Brève histoire des systèmes politiques

La politique

Aristote en était convaincu : l’homme est un animal politique, il a une propension naturelle à la vie société, se regroupant en tribus, villages, villes… En quittant son état de nature, il découvre la vie en société qui suppose de multiples interactions entre des individus qui ne pensent pas tous la même chose. Se posent alors à lui d’inévitables questions :

  • quel est le but ultime d’un gouvernement : la justice, l’égalité, la liberté, le bonheur, la fraternité, la souveraineté nationale ?
  • qui doit ou a le droit de gouverner ?
  • de quels pouvoirs doit-il être investi ?
  • quelle est la meilleure forme de gouvernement ?

Toutes ces questions et bien d’autres circonscrivent le champ de la politique. Depuis que le monde est monde, les penseurs successifs ont pensé avoir trouvé le Graal. A chaque fois, ce fut pour être démenti par les faits, comme si le gouvernement idéal n’existait pas et devait être l’objet d’une recherche perpétuelle.

Brève histoire des systèmes politiques

La Chine

CONFUCIUS (VIème siècle avant JC) propose un système basé sur les valeurs traditionnelles. L’état, selon le penseur chinois, doit être dirigé par un sage vertueux (dont l’exemple est capable de diffuser dans le peuple), entouré de conseillers compétents. Son système est basé sur la méritocratie (tout sujet qui prouve sa compétence peut devenir un conseiller, peu importe sa condition sociale).

La Grèce

La démocratie constitutionnelle naît à Athènes à peu près en même temps que Confucius. (Périclès). Cette démocratie est certes pionnière, mais aussi imparfaite : les femmes, le petit-peuple, les esclaves en sont exclus.

  • PLATON, dans La République, propose sa « société idéale », gouvernée par des sages « des Philosophes-Rois » a priori à l’abri des tentations de l’abus de pouvoir. Platon pense que toutes les autres formes de gouvernements dégénèrent en tyrannie, car le dirigeant privilégie toujours ses intérêts. L’État doit promouvoir les vertus telles que la piété, la sagesse et la justice.
  • Pour ARISTOTE, l’homme est un être naturellement social qui se regroupe en foyers, villages, puis cités. Il trouve son humanité dans ce « vivre ensemble » en créant une société à partir de sa raison. Le but du gouvernement est de promouvoir les vertus (naturellement présentes chez l’homme), telles que la justice, la bonté ou la beauté. Il n’y a pas besoin de contrat social chez Aristote, puisque cet assemblage (la société) se fait naturellement. Aristote voit 6 formes de gouvernements possibles :
    • la monarchie (le pouvoir d’un seul) qui dégénère (parce qu’il privilégie ses seuls intérêts) en tyrannie ;
    • l’aristocratie (le pouvoir de quelques-uns) qui dégénère en oligarchie ;
    • la république (le pouvoir de la multitude) qui dégénère en démocratie.

La meilleur option est pour Aristote la république.

Le christianisme

Le christianisme a pour conséquence de perdre tous les acquis grecs et romains, du point de vue scientifique, mais aussi politique. Avec l’apparition de ce monothéisme, la seule forme de gouvernement possible est d’essence divine. Le monarque est le représentant de Dieu sur terre et est, par conséquent, incontestable. Il décide de tout. Le pouvoir se sépare petit à petit en deux espaces : temporel (incarné parle Roi) et spirituel (incarné par le clergé). Les deux espaces se sont protégés l’un l’autre pour un bénéfice mutuel qui dura 1000 ans.

  • SAINT-AUGUSTIN (354-430 – La cité de Dieu) cherche à fondre la philosophie de Platon dans le dogme chrétien. Il met la justice à l’honneur « Sans justice, que sont les gouvernements sinon de magistrales bandes de voleurs ? » La finalité de l’État est d’offrir à ses concitoyens une vie heureuse et vertueuse. Il voit un monde coupé en deux entre la cité de Dieu (titre de son livre) et la cité terrestre où le péché prédomine. Il faut donc que le droit divin soit la référence pour rédiger les lois.
  • Pour SAINT THOMAS d’AQUIN (1225-1274 – Somme théologique) l’État a vocation à rendre ses sujets heureux. La justice est la vertu politique par excellence. Les lois doivent servir l’intérêt du peuple dans son ensemble. Il ouvre une brèche, en expliquant qu’un gouvernement peut être païen. Le droit doit être « une ordonnance de la raison en vue du bien commun » (et non imposé par l’Eglise). Voilà qui est révolutionnaire.
  • Pour Nicolas MACHIAVEL (1469-1527 – Le Prince ), la moralité du chef de l’État passe après le bien-être de l’État. Le chef sera jugé sur ses résultats (et non-pas sur les moyens employés) et doit donc user de l’intrigue, de la ruse, du mensonge… « Dans les actions des hommes et surtout des princes, on considère la fin plutôt que les moyens employés ». Il doit savoir exploiter les faiblesses de son peuple pour en obtenir de grandes choses « Jamais un prince n’a manqué de motif légitime pour colorer son manque de foi ». Machiavel est un républicain opposé à l’intervention de l’Église dans les affaires de l’État.

Les Lumières

Après des siècles d’obscurantisme, qui trouvent leur apogée avec le siècle de Louis XIV, Montaigne, Voltaire, d’Holbach et les autres battent en brèches la logique scolastique. Progressivement, l’idée de lois fondées sur la raison critique et non-plus sur les textes sacrés fait son chemin. Tocqueville montrera plus tard que le retrait des Nobles des campagnes voulu par Louis XIV permit l’émancipation et l’éducation de la bourgeoisie : me vers était dans le fruit.

  • Thomas HOBBES (1568-1679 – Le Léviathan) pense que « l’homme est un loup pour l’homme ». L’état de nature est un état de guerre permanente de tous contre tous. Pour l’éviter, les hommes s’accordent sur un Contrat Social de soumission à une autorité tierce, garante de la protection des individus. Ce souverain doit jouir d’un pouvoir absolu indivisible et sans limite pour prévenir le chaos. S’il faillit, le contrat social est rompu. « Sans un pouvoir qui les tienne en respect, les hommes sont dans cet état qu’on appelle guerre ».
  • Pour John LOCKE (1632-1704 – Les deux traités du gouvernement), les hommes sont des agents rationnels indépendants et jouissent de droits naturels. Ils se rassemblent en société (comme chez Aristote) pour qu’elle les protège. Le but de la loi est de garantir et promouvoir la liberté, dans le cadre d’un contrat social (comme chez Hobbes). « Partout où vivent des êtres sensibles à la loi, s’il n’y a pas de lois, il n’est point de liberté ». Locke est le père du libéralisme : il souhaite une intervention de l’État limitée à des champs restreints (garantir la propriété privée, la paix, la liberté et la prospérité de chacun). En ce sens, il est l’un des inspirateurs de la Révolution Française.
  • Pour MONTESQUIEU (1689 – 1755 – De l’esprit des lois), il importe de séparer les pouvoirs exécutif (appliquer les lois), législatif (adopter les lois) et judiciaire (interprétation des lois), ceci pour éviter la tyrannie.
  • Benjamin FRANKLIN (1706-1790 – Constitution des états unis d’Amérique) rejoint Confucius dans le concept de méritocratie. « Ne perdez pas de temps, employez-vous toujours à l’utile, entreprenez le nécessaire ».
  • Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778 – Du contrat social) réfute l’idée de Hobbes d’un homme naturellement « mauvais ». C’est au contraire la vie en société qui le corrompt. Il part de cette hypothèse pour établir les fondements de son Contrat social dont le but est de garantir la liberté. « L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est la liberté ». Il s’oppose encore à Hobbes qui voyait dans la loi une restriction des libertés. La loi doit garantir la prédominance de l’intérêt général sur les intérêts particuliers. Il est le penseur de la révolution, inspirant notamment Robespierre et Desmoulins. « Nous approchons de l ‘état de crise et du siècle des révolutions ».

Le temps des révolutions

Le monolithe chrétien finit par tomber. Les penseurs de la révolution vont écrire une déclaration des droits de l’homme et du citoyen et surtout une constitution en mettant Dieu de côté. La loi est écrite par les hommes pour les hommes. Il n’y a plus de hiérarchie naturelle liée à la naissance. Il n’y a plus que des habitants de la cité : les citoyens. Toutefois, la logique d’une égalité parfaite se heurtera aux dures réalités, Gracchus Babeuf , l’auteur de la conjuration des égaux, premier communiste finira sur l’échafaud.

  • Pour Emmanuel KANT (1724-1872 – Critique de la raison pratique), le bonheur se ressent différemment selon les personnes et on ne peut donc se fonder sur lui pour définir un mode de gouvernement. La loi doit faire l’objet d’un accord, s’appliquer à tous et refléter la volonté commune. « Le droit est la limitation de la liberté de chacun ». Il introduit la notion d’impératifs catégoriques (qui ne se discutent pas) pour permettre la vie en société : par exemple l’interdiction de brûler un feu rouge.
  • Pour Edmund BURKE (1729-1797 – Réflexions sur la révolution de France), le gouvernement est une création humaine qui vise un objectif : répondre aux besoins d’une société. Force est de constater que certains besoins entrent en conflit. Le gouvernement joue alors le rôle d’arbitre : les lois sont là pour maîtriser les passions des individus. La foule (et non-pas l’individu) doit faire l’objet de contraintes émanant d’un pouvoir extérieur. Burke dénonce les excès de la révolution française, la Terreur imposée par Robespierre entre 1793 et 1794. Thomas Paine lui répondra.
  • Thomas PAINE (1737-1809 – Le sens commun) dénonce le droit de vote censitaire accordé aux propriétaires qui établissent les lois en fonction de leurs intérêts. Ce déséquilibre crée un ressentiment chez les pauvres et un risque de soulèvement. Les droits doivent être accordées sans condition de propriété. Il est donc favorable au suffrage universel.
  • Jérémy BENTHAM (1748-1832 – Panoptique) voit dans la loi une restriction de liberté nécessaire. Il théorise une approche arithmétique du bonheur : un individu égale une unité, peu importe sa condition sociale. Pour être juste, une loi doit produire le maximum de bonheur pour le plus grand nombre. « C’est le plus grand bonheur possible pour le plus grand nombre qui donne la mesure du bien et du mal ».
  • Pour Friedrich HEGEL (1770-1831 – Phénoménologie de l’esprit), la rencontre de deux individus fait immanquablement naître un maître et un esclave. L’esprit qui préfère la liberté à la vie devient le maître et celui qui préfère la vie à la liberté devient l’esclave. L’existence de la conscience du maître est confirmée par l’existence de l’esclave. Il théorise également la dialectique de l’histoire : cette dernière est une suite logique de thèses (par exemple la monarchie absolue), d’antithèses (la Révolution) et de synthèses (le premier Empire).
  • Alexis de Tocqueville (1805-1859 – l’Ancien Régime et la Révolution) conteste les idées naissantes de socialisme : le socialisme ignore les plus hautes qualités humaines, il sape la propriété privée et étouffe l’individu. « La démocratie cherche l’égalité dans la liberté, le socialisme la cherche dans la servitude ».

La montée du socialisme

La Révolution française a supprimé les privilèges liés à la naissance. Mais elle s’est arrêtée en chemin. Les serfs sont devenus des ouvriers. Ils ont simplement changé de maîtres : les propriétaires des moyens de production ont remplacé les seigneurs. La révolution industrielle a fait naître un prolétariat de masse qui, pour Marx, est le fervent des futures révolutions qui aboutiront, selon une logique mathématique, vers le communisme.

  • Pour John Stuart MILL (1806-1873 – De la liberté), une société saine est constituée d’individus libres de penser et d’agir, tant qu’ils ne nuisent pas aux autres. « Partout où existe une classe dominante, la moralité du pays émane dans une large mesure des intérêts et du sentiment de supériorité de cette classe ». Marx n’est plus très loin… Mill voit trois libertés fondamentales : la liberté de penser et d’opinion, la liberté de suivre ses goûts et inclination (tant que ça ne nuit pas aux autres), la liberté de s’associer à d’autres.
  • Pour Pierre-Joseph PROUDHON (1809-1865 – Qu’est ce que la propriété ?), la propriété c’est du vol. En France, al révolution de 1830 a abouti à la monarchie de juillet. La lutte des classes fait rage. Pour Proudhon, les droits à la liberté, l’égalité et la sécurité sont naturels, absolus, inaliénables, et doivent être à la base du fondement de toute société. La propriété est contraire à tous ces droits : la propriété des riches se nourrit de la misère des masses ; La propriété doit donc être abolie.
  • Pour Edouard BERNSTEIN (1850-1932 – Problèmes du socialisme), les socialistes se trompent : ils pensaient que la capitalisme allait accentuer la misère. C’est le contraire qui s’est passé. Le niveau de vie des travailleurs s’est amélioré. Le capitalisme se montre d’une grande stabilité, capable de surmonter les crises. BERSTEIN constate que les ouvriers finissent par reconnaître les bienfaits du capitalisme. Les socialistes révolutionnaires préfèrent alors réformer que révolutionner.
  • Pour Mikhaïl BAKOUNINE (1874-1876 – Etatisme et Anarchie), les privilégiés ont tendance à diriger les institutions, donc les corrompent et les masses demeurent en esclavage. Refuser l’autorité s’impose pour se libérer et s’épanouir.
  • Pour David THOREAU (1817-1862 – La désobéissance civile), l’existence de l’esclavage est la preuve que l’Etat est la source du malheur et de l’injustice. Thoreau préfère faire confiance en l’intelligence individuelle des citoyens. « Le meilleur gouvernement possible est le plus discret ».
  • Pour Karl MARX (1818-1883 – Le Capital), le capitalisme et la propriété privée transforment le travailleur en marchandises. Ils sont aliénés, coupés de la production de leur travail, de leur identité, de leurs frères. Le communisme abolit la propriété privée et met fin à l’aliénation. Marx s’oppose à Hegel car il pense que l’on peut agir sur l’histoire par l’action des masses. « Le communisme est l’humanisme ramené à lui-même par la fin de la propriété privée ».
  • Pour Friedrich NIETZSCHE (1844-1900), l’homme est « volonté de puissance », une énergie qui le pousse à persister dans son être. Nietzsche est à contre-courant : il a la nostalgie de la grande noblesse, des grands Hellènes : dans l’antiquité, les qualités du lion (force, pouvoir, vitalité) étaient les plus recherchées. Il regrette de voir que les valeurs mises en avant sont maintenant celles de l’agneau (douceur, non-agressivité) : la faute au christianisme et à la déclaration des droits de l’homme.
  • Pour Max WEBER (1864-1920), l’individu n’est qu’un rouage dans une machine en marche.

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