’une solution pour doper artificiellement la croissance : l’endettement. Ne croyez donc pas les prévisions de croissance des candidats. Elles sont aussi fiables que celles de Madame Soleil.

Le pic du pétrole selon Jean-Marc JANCOVICI

Le mirage des énergies renouvelables

Les énergie renouvelables ne sont pas la solution : l’Allemagne a essayé. Malgré des investissements colossaux (qui permettraient de construire un parc nucléaire tout neuf), ils ne parviennent qu’à produire une faible fraction de leur énergie. Le niveau d’investissement s’explique par le faible taux de charge des ENR (Éolien ou solaire) : une centrale nucléaire produit de l’électricité 75% du temps. Une éolienne 15% au mieux. Pour disposer d’1 MWh, il faut donc installer en proportion 5 fois plus d’éoliennes (ou de panneaux photovoltaïques) . Par ailleurs, pour palier les périodes « sans vent ou sans soleil », il faut prévoir une production alternative (un stockage de l’énergie très couteux). Aujourd’hui l’Allemagne pallie le manque de vent en faisant tourner ses catastrophiques centrales au lignite. Il faut renouveler le parc tous les 20 ans (40 à 50 ans pour le nucléaire). Malgré ces investissements colossaux, les émissions de CO2 allemandes n’ont pas baissé et sont toujours deux fois plus élevées que les françaises. Jean-Marc JANCOVICI estime à 3500 milliards d’euros l’investissement nécessaire pour faire du 100 % renouvelable en France !!! On n’a pas le temps, ni les fonds.

Pour remplacer 1 kW de nucléaire (3.000 euros en version EPR) et qui dure 60 ans, il faut :

4 kW d’éolien, à renouveler 3 fois (puisqu’une éolienne dure 20 ans) pour environ 12.000 euros à terre (en mer c’est le double) hors actualisation. Il faut rajouter 1 kW de centrale au gaz, renouvelé 1 fois (elle dure 30 ans à 40 ans), soit 2 kW sur la durée, à 500 euros le kW, donc 13.000 euros. Par ailleurs le prix du combustible est négligeable pour le nucléaire (le minerai représente environ 2% du prix du kWh) mais pas pour le gaz (en pareil cas l’achat du gaz représente plus de 50% du prix du kWh électrique, et évidemment plus on va vers le « pic gaz » et plus ça sera cher). Le remplacement du nucléaire par un ensemble « éolien+gaz » revient à multiplier le cout de production de l’électricité par un facteur 2 à 3, sans compter le prix du CO2 (à 100 euros la tonne il faut rajouter 30 euros du MWh pour cet ensemble). Si il se met à ne plus y avoir beaucoup de gaz, cela pourra évidemment monter à bien plus. Or pour l’Europe le « pic gaz » est probablement en cours ou plus très loin. Le photovoltaïque amène à des valeurs bien supérieures encore : un kW installé coûte aujourd’hui 3000 euros, dure 30 ans, et produit environ 1000 heures dans l’année. Ramené au kWh produit, l’investissement coûte alors 20 fois plus qu’avec du nucléaire (et si on compare le prix du solaire de demain, il faut le comparer avec… le prix du nucléaire de demain, du gaz de demain, ou du stockage de demain). Comme en plus on produit de manière décentralisée, cela conduit – contrairement à ce qui est souvent dit – à multiplier les investissements. Si on rajoute le coût du stockage, l’addition finale – en matière d’investissements – est 50 à 100 fois supérieure à ce qu’elle est avec du nucléaire. Cela sera certes moins élevé avec du solaire à concentration, mais là encore on ne remplacera pas 1 pour 1 si on regarde quels sont les pays qui ont du nucléaire et ceux qui ont plein de soleil (ces derniers ont plutôt du gaz et du pétrole !), sans même parler de coût

Puisque le risque zéro n’existe pas, Jean-Marc JANCOVIC pose une question simple : faut-il courir un risque :

  1. minime d’accident nucléaire (estimé à 10-6/an) ? (il rappelle que Fukushima = 0 mort et 0 cancers et que Tchernobyl = 6000 cancers en Ukraine (0 en France)) ; en incluant Tchernobyl et Fukushima, le nucléaire est de loin l’énergie qui a fait le moins de morts (voir le graphique ci-dessous) ;
  2. certains d’avoir une effet de serre irréversible.

 Le surplus de radiations relâché dans l’environnement après l’accident de Fukushima n’aura pas de conséquence sanitaire discernable sur la population. Rapport UNSCEAR ( United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation)

Les Allemands ont semble-t-il choisi la seconde option.

Nombre de morts par type dénergie

En synthèse

Dans le monde à faible croissance ou en décroissance qui nous attend, Jean-Marc JANCOVICI donne quelques conseils à nos dirigeants :

  • faire de la pédagogie : faire comprendre aux administrés que la période des vaches grasses est terminée et qu’il va falloir qu’ils s’habituent à moins consommer, moins voyager, moins remplacer,…
  • faire preuve de réalisme : tabler sur le nucléaire est la seule solution qui fonctionne.

Lire aussi : sortir du nucléaire, ça veut dire quoi ? de Jean-Marc JANCOVICI

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